John Carver (1584-1621) fut l'un des chefs de l'expédition du Mayflower, le premier signataire du Mayflower Compact et le premier gouverneur de la colonie de Plymouth. Membre éminent de la congrégation séparatiste de Leyde, aux Pays-Bas, il embarqua avec eux à bord du Mayflower après avoir servi de négociateur en chef (avec un autre membre de la congrégation, Robert Cushman, 1577-1625) auprès de la Virginia Company et du marchand aventurier Thomas Weston (1584 - vers 1647) pour obtenir une charte pour la colonie et équiper l'expédition vers le Nouveau Monde.
Carver semble avoir exercé les fonctions de gouverneur du Mayflower avec un autre homme, qui n'appartenait pas à la congrégation (l'un des soi-disant "étrangers"), Christopher Martin (né vers 1582 - mort pendant l'hiver 1620/1621), dont les autres passagers se méfiaient et qui était plutôt impopulaire, en particulier auprès des séparatistes, en raison de son arrogance et de sa mauvaise gestion des fonds. Carver fut très probablement l'auteur du Mayflower Compact, rédigé et signé avant que quiconque ne quitte le navire dans le Nouveau Monde. Martin pensait peut-être qu'il serait élu premier gouverneur de la colonie, mais cet honneur revint rapidement à Carver.
Pendant son mandat de gouverneur, Carver attribua les tâches, envoya des missions d'exploration, aida à construire des abris, tout en survivant à l'hiver rigoureux de 1620-1621, puis, avec Edward Winslow (1595-1655), il négocia un traité de paix et un accord commercial avec le chef Massasoit (vers 1581-1661) de la confédération Wampanoag. Il mourut en avril 1621, probablement d'un coup de chaleur ou de leptospirose, et fut enterré avec tous les honneurs à Coles Hill, Plymouth. Il fut remplacé au poste de gouverneur par William Bradford (1590-1657), souvent considéré à tort comme le premier gouverneur de la colonie de Plymouth, bien que cette tendance ait été inversée par les études modernes.
Carver et la congrégation de Leyde
On ne sait pratiquement rien de la vie de Carver avant son implication dans la congrégation séparatiste de Leyde. Il était marié à une femme nommée Mary (ou Martha) qui mourut, avec leur unique enfant, en 1609. Il épousa ensuite Katherine White, fille d'Alexander White (probablement frère de William White, né vers 1580 et mort pendant l'hiver 1620/1621), qui l'accompagna sur le Mayflower.
Les séparatistes de Leyde étaient des citoyens anglais et des fondamentalistes protestants qui avaient fui leur pays natal en raison de la politique de persécution religieuse menée par l'Église anglicane sous la direction du roi Jacques Ier d'Angleterre (r. de 1603 à 1625). Ils formaient une congrégation établie à Scrooby, en Angleterre, dirigée par leur pasteur John Robinson (1576-1625) jusqu'en 1607, date à laquelle les persécutions s'intensifièrent et ils se réinstallèrent aux Pays-Bas, où le gouvernement était plus tolérant envers la diversité religieuse. Carver admirait beaucoup Robinson et se consacrait au bien-être de la congrégation. Il devint diacre en 1609 afin de mieux répondre aux besoins des fidèles.
En 1618, William Brewster (1568-1644), un membre éminent de la congrégation, publia un tract critiquant l'Église anglicane et, par extension, Jacques Ier d'Angleterre, et un mandat d'arrêt fut lancé contre lui. La congrégation cacha Brewster, mais reconnut l'urgence de déménager afin de pouvoir vivre et pratiquer librement leur religion sans craindre les persécutions. Un projet visant à établir une colonie dans le Nouveau Monde était déjà en place avant la publication de Brewster en raison des conditions de vie de la congrégation anglaise vivant à Leyde. Les emplois bien rémunérés aux Pays-Bas étaient contrôlés par des guildes auxquelles les séparatistes, en tant qu'étrangers, n'avaient pas accès. Ils comprenaient donc déjà qu'ils devaient partir, mais la décision de l'Église à l'encontre de Brewster accéléra le processus.
Négociateur en chef avec Cushman
John Carver et Robert Cushman furent chargés de négocier les détails de l'obtention d'une charte et de l'équipement de l'expédition. L'Angleterre avait établi sa première colonie prospère à Jamestown, en Virginie, en 1607, et en 1617, celle-ci était florissante, principalement grâce à sa culture commerciale du tabac. Carver et Cushman contactèrent la Virginia Company of London, la même qui avait investi à Jamestown, pour obtenir leur charte en 1617 et négocièrent avec le marchand aventurier Thomas Weston pour qu'il leur fournisse des navires et des équipages.
Ces négociations ne se déroulèrent pas toujours sans heurts. Weston mit en relation des investisseurs qui espéraient réaliser des profits avec ceux qui prévoyaient de fonder des colonies dans le Nouveau Monde et, à cette fin, exigea qu'un certain nombre de personnes accompagnent les séparatistes qui n'étaient pas de leur confession (ceux que les "saints" de la congrégation de Leyde, comme ils se nommaient eux-mêmes, appelaient les "étrangers") afin d'aider à établir rapidement une colonie rentable. Weston ne s'intéressait pas aux croyances religieuses des saints, à leurs projets personnels ou aux divergences que pouvaient avoir les différents membres de la congrégation avec les étrangers. Carver et Cushman durent tenir compte de tous ces aspects lors de la préparation de l'expédition, car ils ne pouvaient pas compromettre leur foi dans leurs relations avec Weston – qui semble avoir été un homme peu honorable – mais ne pouvaient pas non plus refuser ses demandes et devaient en même temps tenir compte des souhaits de la congrégation qu'ils représentaient.
Dans ses lettres, Weston se plaint que la congrégation aurait la vie beaucoup plus facile si elle n'était pas aussi rigide. Cushman, qui négociait à Londres, tenta d'apaiser Weston tout en s'assurant que ses actions étaient approuvées par la congrégation de Leyde. Dans ses lettres envoyées depuis Southampton, où il menait les négociations, Carver attaquait Cushman pour sa négligence dans ses relations avec Weston, soulignant que Cushman dépensait trop et exigeait trop peu, tandis que Weston contribuait trop peu et demandait trop.
William Bradford, dans son ouvrage Of Plymouth Colony, reproduit les lettres échangées entre les deux hommes, qui montrent clairement à quel point les relations entre Carver, Cushman et Weston étaient devenues conflictuelles. Carver, à juste titre, ne cessait de rappeler que la congrégation disposait de peu d'argent et qu'il était important d'obtenir le prix le plus bas possible; Weston ne se souciait pas de ce qu'ils pouvaient se permettre et voulait seulement équiper une colonie rentable; Cushman était pris entre deux feux, essayant de prendre en compte les arguments des deux parties. Jusqu'au moment du départ, les trois hommes continuèrent à se disputer et on pense que le stress des négociations, ainsi que le fait que la congrégation se soit rangée du côté de Carver dans la dispute, auraient provoqué la maladie qui finit par conduire Cushman à se retirer du voyage de 1620.
Départ et voyage
L'expédition devait voyager à bord de deux navires: le Speedwell, un navire à passagers, et le Mayflower, une caravelle de transport. Mais le Speedwell prenait l'eau et dut être abandonné. À ce stade, Cushman et plusieurs autres personnes qui se trouvaient à bord du Speedwell décidèrent de rester, et le Mayflower embarqua ceux qui souhaitaient poursuivre le voyage. Avant le départ, Carver supervisa ou participa à la vente de diverses marchandises et objets de valeur afin de couvrir la dette des pèlerins envers Weston et d'autres marchands, ce qui semble avoir éveillé les soupçons des colons à l'égard de Christopher Martin et d'irrégularités financières. Martin était censé avoir acheté certains articles de première nécessité, affirmait l'avoir fait, mais ne parvint pas à les produire. Malgré cela, il fut nommé gouverneur du Mayflower, bien qu'il semble que Carver, qui avait été gouverneur du Speedwell, ait en réalité exercé cette fonction ou, du moins, ait été plus populaire que Martin dans l'administration du navire.
Le départ du Mayflower fut très émouvant, car de nombreuses familles allaient être séparées, peut-être pour toujours, pour autant qu'elles le sachent.. Un certain nombre d'hommes, tant parmi les pèlerins que parmi les étrangers, voyagèrent seuls pour aider à établir la colonie et prévoyaient de faire venir leurs familles plus tard, tandis que d'autres laissaient derrière eux des frères, des mères, des sœurs et des pères qui prévoyaient de venir l'année suivante, et d'autres encore, qui avaient prévu de voyager sur le Speedwell, devaient désormais attendre à Leyde.
Carver embarqua sur le Mayflower avec sa femme Katherine et leurs serviteurs (probablement cinq au total, dont une nommée Dorothy) et un jeune enfant dont ils avaient la charge, Jasper More, l'un des quatre enfants confiés par leur père aux colons. Le Mayflower n'avait pas été construit pour transporter des passagers et l'espace sur le pont des canons (appelé "pont intermédiaire" car situé entre le pont principal et le pont de chargement), où ils voyageraient, était déjà exigu avant l'arrivée des passagers du Speedwell.
Les passagers voyageaient dans une quasi-obscurité et dans des conditions de promiscuité, avec au moins deux chiens, des chèvres, des poulets, plusieurs enfants et les ressentiments divers entre les séparatistes (qui pensaient voyager entre eux) et les étrangers qui s'étaient joints à eux. Carver, en tant que gouverneur du navire, aurait dû trouver un moyen de maintenir la paix entre les deux groupes et, apparemment, il le fit, bien que le récit ultérieur de Bradford ne donne aucun détail à ce sujet. L'affirmation selon laquelle Carver, et non Martin, était en fait le gouverneur du Mayflower est étayée par son élection ultérieure, à bord du navire, comme gouverneur de la colonie, ainsi que par des passages de l'œuvre de Bradford et d'autres auteurs concernant l'impopularité de Martin.
La première partie du voyage semble s'être déroulée sans incident, mais la seconde moitié fut marquée par une mer agitée et des vents violents. Le navire fut dévié de sa route, la poutre centrale se fissura et dut être réparée, et les passagers devaient être presque continuellement mouillés par les vagues qui déferlaient sur le pont principal et se déversaient sur leurs têtes. Lorsque la terre fut enfin aperçue le 9 novembre 1620, ce fut sans doute un grand soulagement, jusqu'à ce qu'ils ne comprennent qu'ils étaient loin de leur destination et qu'ils étaient arrivés dans une région où ils ne pouvaient espérer aucune aide. Le capitaine Jones tenta de naviguer vers le sud pour rejoindre leur destination initiale, mais le mauvais temps et le manque de provisions l'obligèrent à faire demi-tour et à retourner dans la région de l'actuelle Provincetown, dans le Massachusetts.
Mayflower Compact
Le Mayflower était censé accoster dans la colonie anglaise de Virginie, au nord de Jamestown et au sud de l'actuel État de New York, qui était alors contrôlée par les Hollandais au nord, mais qui faisait partie de la charte de Virginie au sud. Croyant qu'ils seraient suffisamment proches d'autres colonies pour échanger ce dont ils avaient besoin et demander de l'aide en cas de besoin, ils n'avaient pas emporté beaucoup d'articles dont ils avaient désormais besoin (tels que des cannes à pêche et du matériel de pêche) et beaucoup d'autres désormais inutiles (plus de 200 paires de chaussures à vendre). Tout aussi important, ils étaient censés débarquer là où la loi anglaise était déjà en vigueur, alors que la côte qu'ils apercevaient depuis le pont du Mayflower était complètement sauvage.
La région était connue du capitaine Jones et de son équipage, ainsi que des passagers qui avaient acheté des cartes de l'Amérique du Nord lors de la planification de l'expédition. Le capitaine John Smith (1580-1631), célèbre pour Jamestown, avait cartographié la région en 1614 et avait même donné un nom à une partie de la baie dans laquelle ils flottaient désormais: New Plymouth. Malgré cela, aucune colonie n'avait été établie à cet endroit, et certains des étrangers à bord déclarèrent ouvertement que, puisqu'il n'y avait pas de loi, ils feraient ce qu'ils voulaient dans cette nouvelle terre et que ce serait chacun pour soi.
Pour contrer cela, le Mayflower Compact fut rédigé, un accord juridique devant être signé par tous, qui stipulait qu'ils promulguerait des lois adoptées démocratiquement et les respecteraient pour le bien commun. On ne sait pas qui eut l'idée de rédiger cet accord, mais il allait devenir essentiel à la survie de la colonie et servir de modèle à des législations similaires ultérieures aux États-Unis d'Amérique pour l'établissement d'un système de gouvernement démocratique. On pense que c'est Carver qui rédigea le document qui fut ensuite signé par les 41 hommes présents; ce n'est qu'après cela que Carver autorisa quiconque à quitter le navire, et le Mayflower jeta l'ancre le 11 novembre 1620.
Premier hiver et les Autochtones
Carver envoya une expédition de 16 hommes, dont Myles Standish (vers 1584-1656) et Stephen Hopkins (1581-1644), afin de trouver un endroit approprié pour s'installer le long de la côte. Les hommes parcoururent la baie dans un petit bateau de style chaloupe, dans des conditions météorologiques difficiles et par des températures proches de zéro. Le 8 décembre 1620, ils furent attaqués par les autochtones de la tribu Nauset lors de ce qui fut appelé la première rencontre. Personne ne fut blessé de part et d'autre, mais ils comprirent qu'ils ne devaient attendre aucune aide de la part des peuples autochtones. Les Nauset ne faisaient toutefois que réagir à ce qu'ils considéraient comme une menace, car ils avaient déjà fait l'expérience d'expéditions européennes sur leurs terres, qui avaient conduit à l'enlèvement et à la vente en esclavage d'un grand nombre d'entre eux, tandis que d'autres mouraient des suites de maladies importées par les Européens.
Les hommes retournèrent au Mayflower avec leur rapport sur un site à New Plymouth, appartenant à John Smith, qui semblait le plus approprié, et le Mayflower traversa la baie pour y jeter l'ancre. Ce n'est qu'à ce moment-là que les femmes et les enfants furent autorisés à quitter le navire et à enfin laver leurs vêtements sur la plage, mais cela permit également à davantage de personnes d'aller chercher de la nourriture sur la terre ferme. Un certain nombre d'entre eux mangèrent des moules vertes trouvées dans l'eau et furent victimes d'une intoxication alimentaire, tandis que d'autres auraient bu l'eau d'étangs stagnants et auraient peut-être contracté la leptospirose. Quelles qu'aient été les nombreuses causes – notamment le manque de nourriture, l'exposition au froid, le scorbut –, de nombreux passagers et membres d'équipage tombèrent malades, et seuls 50 % d'entre eux survécurent au premier hiver.
Carver participa à la planification de la colonie, qui commença le long de Leiden Street (aujourd'hui Leyden Street, Plymouth), à la construction des maisons et chargea Myles Standish de concevoir et de construire un fort pour se protéger des attaques des autochtones. Cependant, le prochain Amérindien qu'ils rencontrèrent vint en paix et allait changer leur destin. Il s'agissait de Samoset (également appelé Somerset, vers 1590-1653), qui les salua en anglais et leur présenta plus tard Tisquantum (mieux connu sous le nom de Squanto, vers 1585-1622), qui leur apprendrait à survivre dans le Nouveau Monde.
Squanto parlait couramment l'anglais, qu'il avait appris après avoir été kidnappé et vendu comme esclave lorsqu'il était jeune. Il s'était échappé, s'était rendu en Angleterre, puis était retourné dans son pays natal vers 1614, pour découvrir que son peuple avait été décimé par la maladie. Squanto servit d'interprète entre les colons et Massasoit, chef de la confédération Wampanoag. Carver et Edward Winslow, avec l'aide de Squanto, conclurent un traité de paix avec Massasoit qui garantissait la survie de la colonie grâce au commerce, à des relations cordiales et à la défense mutuelle contre des ennemis communs.
Conclusion
Contrairement à la légende populaire, Massasoit ne conclut pas ce contrat par pure bonté d'âme ni parce qu'il ignorait qui étaient les Anglais. Les tribus de la Confédération Wampanoag avaient été décimées par la maladie et, en 1621, elles étaient plus faibles que leurs rivaux de la région, les Narragansetts. Massasoit voulait que ces nouveaux Anglais, avec leurs couteaux et leurs haches en fer, deviennent ses alliés afin de renforcer sa position, ce que le traité allait effectivement lui permettre. Carver et Winslow espéraient non seulement survivre dans le Nouveau Monde, mais aussi faire des profits pour les investisseurs. Grâce au commerce des fourrures mis en place, ils réussirent à atteindre ces deux objectifs.
John Carver mourut moins d'un mois après la signature du traité, de causes inconnues. Bradford rapporte qu'il travaillait dans son champ par une journée exceptionnellement chaude du mois d'avril lorsqu'il se plaignit d'un mal de tête et rentra chez lui pour se reposer, avant de mourir peu de temps après. Sa femme, Katherine, ne lui survécut pas longtemps; Bradford note qu'ils étaient très attachés l'un à l'autre et elle serait morte de chagrin.
Avant l'arrivée de Samoset et Squanto, et le traité avec Massasoit, les colons enterraient leurs morts la nuit, sans cérémonie, ne souhaitant pas attirer l'attention ni laisser les autochtones savoir combien de personnes avaient péri. Cependant, lorsque Carver mourut, il reçut tous les honneurs en plein jour et fut profondément pleuré. William Bradford fut alors élu gouverneur de la colonie de Plymouth et son long mandat, ainsi que son célèbre récit, éclipsèrent les réalisations de Carver.
Même si Bradford est régulièrement considéré comme le premier gouverneur depuis des siècles, Carver a toujours été reconnu comme l'un des premiers colons les plus importants de Plymouth. Selon Bradford lui-même, l'esprit doux et démocratique de Carver contribua à façonner et à guider la colonie naissante en tant que premier gouverneur, et les chercheurs modernes s'attachent désormais à faire écho à l'estime que Bradford portait à Carver et à reconnaître pleinement ses réalisations.