Nicéphore Ier

Mark Cartwright
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le
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Nikephoros I Captured by Krum (by Unknown Artist, Public Domain)
Nicéphore Ier capturé par Kroum Unknown Artist (Public Domain)

Nicéphore Ier, dit le Logothète, régna en tant qu'empereur de l'Empire byzantin de 802 à 811 ap. J.-C. Ancien ministre des Finances qui contribua beaucoup à améliorer l'économie de l'État, Nicéphore Ier n'était pas particulièrement populaire auprès des paysans surimposés et des marchands surréglementés de l'empire. Après avoir remporté des victoires dans les Balkans, il connut un succès initial dans ses affaires étrangères, mais dut ensuite faire face à une rébellion en Asie Mineure en 806 et à des défaites successives face au califat abbasside. L'empereur fut tué sur le champ de bataille en Bulgarie, et son crâne fut transformé en une coupe à boire doublée d'argent par son ennemi juré, le khan bulgare Kroum.

Succession

Irène l'Athénienne (r. de 797 à 802) fut la première femme à régner en tant qu'empereur byzantin à part entière. Épouse de Léon IV (r. de 775 à 780) et régente pour son jeune fils Constantin VI de 780 à 790, Irène prit le pouvoir à elle seule en 797 après avoir enduré l'ignominie de l'exil pour avoir insisté sur le fait qu'elle devait régner au-dessus de son fils, peu importe son âge. Cependant, son projet d'alliance matrimoniale avec Charlemagne, roi des Francs et empereur d'Occident, était un pas de trop pour la classe dominante byzantine et elle fut destituée et exilée pour la deuxième fois en octobre 802. Nicéphore, le ministre des Finances (logothetes tou genikou) sous Irène, fut choisi pour être le nouvel empereur.

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Politique intérieure

Compte tenu de son ancien rôle ministériel, il n'est peut-être pas surprenant que Nicéphore se soit rapidement attelé à assainir l'économie byzantine après les années chaotiques du règne d'Irène. Depuis quelque temps, les caisses de l'État étaient moins remplies qu'elles n'auraient dû l'être en raison de l'inefficacité du recouvrement des impôts et des trop nombreux privilèges fiscaux accordés par Irène à tout le monde. En conséquence, les registres d'imposition furent réévalués et de nouveaux impôts fonciers furent imposés. Une nouvelle taxe, la capitation (kapnikon), fut instaurée, payable par tous les paysans qui travaillaient sur des terres appartenant à des églises et à des monastères. Une autre charge était l'obligation pour tous les villages de financer les armes et l'équipement militaire des membres de la communauté qui n'avaient pas les moyens de le faire eux-mêmes. Le village devait également payer les arriérés d'impôts de ses habitants les plus pauvres.

Les réformes fiscales de l'empereur portèrent leurs fruits et l'État se trouva très vite dans une situation financière bien plus saine que sous ses prédécesseurs.

D'autres impôts comprenaient des droits sur les marchandises importées, notamment sur les esclaves achetés à l'extérieur de l'empire. Ces droits étaient relativement faciles à percevoir, car l'État contrôlait la plupart des points d'accès ouverts aux marchands. Les commerçants étaient également touchés par l'interdiction des prêts privés, et les armateurs ne pouvaient lever des fonds que par l'intermédiaire de l'État, qui pratiquait un taux d'intérêt de 17 % (alors que le taux habituel était inférieur à 6 %). Enfin, un impôt sur les successions fut introduit. Il semble qu'avoir un comptable comme empereur ait eu de sérieuses conséquences.

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Comme on pouvait s'y attendre, les impôts de Nicéphore n'étaient pas très populaires, en particulier auprès de l'Église qui, non seulement en souffrait elle-même, mais les considérait également comme un fardeau inutile pour une paysannerie déjà appauvrie. Les monastères étaient particulièrement visés, leurs biens étaient souvent confisqués ou ils étaient contraints d'héberger des unités militaires sans être rémunérés. L'une des principales voix de la contestation était celle de Théophane le Confesseur (mort vers 818), qui rédigea son histoire Chronographia sur cette période et qui, comme on pouvait s'y attendre, contient une section peu flatteuse sur le règne de Nicéphore Ier.

Gold Coin of Nikephoros I
Pièce d'or de Nicéphore I The British Museum (Copyright)

L'Église n'était pas non plus satisfaite du choix de l'empereur pour le poste important de patriarche (évêque) de Constantinople. Il choisit de manière déroutante son homonyme, le laïc érudit Nicéphore Ier (r. de 806 à 815), le soutien du nouvel évêque au second mariage de Constantin VI (r. de 780 à 797) en 795, qui avait donné lieu à la controverse moechienne sur la question de savoir si un empereur devait se remarier, déclencha une nouvelle série de débats houleux et de conflits entre certains éléments de l'Église et l'empereur. L'évêque Nicéphore avait convoqué un synode de clercs et de laïcs en 806, qui reconnut le mariage et pardonna à Joseph, le prêtre qui avait célébré la cérémonie. Les moines et les disciples de Théodore le Studite, qui avaient été persécutés pour s'être opposés au mariage à l'époque, étaient particulièrement mécontents. La question ne fut résolue qu'en 811, lorsque l'empereur Michel Ier (r. de 811 à 813) exila Joseph et rappela Théodore et ses disciples de leur exil.

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Malgré ces controverses, les réformes fiscales de l'empereur portèrent leurs fruits et l'État se retrouva dans une situation financière bien plus saine que sous ses prédécesseurs. L'armée et la marine purent être financées et développées, et les fortifications de Constantinople furent également améliorées. L'empire fut encore renforcé par le mouvement de colons loyaux d'Asie Mineure vers la Grèce, l'amélioration des défenses en Grèce et la création de nouvelles provinces militaires (thèmes) dans les Balkans. Ces provinces étaient la Thrace, la Macédoine, la Céphalonie, Dyrrachium et Thessalonique, avec Thessalonique comme capitale.

Politique étrangère

Après avoir renforcé la puissance militaire à sa disposition, Nicéphore entreprit de l'utiliser à bon escient. Il remporta des victoires contre les Slaves dans le Péloponnèse et dans la région de Serdica en Bulgarie. Une escarmouche mineure avec Charlemagne et les Francs au sujet de Venise fut réglée par un traité de paix en 807, mais un autre affrontement naval eut lieu en 810 lorsque le doge Obelerio Antenoreo se montra déloyal à l'égard du pouvoir byzantin.

The Byzantine Empire in the mid-9th century CE
L'Empire byzantin au milieu du IXe siècle Bigdaddy1204 (CC BY)

Les Bulgares, unifiés et dirigés par leur charismatique Khan Kroum (r. vers 802-814), se révélaient désormais particulièrement gênants. En 808, Kroum anéantit une armée byzantine près du fleuve Strymon, et en 809, il fit de même avec la garnison byzantine de Sofia. Il réussit également à s'emparer du coffre au trésor de l'armée contenant 80 000 pièces d'or. Nicéphore réagit admirablement à ces coups en rassemblant une importante force de représailles et en pillant la capitale bulgare à Pliska en 810, puis à nouveau en 811, où hommes, femmes et enfants furent massacrés sans pitié. La forteresse de Sofia fut également reconstruite.

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La révolte de Tourkos eut pour conséquence d'affaiblir le contrôle byzantin sur l'Asie Mineure.

Ailleurs, cependant, la situation était différente. En 803, une grave révolte fut menée par Bardanès Tourkos, commandant militaire de cinq provinces d'Asie Mineure. La révolte ne dura qu'un mois et prit fin lorsque certains commandants revinrent soutenir l'empereur et que Bardanès Tourkos se retira dans un monastère.

La révolte de Tourkos eut pour conséquence d'affaiblir le contrôle byzantin sur l'Asie Mineure, une situation pleinement exploitée par Hâroun ar-Rachîd (r. de 789 à 809), chef du califat abbasside basé à Bagdad, qui s'empara de Tyana et d'Héraclée aux Portes de Cilicie en 806. La paix entre les deux États ne fut conclue qu'en 807, au prix d'un lourd tribut versé par Nicéphore à son rival: 30 000 pièces d'or nomisma par an.

Khan Krum of the Bulgars
Kroum, Khan des Bulgares Unknown Artist (Public Domain)

La campagne en cours contre les Bulgares fut encore plus désastreuse. Après les succès retentissants mentionnés ci-dessus, le sort des Byzantins connut un revers des plus spectaculaires. Nicéphore et son armée furent pris en embuscade près de Pliska le 25 juillet 811. Les Bulgares avaient attendu la tombée de la nuit, puis, à l'aide de palissades en bois, ils bloquèrent l'entrée et la sortie d'un étroit col de montagne où les Byzantins avaient établi leur campement pour la nuit. Le lendemain matin, l'armée byzantine était piégée et presque entièrement anéantie par l'épée, le feu et les glissements de terrain provoqués par les Bulgares. De nombreux généraux byzantins de haut rang périrent dans cette catastrophe, et même les quelques cavaliers qui réussirent à échapper au désastre furent poursuivis jusqu'à ce qu'ils ne tombent dans un ravin et ne se noient dans la rivière en contrebas.

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Le plus tragique dans tout cela, c'est que Nicéphore Ier fut tué au combat, devenant ainsi le premier souverain byzantin à subir un tel sort aux mains d'étrangers depuis plus de 400 ans. Son corps fut identifié grâce à ses bottes pourpres et présenté à Kroum, qui fit couper sa tête et l'exposa sur une pique pendant plusieurs jours. Kroum fit ensuite incruster le crâne de Nicéphore d'argent et le transforma en coupe à boire, qu'il utilisa avec ses alliés pour trinquer à leur victoire. Le chef bulgare aurait même conservé ce souvenir et forcé les ambassadeurs de Constantinople en visite à boire dans cette coupe chaque fois que l'occasion se présentait.

Successeurs

En 811, Nicéphore fut suivi par son fils et héritier Staurakios (alias Stauracius). Malheureusement pour l'empire, Staurakios avait été gravement blessé lors de la même bataille qui avait coûté la vie à son père. Le jeune empereur succomba à ses blessures deux mois seulement après avoir hérité de son titre. Le suivant à prendre la relève fut Michel Ier Rhangabé, époux de Procopia, sœur de Staurakios, et soutenu par le patriarche Nicéphore, mais il ne régna que deux ans. Pendant cette brève période, l'empereur parvint à conclure la paix avec Charlemagne à l'ouest et à récupérer les possessions byzantines sur la côte adriatique. Une fois de plus, cependant, les Bulgares, source de troubles, furent responsables d'un changement impérial lorsqu'ils vainquirent l'armée de Michel en 813. Contraint d'abdiquer après cette débâcle, Léon V l'Arménien, un général éminent, monta sur le trône la même année. Il apporta une stabilité bien nécessaire et régna jusqu'en 820.

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth, responsable de Traduction, est diplômée en anglais et en français langue étrangère. Parlant couramment le français, l'anglais et l'italien, elle a enseigné l'anglais au British Council à Milan, en Italie.

Auteur

Mark Cartwright
Mark est un auteur, chercheur, historien et éditeur, à plein temps. Il s'intéresse particulièrement à l'art, à l'architecture et à la découverte des idées que partagent toutes les civilisations. Il est titulaire d'un Master en Philosophie politique et est le Directeur de Publication de WHE.

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Style APA

Cartwright, M. (2025, décembre 15). Nicéphore Ier. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-16762/nicephore-ier/

Style Chicago

Cartwright, Mark. "Nicéphore Ier." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, décembre 15, 2025. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-16762/nicephore-ier/.

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Cartwright, Mark. "Nicéphore Ier." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, 15 déc. 2025, https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-16762/nicephore-ier/.

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