Le Jade en Chine Ancienne

Article

Mark Cartwright
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 29 juin 2017
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Disponible dans ces autres langues: anglais

Le jade (néphrite) était considéré comme la pierre la plus précieuse dans la Chine ancienne, et il symbolisait la pureté et l'intégrité morale. Prisée pour sa durabilité et ses qualités magiques, la pierre était laborieusement sculptée et polie pour fabriquer toutes sortes d'objets, des bijoux aux ornements de bureau. Le jade était particulièrement utilisé pour les objets rituels tels que le disque bi et les tubes cong dont les fonctions sont inconnues.

Extraction et travail du Jade

Le jade, dans le cas de la Chine, désigne le minéral néphrite, la pierre dure la plus dure et la plus rare. Il existe un autre minéral portant ce nom, la jadéite, mais il était inconnu des Chinois avant le 18e siècle, lorsqu'il fut importé de Birmanie. La néphrite se présente sous différentes nuances de vert et d'autres couleurs, en fonction du pourcentage de fer et d'autres oligo-éléments contenus dans la pierre. La principale source se trouvait dans la région du Xinjiang, mais il est probable que d'autres sources, une fois épuisées, aient disparu des archives historiques. La région de Khotan, en Asie centrale, est une autre source connue de cette pierre dans l'Antiquité. Le jade fut utilisé pour la première fois vers 6000 av. JC et le vert est longtemps resté la couleur préférée, mais au cours des 5e et 4e siècles av. JC, la mode passa au jade blanc avec une teinte brune et à nouveau au 1er siècle av. JC lorsqu'un jade blanc pur devint disponible en Asie centrale suite à l'expansion sous la dynastie Han (206 av. JC - 220 après JC).

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Zhou Dynasty Jade Dragon
Dragon de Jade de la dynastie Zhou
The British Museum (Copyright)

Extraites des montagnes et ramassées dans le lit des rivières - et ainsi connues comme "l'essence du ciel et de la terre", les pierres ne pouvaient pas être coupées par un couteau en métal, et elles étaient donc façonnées à l'aide d'une corde et de sable abrasif avant d'être sculptées plus précisément à l'aide d'un foret et ensuite polies. Le jade est une pierre dure et son travail avec des outils primitifs aurait nécessité beaucoup de temps et d'efforts, ce qui, bien sûr, ne fit qu'augmenter sa valeur. Les premières pièces présentent des motifs linéaires gravés, mais au fil des siècles, une apparence plus sophistiquée fut obtenue en sculptant le jade de manière à ce que l'objet présente de nombreux contours, des niches et des pointes qui étaient ensuite polis.

IL ÉTAIT CONSIDÉRÉ COMME VERTUEUX POUR LES GENTilshommes D'ORNER LEUR MAISON, ET SURTOUT LEUR BUREAU, AVEC DES OBJETS SCULPTÉS EN JADE.

Associations et signification

Les anciens Chinois considéraient le jade comme le matériau naturel le plus précieux et le plus beau. Il fut sculpté dès la période néolithique (vers 3500-2000 av. JC) où il était utilisé pour fabriquer des objets sacrificiels et rituels, notamment dans les cultures Hongshan et Liangzhu. Cependant, c'est la qualité esthétique du jade et son association croissante avec les idées morales de pureté et de bonté qui lui furent attribuées par la pensée confucéenne qui firent que la pierre précieuse resta pendant des siècles le matériau décoratif le plus recherché. Sans doute en raison de sa grande valeur, le jade fut également associé à l'aristocratie et il était considéré comme vertueux pour les gentilshommes d'orner leur maison, et surtout leur bureau, d'objets à la fois esthétiques et fonctionnels sculptés dans le jade. Un autre atout du jade était la croyance selon laquelle, étant donné qu'il était considéré comme indestructible, il conférait une sorte d'immortalité à son propriétaire, et pour cette raison, les objets en jade étaient fréquemment enterrés avec les morts.

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Chinese Jade mask
Masque de jade chinois
The British Museum (Copyright)

Le dictionnaire chinois Shuo-wen chieh-tzu, datant du 2e siècle de notre ère, donne la définition suivante du jade et de ses attributs supposés:

Le jade est la plus belle des pierres. Il est doté de cinq vertus. La charité est caractérisée par son éclat, à la fois brillant et chaud ; la droiture par sa translucidité, révélant la couleur et les marques à l'intérieur ; la sagesse par la pureté et la qualité pénétrante de sa note, lorsque la pierre est frappée ; le courage, en ce qu'elle peut être brisée mais ne peut être pliée ; l'équité, en ce qu'elle a des angles aigus qui ne blessent personne. (Dawson, 229)

Le jade était tellement apprécié qu'il avait une influence dans d'autres domaines. Les céramiques du 8e siècle av. JC copiaient souvent les teintes vertes du jade, tout comme les céramiques céladon plus tardives. Même dans la religion et la mythologie, le jade eut un impact, puisque l'un des principaux dieux chinois, l'empereur de jade, fut nommé d'après la pierre précieuse.

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Objets en jade

De grandes tablettes rectangulaires furent sculptées au Néolithique dont beaucoup reproduisent des formes d'outils et d'armes. Trouvées dans des tombes, leur fonction est inconnue. Un autre objet courant est la hache cérémonielle qui copie d'autres versions en pierre, mais qui est fabriquée en jade d'une finesse peu pratique, taillé en forme rectangulaire avec un seul trou.

Chinese Cong
Cong chinois
The British Museum (Copyright)

Une autre utilisation ancienne du jade, pendant la dynastie Shang (1766-1111 av. JC), était la fabrication de carillons, car la résonance de la pierre était très appréciée. À la même époque, dans les sépultures, des sceaux pour les orifices du corps étaient fabriqués à partir de la pierre. Les surfaces des pièces de jade étaient sculptées comme des pièces de bronze contemporaines, avec des motifs linéaires tels que des méandres abstraits, des spirales et des crochets. Un objet typique fabriqué dans la pierre était les coupes rituelles d'usage inconnu connues sous le nom de cong. Elles ont la forme d'un tube circulaire à l'intérieur d'un carré, sont parfois décorées d'encoches et de petits cercles, et peuvent mesurer jusqu'à 30 cm de haut et 15 cm de large.

Un autre objet rituel en jade, à la fonction encore incertaine, est le bi, un disque avec un trou central découpé et parfois le bord extérieur décoré d'encoches, qui fut produit pendant la dynastie des Shang et des Zhou (1111-221 avant notre ère). Les bi sont souvent placés sur la taille ou la poitrine du défunt. Les bracelets en jade, les masques miniatures d'humains, de monstres et de taureaux, les lames de hallebarde et les outils miniatures tels que les faucilles, les couteaux, les peignes et les pelles sont également communs à cette période. Ils sont souvent percés de trous, vraisemblablement pour être suspendus à une ceinture, comme l'indique la position de leur découverte sur les défunts dans les tombes. Enfin, il existe des plaques décoratives, souvent en forme de croissant, appelées huang. Elles peuvent parfois être sculptées pour représenter des oiseaux, des dragons ou des serpents stylisés, mais conservent leur forme générale de croissant.

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Au 8e siècle av. JC, l'habileté et l'éventail de compétences du sculpteur de jade sont plus importants et plus larges, ce qui montre que le sculpteur était plus libre et plus confiant dans la poursuite de ses idées. Les figurines d'animaux étaient populaires et étaient représentées en rond ou sous forme de plaques plates montrant des hiboux, des faucons, des hirondelles, des oies, des canards, des perroquets, des cormorans, des poissons, des tigres, des éléphants, des cerfs, des lièvres, des cigales, des singes, des buffles, des chiens, des tortues, des chevaux et des ours. Des plaques décoratives pour l'ornementation personnelle, des peignes, des épingles à cheveux et des pendentifs en dents de tigre étaient également produits.

Au Ve siècle av. JC, on trouve beaucoup plus d'objets profanes sculptés dans le jade et des preuves de l'utilisation de nouveaux forets plus performants. Les plaques de dragon avec la créature en forme de S, les décorations de dragon en saillie, les décorations régulières de bi et les motifs de double tête de tigre sont maintenant des caractéristiques courantes. Les jades vert, brun et blanc sont tous utilisés et il existe même un exemple de bi en néphrite bleu violet.

Chinese Jade Cormorant
Cormoran de jade chinois
The British Museum (Copyright)

Au début de la période Han (206 av. JC), certaines pièces commencèrent à montrer des signes d'utilisation d'un foret circulaire et d'outils en fer, mais avec une finition de moindre qualité qu'auparavant, ce qui suggère que les pièces commençaient à être fabriquées plus rapidement et à une plus grande échelle. Une autre caractéristique de la sculpture en jade des Han est l'utilisation des défauts et des impuretés du jade pour les intégrer à la sculpture.

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Le jade était désormais utilisé pour des ornements, des bijoux, des figurines humaines, des sculptures de paysages miniatures, des baguettes, des étuis pour protéger les ongles longs, des accessoires d'écriture (pierres à encre, pots à pinceaux et supports de pinceaux), des boucles de ceinture et même de petits meubles. Une tombe datant de 113 av. JC, située à Mancheng (au sud de Pékin), est particulièrement intéressante car elle contenait un couple royal portant des "costumes" en jade - des vêtements faits de plus de 1 000 petits carrés de jade, reliés par des fils d'argent et d'or.

Le jade, en plus d'être utilisé comme un matériau précieux à part entière et sans aucun ajout, était fréquemment utilisé comme incrustation dans d'autres objets précieux tels que des bijoux, des coupes et des bols en bronze doré ou en or pur.

Le jade dut faire face à une concurrence croissante pour attirer l'attention des amateurs d'art et des esthètes en raison du développement de l'artisanat comme la peinture, la céramique et le travail de la laque, mais la pierre a conservé son attrait grâce à ses associations mystiques. La plus grande sculpture en jade jamais réalisée, Yu the Great Taming the Waters, est une représentation massive d'un paysage Qing sculptée en 1787 par une équipe de sculpteurs qui mit plus de sept ans à la réaliser. Elle illustre l'emprise continue du jade sur l'imagination des Chinois, qui reste ferme aujourd'hui encore.

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth a enseigné l’anglais au British Council de Milan. Elle parle couramment le français, l’anglais et l’italien et a 25 ans d’expérience dans le domaine de l’éducation. Elle aime voyager et découvrir la langue, l’histoire et le patrimoine culturel des différents pays qu'elle visite.

Auteur

Mark Cartwright
Mark est un auteur d'articles historiques installé en Italie. Il s'intéresse plus particulièrement à la poterie, à l’architecture, aux mythologies du monde et à la découverte des idées partagées par toutes les civilisations. Il est titulaire d’un Master en philosophie politique et éditeur en chef de WHE.

Citer cette ressource

Style APA

Cartwright, M. (2017, juin 29). Le Jade en Chine Ancienne [Jade in Ancient China]. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-1088/le-jade-en-chine-ancienne/

Style Chicago

Cartwright, Mark. "Le Jade en Chine Ancienne." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. modifié le juin 29, 2017. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-1088/le-jade-en-chine-ancienne/.

Style MLA

Cartwright, Mark. "Le Jade en Chine Ancienne." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 29 juin 2017. Web. 25 juin 2022.

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