Deuxième Guerre Intercoloniale Américaine

Quand le conflit successoral européen enflamma les frontières américaines
Harrison W. Mark
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
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Raid on Deerfield, 1704 (by Walter Henry Lippincott, Public Domain)
Raid sur Deerfield, 1704 Walter Henry Lippincott (Public Domain)

La deuxième guerre intercoloniale américaine (1702-1713) fut le deuxième conflit colonial majeur en Amérique du Nord, opposant les colonies anglaises (britanniques après 1707) à celles de la France et de l'Espagne, chacune des parties étant aidée par ses alliés autochtones respectifs. Extension d'un conflit européen plus large, la guerre de Succession d'Espagne (1701-1714), la deuxième guerre intercoloniale avait ses propres origines, issues de la politique tumultueuse de l'Amérique coloniale.

La guerre commença officiellement lorsque Anne, reine de Grande-Bretagne (r. de 1702 à 1714) – dont le nom est,pour les britanniques, associé au conflit – déclara la guerre à la France et à l'Espagne, en réponse à un différend sur la succession au trône d'Espagne. Cette guerre dynastique, bien que peu importante pour les colons de la frontière nord-américaine, allait néanmoins raviver les tensions qui couvaient depuis la dernière guerre coloniale. La Nouvelle-France, par exemple, était en conflit avec ses rivaux anglais au sujet du contrôle du lucratif commerce des fourrures, ainsi que d'un différend frontalier entre sa colonie d'Acadie et le territoire du Maine, en Nouvelle-Angleterre. La confédération autochtone des Wabanakis entretenait également une querelle de longue date avec les colonies de Nouvelle-Angleterre, qui remontait aux violences de la guerre du roi Philip (1675-1678). Et, dans le sud, la province anglaise de Caroline était en conflit avec sa rivale, la Floride espagnole, qui autorisait parfois les Autochtones à mener des raids sur le territoire carolinien. Ainsi, lorsque la déclaration de guerre de la reine Anne parvint aux côtes américaines, les colonies et les nations autochtones s'engagèrent rapidement dans une guerre féroce, caractérisée par des cycles sanglants de raids de représailles et d'escarmouches meurtrières à la frontière.

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La Nouvelle-France luttait depuis longtemps avec ses rivaux anglais pour le contrôle du commerce lucratif des peaux de castor.

Contexte

Au tournant du XVIIIe siècle, l'Amérique coloniale était une poudrière. Des décennies de tensions, liées à des questions telles que les conflits frontaliers, les traités non respectés et la lutte pour les ressources, avaient déjà conduit au bain de sang de la guerre de Neuf Ans (alias guerre de la Ligue d'Augsbourg, 1688-1697). Cependant, ce conflit, dont la portée était assez limitée, n'avait abouti qu'à l'incendie de villages frontaliers et au meurtre ou à l'enlèvement de leurs habitants, ce qui avait contribué à exacerber l'animosité entre les colonies anglaises d'un côté et la Nouvelle-France de l'autre. L'un des principaux points de discorde se situait dans le nord-est, dans l'actuel Maine, revendiqué à la fois par la colonie française d'Acadie (aujourd'hui la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick) et les colonies de la Nouvelle-Angleterre. Le Maine avait été le théâtre des combats les plus brutaux de la guerre précédente, ses colonies étaient encore marquées par les flammes et les tombes des victimes étaient encore fraîches dans le sol. La Nouvelle-France était également en conflit depuis longtemps avec ses rivaux anglais pour le contrôle du lucratif commerce des peaux de castor dans la région des Grands Lacs. Si les Anglais jouissaient d'un avantage numérique sur leurs rivaux français (la population des colonies anglaises approchait les 200 000 habitants en 1700, tandis que la Nouvelle-France en comptait moins de 20 000), les Français disposaient d'un meilleur leadership et d'un plus grand nombre de colons ayant une expérience militaire, ce qui contribuait à équilibrer les forces.

Anne, Queen of Great Britain
Anne, reine de Grande-Bretagne Unknown Artist (Public Domain)

Si la rivalité entre ces deux puissances européennes était au cœur des tensions politiques, quelques puissantes communautés autochtones ne pouvaient être ignorées. L'une d'entre elles, la Confédération Wabanaki, luttait contre les habitants de la Nouvelle-Angleterre depuis des décennies; à plusieurs reprises, les Wabanakis et les Anglais avaient signé des traités de paix, mais les Anglais avaient ensuite bafoué ces accords et continué à empiéter sur les terres des Wabanakis. En réponse, les Wabanakis s'étaient rapprochés des Français, se mariant avec des colons français et accueillant des missionnaires jésuites parmi eux. Pendant la guerre de Neuf Ans, ce sont les Wabanakis qui avaient mené la plupart des raids contre les villes de Nouvelle-Angleterre, semant la terreur et la peur dans le cœur des colons anglais. Une autre communauté amérindienne était la Confédération iroquoise, qui s'était alliée aux Anglais, mais qui se retrouva abandonnée à la fin du conflit. Lorsque les Anglais firent la paix avec les Français en 1697, ils négligèrent de subvenir aux besoins de leurs alliés iroquois. Les Iroquois durent donc continuer à combattre les Français seuls. Beaucoup de leurs villages furent incendiés et leurs habitants tués par les Français assoiffés de vengeance, avant que les Iroquois ne parviennent à conclure leur propre traité de paix en 1701. Les Iroquois accusèrent naturellement les Anglais de les avoir abandonnés et n'étaient guère disposés à les aider si une deuxième guerre coloniale éclatait.

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Un cycle de raids de représailles se poursuivit entre les Espagnols en Floride et les Anglais en Caroline.

Une telle guerre ne tarda pas à éclater. Mais l'étincelle qui allait enflammer cette poudrière nord-américaine viendrait de milliers de kilomètres de là, en Europe. En novembre 1700, le roi Charles II d'Espagne mourut sans enfant. Le trône espagnol vacant fut revendiqué par un membre de la dynastie française des Bourbons, petit-fils du roi Louis XIV, ce qui alarma certaines nations européennes qui craignaient qu'une union entre la France et l'Espagne ne bouleverse le délicat équilibre des pouvoirs. Ces nations, une puissante coalition comprenant l'Angleterre, le Saint-Empire romain germanique et la République néerlandaise, préféraient un candidat de la dynastie des Habsbourg pour succéder au trône d'Espagne. Ce différend finit par conduire à la guerre de Succession d'Espagne, les alliances pro-Bourbon et pro-Habsbourg se disputant le contrôle de l'Empire espagnol. Au début, l'Angleterre et la France tentèrent de conclure un accord pour maintenir la neutralité de leurs colonies d'outre-mer dans ce conflit. Mais lorsque la nouvelle de la guerre qui avait éclaté en Europe en 1702 parvint à l'Amérique coloniale, il était déjà trop tard pour revenir en arrière. Une nouvelle guerre coloniale avait commencé.

La guerre dans le Sud

Contrairement à la guerre de Neuf ans, qui s'était principalement limitée à la Nouvelle-Angleterre et au Canada, ce nouveau conflit allait se dérouler à plus grande échelle, les premières salves étant tirées dans le Sud. À ce stade, les colons anglais et français se disputaient l'accès commercial au fleuve Mississippi; la province de Caroline, alors la plus méridionale des colonies anglaises, était jusqu'alors en tête dans cette course, ayant établi un réseau commercial lucratif touchant les rives du Mississippi. Pierre Le Moyne d'Iberville, explorateur et commerçant français, était impatient de briser ce réseau commercial carolinien. Au début de la guerre, il se rendit en Floride espagnole et exhorta le commandant pro-Bourbon de Pensacola à armer les autochtones Apalaches locaux et à les envoyer en Caroline pour y semer le chaos. Ce qui fut fait, et en août 1702, un groupe de guerriers Apalaches mené par les Espagnols commença à attaquer les comptoirs commerciaux de l'arrière-pays de la Caroline. Les Anglais constituèrent rapidement leur propre armée pour faire face à cette menace et combattirent les Espagnols et les Apalaches lors de la bataille de Flint River en octobre 1702. La bataille se solda par une victoire éclatante des Anglais: 500 guerriers apalaches furent tués ou blessés, les autres furent repoussés en Floride espagnole.

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Pierre Le Moyne d'Iberville
Pierre Le Moyne d'Iberville Unknown Artist (Public Domain)

James Moore, le gouverneur de Caroline, n'était pas prêt à les laisser s'échapper aussi facilement. Cet automne-là, il leva une armée de 500 miliciens anglais et 300 alliés autochtones, principalement des Muscogee, et les conduisit en personne dans une invasion de la Floride espagnole. Le 10 novembre 1702, Moore assiégea Saint Augustine et incendia les communautés espagnoles périphériques. Pendant plus d'un mois, les Anglais continuèrent le siège, mais leurs canons n'avaient que peu d'effet sur les solides remparts de Saint Augustine. Lorsqu'une force de secours espagnole arriva de La Havane le 29 décembre, Moore leva le siège et retira ses forces à Charles Town (Charleston). L'année suivante, il conduisit 50 miliciens anglais et plus de 1 000 guerriers muscogee alliés en Floride, incendiant les missions espagnoles à l'ouest de Saint Augustine. Cette campagne de représailles culmina en janvier 1704, lorsque les hommes de Moore menèrent une série de raids contre les villages apalaches. Moore lui-même affirma plus tard avoir tué plus de 1 100 hommes, femmes et enfants apalaches et en avoir réduit 4 300 autres en esclavage. Beaucoup de survivants furent contraints de s'installer dans des réserves le long de la rivière Savannah. En 1706, les Français et les Espagnols ripostèrent par une attaque conjointe contre Charles Town, qui finit par échouer. Les années suivantes virent se poursuivre ce cycle de raids de représailles entre les Espagnols en Floride et les Anglais en Caroline.

La guerre en Nouvelle-Angleterre

Au nord, la série de raids sanglants à la frontière qui avait caractérisé la guerre de Neuf Ans reprit avec une nouvelle fureur. Au début de l'année 1703, une force de 500 guerriers Wabanaki menée par les Français descendit d'Acadie et incendia plusieurs colonies anglaises dans le Maine, notamment Wells et Falmouth (aujourd'hui Portland). Les colons anglais qui avaient survécu au carnage de la décennie précédente durent assister avec horreur à la destruction de leurs colonies reconstruites, au massacre de leurs familles ou à leur enlèvement vers le Canada en tant que captifs. En effet, lors des raids français et wabanakis de 1703, plus de 300 colons anglais furent tués ou faits prisonniers. Mais le raid le plus tristement célèbre de la guerre eut lieu l'année suivante, lorsqu'un officier militaire français, Jean-Baptiste Hertel de Rouville, conduisit un groupe de 250 guerriers abénaquis et caughnawagas dans la paisible ville de Deerfield, dans la colonie de la baie du Massachusetts. À 4 heures du matin, le 29 février 1704, ils traversèrent silencieusement les champs enneigés, pénétrèrent dans la ville sans défense et se mirent à arracher les colons anglais de leurs lits. 47 hommes, femmes et enfants furent tués sur le coup, tandis que 112 autres furent rassemblés et emmenés en captivité. Ces captifs furent traînés sur plus de 480 km (300 miles) jusqu'à la colonie française de Montréal, certains d'entre eux mourant en chemin. Les survivants furent soit assimilés à la tribu des Abénaquis – une coutume pratiquée par certaines nations autochtones pour remplacer les pertes subies par leurs communautés – soit rachetés pour être renvoyés dans le Massachusetts.

En 1704, les Anglais ripostèrent à ces raids en envoyant leur propre expédition en Acadie. Celle-ci était dirigée par le colonel Benjamin Church, un combattant autochtone renommé qui s'était illustré dans les batailles sanglantes de la guerre du roi Philip et de la guerre de Neuf Ans. Church attaqua plusieurs colonies acadiennes, rendant la pareille aux Français et aux Wabanakis par le feu et le sang. Certains récits affirment que Church aurait tenté d'attaquer Port Royal, la capitale de l'Acadie, mais qu'il l'aurait trouvée trop bien défendue et aurait renonçé, retournant dans le New Hampshire. En 1705, les Français et leurs alliés wabanakis lancèrent de nouveaux raids dans le nord du Massachusetts. Ils accomplirent rapidement leur sanglante mission et avaient souvent disparu depuis belle lurette avant que la milice locale ne puisse organiser une quelconque défense. Le gouverneur du Massachusetts, Joseph Dudley, comprit rapidement que le meilleur moyen de défendre sa colonie était de lancer une offensive contre la Nouvelle-France. En mai 1707, il organisa une expédition de 1 600 hommes pour s'emparer de Port-Royal. Comme Church avant eux, ces troupes de Nouvelle-Angleterre trouvèrent les défenses de Port-Royal trop solides et furent repoussées après un bref siège. Il était désormais clair que les habitants de la Nouvelle-Angleterre avaient besoin d'aide s'ils voulaient renverser la tendance face aux raids français et wabanakis. Cette aide devait venir de la Confédération iroquoise, encore neutre et qui pansait ses plaies après la dernière guerre.

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English Raid on Grand Pre, 1704
Raid anglais sur Grand-Pré, 1704 Hezekiah Butterwort (Public Domain)

Mais en réalité, la plupart des Iroquois n'étaient pas disposés à leur venir en aide. À l'exception des Mohawks, les plus anglophiles des cinq nations de la confédération, les Iroquois se méfiaient des Anglais, se souvenant comment ceux-ci les avaient trahis à la fin de la dernière guerre. En fait, certains Iroquois, en particulier les nations Onondaga et Sénéca du nord, commençaient à privilégier le renforcement des liens avec les Français et avaient autorisé les missionnaires jésuites français à s'installer dans leurs communautés. Alarmée, la province de New York envoya son commissaire pour les affaires amérindiennes, Peter Schuyler, pour rappeler aux Iroquois leur ancienne alliance avec les Anglais, connue sous le nom de Covenant Chain, (chaîne d'alliance) et les ramener dans le droit chemin. Après de multiples réunions, les Iroquois refusèrent toujours d'offrir leur soutien militaire total, bien qu'ils aient apaisé Schuyler avec de vagues promesses d'aide. Entre-temps, certains Iroquois informèrent les Français des tentatives de Schuyler d'invoquer la Covenant chain ainsi que des plans militaires anglais qu'il leur avait montrés. En jouant sur les deux tableaux, les Iroquois prouvèrent une fois de plus qu'ils étaient des politiciens avisés, assurant leur propre survie en s'assurant que les deux puissances européennes comptent sur eux. Mais tandis que Schuyler tentait d'obtenir l'aide des Iroquois, d'autres colons cherchaient du soutien outre-Atlantique, auprès de la reine Anne en personne.

Attaques contre le Canada

En 1708, Samuel Vetch, un marchand écossais qui avait des liens avec les colonies, planifia une offensive sur deux fronts pour s'emparer de Québec, la capitale de la Nouvelle-France. À maintes reprises, Vetch avait vu les Français accorder l'asile aux Wabanakis après leurs raids destructeurs sur les colonies anglaises, ce qui l'avait amené à conclure que le seul moyen d'assurer la sécurité de la Nouvelle-Angleterre était d'expulser complètement les Français d'Amérique du Nord. À cette fin, il se rendit à Londres et demanda à la reine Anne en personne le soutien militaire de la Grande-Bretagne (l'Angleterre avait été fusionnée avec la Grande-Bretagne par les Acts of Union en 1707). La reine approuva la "grande entreprise" de Vetch et proposa de fournir des navires pour sa campagne. L'année suivante, Vetch et son collaborateur, le fonctionnaire colonial Francis Nicholson, organisèrent leur expédition: une armée de 1 500 hommes marcherait par voie terrestre pour s'emparer de Montréal, tandis qu'une autre force de 1 000 hommes naviguerait vers Québec à bord de navires britanniques. Cette campagne ambitieuse dut cependant être annulée lorsque les navires britanniques promis ne se présentèrent jamais; en effet, ils avaient été réaffectés à des opérations militaires au large du Portugal. Il était frustrant de constater que le théâtre nord-américain n'était rien de plus qu'un spectacle secondaire pour les généraux européens.

Les deux hommes refusèrent d'abandonner. Au début de l'année 1710, ils retournèrent à Londres, cette fois en compagnie de quatre chefs autochtones, dont trois étaient des Iroquois de la nation mohawk, favorable aux Anglais. La présence de ces "quatre rois mohawks" fit sensation à Londres. Les chefs furent transportés dans les rues dans des carrosses royaux, invités à un banquet par le Board of Trade (ministère du Commerce) et même à une représentation de Macbeth de William Shakespeare, où ils furent autorisés à s'asseoir sur scène. Lorsque les chefs autochtones obtinrent une audience avec la reine, ils demandèrent une aide militaire contre les Français, ainsi que l'envoi de missionnaires anglicans dans leurs villages afin de contrebalancer l'influence des jésuites. Cette initiative, calculée par Nicholson et Vetch, rendit difficile tout refus de la part de la reine. Ainsi, en juillet 1710, Nicholson retourna à Boston avec 400 marines venus de Grande-Bretagne. Il recruta 1 500 miliciens dans les colonies et, fin septembre, embarqua à bord d'une flotte composée de 36 navires de transport et de 5 navires de guerre britanniques. Les Britanniques et les colons arrivèrent devant Port Royal et s'en emparèrent le 13 octobre après un siège d'une semaine. Les forces de Nicholson l'occupèrent rapidement et le rebaptisèrent Annapolis Royal en l'honneur de la reine.

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Four Mohawk Kings
Quatre rois mohawks Contingent Identity (CC BY-SA)

Encouragé par ce succès, Nicholson retourna à Londres en 1711 pour demander le soutien nécessaire à une nouvelle offensive contre Québec. Ce soutien lui fut accordé et, en juin, une flotte de 15 navires de ligne arriva à Boston sous le commandement de l'amiral Hovenden Walker, transportant 5 000 soldats britanniques. Il s'agissait, à ce jour, de la plus grande force militaire que la Grande-Bretagne ait jamais déployée pour soutenir ses colonies nord-américaines. L'expédition devait partir rapidement, car la petite ville de Boston pouvait à peine nourrir tous ces bouches supplémentaires, et elle mit le cap sur Québec à la fin du mois de juillet. Mais, alors que la flotte approchait de l'embouchure du fleuve Saint-Laurent, elle entra dans un épais brouillard. Plusieurs navires se fracassèrent sur les côtes rocheuses et coulèrent, entraînant la mort par noyade de 700 soldats. Après cette catastrophe, l'amiral Walker n'eut d'autre choix que d'annuler l'expédition. Nicholson, quant à lui, menait une expédition terrestre parallèle pour s'emparer de Montréal, à laquelle participaient quelques éclaireurs iroquois. Cependant, lorsqu'il apprit l'échec de Walker, il annula rapidement son expédition et fit demi-tour vers Albany, dans l'État de New York.

Paix

En 1712, un armistice fut conclu entre la Grande-Bretagne et la France, et un traité de paix définitif fut signé l'année suivante. Dans le traité d'Utrecht de 1713, Philippe V, le candidat bourbon, fut reconnu en tant que roi d'Espagne, en échange de sa renonciation à toute prétention au trône de France. Mais c'est en Amérique du Nord que la Grande-Bretagne tira vraiment le plus grand profit: la France céda à la Grande-Bretagne le contrôle de l'Acadie, de Terre-Neuve, de la région de la baie d'Hudson et de l'île caribéenne de Saint-Kitts. En échange, les Français conservèrent le contrôle de l'île Royale (aujourd'hui l'île de Cap-Breton) ainsi que le droit de pêcher au large des côtes de Terre-Neuve. Le traité d'Utrecht ne prévoyait rien pour les Wabanakis, qui conclurent une paix séparée avec les colonies de la Nouvelle-Angleterre en juillet 1713. Dans le traité de Portsmouth qui suivit, les Wabanakis et les habitants de la Nouvelle-Angleterre établirent une frontière au niveau de la rivière Kennebec, résolvant ainsi le long conflit frontalier dans le Maine, et les Wabanakis autorisèrent les colons à établir des comptoirs commerciaux sur leur territoire.

La deuxième guerre intercoloniale était ainsi terminée. Contrairement à la guerre de Neuf Ans, qui n'avait abouti à rien et avait rétabli le statu quo d'avant-guerre, la deuxième guerre intercoloniale se solda par une victoire britannique, renforçant la présence britannique dans l'actuel Canada au détriment des Français. En effet, les Français, craignant de perdre leurs derniers territoires canadiens, passèrent les années suivantes à construire une puissante forteresse sur l'île de Cap-Breton, qu'ils baptisèrent Louisbourg; celle-ci allait devenir un important point de discorde entre les Français et les Britanniques, exacerbant les tensions dans la région. Dans l'ancienne colonie française d'Acadie, rebaptisée Nouvelle-Écosse par les Britanniques, de nombreux Acadiens refusèrent de prêter allégeance à la Couronne britannique et partirent pour d'autres colonies contrôlées par les Français. Les Iroquois avaient conservé leur neutralité pendant la guerre. Cependant, dans le traité d'Utrecht, ils avaient été reconnus comme sujets britanniques, ce qui les alignait davantage sur les colonies britanniques, qu'ils le veuillent ou non. Bien que la carte coloniale de l'Amérique du Nord ait changé, les animosités entre tous les principaux acteurs restaient aussi vives que jamais, ce qui conduisit au troisième grand conflit colonial, la troisième guerre intercoloniale américaine (1744-1748).

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Questions & Réponses

Qu'est-ce que la deuxième guerre intercoloniale américaine?

La deuxième guerre intercoloniale fut la deuxième grande guerre coloniale opposant l'Angleterre et la France, chacune des deux parties étant aidée par ses alliés amérindiens respectifs. Elle constituait le théâtre nord-américain de la guerre de Succession d'Espagne.

Qui a combattu pendant la deuxième guerre intercoloniale?

La deuxième guerre intercoloniale opposa les colonies anglaises et leurs alliés amérindiens à la Nouvelle-France, à la Nouvelle-Espagne et à plusieurs nations amérindiennes, notamment les Apalaches et la Confédération Wabanaki.

Comment s'est terminée la deuxième guerre intercoloniale?

La deuxième guerre intercoloniale s'est terminée par la prise de contrôle par les Britanniques de la Nouvelle-Écosse, de Terre-Neuve et de la région de la baie d'Hudson.

Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth, responsable de Traduction, est diplômée en anglais et en français langue étrangère. Parlant couramment le français, l'anglais et l'italien, elle a enseigné l'anglais au British Council à Milan, en Italie.

Auteur

Harrison W. Mark
Harrison Mark est diplômé de SUNY Oswego NY, où il a étudié l'histoire et les sciences politiques.

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Style APA

Mark, H. W. (2026, décembre 29). Deuxième Guerre Intercoloniale Américaine: Quand le conflit successoral européen enflamma les frontières américaines. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-25417/deuxieme-guerre-intercoloniale-americaine/

Style Chicago

Mark, Harrison W.. "Deuxième Guerre Intercoloniale Américaine: Quand le conflit successoral européen enflamma les frontières américaines." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, décembre 29, 2026. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-25417/deuxieme-guerre-intercoloniale-americaine/.

Style MLA

Mark, Harrison W.. "Deuxième Guerre Intercoloniale Américaine: Quand le conflit successoral européen enflamma les frontières américaines." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, 29 déc. 2026, https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-25417/deuxieme-guerre-intercoloniale-americaine/.

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