Alexandre III d'Écosse

Mark Cartwright
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le
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Great Seal of Alexander III of Scotland (by Unknown Artist, Public Domain)
Grand sceau d'Alexandre III d'Écosse Unknown Artist (Public Domain)

Alexandre III d'Écosse régna de 1249 à 1286. Succédant à son père Alexandre II d'Écosse (r. de 1214 à 1249) à l'âge de huit ans, le jeune roi vit le début de son règne gâché par les rivalités entre ses nobles, une situation rendue plus complexe par l'ingérence d'Henri III d'Angleterre (r. de 1216 à 1272), dont Alexandre avait épousé la fille. Lorsque le roi prit le contrôle total de son héritage en 1259, la situation commença à s'améliorer considérablement. L'Écosse connut alors une période de paix et de relative prospérité. Le roi réussit même à reprendre les îles occidentales et l'île de Man, qui étaient sous contrôle norvégien. Le royaume atteignit alors son apogée au Moyen Âge, et le règne d'Alexandre est considéré comme l'âge d'or de l'Écosse. Décédé accidentellement en 1286, Alexandre ne laissa aucun héritier mâle, et l'Écosse entra dans une longue période de troubles dynastiques.

Jeunesse

Alexandre II avait épousé Jeanne, la sœur d'Henri III d'Angleterre (r. de 1216 à 1272), mais celle-ci mourut en 1238 et le roi n'avait pas d'héritier. Alexandre II se remaria en mai 1239 avec Marie de Coucy, une noble française. Le seul enfant du couple naquit le 4 septembre 1241 et fut prénommé comme son père. Le prince Alexandre fut fiancé à Marguerite, fille d'Henri III d'Angleterre. À la mort de son père en juillet 1249, alors qu'il menait une campagne pour arracher les îles occidentales à la couronne norvégienne, Alexandre devint roi. Il fut couronné le 13 juillet 1249 à l'abbaye de Scone. La cérémonie est représentée dans une illustration du XVe siècle figurant dans un manuscrit conservé aujourd'hui au Corpus Christi College, à Cambridge, en Angleterre. La scène montre Alexandre étant couronné sur la colline sacrée de Scone, tandis qu'un seanchaidh gaélique (conteur/historien) s'agenouille devant lui et proclame la longue généalogie du nouveau roi.

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Henri III insista pour que deux de ses propres hommes agissent en tant que gardiens d'Alexandre: Robert de Ros et John Balliol.

En 1250, Henri III écrivit au pape pour lui demander de ne pas accepter le couronnement d'Alexandre III, car il considérait le roi d'Écosse comme son vassal, celui-ci étant seigneur de certains domaines en Angleterre. Alexandre refusa de se plier aux exigences d'Henri et ne prêta serment d'allégeance que pour les terres anglaises qu'il détenait, et non pour l'Écosse qui, selon lui, lui avait été donnée à gouverner par Dieu. Cet hommage limité fut rendu lorsque Alexandre assista au mariage du fils d'Henri, Édouard, à Westminster en octobre 1278. Cette question du vassal contre le roi fut le premier acte d'une tragédie qui allait entraîner une longue et sanglante guerre entre l'Angleterre et l'Écosse au XIVe siècle.

Coronation of Alexander III of Scotland
Couronnement d'Alexandre III d'Écosse Unknown Artist (Public Domain)

Gouvernement

Comme il était encore mineur, le jeune roi Alexandre était entouré de nobles désireux de promouvoir leur propre position et leurs propres intérêts. La rivalité la plus intense opposait les Comyn et les Durward. Les deux chefs de famille, Walter Comyn et Alan Durward, se disputaient pour savoir qui devait adouber le roi lors de son couronnement, un acte qui impliquait que la personne portant l'épée était le tuteur du roi et pouvait donc servir de régent. Les Comyn finirent par prendre le dessus sur leurs rivaux grâce au soutien d'Henri III en 1251, le roi anglais insistant également pour que deux de ses propres hommes agissent en tant que tuteurs du roi: Robert de Ros et John Balliol. Cependant, vers 1252, Henri apprit (par Alan Durward) que de Ros abusait de son pouvoir et le roi intervint. À la suite de ce remaniement, l'équilibre des pouvoirs bascula en faveur des Durward. Les Comyn ne disparurent toutefois pas et revinrent sur le devant de la scène au cours de la décennie; Walter Comyn s'empara même brièvement du château d'Édimbourg en 1255.

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Berwick devint un port florissant et la laine, les peaux et le bois écossais furent commercialisés à travers tout le continent.

Walter Comyn outrepassa à nouveau son autorité en octobre 1257, lorsqu'il emprisonna le roi et la reine à Kinross et s'empara du sceau royal. Alexandre avait alors 16 ans et commençait à agir de manière plus indépendante. Le jeune roi échappa à l'emprise de Walter Comyn et créa son propre parlement à Stirling en avril 1258. En novembre, Walter mourut en tombant de cheval, ce qui ouvrit la voie à un gouvernement plus ordonné et plus inclusif. Cependant, ce n'est qu'en 1259 que Alexandre prit le contrôle total de son propre gouvernement. Même alors, Henri III continua de peser sur la politique écossaise pendant toute la première moitié du règne d'Alexandre, mais il était au moins préoccupé par ses propres problèmes et par la rébellion en Angleterre menée par Simon de Montfort.

Malgré les querelles diplomatiques entre les monarques anglais et écossais pour savoir qui était le seigneur de quoi, Alexandre finit par épouser Marguerite (née en 1240), la fille aînée d'Henri III, à York, le 26 décembre 1251. Par conséquent, les relations pacifiques avec l'Angleterre furent, pour le moment, perpétuées. Le marié avait 10 ans et la mariée 11 ans. Malheureusement, Margaret mourut jeune le 27 février 1275, et les deux princes royaux, Alexandre (mort en 1281) et David (mort en 1284), décédèrent également jeunes. Alexandre avait encore une fille, Marguerite (née en 1261), mais il avait besoin d'un héritier mâle et il se remaria donc le 1er novembre 1285 à Jedburgh, cette fois avec Yolande de Dreux (décédée en 1323), fille de Jean, comte de Dreux.

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Henry III of England, Salisbury Cathedral
Henri III d'Angleterre, cathédrale de Salisbury Richard Avery (CC BY-SA)

Le règne d'Alexandre III, à partir du moment où le roi prit le contrôle de ses propres affaires, fut considéré comme une période dorée de paix et de prospérité au cours des siècles suivants. Cela s'explique en partie par les guerres qui ravagèrent le pays sous ses successeurs, mais le roi joua également un rôle important en équilibrant les seigneurs rivaux à sa cour et en ne favorisant aucun groupe en particulier. Le commerce connut également un essor, comme partout ailleurs en Europe du Nord. Berwick, en particulier, devint un port florissant, et la laine, les peaux et le bois écossais étaient commercialisés à travers tout le continent. L'argent affluant en Écosse, cette nouvelle richesse se traduisit par la construction de nouveaux monastères, cathédrales et châteaux à travers tout le pays.

La menace norvégienne

Le père d'Alexandre consolida considérablement le contrôle de la Couronne sur l'Écosse, en réprimant les rébellions dans les régions périphériques de son royaume. Il restait cependant une épine dans le pied de l'Écosse, et une menace beaucoup plus immédiate pour le royaume que Henri III. Les Hébrides extérieures ou îles occidentales de l'Écosse étaient aux mains des Norvégiens depuis le XIe siècle. Le père d'Alexandre avait d'abord tenté de les racheter pour l'Écosse, puis avait essayé de les prendre par la force. C'est au cours de cette campagne qu'il était mort de fièvre. Alexandre III envoya également une mission diplomatique en Norvège pour négocier une sorte d'accord d'achat pour le territoire contesté. Le roi Håkon IV de Norvège (r. de 1217 à 1263) refusa catégoriquement. Une guerre semblait inévitable, mais la question était de savoir quand et où elle aurait lieu. Alexandre s'occupa à renforcer ses châteaux sur les deux côtes, et des levées militaires furent préparées afin de pouvoir appeler des troupes aussi rapidement que possible, où et quand elles seraient nécessaires.

En août 1263, Håkon IV devint effectivement plus ambitieux et lança une flotte à destination de l'Écosse. Cependant, lorsque les attaquants arrivèrent dans le nord de l'Écosse, ils furent repoussés par l'armée d'Alexandre. Les Écossais furent grandement aidés par une tempête qui, le 30 septembre, détruisit de nombreux navires des envahisseurs. Ce n'était pas vraiment un coup de chance, car Alexandre évitait délibérément depuis un certain temps toute confrontation directe avec les envahisseurs, sachant pertinemment que plus la saison avançait, plus le risque de tempêtes augmentait. Les Écossais, menés par le noble Alexander Stuart, remportèrent ensuite une bataille sur les plages de Largs, dans l'Ayrshire, le 2 octobre. Cette victoire écossaise, qui fut en réalité une série d'escarmouches, fut commémorée par la construction d'une grande tour à Largs, qui se dresse encore aujourd'hui sur le site.

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Statue of Alexander III of Scotland
Statue d'Alexandre III d'Écosse Kim Traynor (CC BY-SA)

Au cours des trois années suivantes, il y eut une longue et dure lutte militaire et plusieurs raids opportuns contre les îles qui avaient soutenu l'expédition norvégienne. En conséquence, le successeur de Håkon, Magnus VI de Norvège (r. de 1263 à 1280), fut finalement persuadé de vendre les îles occidentales ainsi que l'île de Man. L'accord, le traité de Perth, fut signé par les deux parties en juillet 1266. Seules les îles Orcades et Shetland restèrent sous le contrôle de la couronne norvégienne. Les relations entre l'Écosse et la Norvège furent consolidées sur une base amicale en septembre 1281 avec le mariage de la fille d'Alexandre, Marguerite, avec le roi Éric II Magnusson de Norvège (r. de 1280 à 1299). Le succès d'Alexandre dans l'expansion de son royaume fut l'un des événements les plus positifs pour l'Écosse au XIIIe siècle.

Mort et successeur

Malheureusement, le roi mourut tragiquement le 19 mars 1286, peut-être en tombant d'une falaise à Kinghorn, dans le Fife. Il semble que le roi se soit simplement approché trop près du bord lors d'une nuit sombre et orageuse et qu'il soit tombé sur la plage en contrebas, ou, comme l'indiquent les sources contemporaines, qu'il ait bu un peu trop du vin de Bordeaux qu'il affectionnait et qu'il soit tombé de son cheval alors qu'il chevauchait le long de la plage, se brisant le cou. Le roi fut enterré à Dunfermline, toujours sans héritier. La reine Yolanda était peut-être enceinte, mais lorsque le bébé vit le jour après la mort d'Alexandre, soit il était mort-né soit il n'y avait tout simplement eu aucune grossesse. La prochaine dans l'ordre de succession au trône était Marguerite de Norvège (née en 1283) qui était la petite-fille du roi défunt. Sa mère était Marguerite, la fille d'Alexandre III (décédée en couches), et son père était le roi Éric II de Norvège.

Le nouveau roi d'Angleterre, Édouard Ier (r. de 1272 à 1307), avait même arrangé le mariage de Marguerite avec son fils Édouard de Caernarfon (le futur Édouard II d'Angleterre). Cependant, le malheur frappa à nouveau lorsque Marguerite mourut lors d'un voyage en mer vers l'Écosse en septembre 1290. Par conséquent, Marguerite ne fut jamais couronnée, et Alexandre III fut le dernier monarque de la maison de Canmore, fondée par Malcolm III d'Écosse (r. de 1058 à 1093). Le trône vacant entraîna une lutte inévitable pour le pouvoir, exacerbée par l'implication d'Édouard Ier d'Angleterre. Le candidat vainqueur fut John Balliol (r. de 1292 à 1296).

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth, responsable de Traduction, est diplômée en anglais et en français langue étrangère. Parlant couramment le français, l'anglais et l'italien, elle a enseigné l'anglais au British Council à Milan, en Italie.

Auteur

Mark Cartwright
Mark est un auteur, chercheur, historien et éditeur, à plein temps. Il s'intéresse particulièrement à l'art, à l'architecture et à la découverte des idées que partagent toutes les civilisations. Il est titulaire d'un Master en Philosophie politique et est le Directeur de Publication de WHE.

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Cartwright, M. (2026, janvier 09). Alexandre III d'Écosse. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-19338/alexandre-iii-decosse/

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Cartwright, Mark. "Alexandre III d'Écosse." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, janvier 09, 2026. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-19338/alexandre-iii-decosse/.

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Cartwright, Mark. "Alexandre III d'Écosse." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, 09 janv. 2026, https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-19338/alexandre-iii-decosse/.

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