La Marche des Femmes

Définition

Harrison W. Mark
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 28 juin 2022
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Disponible dans ces autres langues: anglais, espagnol, italien, afrikaans
Women's March on Versailles, 5 October 1789 (by National Library of France, Public Domain)
Marche des femmes à Versailles, 5 octobre 1789
National Library of France (Public Domain)

La marche des femmes sur Versailles, également connue sous le nom de "Marche d'octobre" ou "Journées d'octobre", fut un moment déterminant des premiers mois de la Révolution française (1789-1799). Le 5 octobre 1789, des foules de marchandes parisiennes marchèrent sur Versailles, réclamant des réformes. Elles assiégèrent le palais et obligèrent le roi Louis XVI de France (r. de 1774 à 1792) à rentrer avec elles à Paris.

La marche, qui commença sur les marchés de Paris en réaction à la pénurie de nourriture et aux actions anti-révolutionnaires des soldats du roi, dépouilla le roi de la majeure partie de son indépendance et de son autorité restantes. Cet événement fut important car il donna le coup de grâce au système de monarchie absolue français, plus tard appelé Ancien Régime, et marqua le début de la courte période de monarchie constitutionnelle en France.

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Agonie de la monarchie

À la fin de l'été 1789, l'Ancien Régime français était à bout de souffle. Avec une rapidité étonnante, le tiers état (les roturiers) avait arraché l'autorité au roi Louis XVI en formant une Assemblée nationale à partir des États généraux de 1789 dans le but de donner à la France une nouvelle constitution. Depuis lors, la prise de la Bastille avait donné encore plus de pouvoir aux révolutionnaires qui l'avaient utilisé pour abolir d'abord la féodalité et les privilèges des classes supérieures avec les décrets d'août, avant de reconnaître les droits naturels de l'homme avec la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen. Tout en travaillant sur la Constitution, l'Assemblée poursuivait le démantèlement des fondements de la monarchie française dans la ville royale de Versailles. Ce qui avait été le terrain de jeu absolutiste du roi soleil Louis XIV de France (r. de 1643 à 1715) était désormais l'épicentre de la Révolution.

Bien que décidément peu adapté au rôle de monarque absolu, Louis XVI était déterminé à préserver cette institution.

Bien que décidément peu apte à jouer le rôle de monarque absolu, Louis XVI était tout de même déterminé à préserver cette institution. À cette fin, il refusa de consentir aux décrets d'août et aux droits de l'homme qui devinrent un point de discorde entre lui et l'Assemblée. En même temps, Louis souhaitait conserver le droit de veto absolu qui lui permettait d'avoir le dernier mot sur toute politique que l'Assemblée souhaitait adopter. Cette volonté était soutenue par la faction monarchienne de l'Assemblée qui estimait que la France avait besoin d'un roi fort à l'autorité centralisée.

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Les députés anti-royalistes s'y opposaient. Certains d'entre eux, tels que Maximilien Robespierre (1758-1794), encore peu influent, estimaient que le roi devait être soumis à la volonté du peuple et ne devait donc pas disposer d'un droit de veto. Cependant, de nombreux députés commencèrent à exprimer leur soutien à une troisième option, le veto suspensif, qui permettrait au roi de retarder les actions de l'Assemblée pour un maximum de 2 assemblées législatives ou 4 ans. Le ministre principal de Louis, Jacques Necker (1732-1804), indiqua que cette solution serait acceptable pour le roi et laissa même entendre que le roi ratifierait les décrets d'août. Sentant un compromis, l'Assemblée vota 673-325 en faveur d'un veto suspensif le 11 septembre.

August Decrees
Décrets d'août
Charles Monnet (Public Domain)

Ceux qui s'attendaient à un compromis s'étaient toutefois trompés. Dans ses remarques officielles sur le sujet, le roi, tout en approuvant l'esprit général des décrets, désapprouva leur contenu, comme le démantèlement de la féodalité. Loin de ratifier les documents, il sembla à beaucoup que le roi avait l'intention d'utiliser son droit de veto nouvellement approuvé contre eux. Cela suscita l'indignation. Robespierre déclara dans un de ses premiers discours:

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La réponse du roi est destructive non seulement de toute Constitution, mais même de tout droit national à avoir une Constitution. Quiconque peut imposer une condition à la Constitution... place sa volonté au-dessus des droits de la nation. (Davidson, 44)

À un peu plus de 20 km de Versailles, la ville de Paris fut également troublée par la nouvelle. Le prix élevé du pain avait donné lieu à des théories de conspiration selon lesquelles la noblesse affamait délibérément le peuple, ce qui avait poussé les tensions à leur paroxysme. Beaucoup virent dans la réaction du roi aux décrets et aux Droits de l'Homme une menace pour la Révolution. Dans son influent journal L'Ami du Peuple, le journaliste Jean-Paul Marat attaqua l'idée du veto du roi, avertissant ses lecteurs que "vous n'avez rien à attendre des [aristocrates] que la servitude, la pauvreté et la désolation" (Schama, 459).

L'Assemblée renvoya son président Jean-Joseph Mounier au roi pour le supplier de reconsidérer son consentement aux documents et d'augmenter l'approvisionnement en nourriture de Paris. Après avoir reçu cette requête, Louis XVI se tut pendant quelques jours, comme s'il réfléchissait à son rôle de roi citoyen. Puis, le 23 septembre, il convoqua le régiment royal de Flandre à Versailles. Il avait choisi l'absolutisme et avait ainsi signé ainsi l'arrêt de mort de sa monarchie.

Le banquet

Contrairement à la dernière fois où Louis XVI avait convoqué des troupes au Bassin parisien, en juillet précédent, il n'avait pas voulu que le régiment de Flandre agisse en tant que menace. Au lieu de cela, le roi, inquiet d'une nouvelle émeute semblable à celle de la Bastille, voulait que le régiment renforce les défenses de Versailles. Cependant, l'arrivée du régiment le 1er octobre finit par lui faire plus de mal que de bien.

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La nouvelle du banquet organisé par les gardes du corps royaux pour accueillir le régiment de Flandre se répandit dans tout Paris comme une traînée de poudre. Bien qu'il ait été assez courant qu'une unité militaire en garnison accueille sa relève par un festin, ce qui se passait à Versailles fut décrit par des journalistes agitateurs tels que Marat comme une "orgie gloutonne", la consommation d'une telle quantité de nourriture étant une insulte aux Parisiens affamés. C'est là que la reine Marie-Antoinette (1755-1793) est censée avoir dit "qu'ils mangent de la brioche", en réponse à la famine des roturiers, bien qu'il n'y ait aucune trace de ses paroles.

Marie Antoinette and her Children
Marie-Antoinette et ses enfants
Élisabeth Vigée Le Brun (Public Domain)

Le manque de respect de ce banquet envers la révolution était encore plus odieux que la supposée gloutonnerie. Selon les journaux parisiens, les soldats avaient porté de nombreux toasts à la famille royale et s'étaient enivrés de plus en plus au fil de la nuit. Au bout d'un moment, les courtisans royaux cavaient commencé à distribuer des cocardes noires et blanches (noires pour la reine, blanches pour le roi). C'est à ce moment-là que quelqu'un sortit la cocarde tricolore, symbole de la révolution, et l'aurait jetée par terre en s'exclamant : "A bas la cocarde colorée!". (Schama, 460). Les convives auraient alors commencé alors à piétiner le tricolore, y compris la reine qui tenait le dauphin de quatre ans hissé sur ses épaules.

Cette nouvelle était un horrible présage pour le peuple de Paris, qui sentait que son emprise sur les acquis révolutionnaires était, au mieux, ténue. Déjà mécontent du prix élevé du pain, la nouvelle de l'indécent banquet royal était trop dure à supporter. Dans la nuit du 4 octobre, on entendit une femme prononcer un discours sur une place de marché, exhortant ses camarades poissardes à marcher sur Versailles. Le lendemain, ce projet devint réalité.

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La colère des marchandes

Tôt le matin du 5 octobre, une jeune femme défila dans les rues de l'Est parisien en battant le tambour. Peu à peu, elle fut rejointe par d'autres venues de différents quartiers, certaines portant des armes de fortune comme des gourdins et des couteaux. Alors que le cortège se dirigeait vers l'Hôtel de Ville, elles prirent le contrôle de l'église Sainte-Marguerite et firent sonner les cloches pour appeler leurs concitoyennes à l'action. Lorsqu'elle atteignit l'Hôtel de Ville, la foule était composée d'environ 7 000 personnes scandant "Quand aurons-nous du pain?".

La foule fit face à des unités de la Garde nationale sous le commandement du major Hermigny. Ses troupes ayant fait comprendre qu'elles n'empêcheraient pas la foule de saccager l'Hôtel, Hermigny demanda des renforts et la présence du commandant de la Garde nationale, Gilbert du Motier, marquis de Lafayette (1757-1834). Pendant ce temps, la foule saccagea l'Hôtel et emporta des centaines d'armes et deux canons.

Portrait of Lafayette, as Commander of the National Guard
Portrait de Lafayette, en tant que commandant de la Garde nationale
Jean-Baptiste Weyler (Public Domain)

La foule ne fut dissuadée de brûler l'Hôtel et de lyncher ses fonctionnaires que par Stanislas Maillard qui promit de les conduire jusqu'aux portes de Versailles pour réclamer du pain au roi. Les poissardes acceptèrent de le suivre, et la foule se mit en marche vers Versailles sous une pluie battante, traînant ses canons derrière elle et criant qu'elle venait chercher "le bon papa", le roi Louis.

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Lafayette arriva à l'Hôtel de Ville longtemps après le départ de la foule. À ce moment-là, ses hommes qui souhaitaient les suivre jusqu'à Versailles étaient déjà très mécontents. De nombreux gardes nationaux étaient d'anciens gardes français et pensaient qu'il était de leur devoir de protéger le roi et de punir les gardes royaux qui avaient manqué de respect à la cocarde révolutionnaire.

Lafayette était nerveux à l'idée de conduire la Garde nationale à Versailles ; d'une part, il ne souhaitait pas laisser Paris sans défense, et d'autre part, il se rendait compte que conduire la Garde nationale à Versailles reviendrait à conduire une armée aux portes du roi. Néanmoins, ses hommes avaient clairement fait savoir qu'ils marcheraient vers Versailles avec ou sans son commandement. Après avoir envoyé un messager pour prévenir le roi et l'Assemblée de sa venue, Lafayette prit place avec hésitation à la tête de la colonne et conduisit 15 000 hommes sous une pluie battante. Mais avant même que les gardes nationaux n'aient quitté les faubourgs de Paris, la foule des poissardes était déjà à Versailles.

Le siège de Versailles

La foule, épuisée après sa marche de six heures sous la pluie, fut accueillie cordialement par les magistrats locaux, qui lui offrirent du vin. Il leur fut interdit de pénétrer dans l'enceinte du palais, gardée par le régiment de Flandre appuyé par des gardes suisses, mais elles furent admises dans la salle où se réunissait l'Assemblée. Des centaines de poissardes fatiguées et trempées par la pluie s'effondrèrent sur les bancs de la salle, posant leurs gourdins et couteaux boueux sur les documents législatifs.

En tant que chef de la foule, Maillard fut invité par les députés à expliquer la raison de cette marche. "Les aristocrates veulent que nous mourions de faim", répondit-il, avant d'affirmer qu'un meunier avait reçu 200 livres de pot-de-vin pour ne pas faire de pain (Schama, 463). Les appels des députés indignés à nommer le meunier furent repoussés par les femmes qui proclamèrent qu'elles étaient venues exercer leur droit de révocation des députés, comme le soulignait le philosophe Rousseau. En prise à la nervosité, certaines femmes se mirent à crier des slogans anticléricaux à l'archevêque de Paris, tandis qu'une femme gifla un prêtre qui lui avait tendu la main en guise de salut, en s'écriant : "Je ne suis pas faite pour baiser la patte d'un chien" (Schama, 465). La foule ne fut calmée que par les discours de députés comme Robespierre qui se dirent solidaires de leur détresse. Une fois le calme revenu, le président de l'Assemblée, Mounier, promit d'emmener une délégation voir le roi.

National Assembly, 5 October 1789
Assemblée nationale, 5 octobre 1789
Alexandre Dubelle (Public Domain)

Louis XVI, qui était parti à la chasse, venait de rentrer au palais. Il rencontra une délégation de six femmes, élues par la foule. La porte-parole de la délégation était Pierrette Chabry, une jeune fille de 17 ans choisie pour ses manières polies et son "apparence vertueuse" (Schama, 465). Pourtant, Chabry dut être gagnée par l'émotion de se trouver en présence du roi, car elle s'évanouit à ses pieds. De suite, Louis ordonna qu'on apporte des sels et aida Chabry à se relever. Cet acte de bienveillance paternelle sembla adoucir l'humeur de la foule. Après avoir aidé Chabry, Louis promit à la délégation qu'il ferait livrer des vivres à Paris depuis les magasins royaux, et que d'autres seraient bientôt livrées. Bien que cela ait apaisé certains marcheurs, comme Maillard qui retourna à Paris, la plupart des autres étaient toujours insatisfaits.

C'est à cette heure-là, à 18 heures, que le courrier de Lafayette arriva à l'Assemblée, avec la nouvelle qu'une armée marchait sur Versailles. Se demandant comment satisfaire les marcheurs restants et la Garde nationale, Louis XVI se réunit avec ses ministres pour discuter des mesures à prendre. Il décida de ne pas fuir, mais de céder et de ratifier enfin les décrets d'août et la Déclaration des droits de l'homme. Il espérait que cela, qui était pour lui une énorme concession, suffirait à satisfaire le peuple et lui permettrait de rester à Versailles. Les hommes de Lafayette, semble-t-il, avaient d'autres projets.

Arrivée de Lafayette

Juste après minuit, la Garde nationale entra dans Versailles à six de front ; "leur nombre était si grand que, même en marchant au pas de course, il leur fallut une heure pour passer" (Schama, 465). Beaucoup d'entre eux, en particulier ceux qui avaient juré de protéger le roi, avaient déjà décidé d'emmener la famille royale avec eux à Paris, la libérant ainsi des griffes de leurs gardes du corps antipatriotiques. Les gardes royaux, se rendant peut-être compte qu'ils étaient en danger, se retirèrent dans leur caserne dans l'enceinte du palais.

Lafayette s'adressa d'abord à l'Assemblée nationale, promettant qu'il n'avait aucune arrière-pensée et qu'il n'était venu que pour assurer la sécurité du roi.

Lafayette s'adressa d'abord à l'Assemblée nationale, promettant qu'il n'avait aucune arrière-pensée et qu'il n'était venu que pour assurer la sécurité du roi. Il leur assura que le calme reviendrait si le régiment de Flandre était renvoyé et si le roi faisait un nouveau geste de sympathie envers la cocarde révolutionnaire. Il prit ensuite congé de l'Assemblée et se dirigea vers les appartements royaux, seul. En chemin, il fut harangué par les courtisans royaux qui lui crièrent : "Voilà un autre Cromwell !". (Davidson, 47). À cela, Lafayette aurait répondu : "Cromwell ne serait pas venu sans arme". Peut-être pour dissiper l'idée qu'on se faisait de lui en tant que dictateur en herbe, Lafayette salua le roi en se prosternant et en proclamant de façon théâtrale: " Je suis venu mourir aux pieds de Votre Majesté " (Schama, 466).

Après le drame, Lafayette s'entretint avec le roi, lui disant qu'il serait plus sûr qu'il accompagne la Garde nationale jusqu'à Paris. Louis XVI promit au général qu'il en discuterait avec sa famille et lui donnerait une réponse dans la matinée. Fatigué, Lafayette retourna rapporter cette rencontre à l'Assemblée avant de se retirer dans la maison de son grand-père et de s'effondrer sur un canapé.

Direction Paris

Le 6 octobre, à 5h30 du matin, un groupe armé se faufila dans l'enceinte du palais et s'introduisit dans les appartements royaux de la cour de Marbre. Un garde affirmera plus tard que ces assaillants en avaient après la reine, criant qu'ils voulaient "lui arracher le cœur... lui couper la tête, lui fricasser le foie" (Schama, 467). Un garde surpris tira sur la foule qui arrivait avant qu'elle ne lui tombe dessus et ne le tue. Un deuxième garde put prévenir la reine à temps avant d'être lui aussi assassiné. Courant pieds nus hors de sa chambre, Marie-Antoinette cria pour que quelqu'un sauve ses enfants, et courut les chercher alors que la foule déferlait dans le palais en réclamant sa mort.

Avant que la foule ne puisse faire du mal à la famille royale, elle fut bloquée dans son élan par des gardes nationaux sous le commandement de Lazare Hoche (1768-1797) qui deviendrait plus tard un héros des guerres révolutionnaires françaises. Les hommes de Hoche éloignèrent la famille royale du danger tandis que la foule faisait défiler sur des piques les têtes coupées des deux gardes assassinés.

Lafayette fut réveillé et se précipita au secours de la famille royale. Le fait qu'il ait dormi pendant cette violente affaire entacherait sa célèbre réputation, puisque les journaux parisiens le surnommeraient plus tard, par dérision, le "général Morphée", en référence au dieu grec du sommeil. Arrivé au palais, Lafayette apaisa d'abord les tensions entre ses gardes nationaux et les gardes royaux avant de se tourner vers le roi et la reine. Il leur dit qu'ils devaient accueillir la foule du haut du balcon, une proposition qui terrifiait la reine qui avait failli être assassinée par eux peu de temps auparavant. Avec les mots réconfortants du général, la reine s'avança sur le balcon aux côtés du roi et de leurs enfants. La réaction de la foule fut plutôt tiède jusqu'à ce que Lafayette, ayant le sens du spectacle, n'épingle une cocarde tricolore sur le chapeau d'un garde du corps royal avant de s'incliner et de baiser la main de Marie-Antoinette.

Lafayette and Marie Antoinette
Lafayette et Marie-Antoinette
Unknown Artist (Public Domain)

Ce spectacle fut payant, car la foule applaudit avec frénésie en scandant "A Paris !". Louis XVI, semblait-il, n'avait plus le choix. Se résignant à son sort, il annonça: "Mes amis, je vais aller à Paris avec ma femme et mes enfants... c'est à l'amour de mes bons et fidèles sujets que je confie tout ce qui m'est le plus précieux !". (Davidson, 47).

Trois heures plus tard, un imposant cortège partit de Versailles; Lafayette estimerait leur nombre à 60 000. Les gardes nationaux menaient le défilé composé de la famille royale et des courtisans, des membres du ministère de Necker et des députés de l'Assemblée nationale. À l'arrière se trouvait un train de chariots remplis de farine et de pain. Les femmes défilèrent le long de la caravane, acclamant et chantant qu'elles amenaient "le boulanger, la femme du boulanger et le garçon du boulanger à Paris !". Il s'agissait bien sûr du roi, qui était souvent considéré comme le premier boulanger du royaume.

Une fois à Paris, le roi reçut la clé de la ville et fut conduit au palais des Tuileries, où il résiderait désormais avec sa famille. L'Assemblée s'installa dans un manège abandonné, en bas de la rue des Tuileries. Elle y proclama que Louis XVI ne serait plus connu sous le grand titre de roi de France et de Navarre, qui le désignait en tant que monarque absolu régnant de droit divin; il serait désormais simplement Louis XVI, roi des Français.

Bien que la France ne deviendrait officiellement une monarchie constitutionnelle qu'après l'achèvement de la Constitution de 1791, l'Ancien Régime s'éteignit ce jour-là, le 6 octobre 1789. Symboliquement, le château de Versailles fut très vite fermé, avec d'énormes serrures en fer placées sur les portes et des gardes postés pour décourager les pilleurs. Comme l'observe l'historien Simon Schama, "Versailles était déjà devenu un musée" (470).

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Questions et réponses

Qu'est-ce que la marche des femmes sur Versailles ?

La marche des femmes sur Versailles est le moment où une foule de plus de 7 000 Parisiens, emmenée par les femmes du marché, se dirigea vers la ville royale de Versailles pour réclamer du pain et des réformes politiques au roi, le 5 octobre 1789.

Qu'est-ce qui provoqua la marche des femmes sur Versailles ?

La marche fut provoquée par le prix élevé du pain, le refus du roi d'accepter d'importantes réformes révolutionnaires et un banquet royal organisé à Versailles, au cours duquel les soldats piétinèrent la cocarde tricolore, symbole de la révolution.

Quelle a été la portée de la marche des femmes sur Versailles ?

La marche sur Versailles priva le roi Louis XVI de l'indépendance qui lui restait, mettant fin à la monarchie absolue de la France et ouvrant la voie à une courte période de monarchie constitutionnelle.

Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth s'est consacrée à la traduction après avoir enseigné l'anglais au British Council de Milan. Elle parle couramment le français, l'anglais et l'italien et a 25 ans d'expérience dans le domaine de l'éducation. Elle aime voyager et découvrir l'histoire et le patrimoine d'autres cultures.

Auteur

Harrison W. Mark
Harrison Mark is a graduate of SUNY Oswego, where he studied history and political science.

Citer cette ressource

Style APA

Mark, H. W. (2022, juin 28). La Marche des Femmes [Women's March on Versailles]. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-20893/la-marche-des-femmes/

Style Chicago

Mark, Harrison W.. "La Marche des Femmes." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. modifié le juin 28, 2022. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-20893/la-marche-des-femmes/.

Style MLA

Mark, Harrison W.. "La Marche des Femmes." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 28 juin 2022. Web. 03 oct. 2022.

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