Dans sa première œuvre de fiction, le roman The Jericho River (12,88 $ sur Amazon / 9,94 $ sur Book Depository, édition en anglais uniquement), David Tollen raconte une histoire captivante en réunissant avec brio la plupart des civilisations majeures dans l’Histoire. Dans cet entretien exclusif, Jan van der Crabben, CEO de World History Encyclopedia, discute avec l’auteur David Tollen pour en savoir davantage sur son parcours dans l’écriture du roman The Jericho River.
JvdC: The Jericho River est un roman historique-fantastique sur les civilisations occidentales. Pourriez-vous nous expliquer comment vous avez réussi à condenser un sujet aussi vaste de l'Histoire en un seul roman?
DT: Le point essentiel, c’est que The Jericho River est en réalité un roman fantastique plutôt qu’un roman historique. Le roman se déroule dans un monde alternatif, le long d’un fleuve qui coule comme une frise chronologique. Près de la source de ce fleuve, se trouvent les premières sociétés de la civilisation occidentale: Sumer, l'Égypte ancienne, les Minoens, etc. Et à mesure que nous descendons le fleuve, l’aventure nous transporte à travers des sociétés postérieures comme la Grèce antique, Rome, l’Europe médiévale, la Renaissance, et ainsi de suite jusqu’au monde moderne. Ainsi, Jason, le héros, parcourt cette version parallèle de ces sociétés historiques. Ce voyage en aval du fleuve l'amène à rencontrer successivement les sociétés majeures qui ont façonné la civilisation occidentale.
Le récit, bien sûr, n’est pas une leçon d’Histoire. C’est une aventure, avec des monstres mythiques, des poursuivants barbares, des mystères et des intrigues. Mais chaque étape reste fidèle à l'Histoire sous-jacente. Ainsi, les monstres et les créatures magiques proviennent des mythes de chaque société. Les alliés et adversaires du héros, tels que les prêtresses, les pirates, les rois et les esclaves, proviennent également de ces sociétés. Ils sont basés sur le type de personnages que nous rencontrerions là-bas si nous pouvions y aller.
JvdC : Vous êtes avocat, et non professeur d’Histoire. Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire ce livre?
DT : J’ai passé la moitié de ma vie à lire des livres d’Histoire pour le plaisir, et c'était ma matière principale à l'université. J’adore aussi la littérature fantastique intelligente et pour moi, les deux ne sont pas aussi différentes qu’on pourrait le croire. Les récits fantastiques sont des histoires de rois et de chevaliers, de quêtes et d’aventures et de créatures mythiques. Eh bien, une bonne histoire aussi. Je voulais partager cette vision avec les lecteurs qui n'ont pas encore décelé le plaisir de l'Histoire, sa magie. Et plus précisément, je voulais aider les jeunes lecteurs à retenir l’Histoire, de la même façon qu’ils retiennent les détails de Harry Potter, la géographie de la Terre du Milieu ou celle de leur jeu vidéo préféré.
JD : Comment avez-vous effectué les recherches pour ce livre? Et comment avez-vous décidé quelles parties de l'Histoire inclure ou laisser de côté? Y a-t-il une partie de l’Histoire que vous auriez souhaité inclure avec le recul?
DT : Les recherches m’ont pris un temps fou! Je n'arrêtais pas de me dire que j'en avais assez, mais ensuite je changeais d’avis et je retournais vers les livres et sur internet. Et les sources étaient très variées, allant de traités académiques complexes à des atlas historiques, et même des histoires pour enfants (issues d’éditeurs réputés). Ces dernières avaient tendance à intégrer des illustrations, permettant ainsi de mieux se représenter l'apparence de chaque société.C'était une tâche considérable, mais heureusement, grâce à des années de lecture sur l'Histoire, je partais d'une bonne base.
Je devais notamment choisir entre aborder l'Histoire de toutes les civilisations ou celle de la civilisation occidentale uniquement. J’ai choisi la civilisation occidentale car je craignais que le fait de couvrir le monde entier ne donne lieu à une histoire vraiment très longue, ou à une histoire qui passait sans cesse d'une contrée antique à l'autre, sans grand lien entre elles. À partir de là, j'ai choisi les différentes sociétés. Dans certains cas, le choix était facile. Des contrées comme Sumer, l’Égypte ancienne, la Grèce antique et l’Europe médiévale jouaient des rôles si importants que je ne pouvais pas explorer la civilisation occidentale sans elles. Elles regorgent d'images bien connues telles que les momies, les centaures et les châteaux, offrant un superbe terrain de jeu pour la fantaisie. Cependant, tous les choix n’étaient pas faciles. Pour l'instant, j’ai inclus les Minoens et j’ai laissé de côté les Hittites, principalement parce que l'histoire semblait plus fluide de cette façon. J'ai fourni beaucoup d'efforts pour prendre des décisions de ce genre.
D’une certaine manière, je regrette chaque société qui a été laissée de côté, à travers le monde et à travers le temps. Mais je n’ai pas fini d’écrire.
JvdC : Sur votre site internet, vous proposez un plan de cours permettant aux enseignants d’utiliser votre roman dans leur cours d’Histoire. Outre l'utilisation de votre ouvrage, à votre avis, comment pourrait-on améliorer l’enseignement de l’Histoire en général?
Dt: Je pense que le point essentiel pour bien enseigner l’Histoire, c’est de raconter des récits; plus ils sont captivants et hauts en couleur, mieux c'est. À mon avis, les cours d'Histoire intéresseront davantage les élèves si l'enseignant conçoit l'ensemble du programme comme un seul et long récit, auquel il ajoute ensuite des récits plus courts. Beaucoup d’enseignants font un travail remarquable à cet égard, mais certains, notamment au lycée et à l'université, perdent le fil de l'Histoire sous-jacente et se concentrent sur des détails ennuyeux qui ne contribuent pas à faire ressortir l'essentiel du récit.
Je pense aussi que les enseignants doivent renforcer le narratif avec des personnages hauts en couleur et des évènements. Le fait qu’Eleanore d’Aquitaine a trompé le roi de France avec Henri II, et possiblement le père d’Henri aussi, n’est peut-être pas absolument central dans l’évolution du règne des Plantagenêt en Angleterre, mais les élèves s'en souviendront certainement. Et s’ils retiennent ces "petites histoires" ainsi, ils mémoriseront beaucoup mieux le reste de la leçon.
JvdC : Il est clair que l’Histoire est très importante pour vous. Pourquoi pensez-vous que c’est important dans une époque où la plupart des personnes semblent s'intéresser aux matières scientifiques?
DT : L’Histoire est juste un pur plaisir.
De plus, connaitre l’Histoire c’est savoir comment les personnes se comportent, particulièrement les personnes importantes ainsi que les groupes. Il n’y a pas meilleur moyen d’apprendre le comportement humain que de le voir en action, et c’est cela, l’Histoire. La connaissance du comportement humain offre d'innombrables bénéfices personnels, bien sûr, pour chacun d'entre nous en tant que membre d'une communauté que ce soit au bureau, à l'usine, dans une résidence, dans un quartier, au sein d'un groupe sur les réseaux sociaux, dans une ville, etc. Mais nous avons besoin de cette connaissance en tant que votants, pour nous aider à déceler les théories du complot et à juger les politiciens et les mouvements politiques.
Le besoin d’enseigner l’Histoire semble particulièrement nécessaire à l’heure actuelle car nous vivons une période très incertaine. D'une certaine façon, nous sommes tous un peu perdus, à cause du rythme sans précédent des changements dans la technologie, le commerce mondial et l'environnement. Nous n'avons aucune idée de la façon dont notre monde évoluera par la suite. Bien que l’Histoire ne puisse pas répondre à cette question, elle ne se répète pas réellement de façon fiable; elle nous offre les connaissances de base dont nous avons besoin pour émettre des hypothèses éclairées.
JvdC: Quelle est la suite? Vous allez travailler sur un autre roman?
DT : Oui! J’ai récemment terminé un livre nommé « Secrets of Hominea». C’est un autre roman qui fait appel à la fantaisie pour enseigner et explorer. Dans ce cas-ci, il couvre à la fois l’Histoire et la science. Celui-là est destiné aux jeunes lecteurs; c’est une fiction pour les collégiens. Ce n’est pas encore sorti, mais je pense que ça sortira en 2018. Alors, restez à l'écoute!
David est originaire de la Californie du nord, où il vit avec sa femme et ses deux fils. Il a obtenu une licence d'Histoire à l'université de Californie à Berkeley, ainsi que des diplômes en droit à la faculté de droit de Harvard et à l'université de Cambridge. David écrit aussi sur le droit et est l'auteur du livre à succès de l'Association américaine du barreau, intitulé « The Tech Contracts Handbook ». Pour en savoir plus sur les écrits et autres travaux de David, rendez-vous sur TechContracts.com.

