William Cecil, 1er baron Burghley (alias Lord Burghley, 1520-1598), fut le ministre le plus important d'Élisabeth Ire d'Angleterre pendant une grande partie de son règne (1558-1603). Lord Burghley fut secrétaire d'État d'Édouard VI d'Angleterre (r. de 1547 à 1553) et d'Élisabeth. Il servit également cette dernière en tant que lord trésorier de 1572 à 1598 et, contrairement à de nombreux grands hommes d'État de la période Tudor, il ne tomba jamais sérieusement en disgrâce auprès de son monarque. Ayant amassé une immense fortune et vécu dans l'impressionnante Burghley House, qui existe encore aujourd'hui, Lord Burghley mourut en 1598. Il avait dominé la scène politique pendant cinq décennies avant de se retirer, laissant derrière lui une lignée noble et durable pour ses descendants.
Jeunesse
William Cecil vit le jour dans le Lincolnshire en 1520, fils d'un petit noble gallois qui s'était illustré en soutenant le premier roi Tudor, Henri VII d'Angleterre (r. de 1485 à 1509). William fut envoyé à Cambridge pour ses études, où il fut formé aux idées humanistes et protestantes. Après l'université, il suivit une formation en droit à Gray's Inn, à Londres. En 1543, William devint membre du Parlement et, bien qu'issu d'un milieu modeste, ses talents administratifs lui permirent de se hisser au sommet de la politique anglaise.
William épousa sa première femme, Mary Cheke, en 1541, mais elle mourut deux ans après leur mariage. Le jour de Noël 1546, William épousa Mildred Cooke (1526-1589), une femme très instruite, fille du célèbre érudit Sir Anthony Cooke (1504-1576). Le couple eut trois enfants: Anne, Elizabeth et Robert.
En 1547, William commença à fréquenter des cercles plus influents lorsqu'il rejoignit l'équipe d'Edward Seymour, duc de Somerset, qui était de facto le régent d'Édouard VI. En 1548, Cecil devint secrétaire d'État pour la première fois, puis en 1550, il rejoignit le Conseil privé de John Dudley, duc de Northumberland (1504-1553), qui avait remplacé Somerset en tant que régent. Cecil préconisait la poursuite de la vente des biens et des droits de perception de l'Église afin d'enrichir les caisses de l'État. C'est au cours de ce premier mandat au sein du gouvernement que Cecil fut fait chevalier.
Un pouvoir plus important s'accompagnait de risques plus grands, et lorsque Somerset fut reconnu coupable de trahison, on se souvint des anciennes relations de William; il fut également emprisonné à la Tour de Londres, mais fut plus tard gracié. La situation ne s'améliora guère avec l'accession au trône de Marie Ire d'Angleterre en 1553 (r. de 1553 à 1558). Cecil traversa cinq années de marasme politique, en grande partie parce que la reine catholique Marie n'appréciait guère ses opinions protestantes ni ses anciennes allégeances politiques. Le fait que Cecil ait conservé toute sa vie, au cas où le vent religieux tournerait à nouveau, une lettre signée par le vicaire de Wimbledon attestant qu'il avait autrefois assisté à la messe, témoigne de son instinct politique rusé et des dangers réels auxquels il fut confronté sous le règne de Marie.
Premier ministre d'Élisabeth Ire
La carrière politique de Cecil reprit son essor avec l'accession au trône d'Élisabeth Ire en novembre 1558. Élisabeth avait déjà tiré parti des talents de Cecil en 1550, lorsqu'elle lui avait confié la gestion de ses domaines privés. La jeune reine nomma immédiatement Cecil secrétaire d'État, poste qu'il occupa jusqu'en 1572. En 1561, Cecil devint maître de la Cour des gardes et des livrées, qui percevait les redevances féodales et s'occupait de certains orphelins. Parallèlement, Cecil gagnait cinq fois son salaire en vendant les postes officiels qu'il avait le pouvoir de attribuer. Dans les années 1560, l'homme d'État emménagea dans sa magnifique nouvelle demeure, Burghley House, une demeure d'inspiration gothique située à Stamford, dans le Lincolnshire.
En octobre 1562, Élisabeth nomma son favori Robert Dudley membre du Conseil privé, à l'âge exceptionnellement jeune de 30 ans. Élisabeth voulait peut-être que Dudley, impétueux et radical, fasse contrepoids à Cecil, beaucoup plus conservateur, et vice-versa. Cette rivalité n'était pas seulement une rivalité d'idées, mais aussi une rivalité entre courtisan et homme d'État. Tout comme sa reine, Cecil privilégiait une voie médiane en matière de religion et s'opposait à l'extrémisme du catholicisme d'un côté et du puritanisme de l'autre. Dudley, quant à lui, soutenait la cause puritaine et cherchait à persécuter les catholiques. Les deux hommes étaient également en désaccord sur la politique étrangère, Dudley souhaitant aider les protestants d'Europe par une aide financière et une intervention militaire directe. Cecil, en revanche, était beaucoup plus conscient des dangers qu'il y avait à s'aliéner l'Espagne et la France catholiques, qui pourraient isoler l'Angleterre ou même la faire entrer en guerre contre ces grandes puissances.
Les opinions de Cecil avaient généralement les faveurs de la reine, et ce n'est que plus tard dans son règne, à la fin des années 1580, que les opinions de Dudley prirent le dessus, même si à cette époque, Burghley considérait lui aussi tous les catholiques comme faisant partie d'un complot européen contre l'Angleterre. Cecil ne parvint jamais à convaincre la reine de se marier et de régler la question de sa succession. Les discussions avec la reine, qui tergiversait sans cesse sur le sort de sa plus proche parente et rivale, Marie Stuart (r. de 1542 à 1567), constituaient un autre sujet de discorde. Marie, maintenue en captivité par sa cousine protestante, était souvent au centre de complots catholiques visant à renverser Élisabeth. En 1569, une rébellion éclata dans le nord de l'Angleterre, fomentée par les comtes de Northumberland et de Westmorland, tous deux fervents catholiques. Les conspirateurs voulaient également voir Cecil renversé; ile le rendaient responsable de l'enthousiasme de la reine pour la poursuite de la Réforme anglaise. Élisabeth réagit avec fermeté à la rébellion en envoyant une armée et en faisant pendre 900 rebelles.
Cecil survécut à cette anicroche et fut présent pour déjouer un autre complot contre la reine, le complot Ridolfi de 1571. Planifié par le duc de Norfolk et un banquier florentin, Robert di Ridolfi, les conspirateurs espéraient s'allier à l'Espagne catholique pour envahir l'Angleterre et donner la couronne à Marie. La trahison fut découverte grâce à l'équipe d'espions de Cecil qui intercepta et déchiffra des lettres codées. Norfolk fut exécuté et l'ambassadeur espagnol expulsé d'Angleterre. Cecil obtint enfin gain de cause lorsque Marie fut exécutée en février 1587, mais il lui fallut beaucoup de persuasion pour parvenir à ce résultat. Même lorsque la sentence horrible fut exécutée, la reine protesta qu'elle n'avait pas donné son dernier mot, ce qui valut à Cecil d'être banni de sa présence pendant un mois.
Surmontant les tentatives de Dudley (désormais Robert Dudley, 1er comte de Leicester) et d'autres pour l'écarter du centre de la politique et du gouvernement, Cecil s'avéra être un pilier permanent et inébranlable du règne d'Élisabeth. En février 1571, la reine lui accorda le titre de baron Burghley. En juin 1572, Cecil fut fait membre de l'Ordre de la Jarretière et, en juillet, il fut nommé Lord Trésorier, poste qu'il occuperait jusqu'à sa mort en 1598. Lord Burghley fit la suivante impression sur un ambassadeur espagnol à la cour d'Élisabeth dans les années 1570:
La personne la plus importante du Conseil à l'heure actuelle est William Cecil, désormais lord Burghley. C'est un homme cruel, mais très astucieux, faux, menteur et plein de ruse. C'est un grand hérétique et un Anglais si ridicule qu'il croit que tous les princes chrétiens réunis ne sont pas capables de nuire au souverain de son pays. Grâce à sa vigilance et à sa ruse, ainsi qu'à son absence totale de scrupules dans ses paroles et ses actes, il pense pouvoir déjouer les ministres des autres princes.
(Ferriby, 190)
Lord Burghley fit également l'objet de critiques plus modernes, certains historiens suggérant qu'il n'avait pas fait grand-chose pour moderniser le système financier de l'État et évaluer plus précisément la valeur des domaines et les impôts à payer sur ceux-ci. Burghley était l'un des principaux responsables de la sous-évaluation lamentable de ses propres revenus à des fins fiscales: 133 livres sterling contre une réalité bien plus confortable de 4 000 livres sterling par an. En conséquence, le gouvernement d'Élisabeth ne fut jamais aussi riche qu'il aurait pu l'être.
Lorsque Philippe II d'Espagne (r. de 1556 à 1598) se lança dans une politique étrangère plus agressive dans les années 1580, Cecil et la reine s'opposèrent à Robert Dudley et Sir Francis Walsingham (1530-1590), qui prônaient une intervention militaire sur le continent. Peut-être trop conscient de l'état des finances de l'Angleterre, Cecil hésita devant le coût de telles campagnes, et lorsque Leicester et Walsingham l'emportèrent en 1585, il s'avéra effectivement difficile de collecter les impôts nécessaires pour équiper correctement une armée aux Pays-Bas et aider les rebelles protestants qui s'y trouvaient. Cecil savait que le système fiscal était injustement défavorable aux pauvres et, lorsque cela s'ajouta aux mauvaises récoltes du milieu des années 1580, des protestations populaires et des émeutes éclatèrent. Les récoltes s'améliorèrent ensuite, et la mort des bellicistes Dudley et Walsingham, respectivement en 1588 et 1590, ainsi que la défaite de l'Armada espagnole en 1588, permirent d'écarter le spectre d'une guerre majeure dans les années 1590. À cette époque, Cecil était, tout comme sa reine, devenu vieux et déconnecté des changements sociaux et politiques, et sa place à la cour d'Élisabeth était désormais occupée par de nouveaux favoris tels que l'aventurier Sir Walter Raleigh (vers 1552-1618).
Mort et héritage
Il est peut-être vrai que la plus grande réussite de William Cecil fut personnelle: sa longévité au sommet du pouvoir. Lorsqu'il était gravement malade et mourant en août 1598, la reine Élisabeth nourrit son allié politique de longue date à la cuillère. Le grand homme d'État fut inhumé dans un magnifique tombeau surmonté d'une effigie le représentant en chevalier médiéval en armure complète (qui était alors déjà depuis longtemps obsolète). Le tombeau est encore visible aujourd'hui dans l'église Saint-Martin de Stamford.
Lord Burghley laissa sa famille dans une situation confortable et fonda une dynastie durable qui se poursuivit immédiatement avec son fils Robert, qui reprit son rôle dans le gouvernement élisabéthain et devint comte de Salisbury. Dans les eaux tumultueuses de la politique des Tudor, Burghley avait non seulement survécu aux caprices royaux, évité les coups bas de ses rivaux et survécu aux naufrages politiques qui coûtaient si souvent la vie aux politiciens de haut rang, mais il avait également enduré et prospéré pendant cinq décennies, démontrant son talent consommé et peut-être inégalé pour diriger le navire de l'État alors même qu'il était commandé par le monarque le plus imprévisible d'Angleterre.