Marguerite d'Écosse

Mark Cartwright
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le
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Saint Margaret of Scotland by Juan de Roelas (by Luis Fernández García, Public Domain)
Sainte Marguerite d'Écosse par Juan de Roelas Luis Fernández García (Public Domain)

Marguerite d'Écosse (vers 1046-1093) fut, en tant que seconde épouse de Malcolm III (règne de 1058 à 1093), la reine d'Écosse de 1070 jusqu'à sa mort en novembre 1093. Princesse de la maison royale de Wessex, elle introduisit en Écosse des pratiques culturelles anglo-saxonnes et promut le catholicisme romain dans son royaume d'adoption. Trois des fils de Marguerite régnèrent en tant que rois d'Écosse, tandis que sa fille devint reine d'Angleterre en tant qu'épouse d'Henri Ier d'Angleterre (règne de 1100 à 1135). Marguerite fut élevée au rang de sainte en 1250 pour les services qu'elle rendit à l'Église catholique et aux pauvres d'Écosse.

Jeunesse

Née vers 1046, Marguerite avait un véritable pedigree royal. Princesse de la Maison de Wessex, elle était la sœur aînée d'Edgar Ætheling, dont le père était Édouard l'Exilé (mort en 1057), le grand-père Edmond Côte-de-fer (règne avril-nov. 1016) et l'arrière-grand-père le roi Æthelred II le Malavisé (règne de 978 à 1013 et de 1014 à 1016). Enfin, leur grand-oncle était Édouard le Confesseur (règne de 1042 à 1066). Le père de Marguerite avait été exilé à la suite de la prise du trône d'Angleterre en 1016 par Knut le Grand (règne de 1016 à 1035). La famille s'installa alors en Hongrie. La mère de Marguerite, Agathe, était d'une manière ou d'une autre liée à la maison royale hongroise (bien que sa filiation fasse l'objet de nombreux débats parmi les érudits). Marguerite vit le jour au château de Réka, près de Mecseknádasd, dans le sud de la Hongrie. Lorsque son frère Edgar fut rappelé en Angleterre en tant qu'héritier possible du trône anglais en 1057, Marguerite l'accompagna.

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Marguerite est souvent considérée comme la première cause de l'augmentation de l'influence anglo-saxonne dans l'Écosse gaélique.

Edgar ne put hériter du trône d'Angleterre après la mort d'Édouard le Confesseur en 1066, car il n'était qu'un adolescent et les seigneurs saxons préférèrent soutenir l'expérience militaire d'Harold Godwinson (règne de janv. à oct. 1066). Harold fut tué en 1066 lors de la bataille d'Hastings contre Guillaume le Conquérant. Le duc normand devint Guillaume Ier d'Angleterre (règne de 1066 à 1087) et se lança dans la conquête normande de l'Angleterre qui serait longue mais finalement couronnée de succès. Les rebelles saxons choisirent Edgar, le frère de Marguerite, comme figure de proue et candidat numéro un pour remplacer le roi normand si l'occasion se présentait. Les Normands se révélèrent cependant impossibles à repousser, et Guillaume assura son nouveau trône en vainquant les rébellions dans diverses parties de son royaume, y compris dans le nord de l'Angleterre. Edgar ne perdit pas espoir et, en 1068, il se réfugia en Écosse, emmenant avec lui sa mère, Marguerite, et son autre sœur, Christine (morte vers 1100).

Malcolm III and Queen Margaret of Scotland
Malcolm III et la reine Marguerite d'Écosse Unknown Artist (CC BY-SA)

Mariage avec Malcolm III

En 1059, Malcolm III d'Écosse avait épousé Ingibiorg, la veuve de Thorfinn d'Orkney, mais elle mourut dix ans plus tard. En 1070, Malcolm décida d'épouser Marguerite, bien qu'elle ait eu l'intention de devenir nonne. Christine, la sœur de Marguerite, devint en effet religieuse, puis abbesse de l'abbaye de Romney, dans le sud de l'Angleterre. Ce mariage ajouta un risque supplémentaire à la position de Malcolm en tant qu'hôte d'un dangereux rival au trône de Guillaume Ier en Angleterre. La menace serait encore plus grande si Malcolm et Marguerite avaient des enfants qui pourraient prétendre à la couronne d'Angleterre. À plusieurs reprises déjà, des seigneurs saxons et danois s'associèrent pour tenter d'arracher le nord de l'Angleterre au contrôle des Normands. Edgar Ætheling continua d'être leur figure de proue nominale et leur couverture de légitimité, car il était toujours, selon eux, le roi légitime d'Angleterre.

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En 1070, Malcolm ravagea imprudemment le Yorkshire. Guillaume Ier finit par mettre fin aux incursions gênantes dans le nord de l'Angleterre par une opération combinée sur terre et sur mer en 1072. L'Écosse à proprement parler fut menacée, et Malcolm, dont l'armée ne faisait pas le poids face à la cavalerie normande disciplinée, demanda la paix avant même qu'une bataille n'ait lieu. Les conditions, connues sous le nom d'accord d'Abernethy, prévoyaient que Malcolm jure fidélité à Guillaume en tant que monarque supérieur, fournisse Duncan (son fils avec Ingibiorg) en tant qu'otage et assure l'exil d'Edgar en Flandre (où il mourut dans l'anonymat vers 1125).

Dunfermline Abbey
Abbaye de Dunfermline Cocoloco29 (CC BY-SA)

Malcolm et Marguerite eurent huit enfants, dont les plus importants pour l'histoire future de l'Écosse furent Edgar (né vers 1074), Alexandre (né vers 1077), Edith (1080-1118) et David (né vers 1084). Le nombre élevé de grossesses et son mode de vie austère écourtèrent sans aucun doute la vie de Marguerite de plusieurs années.

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Marguerite invita des moines bénédictins et un certain nombre de prêtres anglais à résider en Écosse, en particulier à Dunfermline.

Influence anglaise en Écosse

Marguerite est souvent considérée comme la cause principale de l'augmentation de l'influence anglo-saxonne dans l'Écosse gaélique. Cette anglicisation peut être exagérée, pourrait n'avoir concerné que la cour royale de Dunfermline ou (selon le point de vue privilégié par la plupart des historiens modernes) avoir été largement instiguée par les successeurs de Malcolm, ses trois fils avec Marguerite, qui régnèrent à tour de rôle de 1087 à 1153. Il convient également de rappeler que Malcolm avait lui-même passé sa jeunesse en Angleterre après son exil à la mort de son père Duncan Ier d'Écosse (règne de 1034 à 1040). Il avait résidé à York à la cour de Siward, comte de Northumbrie (règne de 1041 à 1055). Malcolm n'était pas retourné en Écosse avant d'avoir une vingtaine d'années, en 1054, lorsque, avec le soutien de Siward et du roi anglais Édouard le Confesseur, il tenta de reprendre le contrôle du trône d'Écosse de sa famille. Avec la mort de Macbeth, roi d'Écosse en 1057, puis de son fils Lulach en 1058, Malcolm devint finalement Malcolm III d'Écosse.

Marguerite devait certainement avoir une certaine influence à la cour, car Malcolm adorait sa femme, de 15 ans sa cadette. La reine n'apprit pas le gaélique, par exemple, et fit de l'anglais la langue de la maison royale. Marguerite veilla également à ce que nombre de ses enfants reçoivent des noms saxons traditionnels. Il se peut qu'elle ait introduit à la cour royale les coutumes anglaises, les idées de présentation, l'art, l'habillement et même les coiffures. Il est peut-être pertinent de noter que Marguerite et Malcolm préparaient leurs enfants à devenir non seulement monarques en Écosse (leur fils aîné fut désigné comme successeur de Malcolm, et non l'un de ses enfants avec Ingibiorg), mais aussi, avec un peu de chance, en Angleterre si Guillaume le Conquérant pouvait être forcé à retourner en Normandie. Une éducation aux coutumes anglaises leur serait utile si la lignée des Wessex devait être restaurée sur le trône d'Angleterre.

Chapel of Saint Margaret of Scotland, Edinburgh
Chapelle Sainte-Marguerite d'Écosse, Édimbourg ozz13x (CC BY)

Ce qui est plus certain, c'est le rôle de Marguerite sur le christianisme en Écosse, même si les spécialistes ne s'entendent pas sur l'ampleur de ce rôle. La reine Marguerite était une fervente partisane de l'Église catholique, et la promotion qu'elle en fit poursuivit le déclin du christianisme gaélique en Écosse. Il s'agissait d'un long processus de substitution qui avait déjà commencé sous le règne des prédécesseurs de Malcolm. Macbeth, par exemple, s'était rendu en pèlerinage à Rome en 1050.

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Marguerite considérait que certaines pratiques et certainement l'organisation de l'Église en Écosse étaient plutôt rétrogrades par rapport à son expérience en Hongrie et en Angleterre. Des moines bénédictins anglais et un certain nombre de prêtres furent invités à résider en Écosse, en particulier à Dunfermline, afin de répandre la foi et d'établir des monastères qui pourraient servir de guides spirituels aux roturiers. Marguerite correspondait avec Lanfranc, l'archevêque de Canterbury en Angleterre, pour qu'il envoie des moines de l'autre côté de la frontière. Marguerite se montra généreuse envers les pauvres, créant des dotations et finançant la construction de lieux de repos pour les pèlerins. La reine accorda également des subventions à plusieurs églises, notamment à Laurencekirk et à Iona, dans les Hébrides intérieures, lieu de sépulture traditionnel des monarques écossais.

Mort et cannonisation

Malcolm III fut tué lors d'un raid sur le Northumberland le 13 novembre 1093. Le fils de Malcolm et de Marguerite, Édouard, mourut au cours du même raid. La reine Marguerite, qui se trouvait alors au château d'Édimbourg, était déjà très affaiblie par une période de jeûne, mais elle vécut assez longtemps pour apprendre cette terrible nouvelle et mourut le 16 novembre. Elle fut enterrée à Dunfermline dans une petite église dont elle avait financé la construction et qui ferait plus tard partie de l'abbaye de Dunfermline où un sanctuaire fut construit en son honneur au milieu du XIIIe siècle.

Saint Margaret of Scotland Stained Glass Window
Vitrail de Sainte Marguerite d'Écosse Claire Knights (CC BY)

Les enfants de Marguerite furent contraints de s'exiler en Angleterre alors qu'une forte réaction contre l'influence anglaise en Écosse commençait à se faire sentir. Le frère cadet de Malcolm devint roi, Donald III d'Écosse (règne de 1093 à 1097). Les enfants de Marguerite allaient cependant réclamer leur droit d'aînesse. Le premier fut Edgar qui, avec l'aide de Guillaume II d'Angleterre (règne de 1087 à 1100), devint Edgar, roi d'Écosse (règne de 1097 à 1107). Deux autres fils de Marguerite hériteraient à leur tour du trône sous les noms d'Alexandre Ier d'Écosse (règne de 1107 à 1124) et de David Ier d'Écosse (règne de 1124 à 1153). Entre-temps, les maisons royales d'Angleterre et d'Écosse étant devenues des alliées plus proches, Édith, la fille de Marguerite, devint en 1100 la première reine d'Henri Ier d'Angleterre et changea son nom en un nom normand plus approprié, Mathilde.

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Le souvenir de la reine Marguerite a été perpétué par sa propre chapelle normande dans le château d'Édimbourg, qui est aujourd'hui la partie originale la plus ancienne de cette forteresse. La fille de Marguerite, Édith/Mathilde, veilla à ce que les bonnes actions de sa mère soient consignées dans une biographie résolument hagiographique, rédigée par Turgot de Durham (vers 1050-1115), un moine bénédictin qui fut l'aumônier personnel de Marguerite. En 1250, l'Église catholique fit de Marguerite une sainte en reconnaissance de ses efforts pour répandre le catholicisme et de son action caritative en faveur des pauvres en Écosse. C'est pourquoi elle est aujourd'hui mieux connue sous le nom de Sainte Marguerite d'Écosse.

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth, responsable de Traduction, est diplômée en anglais et en français langue étrangère. Parlant couramment le français, l'anglais et l'italien, elle a enseigné l'anglais au British Council à Milan, en Italie.

Auteur

Mark Cartwright
Mark est un auteur, chercheur, historien et éditeur, à plein temps. Il s'intéresse particulièrement à l'art, à l'architecture et à la découverte des idées que partagent toutes les civilisations. Il est titulaire d'un Master en Philosophie politique et est le Directeur de Publication de WHE.

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Cartwright, M. (2025, juillet 20). Marguerite d'Écosse. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-19308/marguerite-decosse/

Style Chicago

Cartwright, Mark. "Marguerite d'Écosse." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, juillet 20, 2025. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-19308/marguerite-decosse/.

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Cartwright, Mark. "Marguerite d'Écosse." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, 20 juil. 2025, https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-19308/marguerite-decosse/.

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