L'art produit par le peuple de Thrace, comme en témoignent les nombreux objets précieux trouvés dans les tombes thraces datant de l'âge du bronze, était, à l'instar de la culture elle-même, un mélange d'idées indigènes et d'influences étrangères. Bien qu'il puisse être difficile de distinguer les objets de grande valeur locaux de ceux importés, les caractéristiques typiques de l'art thrace sont l'utilisation de peintures murales aux couleurs vives pour décorer les tombes, l'utilisation répandue de récipients en métal, en particulier pour l'inhumation des restes des défunts, et les bijoux en métaux précieux de fabrication complexe. Enfin, la poterie grecque à figures noires était particulièrement appréciée, et bon nombre des plus beaux exemples de ce genre ont été retrouvés dans les tombes thraces.
Thrace
Le peuple thrace était l'un des plus anciens habitants des vastes territoires de l'Europe orientale et du sud-est au cours de la fin du deuxième et du premier millénaire avant notre ère, jusqu'à ce qu'il soit progressivement conquis par l'Empire romain au cours des Ier et IIe siècles de notre ère. Malheureusement, ils n'ont pas réussi à développer leur propre alphabétisation et ne laissèrent donc aucune trace écrite de leur histoire. La plus grande partie de ce que nous connaissons à leur sujet proviennent de sources grecques et romaines, dont beaucoup sont d'une exactitude douteuse, et surtout des vestiges archéologiques encore présents aujourd'hui sur les territoires thraces.
Pour comprendre l'importance de cette culture ancestrale, nous dépendons fortement des vestiges que les anciens Thraces ont laissés sous forme de données visuelles telles que des décorations funéraires, des vases en métal, des poteries, des ornements précieux et autres. Un examen approfondi des artefacts et des découvertes archéologiques permet de brosser un tableau détaillé du rôle que l'art jouait dans la culture thrace.
En tant que civilisation composée de nombreuses communautés indépendantes (ou tribus), située à la croisée des chemins entre l'Europe et l'Asie, la Thrace et son développement culturel ont fait l'objet de modifications constantes et d'influences étrangères. Par conséquent, toute tentative d'examiner l'art thrace comme un phénomène homogène et inchangé ne serait pas tout à fait exacte.
Peinture funéraire
Les Thraces décédés étaient soit enterrés, soit incinérés, et leurs restes étaient déposés dans diverses structures funéraires allant de simples fosses creusées dans le sol à des tombes construites, des sarcophages ou des tombes monumentales, que l'on trouve enfouies sous un tumulus. Le peuple thrace avait une forte croyance en l'au-delà et, naturellement, l'intérieur de ces espaces funéraires était aménagé de manière à servir d'espace sacré intermédiaire entre cette vie et la suivante, équipé de tout ce dont le défunt aurait besoin pour poursuivre son voyage spirituel.
Souvent, les murs des tombes anciennes étaient décorés de peintures monochromes simplifiées, en rouge et blanc, réalisées à partir de matériaux organiques et utilisées de manière continue tout au long de l'Antiquité. Depuis la préhistoire, la couleur rouge et ses nuances étaient associées à la mort dans le contexte funéraire, et dans les peintures funéraires, le rouge était utilisé pour représenter la tête et le torse du corps humain, soulignant leur importance physique en tant que réceptacles de l'âme et de l'esprit.
Certains exemples plus tardifs de peintures funéraires présentent des scènes figuratives plus complexes et des ornements plus raffinés, avec une palette plus vive de pigments blancs, noirs, rouges et jaunes. Des scènes de la vie quotidienne, telles que des chasses, des festins, des scènes conjugales, étaient couramment représentées, ainsi que divers thèmes mythologiques et funéraires. Tous les motifs susmentionnés remontent à la période archaïque et constituaient un élément fondamental de l'iconographie funéraire de toute la région méditerranéenne orientale. La décoration des tombes thraces variait considérablement en fonction de la situation géographique et des relations ethniques, politiques, commerciales et culturelles avec les cultures proches ou lointaines.
Vases en métal
De nombreux vases métalliques d'une qualité exceptionnelle sont régulièrement découverts lors de fouilles archéologiques sur ce qui était autrefois supposé être le territoire thrace. Ils ont probablement servi pendant longtemps comme objets prestigieux symbolisant la richesse et le pouvoir, utilisés lors d'occasions importantes ou de fêtes sacrées avant d'être finalement enterrés. L'abondance de ces précieux récipients dans toutes les sépultures riches suggère que, dans la culture thrace, ils étaient également des attributs essentiels destinés à aider le défunt dans l'au-delà et à assurer la continuité de son statut et de sa prospérité dans la vie suivante.
Les petits récipients, qui faisaient souvent partie des services à boire utilisés lors des fêtes ou des rites et cérémonies religieux, tels que les phiales, les bols, les rhytons, les cruches et les passoires, étaient fréquemment fabriqués à partir de métaux précieux comme l'or ou l'argent. Le bronze, bien que souvent utilisé comme substitut à l'or, était également considéré comme un matériau coûteux, accessible uniquement à l'élite, et était le plus souvent utilisé pour les récipients de grande taille tels que les hydries, les situles, les bassines, les cratères et les pichets. De grands récipients en bronze ont été retrouvés à plusieurs reprises dans les tombes de Thraces les plus fortunés et servent d'urnes funéraires pour les cendres des défunts.
Une forme fréquente en Thrace était la phiale, un bol concave peu profond sans anses et généralement doté d'un omphalos (nombril) central. Dans la vie quotidienne, certaines phiales profondes étaient utilisées comme coupes à vin, mais elles avaient généralement une fonction rituelle importante lorsqu'il s'agissait de verser des libations aux dieux ou aux ancêtres défunts. La phiale de type achéménide, avec son bord décalé et peu profond, et la forme grecque à bord droit étaient toutes deux courantes en Thrace. De nombreux ateliers thraces ont adopté certaines caractéristiques stylistiques étrangères, mais ont également intégré leurs traditions stylistiques locales.
Un autre type de récipient à boire et élément essentiel de la culture thrace était sans aucun doute le rhyton, un récipient en forme de corne se terminant généralement par une partie avant ou une tête d'animal et muni d'un petit bec verseur à l'extrémité inférieure pour verser le liquide. Les rhytons étaient des récipients cérémoniels, utilisés pour les libations lors des fêtes. Le grand nombre de rhytons trouvés en Thrace suggère qu'ils étaient populaires parmi les princes et les dignitaires thraces.
Il est toutefois important de noter que les récipients précieux trouvés en Thrace n'étaient pas toujours de fabrication locale. L'aristocratie thrace appréciait constamment les importations étrangères, produites dans divers ateliers à travers le monde artistique antique, de l'Anatolie pré-achéménide à la Grèce classique, et de l'Étrurie à l'Orient hellénisé. Certaines d'entre elles étaient apportées par les délégations athéniennes comme cadeaux diplomatiques aux chefs tribaux thraces locaux afin de garantir le commerce de marchandises très recherchées, telles que les métaux précieux, le bois et les fourrures animales. D'autres possessions de grande valeur arrivaient par le biais du commerce ou en tant que substitut de paiement lors de transactions avec les tribus. Enfin, l'acquisition fréquente de récipients précieux prenait souvent la forme de butin de guerre.
Poterie
Les formes des poteries de la Thrace antique étaient extrêmement variées et évoluaient constamment en fonction des tendances générales du monde méditerranéen antique de l'époque; il était donc possible de définir de nombreux groupes technologiques et stylistiques.
Les premiers exemples de poterie trouvés sur les territoires thraces, datant de l'âge du bronze, étaient principalement fabriqués à la main, d'apparence assez primitive et l'argile contenait de nombreuses impuretés. La poterie était plutôt produite dans un cadre domestique que dans un atelier. Les formes prédominantes comprenaient divers types de bols, cruches, pichets, kantharos, tasses et récipients de stockage, tous utilisés dans la vie quotidienne des Thraces. La décoration était relativement simple, avec divers motifs disposés en combinaisons géométriques par incision ou estampage.
Au cours des périodes archaïque tardive et classique, la poterie tournée au tour apparut peu à peu dans certaines régions de Thrace. Les potiers thraces réussirent à améliorer la qualité des pots en utilisant de l'argile contenant moins d'impuretés. La forme générale devint plus raffinée et certaines influences étrangères furent intégrées dans la conception.
Un groupe particulier de récipients était plus prédominant, à savoir la poterie monochrome, souvent appelée "poterie grise". Une caractéristique distinctive de ce type de poterie était sa surface généralement polie, d'une couleur brillante, grisâtre à noire. Ce type de poterie était peut-être la catégorie de vaisselle la plus répandue dans la Thrace antique, et son utilisation se poursuivit jusqu'à l'époque hellénistique.
D'autres découvertes archéologiques datant de la période classique ont également montré une abondance de vases importés de Grèce, décorés de figures noires et rouges, en particulier ceux provenant des colonies grecques occupant certaines parties des côtes nord de la mer Égée et de la mer Noire. Les nombreuses découvertes de récipients dans cette région présentent une plus grande variété de formes, telles que des cratères à colonnes, des cratères en cloche, des hydries, des lécythes et des pélikès. Les scènes décoratives préférées des Thraces étaient celles qui manifestaient des croyances religieuses ou funéraires.
Au cours de la période hellénistique, la poterie thrace subit des changements importants. La popularité de la poterie monochrome grise fut progressivement remplacée par plusieurs autres groupes stylistiques, tels que la poterie rouge unie, la poterie à glaçure noire et la poterie de type West Slope.
Bijoux
Les Thraces étaient particulièrement doués pour la fabrication de bijoux précieux. Chez les Thraces, les parures de l'élite n'étaient pas seulement considérées comme de simples ornements, mais plutôt comme un moyen essentiel de démontrer le statut et la richesse de celui qui les portait et de souligner les fonctions religieuses et cérémonielles exercées par l'individu.
Les premiers exemples de bijoux trouvés en Thrace représentent des ornements principalement associés aux vêtements, tels que de petites fibules et des pendentifs en bronze, en fer, en argent et, plus rarement, en or. Les bracelets et boucles d'oreilles trouvés occasionnellement étaient généralement d'apparence quelque peu grossière et lourde, faits de perles de bronze ou d'ambre.
Plus tard, à l'époque classique, période marquée par l'émergence progressive des États et de l'aristocratie en Thrace, les bijoux acquirent une fonction essentielle en tant que signe de statut politique et social, réservé à l'élite. Le design des ornements précieux changea radicalement et de nouvelles formes de style grec furent introduites. Les boucles d'oreilles, les bracelets et les bagues étaient désormais principalement fabriqués en or et les artisans et orfèvres thraces utilisaient des techniques décoratives étrangères, telles que le moulage, le repoussé et le filigrane.
Après le milieu du IVe siècle avant J.-C., la mode de style grec évolua peu à peu jusqu'à ce que les bijoux thraces ne s'adaptent presque entièrement aux traditions hellénistiques, notamment l'utilisation de l'incrustation, de l'émail et de la polychromie, avec des formes et des motifs grecs plus récents et à la mode.
