Léon V l'Arménien fut empereur de l'Empire byzantin de 813 à 820 après J.-C. Il était d'origine arménienne et fut le dernier souverain de la dynastie isaurienne fondée par Léon III (r. de 717 à 741). Après ses premiers succès militaires contre les Bulgares, le règne de l'empereur est surtout connu pour avoir marqué le début de la deuxième vague d'iconoclasme dans l'Église byzantine, c'est-à-dire la destruction des icônes religieuses et le traitement comme hérétiques de ceux qui les vénéraient.
Succession
L'empereur Michel Ier Rhangabé (r. de 811 à 813), dépensait sans compter pour les églises et les monastères, mais se révéla incapable de mener une guerre. Les défaites face à Kroum, le khan ou chef des Bulgares (r. de 803 à 814), et une mutinerie au sein de sa propre armée signifièrent que les jours de Michel étaient comptés. Le général Léon fut choisi comme personnalité la plus apte à défendre l'empire en ces temps troublés. Léon, un Arménien d'origine modeste, avait gravi les échelons de l'armée byzantine grâce à son talent pour finalement devenir strategos ou gouverneur militaire de la province (thème) d'Anatolikon, la région la plus importante d'Asie Mineure et un rempart essentiel contre les envahisseurs arabes. Léon précipita les événements vers une crise en juin 813, lors de la bataille de Versinicia, près d'Andrinople. Face à l'armée bulgare, Léon et ses troupes anatoliennes se retirèrent du champ de bataille, laissant les troupes macédoniennes restantes se faire massacrer. L'armée bulgare marcha alors sur Constantinople et campa près de la muraille de Théodose de la ville.
Michel abdiqua et s'enfuit pour se réfugier dans une église; il échappa ainsi au sort terrible de la plupart des empereurs byzantins qui perdirent leur trône au profit d'un usurpateur, mais ses fils furent castrés et sa femme et ses filles envoyées dans un couvent afin de s'assurer qu'aucun d'entre eux ne tente de revendiquer le trône. Michel lui-même fut banni dans un monastère situé sur une île de la mer de Marmara et Léon fut proclamé empereur sous le nom de Léon V.
Kroum et les Bulgares
La tâche immédiate du nouvel empereur était de traiter avec les nouveaux voisins de la capitale dans le campement de l'armée bulgare, mais aucun des deux camps ne doutait de l'imprenabilité de la muraille de Théodose. Au lieu d'un siège futile, Kroum exigea une énorme rançon en or, accompagnée d'un lot supplémentaire des plus belles femmes que les Byzantins pouvaient rassembler. Léon proposa de rencontrer Kroum en personne, sans armes et accompagné seulement d'une poignée de serviteurs, là où les fortifications de la ville descendaient vers la mer. Il s'agissait bien sûr d'un piège, et trois des hommes de main de l'empereur tentèrent de tuer le chef bulgare. Kroum réussit à s'échapper à cheval, mais fut néanmoins blessé. Il devint, naturellement, déterminé à exercer une terrible vengeance. Le lendemain, les Bulgares incendièrent les vastes colonies, les monastères et les églises qui se trouvaient au-delà de la protection des murs de la capitale. Tous les individus qui se trouvaient encore dans la région furent tués sans pitié, et l'armée bulgare se retira en laissant derrière elle une traînée de destruction alors qu'elle rentrait chez elle. Des villes et des villages entiers furent rayés de la carte, notamment la ville d'Andrinople, dont les 10 000 habitants furent faits prisonniers et conduits de force à travers le Danube.
Léon réagit par une attaque surprise contre une armée bulgare campée près de Messembria, sur la côte bulgare de la mer Noire. Menant comme toujours son armée en personne, l'empereur écrasa l'ennemi et, s'enfonçant plus profondément dans le territoire bulgare, massacra sans pitié les populations civiles qu'il rencontrait, y compris les femmes et les enfants. Outré, Kroum décida finalement d'attaquer Constantinople au début du printemps 814, malgré les défenses redoutables de la ville. Pleinement conscient de la tâche qui l'attendait, le khan bulgare fit des préparatifs minutieux et rassembla les engins de siège, les catapultes et les béliers nécessaires. Mais tout cela fut vain, car Kroum mourut à l'improviste d'une crise cardiaque (probablement un accident vasculaire cérébral) et son successeur, son jeune fils Omortag, avait déjà fort à faire avec la rébellion de sa propre aristocratie dans son pays et les Francs qui menaçaient sa frontière occidentale pour se soucier de la tâche quasi impossible de prendre Constantinople. L'armée bulgare rentra chez elle et un traité de paix fut signé, rétablissant les frontières de 780. Peu à peu, les villes ravagées de Thrace et de Macédoine furent reconstruites par Léon, qui se révéla être un administrateur compétent en plus d'être un général doué. L'autre ennemi majeur de l'empire à cette époque, le califat arabe, étant également paralysé par des conflits internes, Léon put enfin se concentrer sur ses propres affaires intérieures.
Iconoclasme
Pour de nombreux souverains byzantins, le plus grand défi idéologique à leur pouvoir et leur ennemi numéro un étaient les membres de l'Église chrétienne qui soutenaient la vénération des icônes. Léon ne fit pas exception, même si la plupart des dissensions étaient de son propre fait. En 815, à la suite d'un concile des anciens de l'Église convoqué par le savant moine arménien Jean VII le Grammairien à Constantinople, Léon lança une deuxième vague d'iconoclasme dans l'Église byzantine (la première ayant eu lieu entre 726 et 787), au cours de laquelle toutes les icônes religieuses importantes furent détruites et ceux qui les vénéraient furent persécutés en tant qu'hérétiques.
La motivation de l'empereur à soutenir l'iconoclasme, comme l'avaient fait ses prédécesseurs tels que Constantin V (r. de 741 à 775), outre le fait qu'il s'agissait d'un moyen évident d'exercer l'autorité impériale sur l'Église en général, était la conviction qu'une série de défaites militaires était une punition divine pour avoir vénéré des idoles. Cette croyance fut renforcée lorsque certaines victoires furent remportées pendant la première vague d'iconoclasme et, pendant cette deuxième vague, les armées byzantines remportèrent également des victoires modestes contre les Bulgares. Léon lui-même n'avait peut-être pas de telles convictions, mais un nombre suffisant de membres de l'armée et de paysans les partageaient pour que la question devienne une source potentielle de troubles si l'empereur ne prenait pas de mesures contre les iconophiles.
L'opposition initiale à la nouvelle politique fut menée par le patriarche (évêque) de Constantinople, Nicéphore Ier, qui refusa de signer le décret officiel d'iconoclasme publié par le concile. Nicéphore fut rapidement remplacé par Théodote Ier Cassitéras, plus sympathique à la cause. Parmi les victimes les plus célèbres de la deuxième persécution figuraient les moines Théodore Graptos, qui fut marqué au fer rouge sur le front pour ses croyances, et Théophane le Confesseur, auteur de la Chronographia, une histoire célèbre de Byzance du IIIe au IXe siècle. Le règne de terreur contre les iconophiles ne prit fin qu'en 843, le mouvement visant à débarrasser l'Église des icônes ayant finalement perdu le soutien impérial et étant incapable de convaincre la majorité des chrétiens qui continuaient de toute façon à vénérer les icônes en privé.
Mort et successeurs
Léon avait toujours récompensé ses partisans dans l'armée, de sorte que des hommes ambitieux comme Thomas le Slave, Manuel et Michel l'Amorien furent promus aux plus hauts postes militaires de l'empire. Cependant, cette politique se retourna quelque peu contre lui lorsque Michel, l'allié le plus ancien et le plus proche de Léon, fit assassiner l'empereur dans la chapelle du Grand Palais de Constantinople le jour de Noël 820. En réalité, Michel fut plutôt poussé à commettre cet acte dramatique, car il venait d'être condamné à mort par Léon la veille. La méthode novatrice choisie consistait à attacher la victime à un singe et à jeter les deux dans les fourneaux qui chauffaient les bains du palais. Michel, accusé d'avoir fomenté une rébellion, fut sauvé de cette fin ignominieuse par ses partisans qui se déguisèrent en un chœur de moines et massacrèrent l'empereur. Léon ne se laissa toutefois pas faire facilement et se défendit pendant une heure à l'aide d'une grande croix métallique avant de finalement succomber à ses assassins.
Michel II fut libéré de prison et immédiatement couronné, toujours enchaîné car personne n'avait trouvé les clés. Pendant ce temps, le corps mutilé de Léon fut traîné nu autour de l'hippodrome de Constantinople pour être ridiculisé en public. Michel, qui n'avait accédé au trône que par ambition personnelle, fonda la dynastie amorienne et régna jusqu'en 829, date à laquelle il fut suivi par son fils Théophile (r. de 829 à 842), qui poursuivit avec véhémence la persécution des iconophiles.
[naasr]