Bataille d'Isandlwana

La victoire des Zoulous sur l'Empire britannique
Mark Cartwright
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le
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La bataille d'Isandlwana, le 22 janvier 1879, fut le premier affrontement de la guerre anglo-zouloue et une célèbre victoire des Zoulous contre l'armée britannique. Plus de 25 000 guerriers zoulous attaquèrent et détruisirent une force britannique de 1 700 hommes campée au pied de la montagne Isandlwana, en Afrique australe. Les Britanniques se reprirent toutefois, remportèrent la guerre en juillet de la même année et finirent par atteindre leur objectif d'expansion et de contrôle total de l'Afrique australe.

Last Stand of the 24th, Isandlwana
Ultime résistance du 24e régiment, Isandlwana C.E. Fripp (Public Domain)

Les Britanniques en Afrique australe

La Grande-Bretagne contrôlait la colonie du Cap en Afrique australe, qui revêtait une importance stratégique car le cap de Bonne-Espérance était un point d'escale pour les navires qui reliaient l'Inde et l'Extrême-Orient à l'Europe. Au cours des années 1830, lorsque les Britanniques interdirent l'esclavage et que la croissance démographique exerçait une pression trop forte sur les terres et les ressources, environ 14 000 Boers (colons blancs d'origine néerlandaise ou française) migrèrent vers le nord. Les Boers combattirent les peuples Ndébélé et Zoulou afin de se tailler deux nouveaux territoires: le Transvaal et l'État libre d'Orange. En 1854, les Britanniques reconnurent ces deux républiques boers en échange d'une reconnaissance théorique de la souveraineté britannique sur ces territoires. Une autre colonie britannique, le Natal, située le long de la côte de l'océan Indien, fut créée en 1843.

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Les Britanniques voulaient unifier les différentes colonies européennes d'Afrique australe.

Ce coin plutôt pauvre de l'Empire britannique devint soudainement l'un des plus riches lorsque des diamants furent découverts dans le Griqualand à la fin des années 1860. Cette région devint également une colonie de la Couronne en 1871. Les Britanniques, en particulier le nouveau secrétaire aux Colonies, Sir Michael Hicks Beach, souhaitaient vivement unifier les colonies britanniques avec les deux républiques boers en une sorte de fédération, mais ces dernières se méfiaient de ce que cela signifierait pour leur propre indépendance.

Pendant ce temps, certains groupes africains faisaient une dernière tentative désespérée pour se débarrasser des colons. Une défaite des Boers face à une attaque des Pedi donna aux Britanniques l'excuse pour annexer le Transvaal en janvier 1877, puis affirmer que seule une présence militaire britannique pourrait garantir la sécurité. Les Britanniques étaient toujours déterminés à créer leur fédération d'Afrique australe, mais un obstacle sérieux subsistait au nord du Natal: le royaume zoulou.

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Zulu Warriors & Kraal
Guerriers zoulous et Kraal Unknown Photographer (Public Domain)

Le royaume zoulou

Les Zoulous étaient à l'origine un clan du peuple Nguni qui avait migré vers l'Afrique australe au XVIe siècle. Dans les années 1820, les Zoulous s'étaient construit un empire fondé sur une culture martiale, où la société était strictement divisée en classes d'âge. Le roi des Zoulous depuis 1872 était le chef Cetshwayo kaMpande. Les Britanniques se méfiaient d'un État bien organisé si proche de leurs frontières, mais les Zoulous n'avaient en réalité montré aucun signe d'hostilité envers leurs voisins européens. Sir Henry Bartle Frere, gouverneur de la colonie du Cap, et Theophilus Shepstone, figure clé du gouvernement du Natal, tenaient tous deux à conserver le Transvaal, et le royaume zoulou voisin était considéré comme une menace pour cet objectif.

Frere et Shepstone envoyèrent à Londres de faux rapports sur la situation en Afrique australe. Ces mensonges décrivaient Cetshwayo comme un tyran malfaisant, affirmaient à tort que les Zoulous disposaient d'une armée permanente et exagéraient la taille de cette armée. De telles exagérations étaient nécessaires pour justifier une guerre alors que le gouvernement britannique était déjà impliqué dans des conflits ailleurs dans l'empire, notamment la deuxième guerre anglo-afghane (1878-1881). L'expansion coloniale en Afrique semblait au gouvernement britannique une distraction insignifiante et coûteuse par rapport à des questions plus importantes ailleurs. Frere le savait bien, et il ajouta à ses manigances en cachant les conclusions d'une commission qui s'était prononcée en faveur des Zoulous dans un conflit territorial avec les Boers du Transvaal. Le feu vert fut alors donné pour déclencher une guerre contre le royaume zoulou.

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Frere et Shepstone envisageaient une victoire rapide sur les Zoulous, qui leur donneraient alors, ainsi qu'aux Boers du Transvaal, accès à de belles prairies pour l'élevage du bétail. De plus, les Zoulous vaincus deviendraient une source de main-d'œuvre bon marché pour les mines, les fermes et les chemins de fer des colonies européennes. L'armée britannique était nouvellement équipée de fusils Martini-Henry à chargement par la culasse, tandis que les guerriers zoulous n'avaient que des lances. Frere était cependant "malheureusement mal informé tant sur la nature du royaume zoulou que sur la force des troupes britanniques à sa disposition" (Fage, 392).

Le 11 décembre 1878, les Britanniques exigèrent que Cetshwayo dissolve son armée, leur remette un certain nombre de guerriers zoulous accusés d'avoir pénétré sur le territoire britannique, paie une amende de 500 têtes de bétail, autorise les missionnaires chrétiens sur son territoire et permette l'établissement d'un résident britannique. L'alternative serait la guerre. Le roi zoulou disposait de 30 jours pour répondre. Cetshwayo ignora cet ultimatum ridicule, ce à quoi les Britanniques s'attendaient. Ce que les Britanniques n'avaient pas prévu, c'est que Cetshwayo parviendrait à galvaniser ses guerriers pour en faire une force redoutable et unifiée, prête à se battre jusqu'à la mort pour leur terre natale.

King Cetshwayo
Roi Cetshwayo Unknown Photographer (Public Domain)

Cetshwayo s'adressa à ses guerriers:

Je vous envoie combattre les Blancs, qui ont envahi le Zoulouland et chassé notre bétail... Vous attaquerez à la lumière du jour, car vous êtes assez nombreux pour les "dévorer", et vous marcherez lentement afin de ne pas vous fatiguer.

(Pakenham, 64)

Lances contre balles

Cetshwayo pouvait compter sur 40 000 guerriers qui vivaient isolés du reste de la communauté zouloue dans des villages fortifiés. L'armée zouloue en marche, connue sous le nom d'impi, était divisée en régiments, chacun commandé par un général ou induna. L'arme principale du guerrier zoulou était une lance assegai, qui avait une lame longue et fine. Le manche court de l'assegai en faisait une arme idéale pour poignarder. Les guerriers portaient également deux ou trois lances légères et parfois un gourdin léger. Ils étaient protégés par un grand bouclier rigide en peau de vache. Certains Zoulous possédaient des fusils européens archaïques et même des Martini-Henri modernes, mais leur habileté à les utiliser était bien inférieure à celle du soldat britannique moyen, bien entraîné. Les guerriers zoulous étaient certainement bien formés à l'utilisation de leurs armes traditionnelles. Les tactiques zouloues étaient plutôt limitées, car les indunas privilégiaient presque toujours une attaque frontale contre l'ennemi. Néanmoins, une manœuvre zouloue très efficace, qui illustre le haut niveau de formation organisationnelle des guerriers zoulous, était celle des "cornes de taureau". Cette manœuvre consistait à encercler l'ennemi par deux flancs (les "cornes"), à l'attirer vers la force principale, la tête ou la poitrine du "taureau", et ainsi à submerger complètement les forces ennemies.

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Le camp britannique à Isandlwana ne bénéficiait d'aucune protection défensive.

Le lieutenant-général Frederic Thesiger, plus connu sous le nom de Lord Chelmsford (1827-1905), fut chargé de diriger l'expédition britannique dans le royaume zoulou. Chelmsford avait déjà mené avec succès des campagnes contre des armées africaines, notamment les Xhosa, et on lui reconnaissait la capacité d'unifier efficacement une armée composée de nombreux types d'unités différentes: professionnels et volontaires, et des soldats issus de l'armée britannique, des Boers, des colons et des Africains.

Les forces de Chelmsford étaient composées de 7 000 soldats de l'armée britannique, 7 000 auxiliaires africains et 1 000 soldats volontaires blancs. Elles comprenaient également de la cavalerie locale et des canons de campagne de 7 livres. Le 11 janvier, les envahisseurs franchirent la frontière zouloue à trois endroits différents et s'engagèrent en territoire inconnu. La première erreur de Chelmsford fut de diviser ses forces en trois colonnes indépendantes (une quatrième étant restée en réserve sur la rivière Tugela et une cinquième à l'extrême nord, dans l'ouest du Swaziland). Le 22 janvier, Cetshwayo ordonna à ses guerriers zoulous d'attaquer la colonne centrale des envahisseurs, car celle-ci semblait la plus menaçante. Il s'agissait de la colonne dirigée par Chelmsford. Ce fut la bataille d'Isandlwana, du nom du grand affleurement rocheux particulier situé à proximité, qui se traduit en zoulou par "petite maison" ou "panse de vache".

British Army Infantry Square
Carré de l'infanterie britannique Elizabeth Thompson (Public Domain)

Les Britanniques étaient armés de fusils et bien organisés, les soldats tirant en rangs de manière à ce que, pendant qu'une ligne rechargeait, une autre tirait, afin de maintenir un feu continu sur l'ennemi. Ces lignes de troupes tirant en alternance pouvaient former un carré défensif, et cette tactique s'avéra remarquablement efficace contre un ennemi mal armé. Sans la protection défensive d'une forteresse ou d'un système de tranchées, par exemple, l'approche britannique présentait l'inconvénient suivant: quelle que soit la vitesse à laquelle les hommes tiraient avec leurs fusils, ils pouvaient être submergés si l'ennemi attaquait en nombre suffisant. C'est exactement ce qui se produisit lorsque les Zoulous déployèrent leur attaque classique en "cornes de taureau".

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Attaque

Le matin du 22 janvier, Chelmsford divisa sa colonne de 4 500 hommes, laissant environ 1 000 fusiliers et ses canons au campement d'Isandlwana sous le commandement du lieutenant-colonel Henry Pulleine. Chelmsford partit vers le sud-est avec le reste de sa colonne pour enquêter sur diverses observations non confirmées de guerriers zoulous en marche. Une patrouille manqua complètement les 25 000 guerriers zoulous qui se cachaient dans un ravin profond à quelques kilomètres à l'est d'Isandlwana. Pendant ce temps, un groupe de soutien composé de 300 soldats africains sous le commandement du colonel Anthony Durnford arriva à Isandlwana, conformément aux ordres de Chelmsford. Apprenant que Chelmsford avait poursuivi sa marche et était probablement sur le point d'engager le combat avec les Zoulous, Durnford partit avec ses hommes pour rattraper le général.

À 9 h 30, Chelmsford fut informé par un cavalier que les Zoulous avaient été aperçus "avançant en force" vers le camp d'Isandlwana. Convaincu que l'armée principale zouloue se trouvait ailleurs, Chelmsford se contenta d'envoyer un bataillon d'autochtones du Natal pour renforcer Isandlwana. Chelmsford ordonna également que des chariots, quatre des six canons de la colonne et un certain nombre de tentes lui soient amenés depuis Isandlwana afin que ses troupes puissent passer la nuit à la belle étoile. La seule précaution prise par Chelmsford fut d'envoyer des observateurs équipés de télescopes sur une colline voisine afin de surveiller Isandlwana. Au fur et à mesure que la matinée avançait, ces observateurs ne signalèrent rien d'anormal au camp d'Isandlwana.

Lord Chelmsford
Lord Chelmsford Lock & Whitfield (Public Domain)

Vers 14 heures, la colonne de chariots qui se dirigeait vers Chelmsford apprit qu'Isandlwana était encerclée par les Zoulous et qu'elle devait faire demi-tour immédiatement. Le commandant de ce groupe, le colonel Harness, avait l'intention de suivre cette consigne, mais Chelmsford l'en empêcha, affirmant que la principale force zouloue se trouvait ailleurs.

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Seul le bruit des tirs d'artillerie convainquit Chelmsford qu'une bataille était bel et bien en cours à Isandlwana, à environ 16 km de là. À travers ses jumelles, le général pouvait voir les combats, mais il restait convaincu que les 1 000 fusils présents sur place suffiraient à repousser l'attaque sans aide extérieure. La réalité de la situation fut immédiatement comprise par Durnford, dont la petite troupe pouvait voir plusieurs milliers de Zoulous se diriger vers Isandlwana. Les hommes de Durnford se réfugièrent dans un ravin et repoussèrent les Zoulous jusqu'à épuisement de leurs munitions.

À Isandlwana, cinq compagnies du 1/24e régiment d'infanterie firent de leur mieux pour créer une ligne défensive de fusiliers en rangs. Ces hommes avaient déjà combattu des Africains et ne s'inquiétaient pas outre mesure au début, convaincus que leurs fusils et leurs salves les aideraient à remporter la victoire. Ce qu'ils n'imaginaient pas, c'est que 25 000 Zoulous approchaient rapidement. La tactique zouloue des "cornes de taureau" submergea rapidement les lignes pathétiquement courtes des fusiliers en tunique rouge. Les "cornes" balayèrent les deux flancs de l'infanterie britannique, occupée à combattre le bloc central des guerriers zoulous. Le camp fut rapidement envahi, ce qui eut une conséquence cruciale, car cela interrompit l'approvisionnement en munitions des lignes de front.

À ce stade, bon nombre des soldats africains non britanniques désertèrent pendant qu'ils pouvaient encore s'enfuir. Les lignes d'infanterie ne pouvaient plus effectuer leur retraite ordonnée habituelle tout en continuant à tirer sur l'ennemi, car le camp derrière eux était déjà dévasté et ils étaient à court de munitions. Les deux canons avaient déjà été submergés. Les soldats britanniques furent alors contraints de se battre en carré défensif ou en petits groupes isolés, les hommes se tenant dos à dos pour se protéger des attaques zouloues venant de tous côtés. Lorsque leurs munitions furent épuisées, les hommes se battirent à la baïonnette, mais ces poches de résistance furent rapidement submergées et anéanties.

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Death of Melvill and Coghill
Mort de Melvill et Coghill Charles Edwin Fripp (Public Domain)

Il y eut très peu de survivants de la retraite chaotique vers le Natal. L'un d'entre eux, Horace Smith-Dorrien, décrit l'attaque zouloue sur Isandlwana:

Avant même que nous ayons compris où nous étions, ils ont envahi le camp, assaillant tout le monde à droite et à gauche... L'ennemi avançait à une vitesse impressionnante, mi-marche, mi-course. En regardant autour de nous, nous avons vu que nous étions complètement encerclés... J'ai réussi à m'échapper à plusieurs reprises et je tirais sur eux avec mon revolver tout en galopant. Le terrain jusqu'à la rivière était si accidenté que les Zoulous allaient aussi vite que les chevaux et continuaient à tuer tout au long du chemin...J'ai perdu tout espoir, car les Zoulous m'encerclaient et achevaient les blessés... Je me suis précipité à pied et j'ai plongé dans la rivière, qui n'était guère mieux qu'un torrent rugissant... J'étais emporté par le courant à une vitesse folle, quand un cheval effrayé est passé près de moi et j'ai attrapé sa queue et il m'a déposé sain et sauf sur l'autre rive.

(Pakenham, 68).

La courageuse tentative des lieutenants T. Melville et N. J. A. Coghill pour sauver le drapeau du 1/24e régiment de la reine fut partiellement couronnée de succès, dans la mesure où le drapeau ne tomba pas entre les mains de l'ennemi. Les deux lieutenants furent capturés et tués par leurs poursuivants, mais le drapeau fut retrouvé un mois plus tard dans les eaux peu profondes de la rivière Mzinyathi.

Vers 15 heures, Chelmsford jugea enfin opportun de retourner à Isandlwana, mais il n'atteignit le camp dévasté qu'en début de soirée. Les Zoulous étaient partis. À l'aube, l'ampleur du carnage n'était que trop claire. "Sur les 1 700 hommes qui se trouvaient dans le camp le matin du 22, seuls 60 Blancs et 400 Noirs ont survécu" (Knight, 54). Les morts avaient été dépouillés de leurs manteaux rouges ou bleus, pris comme butin de guerre. "Dans presque tous les cas, les corps avaient été mutilés par les Zoulous, qui leur avaient infligé une entaille rituelle sur l'abdomen" (Pakenham, 70). Cette entaille était en fait pratiquée selon la croyance zouloue qui voulait qu'elle libère l'âme de la personne dans l'au-delà.

Au moins 1 000 Zoulous périrent à Isandlwana, un lourd tribut pour cette victoire. La tactique consistant à charger un ennemi équipé de fusils était vouée à l'échec, mais le courage et le nombre des guerriers zoulous, le terrain relativement dégagé et l'insuffisance des munitions distribuées aux soldats britanniques permirent aux Zoulous de remporter une victoire désormais célèbre et d'infliger une défaite notoire au puissant Empire britannique.

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Defense of Rorke's Drift
Défense de Rorke's Drift Alphonse de Neuville (Public Domain)

Épilogue: Rorke's Drift

Immédiatement après leur victoire à Isandlwana, 3 000 à 4 000 guerriers zoulous attaquèrent une petite force britannique dans la mission voisine appelée Rorke's Drift. Cette attaque allait à l'encontre des ordres de Cetshwayo, car elle impliquait de franchir la frontière pour entrer dans le Natal britannique. Dans la curieuse partialité de l'histoire, c'est cet épisode, et non la catastrophe d'Isandlwana, qui s'est forgé une renommée durable dans la culture britannique, en grande partie grâce au film Zoulou sorti en 1964, qui raconte son histoire dramatique.

À Rorke's Drift, seuls 139 hommes du 24e régiment gallois repoussèrent une attaque massive des Zoulous, un exploit d'autant plus remarquable qu'un grand nombre d'entre eux étaient invalides. Ayant éliminé plus de 500 guerriers zoulous lors d'un assaut qui dura 12 heures, les défenseurs gagnèrent le respect des attaquants, déjà fatigués après leur assaut contre les Britanniques à Isandlwana et à court de ravitaillement. Lorsque la colonne en retraite de Chelmsford arriva à Rorke's Drift le lendemain, le 23, les feux des bâtiments de la mission couvaient encore. La survie des défenseurs de Rorke's Drift démontra, si besoin était, l'avantage de la combinaison des fusils et des défenses fortifiées qui avait tant manqué à Isandlwana.

Guerre anglo-zouloue

Shepstone et Frere subirent des revers professionnels après la débâcle d'Isandlwana; Shepstone perdit son fils au combat. Le nouveau commandant en chef des forces britanniques en Afrique du Sud était le général Sir Garnet Wolseley, un homme méthodique chargé de rétablir l'honneur et de gagner la guerre anglo-zouloue rapidement et de manière décisive. Cependant, pendant le temps qu'il fallut à Wolseley pour arriver en Afrique du Sud, Chelmsford ignora les ordres et poursuivit la guerre contre les Zoulous.

Map of the Zulu Kingdom and British Imperial Expansion
Carte du royaume zoulou et de l'expansion britannique Simeon Netchev (CC BY-NC-ND)

En réalité, la victoire zouloue à Isandlwana marqua le début d'une guerre que les Zoulous ne pouvaient pas gagner, confrontés à un ennemi technologiquement supérieur. Bien que 1 000 fusils et 400 000 cartouches aient été capturés à Isandlwana, apprendre à s'en servir était une autre affaire. Les Britanniques revinrent en force, cette fois-ci avec leurs mitrailleuses Maxim. La majeure partie de l'armée zouloue fut détruite lors de la bataille d'Ulundi le 4 juillet 1879, et Lord Chelmsford sauva sa réputation. Le 31 août, Cetshwayo fut capturé et envoyé en exil. Le royaume zoulou fut divisé en 13 principautés, qui furent alors, sans surprise, en proie à des luttes intestines entre factions. Même le rétablissement de Cetshwayo en 1883 ne parvint pas à résoudre la crise. Le Zoulouland devint une colonie de la Couronne en 1887 et fut absorbé par le Natal en 1897.

Une enquête officielle sur la débâcle d'Isandlwana critiqua la conduite de Chelmsford lors de la première expédition dans le royaume zoulou, et celui-ci ne participa plus jamais à quelque campagne militaire d'envergure. Pour sa défense, Chelmsford fit remarquer qu'il n'avait jamais eu l'intention de rester longtemps à Isandlwana et que, le sol étant caillouteux, il pensait que la création de tranchées défensives serait une charge inutile pour ses hommes fatigués. De plus, le camp ne pouvait être approché par surprise, étant donné la plaine ouverte. Les chariots n'auraient pas non plus pu être utilisés pour former un laager défensif, car ils étaient nécessaires pour transporter les provisions depuis le campement de la veille. En d'autres termes, les Britanniques n'avaient pas perdu la bataille; les Zoulous l'avaient remportée.

La guerre anglo-zouloue mit toute l'Afrique australe en mouvement. L'expansion britannique se poursuivit au détriment des Africains et des Boers. L'Union sud-africaine fut créée en 1910, unifiant la colonie du Cap, le Natal, le Transvaal et l'État libre d'Orange en une seule colonie, certes troublée et culturellement divisée.

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth, responsable de Traduction pour WHE, est diplômée en anglais et en français langue étrangère. Parlant couramment le français, l'anglais et l'italien, elle a enseigné l'anglais au British Council à Milan, en Italie.

Auteur

Mark Cartwright
Mark est directeur de publication pour WHE et est titulaire d'une maîtrise en philosophie politique (Université de York). Il est chercheur, écrivain, historien et éditeur. Il s'intéresse particulièrement à l'art, à l'architecture et à la découverte des idées communes à toutes les civilisations.

Citer cette ressource

Style APA

Cartwright, M. (2026, mars 18). Bataille d'Isandlwana: La victoire des Zoulous sur l'Empire britannique. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2909/bataille-disandlwana/

Style Chicago

Cartwright, Mark. "Bataille d'Isandlwana: La victoire des Zoulous sur l'Empire britannique." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, mars 18, 2026. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2909/bataille-disandlwana/.

Style MLA

Cartwright, Mark. "Bataille d'Isandlwana: La victoire des Zoulous sur l'Empire britannique." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, 18 mars 2026, https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2909/bataille-disandlwana/.

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