Interview: Gods of Thunder de Tim Pauketat

Kelly Macquire
par , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le
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Joignez-vous à World History Encyclopedia pour une discussion avec Tim Pauketat autour de son nouvel ouvrage en anglais, Gods of Thunder: How Climate Change, Travel, and Spirituality Reshaped Precolonial America (Les dieux du tonnerre: comment le changement climatique, les voyages et la spiritualité ont redessiné l'Amérique précoloniale), publié par Oxford University Press.

Gods of Thunder
Gods of Thunder de Tim Pauketat Timothy R. Pauketat (Copyright)

Kelly : Merci beaucoup de vous joindre à moi aujourd’hui. Je suis ravie de m’entretenir avec vous au sujet de votre nouveau livre. Commençons par présenter le sujet de votre ouvrage.

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Tim: Ce livre est une grande histoire. Il tente de redéfinir ce que cela signifie, tant du point de vue humain que non humain. Autrement dit, je cherche dans cet ouvrage à réfléchir au changement climatique et à la manière dont les gens vivent avec ce phénomène aujourd’hui, en me penchant sur le passé, en particulier sur cet épisode vraiment important qui a touché l’ensemble de l’hémisphère nord. Cet épisode est mieux connu en Europe, mais il revêt également une grande importance en Amérique du Nord: il s’agit bien sûr de l’anomalie climatique médiévale, parfois appelée "optimum climatique médiéval".

Kelly : Pouvez-vous nous expliquer un peu en quoi consiste cette anomalie climatique médiévale?

Vers l’an 800 de notre ère, le climat de l’hémisphère nord a connu un léger réchauffement, d’au moins 1 °C, voire 2.

Tim : Bien sûr. Vers l’an 800 de notre ère, le climat de l’hémisphère nord a connu une légère tendance au réchauffement, d’au moins 1 °C, voire 2. Cela variait beaucoup selon l’endroit où l’on se trouvait à l’époque dans l’hémisphère nord. À certains endroits, il a même fait un peu plus frais, mais dans l’ensemble, il a fait plus chaud. Parallèlement à cette tendance au réchauffement, certains endroits sont devenus plus humides, tandis que d’autres sont devenus beaucoup plus secs. Tant en termes de température que de précipitations, cela a eu un impact très profond sur les civilisations humaines, comme vous pouvez l’imaginer. Cette situation a duré jusqu’à environ 1300, date à laquelle la tendance s’est inversée: le réchauffement a cédé la place à un refroidissement significatif à l’échelle mondiale. C’est ce qu’on appelle le Petit âge glaciaire.

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Kelly : D’accord. Comment avez-vous obtenu ces informations sur ce changement climatique? S’agit-il de textes écrits? Ou de découvertes archéologiques?

Tim : Eh bien, bien sûr, les climatologues étudient cette période ainsi que d’autres périodes du passé, et ils disposent d’informations provenant de sources très variées, allant des carottes de glace à d’autres dépôts naturels datant de cette époque et provenant de différentes régions du monde. Les archéologues possèdent également de nombreuses informations. Encore une fois, selon l’endroit où l’on se trouve en Amérique du Nord, il s’agit d’une période très bien étudiée, car c’est à cette époque que certaines des civilisations classiques de Mésoamérique, du Sud-Ouest et de la vallée du Mississippi ont vu le jour, toutes plus ou moins simultanément. Les archéologues ne s’appuient pas beaucoup sur des textes, bien qu’il en existe quelques-uns, principalement des textes mayas, de brèves déclarations politiques émanant des dirigeants de l’époque. Dans l’ensemble, nous nous appuyons sur les vestiges, qu’il s’agisse de monuments ou de cités: comment ils ont été construits, quand ils l’ont été, comment ils ont été démantelés, et plus encore sur les traces de la vie quotidienne: ce que faisaient les gens, leurs outils, ce qu’ils mangeaient, les restes de repas et autres éléments similaires.

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Kelly : Donc, ce qu’ils mangeaient et les outils qu’ils utilisaient ont évolué au cours de cette période pour s’adapter aux changements climatiques?

Tim : C'est plutôt la répartition des populations sur le territoire qui a changé. Que l'on considère l'Europe, l'Asie ou l'Amérique du Nord, cette répartition a évolué, parfois de manière spectaculaire. Les populations se sont donc déplacées. On observe une tendance à voyager davantage à cette époque, car les gens étaient capables de comprendre – ou cherchaient à comprendre – ce qui se passait dans le monde; ils prenaient donc la route et se rendaient ailleurs pour voir ce qui se passait ici ou là. Tout cela s’inscrit dans une quête de connaissances visant à comprendre les grandes tendances qu’ils observaient, parmi lesquelles figuraient notamment les variations de température et de précipitations, qui ont soit contraint certaines populations à changer, soit permis à d’autres de s’adapter. J’entends par là que l’un de ces grands changements, connu depuis de nombreuses années, est l’effondrement, en Mésoamérique, de certaines civilisations bien connues. La civilisation maya classique en est un exemple très célèbre: cet effondrement commence un peu avant l’an 800 et s’achève véritablement à la fin des années 800. La plupart des gens pensent que, dans une certaine mesure, ce phénomène est lié au climat. Il s’avère qu’il existe d’autres changements climatiques de ce type, qui ont entraîné d’autres types de transformations ailleurs sur le continent. Là encore, certains de ces changements ont poussé les populations à se déplacer, tandis que d’autres les ont amenées à adopter de nouveaux arrangements sociaux et politiques. Et à cette échelle – celle des sociétés –, cela est assez facile à observer d’un point de vue archéologique.

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Kelly : Tout à fait. C’est assez incroyable qu’un facteur comme le climat puisse entraîner des changements aussi profonds dans les cultures et les civilisations. Vous abordez donc manifestement un concept assez vaste. Pourquoi avez-vous décidé d’écrire ce livre?

Maya Ruins of San Gervasio on Cozumel
Ruines mayas de San Gervasio à Cozumel James Blake Wiener (CC BY-NC-SA)

Tim : J’avais probablement trois ou quatre motivations différentes. L’une d’entre elles était que, en tant que spécialiste des peuples autochtones d’Amérique du Nord avant l’arrivée des Européens, j’ai longtemps pensé – peut-être pendant la majeure partie de ma carrière – que les archéologues avaient tendance à mal interpréter les motivations qui poussaient les populations à opérer des changements, y compris ceux liés au climat. Ce livre vise à montrer en quoi les motivations des populations d’il y a environ 1 000 ans étaient différentes de ce à quoi "nous" – c’est-à-dire le monde intellectuel occidental – nous attendons généralement. Je pense qu’il est important de repenser la manière dont les populations peuvent aborder le changement climatique, en partie parce que nous devons réfléchir à la façon dont nous allons nous y prendre à l’avenir, et que nous devons élargir un peu notre vision des possibilités. C’est probablement la principale raison pour laquelle j’ai voulu écrire ce livre.

Kelly : Quelles étaient les autres raisons, si je peux me permettre de vous poser la question?

Je voulais permettre à des forces autres que les forces humaines – le vent, l’eau et tout ce que nous réduisons au concept de “climat” – de faire partie du récit de cette histoire plus vaste.

Tim : Non, ça ne me dérange pas. Je venais juste de terminer la rédaction d’un manuel sur l’Amérique du Nord. J’ai enseigné l’archéologie nord-américaine pendant la majeure partie de ma carrière. Dans les manuels scolaires et les cours limités à un semestre, disons 13 ou 14 semaines, tout cela s’inscrit dans la tradition intellectuelle des États-Unis et de l’Occident en général, mais on n’est pas vraiment censé réfléchir aux effets de la Mésoamérique – cette région qui se situe principalement au Mexique – sur les populations situées au nord de la frontière entre les États-Unis et le Mexique. Même lors de la rédaction de ce manuel, mon coauteur et moi-même avons été contraints par l’éditeur de restreindre notre champ d’étude et de ne traiter que des populations situées principalement au nord de la frontière américano-mexicaine. Je connais l’histoire; l’histoire vraiment intéressante et les relations de cause à effet de cette "grande Histoire" doivent inclure les deux côtés de cette frontière. Je souhaitais aborder ce sujet dans un autre ouvrage, au-delà de ce manuel.

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Kelly : Oui, tout à fait. Il est tout à fait logique que cela n’ait pas touché une seule région, mais qu’il ait eu des répercussions sur une zone plus vaste. C’est donc formidable que vous ayez eu l’occasion d’élargir les horizons de cette réflexion.

Tim : Il y a également une troisième raison. Elle s’inscrit en quelque sorte dans le prolongement de la première, et je vais vous l’exposer aussi brièvement que possible. Il s’agit d’un développement théorique en archéologie qui trouve en réalité son origine chez les peuples autochtones. En effet, la manière dont les peuples autochtones, notamment en Amérique du Nord, se rapportent au monde diffère à bien des égards de celle des autres peuples. En archéologie, on a tenté de fusionner ces deux approches et d’envisager de nouvelles façons de comprendre l’histoire. Ce livre constitue donc une tentative de dépasser une lecture assez étroite de l’Histoire, considérée comme exclusivement humaine. Tous les acteurs sont humains, l’environnement est extérieur aux personnes, et tout tourne autour des motivations, des stratégies et des adaptations humaines. Ce que je souhaitais, c’était permettre à des forces non humaines – le vent, l’eau et ce que nous résumons sous le terme de "climat" – de faire partie du récit de cette Histoire plus vaste.

Kelly : C’est incroyablement fascinant. Pendant que vous travailliez sur ce livre, et peut-être aussi sur le manuel qui l’a précédé, au cours de ces recherches, quelle a été l’une des choses les plus fascinantes, surprenantes ou intéressantes que vous ayez découvertes?

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Tim : J’avais une bonne idée des grandes lignes des ensembles de données interculturelles. Je savais que je pouvais écrire un livre qui examinerait une série d’éléments probants et qu’il y aurait quelque chose d’intéressant à dire. Je ne mesurais pas vraiment à quel point les changements importants qui se sont produits, depuis les Mayas vers 800 de notre ère jusqu’au Mexique, puis dans le sud-ouest des États-Unis, avant de s’étendre aux plaines du Sud et à la vallée du Mississippi, étaient cohérents. Il y a une réelle cohérence dans ces changements. Il y a des changements religieux. Il y a des phénomènes probablement induits par des mouvements religieux, ou que l’on qualifie parfois de "sectes".

Ce que l’on observe dans le sud ressemble à bien des égards à ce qui se passe dans le nord, tout au long de la vallée du Mississippi, en ce qui concerne les spécificités des changements religieux. Au fur et à mesure que j’écrivais cet ouvrage, il m’est apparu plus clairement qu’il existait probablement un ensemble de dieux qui étaient vénérés. D’une certaine manière, ces dieux faisaient partie d’un mouvement qui se propageait, et cette cohérence se confirme même par les datations au radiocarbone. Ce mouvement se propage, et on peut observer cette propagation simplement en datant les objets. Il commence donc vers 800 dans le sud et atteint véritablement son apogée vers 1050 ou 1100 dans l’extrême nord. Il suffit d’aligner les dates pour se dire: "Ah oui, il y a là un événement historique majeur qui est à l’origine de tous ces changements cohérents".

Kelly : On peut donc littéralement observer le déplacement de ce culte en fonction du climat?

Tim : Oui. Le degré de précision avec lequel on peut le faire m’a moi-même surpris.

Maya Temple, Lamanai
Temple maya de Lamanaï Jill /Blue Moonbeam Studio (CC BY-NC-ND)

Kelly : C'est incroyable. J'allais justement vous demander s'il y avait eu un changement au niveau des rituels ou de la religion en raison du climat et des changements dans leur environnement.

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Tim : Oui, c’est en grande partie lié au climat, mais il existe différents types de changement climatique. Pourtant, ce sont toujours les mêmes dieux qui interviennent, car ce sont eux qui apportent la pluie. Les agriculteurs et tous ces gens cultivent du maïs. Le maïs est une plante très sensible à l’eau. Donc, s’il y a une sécheresse, c’est grave, et les gens devront alors implorer les dieux pour tenter de remédier à la situation. S’il y a des inondations et tout simplement trop de pluie, c’est également néfaste pour les cultures de maïs, et les gens devront donc faire appel aux dieux pour atténuer cet excès. Il est intéressant de constater que, quelle que soit la nature du changement climatique, quelle que soit la direction dans laquelle le climat évolue, ce sont apparemment les mêmes dieux qui sont invoqués pour aider les gens à faire face à ces changements.

Kelly : Soit on demande "s’il vous plaît, plus d’eau", soit "s’il vous plaît, moins d’eau", mais c’est toujours le même dieu. Quelles traces ces cultes ont-ils laissées? S’agit-il d’objets rituels? Comment avez-vous retracé les déplacements de ces cultes?

Tim : Dans cet ouvrage, je me suis principalement attaché à retracer les pratiques rituelles. Ces pratiques se manifestent par l’apparition d’un nouveau type de temple circulaire. Il s’agit – et j’insiste sur le terme "temple" – principalement de terrassements circulaires ou de pyramides surmontés d’un édifice circulaire. Il y a quelques millénaires, elles sont apparues pour la première fois en Mésoamérique dans des zones restreintes, mais lorsque ce changement climatique s’est produit, elles se sont très rapidement propagées depuis le monde maya à travers tout le Mexique, puis vers le nord. Ce sont ces structures qui font actuellement l’objet de datations. Surtout quand on arrive dans le nord, elles sont tout à fait atypiques. Personne ne construisait de pyramides circulaires, comme des cônes tronqués surmontés de bâtiments circulaires. Les archéologues ont étudié les édifices situés dans ces différents endroits d’Amérique du Nord, et on constate que ce qui s’y déroulait consistait en un ensemble similaire de rituels impliquant l’eau, ou les animaux et les êtres associés à l’eau. Cela se traduit souvent par la présence de coquillages, de coquilles de mollusques, utilisés comme ornements ou pour décorer les murs ou les toits. C’est principalement ainsi que je retrace ce phénomène. Or, d’autres personnes avaient déjà remarqué par le passé, bien avant que je ne me lance dans la rédaction de ce livre, qu’il existait des similitudes dans les histoires mythiques ou les dieux qui ont été décrits pour la première fois, notamment par les Européens, les conquistadors, puis les explorateurs du Nord. Ils décrivent les dieux dont les gens leur ont parlé. Ceux qui importent vraiment dans le cadre de mon propos sont les dieux du tonnerre – les dieux du vent qui apporte la pluie.

Tim Pauketat
Tim Pauketat Tim Pauketat (Copyright)

Kelly : D’où le titre, Gods of Thunder. C’est incroyable que vous puissiez retracer tout cela de manière si… Ce n’est pas facile, mais il y a des éléments si évidents et cohérents à travers tout le paysage que l’on peut suivre leur trace.

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Tim : Oui. Ce n’est pas quelque chose que la plupart des gens dans d’autres parties du monde, à l’exception des descendants des tribus d’Amérique du Nord ou des archéologues qui travaillent plus régulièrement avec ces descendants, apprécient à sa juste valeur, mais il y a en réalité eu cette évolution historique majeure qui s’est déroulée au cours de la période médiévale, tout comme d’autres changements médiévaux se produisaient en Eurasie. Et cela a touché des centaines de milliers, voire des millions de personnes. C’est important, et dans l’ensemble, les gens ne savent même pas que cela s’est produit.

Kelly : C’est important. Et maintenant, espérons que davantage de gens le sauront, ce qui est, je suppose, une autre raison d’avoir écrit ce livre: mettre en lumière ces sujets. Ma dernière question est donc probablement la suivante: qu’est-ce que vous souhaitez vraiment que les gens retiennent, que ce soit à propos de votre livre ou du sujet dans son ensemble?

Tim : Je pense que l’Histoire nous offre des leçons qu’il faut savoir apprécier. Non seulement parce que nous ne voulons pas répéter les erreurs du passé, mais aussi parce que nous avons tendance – et j’utilise ce terme au sens large – à croire que nous savons déjà comment fonctionne le monde. Sans comprendre la diversité de l’Histoire, comme la variété des peuples et leurs façons de faire, qui pouvaient être très différentes de celles d’autres peuples ici ou là. Sans cette compréhension, sans une vision globale de l’Histoire, il nous manque une grande partie de l’Histoire de l’humanité qui devrait éclairer nos idées, nos projets et nos politiques pour l’avenir. C’est la raison fondamentale pour laquelle je pense que cette histoire est importante, et c’est ce que j’aimerais que les gens retiennent après avoir lu un livre comme celui-ci.

Kelly : Merci beaucoup de vous être joint à moi aujourd’hui. Ce fut un plaisir de m’entretenir avec vous au sujet de votre nouveau livre, Gods of Thunder.

Tim : Je vous en prie. Merci.

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Style APA

Macquire, K. (2026, juillet 25). Interview: Gods of Thunder de Tim Pauketat. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2190/interview-gods-of-thunder-de-tim-pauketat/

Style Chicago

Macquire, Kelly. "Interview: Gods of Thunder de Tim Pauketat." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, juillet 25, 2026. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2190/interview-gods-of-thunder-de-tim-pauketat/.

Style MLA

Macquire, Kelly. "Interview: Gods of Thunder de Tim Pauketat." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, 25 juil. 2026, https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2190/interview-gods-of-thunder-de-tim-pauketat/.

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