La capture d'Achéus et la chute de Sardes par Polybe est le récit de la fin du siège de Sardes (215-213 av. J.-C.) par Antiochus III (alias Antiochus le Grand, r. de 223 à 187 av. J.-C.) de l'empire séleucide, après la trahison et la capture de son cousin Achéus (mort en 213 av. J.-C.), qui s'était proclamé roi.
Cette œuvre est devenue célèbre pour la phrase décrivant Sardes comme "le lieu le plus fort du monde" ou "la forteresse la plus forte du monde", presque toujours citée hors contexte. Les écrivains modernes répètent souvent cette phrase comme si Polybe (c. 200 à c. 118 av. J.-C.) affirmait que la ville (et plus précisément la citadelle) était "l'endroit le plus fort du monde", mais il utilise cette expression de manière ironique à ce moment de l'histoire (8.20.12) où Achéus a été capturé alors que son peuple croit qu'il est toujours en sécurité dans la citadelle. Cette histoire est également connue en tant que mise en garde contre le fait de faire confiance aux autres, en particulier pour les questions d'une grande importance.
Contexte et résumé de l'histoire
L'empire séleucide (312-63 av. J.-C.) s'était affaibli depuis qu'Arsace Ier de Parthie (r. de 247 à 217 av. J.-C.) s'était séparé pour fonder son propre royaume, encourageant d'autres à faire de même. Les monarques séleucides avaient échoué dans leurs tentatives de reconstituer l'empire jusqu'à l'arrivée au pouvoir d'Antiochus III en 223 avant notre ère. À partir de 219 avant notre ère, celui-ci mena en personne ses troupes en campagne pour réprimer les révoltes et réunifier ses territoires. Il confia l'Asie Mineure, à l'ouest des monts Taurus, à son cousin Achéus, qui avait toujours prouvé sa loyauté par le passé. Cependant, lorsqu'Achéus fut accusé de comploter une insurrection, il comprit qu'Antiochus III n'attendrait probablement pas d'entendre sa version des faits ni ne ferait preuve de clémence. Il se proclama donc roi de Sardes et seigneur des territoires occidentaux. En 216 avant J.-C., Antiochus arriva en Asie Mineure (Anatolie) et assiégea Sardes en 215 avant J.-C.
La ville était située dans la vallée de l'Hermus, au pied du mont Tmole, et sur les hauteurs de la montagne se trouvait l'acropole avec sa célèbre citadelle. Même si la ville dans la plaine était prise, la citadelle était facile à défendre et, comme on le dit aujourd'hui, elle pouvait être considérée comme "l'endroit le plus fort du monde" (bien que Polybe n'utilise pas cette expression telle que la citent de nombreux auteurs modernes). Achéus, sa femme Laodice du Pont, sa famille, ses conseillers et d'autres personnes s'étaient tous réfugiés dans la citadelle et Antiochus n'avait aucun moyen de les atteindre. Cependant, Achéus n'avait aucun moyen de partir et de rallier des troupes ailleurs pour lever le siège.
Sosibe (c. IIIe siècle av. J.-C.), grand ministre de Ptolémée Philopator d'Égypte (r. de 221 à 204 av. J.-C.), avait joué un rôle déterminant dans la défaite d'Antiochus III à la bataille de Raphia (également connue sous le nom de bataille de Gaza, 217 av. J.-C.), qui avait repoussé l'invasion de l'Égypte par le roi séleucide. Il cherchait maintenant un moyen de libérer Achéus de la citadelle, à la fois pour aider l'ennemi de son ennemi et, espérons-le, vaincre Antiochus III et briser son pouvoir. Sosibe engagea un Crétois nommé Bolis, qui prétendait connaître la région autour de Sardes, pouvoir emprunter le chemin dangereux qui descendait de la citadelle pendant la nuit et être capable de conduire en secret Achéus en lieu sûr.
Cependant, une fois Bolis engagé et envoyé en mission, il s'entretint avec deux autres personnes, Cambyle (un officier de l'armée d'Antiochus III) et Arien (l'un de ses propres officiers), et ils convinrent de se partager l'argent que Sosibe avait donné à Bolis, d'informer Antiochus III du complot et de recevoir une récompense considérable de sa part, puis de livrer Achéus à Antiochus III pour une somme encore plus importante. Le plan fut mis à exécution, Achéus fut capturé, remis à Antiochus III et exécuté, et Sardes tomba en 213 avant J.-C. après la reddition de la citadelle.
Le texte
Le passage suivant est tiré des Histoires de Polybe, livre 8, traduit par Félix Bouchot sur Remacle. Certaines lignes du chapitre 15 et l'intégralité du chapitre 18, qui traitent des plans des conspirateurs et de la garantie de paiement par Antiochus III, ont été omises pour des raisons d'espace.
Bolis était Crétois de naissance, considéré pendant longtemps à la cour des Ptolémées, et honoré du commandement. Il avait la réputation d'un homme adroit, et d'une grande hardiesse à tout entreprendre, et passait pour n'être inférieur à personne dans l'art de la guerre. Sosibe, se l'étant gagné par des entretiens fréquents et s'en étant fait un ami, lui dit qu'il ne pouvait, dans les circonstances présentes, faire un plaisir plus sensible au roi, que de trouver un moyen de sauver Achéus. Bolis après l'avoir entendu, lui répondit qu'il y penserait, et se retira. Après y avoir bien songé, il alla au bout de deux ou trois jours trouver Sosibe, et lui dit qu'il se chargeait de l'affaire, qu'il avait demeuré quelque temps dans Sardes, qu'il avait une grande connaissance des lieux, et que Cambyle, qui y commandait les Crétois au service d'Antiochus, était non, seulement son concitoyen, mais encore son parent et son ami. Or, Cambyle était chargé de la garde d'un des forts qui sont derrière la citadelle; car, comme on n'y peut établir aucune fortification, il n'avait pour défense que la troupe de Cambyle. Sosibe fut ravi de cette particularité, et demeura persuadé que, ou bien il était absolument impossible de tirer Achéus du péril où il était, ou que, si cela était possible, nul autre plus que Bolis n'était capable de le faire. Cette chaleur avec laquelle Bolis se chargeait de cette entreprise, fit espérer un prompt succès. Sosibe, de son côté, lui promettait que l'argent ne lui manquerait pas pour l'exécution, ...
Celui-ci prit la chose si fort à cœur, que, s'étant muni de bonnes lettres de créance, il se mit sans délai sur mer. Il alla d'abord à Rhodes trouver Nicomaque, qui avait pour Achéus une tendresse de père, et qui avait autant de confiance en lui que s'il eût été son propre fils.
De Rhodes il alla à Éphèse, où il s'aboucha avec Mélancome, car c'était de ces deux hommes qu'Achéus s'était prudemment servi pour communiquer avec Ptolémée. Après leur avoir fait part de ses projets, et les ayant trouvés prêts à le seconder de tout leur pouvoir, il envoya un de ses gens nommé Arien, à Cambyle, avec ordre de lui dire que Bolis était venu d'Alexandrie pour lever quelques troupes étrangères, mais qu'il avait à conférer avec lui sur quelques affaires importantes et qu'il lui marquât le temps et le lieu où ils pourraient conférer sans témoins. Cambyle n'eut pas plus tôt entendu ces instructions, qu'il se rendit atout ce que l'on demandait de lui, et renvoya le messager, qui dit à son maître le jour et le lieu où ils devaient tous deux se rendre pendant la nuit.
Bolis, en homme fourbe et artificieux, selon le génie de sa nation, avait établi tout son plan dans sa tête, et l'avait considéré sous toutes les faces; arrivé au rendez-vous, il donne une lettre à Cambyle, et sur cette lettre ils tiennent un conseil vraiment digne de deux Crétois. On n'y délibéra point sur les mesures qu'il fallait prendre pour tirer Achéus du danger où il était; on n'y parla point de la foi qui se devait garder aux hommes qui lui avaient confié cette mission ; ils ne songèrent qu'à leur sûreté propre et à ce qui pourrait leur apporter le plus de profit. Il ne fallut pas beaucoup de temps à ces deux hommes perfides pour convenir, premièrement que les dix talons reçus de Sosibe seraient partagés en commun, et en second lieu qu'après avoir reçu d'Antiochus de l'argent et des espérances dignes d'un si grand service, ils lui déclareraient toute l'affaire, et lui promettraient que pourvu, qu'il voulût les seconder, ils lui livreraient Achéus.
Cambyle prit sur lui ce qu'il y avait à faire auprès d'Antiochus, et Bolis donna sa parole que, dans quelques jours, il enverrait Arien à Achéus avec des lettres de Nicomaque et de Mélancome; mais il laissa à l'autre le soin de faire en sorte qu'Arien pût entrer dans la citadelle et en sortir en toute sûreté. Ils étaient encore convenus que si Achéus tombait dans le piège, et répondait à Nicomaque et à Mélancome, Bolis se chargerait de l'exécution et viendrait se joindre à Cambyle. Les emplois ainsi partagés, ils se séparèrent, et chacun de son côté fit ce dont on était convenu.
Cambyle, à la première occasion, s'ouvrit au roi sur le projet. Une nouvelle si extraordinaire produisit dans Antiochus des mouvements différents. Tantôt, ne se possédant pas de joie, il promettait tout ce qu'on lui demandait; tantôt, n'osant y ajouter foi, il se faisait répéter et les projets et les moyens de l'exécuter. Puis, revenant à croire ce que Cambyle lui disait, et se persuadant que c'était une protection visible des dieux, il priait et pressait avec instance Cambyle d'achever ce qu'il avait commencé.Bolis agissait avec le même empressement auprès de Nicomaque et de Mélancome, qui, ne doutant pas qu'il n'agît avec bonne foi, donnèrent à Arien, sans hésiter, des lettres écrites en certains caractères, dont ils étaient convenus de se servir, et l'envoyèrent à Achéus. Ces lettres l'exhortaient à s'en fier entièrement à Bolis et à Cambyle, mais elles étaient écrites de manière que, quand elles eussent été interceptées, on n'aurait pu déchiffrer rien de ce que qu'elles contenaient.
Arien, ayant été introduit par Cambyle dans la citadelle, remit les lettres à Achéus; et comme dès le commencement il avait été initié à tous les projets, il lui rendait exactement compte du plan que l'on avait conçu. Interrogé sur différentes particularités qui regardaient, ou Sosibe, ou Bolis, ou Nicemaque, on Mélancome, ou Cambyle, il répondait juste à toutes les questions; et il répondait avec autant d'aplomb et de fermeté que s'il se fût agi de lui-même, parce que la conjuration que tramaient entre eux Cambyle et Bolis lui était inconnue. Ces réponses d'Arien jointes aux lettres de Nicomaque et de Mélancome, ne permirent pas à Achéus de révoquer en doute ce qu'assurait Arien. Il le renvoya avec des lettres pour ceux qui lui avaient écrit.
Après plusieurs voyages semblables, enfin Achéus ne trouva rien de mieux à faire que de s'en fier entièrement à Nicomaque, d'autant plus qu'il ne lui restait aucune autre espérance de sortir du péril où il était. Il manda qu'il était prêt à se mettre entre les mains de Bolis et d'Arien, et qu'on n'avait qu'à les envoyer. Son dessein était d'abord de se tirer du danger qui le menaçait, et ensuite de prendre la route de la Syrie; car, il se persuadait que, paraissant tout d'un coup chez les Syriens après une délivrance si extraordinaire, et pendant qu'Antiochus était encore devant Sardes, sa présence ne manquerait pas de causer parmi eux de grands mouvements, et de faire beaucoup de plaisir aux peuples d'Antioche, de la Coelo-Syrie et de Phénicie. L'esprit rempli de ces grands projets, il attendait Bolis avec impatience. Mélancome, ayant reçu ces lettres, fait de nouvelles instances auprès de Bolis, se flatte de nouvelles espérances et l'envoie. Celui-ci avait fait auparavant partir Arien, pour avertir Cambyle de la nuit qu'il avait choisie pour aller le joindre au lieu marqué : ils passèrent ensemble un jour entier à délibérer sur les mesures qu'ils avaient à prendre, et la nuit suivante, ils entrèrent dans le camp. Le résultat de la délibération fut que, si Achéus sortait de la citadelle, ou seul, on accompagné d'un second avec Bolis et Arien, il serait aisé de s'en saisir; mais que la chose ne serait pas facile si sa suite était plus nombreuse, surtout avec le dessein qu'ils avaient de l'amener vivant à Antiochus, pour faire de plus plaisir à ce prince; et par cette raison, il fallait qu'Arien; en amenant Achéus dans la citadelle, marchât devant lui, comme, connaissant mieux qu'un autre ce chemin qu'il avait fait souvent, et que Bolis marchât derrière, afin que quand on serait arrivé à l'endroit où, par les soins de Cambyle, tous ceux qui étaient d'intelligence dans cette affaire se trouveraient prêts, il s'emparât de la personne d'Achéus, de peur ou que, pendant le tumulte et dans l'obscurité, il ne parvînt à s'enfuir dans des lieux couverts, ou que dans le désespoir il ne se précipitât du haut de quelque rocher, et ne fit ainsi manquer le dessein qu'ils avaient de le mener vivant à Antiochus.
Tout étant ainsi disposé, Bolis retourna trouver Cambyle, qui, dans la même nuit, le conduisit à Antiochus, et le laissa seul avec lui. Le roi lui fit mille caresses, lui confirma les promesses qu'il lui avait déjà faites, et les exhorta vivement l'un et l'autre à se hâter autant que possible. Les deux perfides retournent au camp, et, avant le jour, Bobs part avec Arien pour aller à la citadelle, où ils entrèrent avant que le jour parût.
Achéus reçut Bolis avec beaucoup de marques d'amitié, et lui demanda de nombreux détails sur tout ce qui regardait l'affaire qui les amenait, et, jugeant sur son air et sa conversation, qu'il était homme à faire bien espérer de ce qu'il entreprendrait, il se livrait à la joie que lui donnait l'espoir d'une délivrance prochaine; mais cette joie n'était pas telle, qu'elle ne fût quelquefois troublée par l'inquiétude où le jetait la vue des graves conséquences que sa sortie de la citadelle pouvait avoir. Dans cette incertitude, comme il avait joint à une grande pénétration une longue expérience, il ne jugea pas à propos de s'abandonner entièrement à la bonne foi de Bolis, C'est pourquoi il lui dit que, dans le moment, il ne lui était pas possible de le suivre, mais qu'il enverrait avec lui trois ou quatre amis à Mélancome, et que, sur leur rapport, il se tiendrait prêt à sortir. Achéus, par là, prenait toutes les précautions qu'il pouvait prendre, mais il ne songeait pas qu'il avait affaire à un Crétois; car Bolis s'était préparé à tout ce qu'on lui pourrait objecter sur cette entreprise.
La nuit venue, pendant laquelle Achéus avait dit qu'il enverrait trois ou quatre de ses amis, il fit aller Arien et Bolis à la porte de la citadelle, et leur donna ordre d'y attendre ceux qui devaient partir avec eus. Pendant ce temps-là il révéla enfin à sa femme ce qu'il avait entrepris. Laodice fut si effrayée d'une nouvelle si extraordinaire, qu'elle en pensa mourir. Achéus, l'ayant encouragée, et ayant flatté sa douleur par l'espérance d'un meilleur sort, il prit quatre de ses amis, à qui il fit revêtir des habits grossiers, il en prit un lui-même des plus simples, et, dans cet état, tous cinq se mirent en chemin. Il avait donné ordre à un de ses amis de répondre seul à tout ce qu'Arien dirait, de s'informer de lui seul, de ce qu'il y aurait à faire, et de dire que les autres étaient des Barbares. Quand ils eurent joint Arien, celui-ci marcha devant comme sachant le chemin; Bolis suivit, selon qu'on était convenu, non sans inquiétude sur le succès de sa trahison; car, quoiqu'il fût Crétois, et par conséquent toujours sur ses gardes contre tout le monde, il ne pouvait, dans l'obscurité, ni reconnaître Achéus; ni savoir même s'il était dans la troupe. Mais comme la descente était difficile et escarpée, qu'il y avait même des pas glissais et dangereux, l'attention que l'on eut, tantôt à soutenir, tantôt à attendre Achéus, donna moyen à Bolis de le distinguer : ce qu'il aurait eu peine à faire sans ces attentions qu'on avait coutume d'avoir pour lui, et dont on ne pensa point alors à s'abstenir.
Quand on fut arrivé au lieu désigné par Cambyle, Bolis donna le signal par un coup de sifflet. Alors ceux qui étaient en embuscade saisissent les quatre amis; mais Bolis se jeta lui-même sur Achéus, qui avait les bras cachés sous ses habits, et le serra par le milieu du corps, de peur qu'il ne lui prît idée de se percer d'un poignard qu'il avait apporté. Le malheureux Achéus se trouve en un moment environné de tous côtés; ses ennemis se rendent maîtres de lui, et le conduisent sur-le-champ à Antiochus.
Ce prince attendait, rêveur et inquiet, l'issue de l'entreprise. Il avait congédié ses convives; et restait seul, et privé du sommeil dans sa tente, avec deux ou trois de ses gardes. Quand la troupe de Cambyle fut entrée, et qu'elle eut assis contre terre Achéus, lié et garrotté, ce spectacle lui interdit tellement la parole, qu'il fut longtemps sans pouvoir proférer un seul mot. Il fut si sensiblement touché de ce spectacle, qu'il ne put retenir ses larmes. Peut-être se représentait-il alors combien il est difficile de se mettre à l'abri des coups imprévus de la fortune. Cet Achéus, qui était fils d'Andromaque, frère de Laodice, femme de Seleucus, qui avait épousé Laodice, fille du roi Mithridate, qui avait régné sur tout le pays d'en deçà du mont Taurus, que ses troupes et celles de ses. ennemis croyaient en sûreté dans la place la plus forte de l'univers, cet Achéus était là assis contre terre, au pouvoir de ses ennemis les plus acharnés, sans que personne connût alors cette trahison, excepté ceux qui en étaient les auteurs. Le lendemain, au point du jour, quand les courtisans se furent assemblés suivant l'usage dans la tente du roi, et qu'ils aperçurent Achéus, sa vue produisit sur eux le même effet que sur le roi; à peine osèrent-ils en croire leurs propres yeux. On délibéra ensuite, pour savoir quels supplices on ferait souffrir à cet infortuné prince. Il fut conclu qu'après avoir été d'abord mutilé, il aurait la tête tranchée et cousue dans une peau d'âne, et que le reste de son corps serait pendu à un gibet. Cette exécution causa une si grande surprise et une si grande consternation dans l'armée, que Laodice, qui savait seule que son mari était sorti de la citadelle, conjectura son sort en voyant du haut des remparts la confusion et le trouble qui régnaient parmi les soldats. Un héraut étant venu ensuite apprendre à Laodice le sort de son mari, et lui commander de ne se plus mêler des affaires et de sortir de la citadelle, la garnison ne répondit d'abord que par des larmes et des gémissements inexprimables, non tant à cause de l'amour qu'ils avaient pour Achéus, que parce qu'ils ne s'attendaient à rien moins qu'à un événement si extraordinaire. Après les pleurs, ce fut un embarras extrême de savoir quel parti on prendrait. Antiochus, après la mort d'Achéus, pressa la citadelle sans relâche, persuadé que quelque occasion se présenterait d'y entrer, et que ce serait surtout la garnison qui la lui ferait naître. C'est ce qui ne manqua pas d'arriver. Une sédition s'étant élevée parmi les soldats, il se forma deux partis, l'un pour Ariobaze, l'autre pour Laodice. Et comme ils se défiaient l'un de l'autre, ils ne furent pas longtemps sans se rendre à Antiochus, eux et la citadelle. Ainsi périt Achéus, qui, après avoir vainement pris toutes les précautions que la raison réclame pour se défendre contre la perfidie, laisse deux grandes leçons à la postérité : la première, qu'il ne faut ajouter foi facilement à personne; l'autre, que l'on ne doit point s'enorgueillir de la prospérité, mais bien se persuader qu'étant hommes, nous devons nous attendre à tout ce qui peut arriver aux hommes.