Léon VI

Mark Cartwright
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le
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Leo VI & Saint Theophano (by Unknown Artist, Public Domain)
Léon VI et sainte Théophanô Unknown Artist (Public Domain)

Léon VI fut empereur de l'Empire byzantin de 886 à 912. Il fut le deuxième empereur de la dynastie macédonienne et est parfois surnommé "Léon le Sage" en référence à sa production littéraire prolifique, qui allait des discours aux codes juridiques. Les campagnes militaires de Léon VI à l'étranger ne furent guère couronnées de succès, et l'empire subit des défaites face aux Bulgares dans les Balkans et aux Arabes en Sicile et dans la mer Égée. À l'intérieur du pays, la situation était différente, et le règne de l'empereur fut exceptionnellement stable, pacifique et prospère pour son peuple.

Parenté et succession

Bien que Léon fût officiellement le fils et l'héritier de Basile Ier (r. de 867 à 886), la rumeur voulait qu'il fût en réalité le fils de Michel III (r. de 842 à 867). En effet, l'épouse de Basile et mère de Léon était Eudocie Ingérina, qui avait autrefois été la maîtresse de Michel. Basile avait eu un autre fils, son aîné, préféré et héritier présomptif, Constantin, mais celui-ci était mort prématurément en 879 de causes inconnues. La relation de Basile avec son deuxième héritier était difficile. Léon, contraint d'épouser une jeune fille choisie par son père, la pieuse Théophanô, s'était trouvé une maîtresse nommée Zoé Tzaoutzina, que son père, tout naturellement, désapprouvait. Basile tenta, sans succès, de mettre fin à cette relation en bannissant la jeune fille et en faisant de son fils un prisonnier dans une aile du palais royal. Battu, emprisonné et menacé d'être aveuglé, il n'est peut-être pas étonnant que Léon ait nourri une rancune qui allait un jour s'avérer fatale pour son père.

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Basile Ier mourut en 886. Selon les archives officielles, la cause du décès fut un accident de chasse. L'histoire était invraisemblable: l'empereur de 74 ans aurait été traîné sur une distance improbable à travers les bois par un cerf, puis secouru par un groupe dirigé par le père de Zoé. Il semble beaucoup plus probable que Léon ait fait en sorte que son père soit tout simplement poussé de son trône. Il est peut-être significatif que l'une des premières mesures prises par le nouvel empereur de 19 ans, désormais Léon VI, ait été d'exhumer le corps de Michel III de sa tombe anonyme et de l'enterrer avec tous les honneurs impériaux dans un magnifique sarcophage de marbre dans l'église des Saints-Apôtres à Constantinople.

Le quatrième mariage de Léon en 906 avec sa maîtresse Zoé Carbonopsina fut un pas de trop pour l'Église.

Vie personnelle et tétragamie

La vie personnelle de Léon fut certainement mouvementée. Lorsque sa première épouse Théophanô mourut en 895, à l'âge de 20 ans seulement, il put enfin épouser sa maîtresse arménienne Zoé Tzaoutzina, en 898. Théophanô, pour sa piété et ses bonnes œuvres, fut plus tard canonisée. Léon promut le père de Zoé, Stylianos Tzaoutzès, au poste de conseiller personnel, inventant pour lui le nouveau titre de basileopatôr. Dans un autre geste visant à prendre soin de sa famille avant tout, l'empereur nomma son frère cadet Étienne, évêque (patriarche) de Constantinople, alors qu'il n'avait que 15 ans. Malheureusement, Zoé mourut un an après son mariage et Léon était toujours sans héritier. Un troisième mariage était nécessaire, mais l'Église ne tolérait traditionnellement pas plus de deux mariages. Néanmoins, Léon alla de l'avant et se remaria, cette fois avec Eudocie Baïana en 900, mais la troisième fois ne fut pas la bonne, car elle mourut en couches avec son bébé en 901. Il n'y avait toujours pas d'héritier au palais.

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Basil I & Leo VI Confront Each Other
Basile Ier et Léon VI s'affrontent Unknown Artist (Public Domain)

Après la mort d'Eudocie, le quatrième mariage de Léon en 906 avec sa maîtresse Zoé Carbonopsina fut un pas de trop pour l'Église. Tout d'abord, le couple avait déjà eu un enfant hors mariage l'année précédente, le futur empereur Constantin VII. Léon voulait probablement s'assurer que le mariage en valait la peine, car c'était absolument sa dernière chance d'avoir un fils. Ensuite, le patriarche de Constantinople, Nicolas Ier Mystikos, était fermement opposé à un nouveau mariage de l'empereur, ce qui déclencha la crise connue sous le nom de tétragamie. Léon ne se laissa toutefois pas dicter sa conduite par un évêque et épousa quand même sa deuxième Zoé, puis destitua et exila Nicolas en 907, le remplaçant par Euthymios, qui lui était plus favorable. Les deux évêques avaient chacun leurs propres groupes de soutien puissants, et l'Église byzantine se trouva donc divisée sur la question. Léon revint plus tard sur sa décision et rappela Nicolas, puis destitua Euthymios Ier en 912, mais la réconciliation complète au sein de l'Église ne fut pas réalisée avant 917.

Léon brouilla encore davantage les cartes ecclésiastiques en obtenant l'approbation du pape pour son quatrième mariage, ce que Serge III était prêt à lui accorder car, après une longue rivalité, cela lui donnait l'impression d'avoir une certaine supériorité sur l'Église de Constantinople. Léon avait déjà réussi, grâce à quelques fausses promesses faites au patriarche, à faire baptiser son fils illégitime le 6 janvier 906, et il obtint enfin la bénédiction de l'Église pour son mariage avec Zoé. L'empire avait enfin l'héritier légitime dont il avait tant besoin pour éviter une guerre civile de succession à la mort de Léon.

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Campagnes militaires

Le règne de Léon fut décidément peu inspiré en matière de guerre, avec des défaites à n'en plus finir. L'Empire byzantin subit des déconvenues majeures contre Siméon Ier le Grand, tsar des Bulgares (r. de 893 à 927), dans les Balkans. Siméon n'appréciait guère l'emprise byzantine sur le commerce, l'imposition de nouveaux droits d'importation sur les marchandises bulgares et le transfert du port officiel d'importation de l'État de Constantinople au port moins accesssible qu'était Thessalonique. Siméon envahit le territoire byzantin en 894, mais fut repoussé par les alliés de Léon, les Magyars, qui attaquèrent par l'arrière. Le retrait des troupes byzantines, qui pensaient avoir tout sécurisé, fut immédiatement suivi par la formation d'une nouvelle alliance entre Siméon et les Petchenègues turcs, qui attaquèrent à nouveau la Thrace. Les victoires successives de Siméon finirent par forcer Constantinople à payer un tribut important et à renégocier un accord commercial plus favorable aux Bulgares.

Il remporta quelques succès contre le califat arabe en Arménie et en Syrie, mais essuya davantage de revers plus près de chez lui. Abydos et Thessalonique tombèrent aux mains de l'amiral arabe (bien qu'il se soit en fait agi d'un Grec converti à l'islam) Léon de Tripoli en 904. Thessalonique, la deuxième ville la plus importante de l'empire, dont les fortifications avaient récemment été gravement endommagées par un tremblement de terre, fut pillée et, au cours d'une semaine de carnage, la moitié de sa population fut tuée ou réduite en esclavage. Une sorte de revanche fut obtenue lorsque les Byzantins pillèrent la ville de Tarse, alors sous contrôle arabe, en 905. Les Arabes avaient déjà essuyé des défaites en Sicile et, avec la perte de Taormine le 1er août 902, le contrôle byzantin sur l'île avait complètement disparu. Constantinople fut attaquée en 907 par Oleg, prince de Kiev (r. de 879 à environ 912), bien qu'un traité conclu en 911 ait établi des relations commerciales entre les deux États. Toujours en 911, une nouvelle tentative des Byzantins pour reprendre la Crète aux Arabes échoua. Enfin, en 912, une flotte byzantine fut détruite au large de Chios par les Arabes, sous le commandement, une fois de plus, de Léon de Tripoli. Léon avait peut-être réussi à créer un empire pacifique et prospère à l'intérieur de ses frontières, mais à l'extérieur, ses campagnes furent désastreuses.

Leo VI
Léon VI Jose Luiz (CC BY-SA)

Réformes juridiques et littérature

Léon poursuivit les réformes juridiques de son prédécesseur, achevant probablement le travail de Basile sur la refonte de l'ancien code de lois de Justinien. Ces réformes, connues sous le nom collectif de Basilika ("lois impériales"), remplissaient 60 volumes, mais furent résumées dans deux manuels, l'Épanagogue (886) et le Procheiron (907). Les principaux points d'intérêt étaient que les lois étaient rédigées en grec et non en latin, et qu'elles étaient classées par sujet afin de faciliter leur consultation par les juges et les avocats.

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Ne se limitant pas aux questions juridiques, Léon était un écrivain prolifique dans tous les domaines, ce qui lui valut le surnom de sophotatos ou "le Sage". Il écrivit des homélies, des poèmes, des hymnes, des discours, des traités théologiques et, malgré les mauvaises performances de son armée (ou peut-être à cause d'elles), même un manuel militaire, le Taktika, dans lequel il proposait les avantages des tactiques de guérilla et d'attaquer une force ennemie lorsqu'elle était alourdie par le butin. Une autre œuvre importante attribuée à Léon est le Livre de l'Éparque, datant de 911 environ, qui définit les règles du commerce et précise les réglementations applicables aux 19 corporations, dont cinq étaient impliquées dans la fabrication de la soie. Enfin, pour le plus grand plaisir des historiens modernes, Léon chargea Philothée, l'éparque (gouverneur) de Constantinople, de compiler son Kletorologion, une liste exhaustive des titres, fonctions et protocoles de la cour byzantine. Léon ne se limita pas à l'écriture, et il prononça de nombreux sermons élaborés dans diverses églises de sa capitale.

Mort et successeur

Lorsque Léon mourut le 11 mai 912, son seul héritier mâle était Constantin VII qui, selon la coutume, avait déjà été couronné co-empereur par son père en 908. Cependant, en raison de son jeune âge, l'oncle de Constantin, Alexandre, agit en tant que régent et se montra réticent à lâcher les rênes du pouvoir. Après une série d'autres régents, dont sa mère, Constantin finit par monter sur le trône de plein droit en 945... mieux valait tard que jamais.

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth, responsable de Traduction, est diplômée en anglais et en français langue étrangère. Parlant couramment le français, l'anglais et l'italien, elle a enseigné l'anglais au British Council à Milan, en Italie.

Auteur

Mark Cartwright
Mark est un auteur, chercheur, historien et éditeur, à plein temps. Il s'intéresse particulièrement à l'art, à l'architecture et à la découverte des idées que partagent toutes les civilisations. Il est titulaire d'un Master en Philosophie politique et est le Directeur de Publication de WHE.

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Cartwright, M. (2025, novembre 24). Léon VI. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-16551/leon-vi/

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Cartwright, Mark. "Léon VI." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, novembre 24, 2025. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-16551/leon-vi/.

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Cartwright, Mark. "Léon VI." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, 24 nov. 2025, https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-16551/leon-vi/.

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