Front Intérieur de la Première Guerre Mondiale

Les effets de la guerre totale sur les civils
Mark Cartwright
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
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La Première Guerre mondiale (1914-1918) fut marquée par des combats d'une ampleur sans précédent, mais impliqua également les civils comme jamais auparavant. Pour la première fois, des personnes vivant à des centaines de kilomètres du front étaient exposées aux attaques aériennes. La guerre en mer réduisit considérablement l'approvisionnement en denrées alimentaires et autres biens, ce qui entraîna la mise en place d'un rationnement. Les gouvernements s'attachèrent autant à conserver le soutien du public qu'à remporter des victoires militaires sur le terrain, et la propagande et le contrôle devinrent ainsi des éléments permanents de la vie quotidienne. Des changements sociaux se produisirent également, les femmes remplaçant les hommes appelés sous les drapeaux dans de nombreux secteurs industriels, et les classes populaires commençant à remettre en question leur déférence traditionnelle envers les dirigeants, tandis que le monde connaissait le conflit le plus dévastateur de son histoire.

Bomb-Damaged House, WWI
Maison endommagée par les bombes, Première Guerre mondiale Imperial War Museums (CC BY-NC-SA)

Attaques directes contre les civils

Les civils qui avaient le malheur d'être pris dans les combats sur les fronts souffrirent énormément. Lorsque les villes étaient occupées par l'ennemi, des innocents étaient battus, arrêtés, violés et assassinés, car les populations civiles étaient souvent traitées avec dureté afin de dissuader toute révolte. Les agriculteurs voyaient leurs champs détruits par les tirs d'artillerie et la construction de systèmes de tranchées et de postes militaires fortifiés. Paris fut deux fois la cible de tirs d'artillerie directs provenant d'immenses canons allemands; un tir de barrage au printemps 1918 tua 256 civils. On estime qu'en France seulement, plus de 300 000 civils périrent pendant la guerre, tués par les actions militaires, la famine ou la maladie.

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Les raids aériens de toutes sortes en Grande-Bretagne tuèrent 1 413 personnes et en blessèrent 3 407.

Même ceux qui étaient loin du front étaient vulnérables dans ce nouveau type de guerre mécanisée. Les avions et les dirigeables étaient utilisés par les deux camps pour semer la terreur parmi les populations civiles. Les bombardements de civils étaient très souvent imprécis, voire totalement accidentels, car la technologie de l'époque ne permettait pas de larguer des bombes avec précision, mais des vies innocentes furent tout de même perdues. Les avions allemands Gotha bombardèrent Paris en mars 1918, tuant 120 personnes. Lorsque des gaz furent utilisés sur les fronts, les civils eurent peur que ces mêmes armes chimiques terribles ne soient également utilisées contre eux.

Les raids Aériens des Zeppelins de la Première Guerre Mondiale visèrent la France, la Belgique, la Grande-Bretagne, la Russie et la Roumanie et firent plus de 4 000 victimes civiles. Le premier raid des Zeppelins sur Paris eut lieu en août 1914; au total, la capitale française subit 30 raids de bombardement pendant la guerre. Le premier raid des Zeppelins sur Londres fut mené en mai 1915. Les cibles comprenaient les docks et les gares ferroviaires. Les raids s'enfoncèrent profondément en Grande-Bretagne, attaquant non seulement Londres, mais aussi des cibles dans les Midlands, le Yorkshire, Tyneside et même l'Écosse. Au total, pendant la guerre, les raids aériens de toutes sortes en Grande-Bretagne tuèrent 1 413 personnes et blessèrent 3 407 autres. David Kirkwood décrit une attaque de Zeppelin sur Édimbourg en avril 1916:

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Soudain, une explosion terrifiante s'est produite. Les fenêtres ont vibré, le sol a tremblé, les tableaux se sont balancés. Nous avons tous eu le souffle coupé. Je me suis précipité vers la fenêtre et j'ai vu le Vésuve en éruption. J'ai ouvert la fenêtre. Un grand éclair m'a accueilli depuis le château, puis, au-dessus du rugissement, j'ai entendu les cris et les hurlements les plus effroyables.

(Williams, 41)

WWI Public Service Poster for a Gas Attack
Affiche publique de la Première Guerre mondiale sur les attaques au gaz Unknown Artist (CC BY-NC-SA)

Les dommages matériels causés tout au long de la guerre furent incalculables, car des sites stratégiquement importants tels que les chantiers navals, les nœuds ferroviaires et les zones industrielles furent bombardés. "En France, on estime que 250 000 bâtiments furent détruits, 500 000 endommagés et 6 000 miles carrés de territoire dévastés" (McDonough, 43).

Les travailleurs civils pouvaient être victimes d'événements imprévus qui n'avaient rien à voir avec les actions ennemies, comme cette explosion dans une usine d'armes britannique, dont se souvient Ethel M. Bilbrough:

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Aucune nouvelle ne nous parvint cette nuit-là, mais le lendemain, nous avons appris qu'il s'agissait de l'explosion la plus terrible jamais connue, car une usine de munitions située à Silverton, dans l'est de Londres, avait pris feu d'une manière ou d'une autre (Ah! Comment?) et que le feu s'était propagé jusqu'à atteindre tous les explosifs, puis que tout le bâtiment avait été projeté en l'air, que quatre rues avaient été détruites et que les morts, les mourants et les blessés gisaient parmi les ruines, de sorte que lorsque les secours sont arrivés, ils ne savaient pas par où commencer. Plus de 100 personnes ont été tuées et plus de 400 blessées ou handicapées.

(Williams, 53).

Industrie et travailleurs

Dans la plupart des pays, bien que peu d'entre eux aient adopté une économie de guerre totale avant les dernières phases du conflit, l'industrie fut transformée pour fournir les matériaux les plus nécessaires pour affronter l'ennemi. Les avions, les navires, les chars et les munitions, en particulier, devaient être fabriqués en grandes quantités, et leur conception était constamment améliorée pour s'adapter aux innovations technologiques de l'ennemi. Plusieurs nations avaient déjà renforcé leur industrie de l'armement avant la Première Guerre mondiale, à commencer notamment par l'Allemagne et la Grande-Bretagne, chacune essayant de remporter la course aux armements qui se déroula pendant la première décennie du XXe siècle. En pourcentage du produit intérieur brut (PIB), les dépenses d'armement en 1914 étaient les suivantes: Grande-Bretagne – 4,9 %, Russie – 4,6 %, France – 3,9 %, Allemagne – 3,5 % et Autriche-Hongrie – 1,9 % (McDonough, 34). Dans l'ensemble, "les dépenses européennes en matière d'armement sont passées de 4 % du revenu national en 1914 à 25 % en 1916" (ibid., 44). Les gouvernements furent contraints d'augmenter les impôts et d'emprunter massivement, notamment auprès des États-Unis dans le cas des Alliés, pour financer cette augmentation considérable des dépenses d'armement.

Woman Working in a WWI Ammunitions Factory
Femme travaillant dans une usine de munitions de la Première Guerre mondiale George P. Lewis (CC BY-NC-SA)

Afin d'atteindre une efficacité maximale et de garantir l'approvisionnement en matières premières nécessaires, certains secteurs industriels furent placés sous le contrôle direct du gouvernement. Les mines de charbon, les industries sidérurgiques, les chantiers navals et les usines de munitions furent réorientés vers la production de machines de guerre, et les réseaux ferroviaires étaient contrôlés afin de mieux acheminer ces machines là où elles étaient nécessaires.

En 1918, un tiers des ouvriers français travaillant dans les munitions étaient des femmes.

Les travailleurs masculins étant enrôlés dans l'armée, leur place fut d'abord prise par des hommes jugés inaptes au combat ou qui étaient auparavant au chômage. En 1916, l'Allemagne introduisit une nouvelle loi obligeant tous les hommes âgés de 17 à 60 ans à travailler. Mais il fallait encore plus de main-d'œuvre, et les femmes furent donc recrutées. Les normes sociales changèrent lorsque des emplois auparavant considérés comme réservés aux hommes furent soudainement occupés par des femmes. Les femmes travaillaient déjà dans les usines avant la guerre, mais l'idée que ces travailleuses quitteraient leur poste lorsqu'elles se marieraient et que le travail des femmes avait moins de valeur et était donc moins bien rémunéré que celui des hommes commença à être remise en question pendant la Première Guerre mondiale, du moins pour les femmes de la classe ouvrière.

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Les usines de munitions avaient un besoin insatiable de main-d'œuvre, et les postes y étaient généralement mieux rémunérés que dans d'autres secteurs. En France, 75 000 femmes travaillaient dans les usines de munitions en 1915, et en 1918, un tiers des travailleurs de ce secteur étaient des femmes. En Grande-Bretagne, en 1916, 520 000 femmes travaillaient dans les industries métallurgiques et mécaniques. En 1918, la main-d'œuvre britannique comptait plus de 7,3 millions de femmes, et 90 % des travailleurs dans le secteur des munitions étaient des femmes. En Russie, en 1917, les femmes représentaient environ 43 % de la main-d'œuvre industrielle. En Allemagne, le nombre de femmes travaillant dans l'industrie chimique passa de 26 749 en 1913 à 208 877 en 1918. Des augmentations similaires furent observées dans les industries mécanique et de l'armement.

Women Munitions Workers, WWI
Femmes travaillant dans le secteur des munitions, Première Guerre mondiale Imperial War Museums (CC BY-NC-SA)

Ces nouvelles opportunités n'étaient pas sans risques. Le travail en usine était souvent dangereux en soi. Beatrice Lee, qui travaillait à la Yorkshire Copper Works, décrit l'impact physique de son travail:

Ce n'était pas ce qu'on pourrait appeler un travail sain. À l'époque, j'avais les cheveux noirs comme du charbon et je devais me pencher au-dessus des cuves d'acide. Vous avez vu la mode actuelle où les gens se décolorent les cheveux à l'avant? Eh bien, mes cheveux étaient comme ça, juste à l'avant, à force de me pencher au-dessus des cuves où se trouvait l'acide, car nous devions plonger les tubes dans cet acide chaud. Les tubes chauds réchauffaient l'acide, ce qui produisait des vapeurs. C'était un travail très malsain, mais j'étais néanmoins très heureuse là-bas.

(Imperial War Museums)

La pénurie générale d'hommes sur le front intérieur ouvrit également de nouvelles perspectives d'emploi pour les femmes en dehors du secteur manufacturier, notamment dans l'agriculture et les services publics, comme les ambulances et les forces de police. Les emplois de bureau, tels que ceux dans les services administratifs des entreprises, des banques et des collectivités locales, furent occupés par de plus en plus de femmes. Il existait encore des obstacles persistants pour les femmes, notamment dans les métiers dominés par les hommes qui exigeaient de longues périodes d'apprentissage formel. Les femmes de la classe moyenne qui se mariaient devaient toujours donner la priorité à leur famille plutôt qu'à leur vie professionnelle. Bien que de plus en plus de femmes soient devenues enseignantes dans l'enseignement primaire et secondaire, les universités interdisaient toujours aux femmes de devenir professeures dans l'enseignement supérieur. Enfin, comme avant la guerre, la grande majorité des femmes actives en dehors des grandes villes se limitaient à trouver un emploi de domestique. Mais là aussi, des changements se produisirent, les femmes des grandes agglomérations urbaines quittant leur emploi de domestique pour des emplois mieux rémunérés dans l'industrie et les services publics dès qu'elles en avaient la possibilité.

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Partout en Europe, les travailleuses étaient désormais soudainement visibles partout: elles nettoyaient des vitres, conduisaient des camionnettes de livraison, balayaient les routes ou compostaient des tickets de bus. Même aux États-Unis, où le front intérieur était beaucoup moins touché par la guerre qu'en Europe, les femmes commencèrent à travailler dans les usines, abandonnant leurs rôles traditionnels dans le service domestique, ce qui permit aux femmes noires qui travaillaient auparavant dans les champs de prendre leur place.

Women Police Officers, WWI
Femmes policières, Première Guerre mondiale Imperial War Museums (CC BY-NC-SA)

Le passage du service domestique et du secteur agricole à des emplois industriels et administratifs est l'une des principales caractéristiques de la main-d'œuvre féminine dans divers pays pendant la guerre, car, contrairement à la croyance populaire, "il n'y a pas eu d'afflux massif de femmes sans emploi vers les emplois masculins" (Strachan, 154). Au contraire, la grande majorité des femmes actives travaillaient déjà, mais elles passèrent d'un secteur à un autre. Il était également rare que les femmes reçoivent un salaire supérieur à celui des hommes, même si elles effectuaient le même travail. Néanmoins, les salaires étaient meilleurs dans les usines que dans le service domestique, ce qui augmenta considérablement le pouvoir d'achat de nombreuses femmes et, par conséquent, leur liberté d'agir comme elles le souhaitaient, par exemple en portant les vêtements qu'elles préféraient ou en allant au restaurant sans être accompagnées d'un homme. Cette liberté avait un prix, qui n'était possible qu'en raison de la pénurie d'hommes et de l'expansion de certaines industries. Plus de 4 millions de femmes perdirent leur mari pendant le conflit, tandis que des millions d'autres perdirent un père, un frère ou un fils.

Une conséquence plus positive du nouveau rôle des femmes fut le mouvement croissant visant à leur accorder une véritable reconnaissance en tant que membres importants d'une économie et d'une société jusqu'alors entièrement dominées par les hommes. Les femmes furent également reconnues pour leur contribution essentielle à l'effort de guerre dans les usines, en tant qu'infirmières et membres d'autres services bénévoles, et en tant que mères. En Russie, les femmes obtinrent le droit de vote en 1917. En Grande-Bretagne, les femmes de plus de 30 ans obtinrent le droit de vote en février 1918. En Allemagne, les femmes se virent octroyer le droit de vote en novembre 1918, après l'armistice. En France, la chambre basse du parlement adopta une loi accordant le droit de vote aux femmes, mais celle-ci fut rejetée par le Sénat.

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Rationnement

Tout le monde sur le front intérieur souffrit de privations d'une façon ou d'une autre pendant la guerre. Alors que les sous-marins allemands tentaient de couler autant de navires marchands que possible afin d'affamer la Grande-Bretagne, la Royal Navy mit l'Allemagne sous blocus pour imposer les mêmes souffrances à la population allemande. De nombreux produits auparavant courants devinrent rares ou indisponibles. En raison de cette pénurie, les prix augmentèrent considérablement. Le gouvernement allemand imposa des prix plafonds sur des produits comme le sucre et tenta d'encourager la population à consommer moins de produits rares comme la viande en promouvant des "journées sans viande". L'Allemagne introduisit le rationnement du pain en janvier 1915, et l'année suivante, la viande, les pommes de terre, le lait, le sucre et le beurre furent également rationnés. En 1918, les habitants de la capitale, Berlin, n'avaient droit qu'à 450 g de pommes de terre par semaine.

Les habitudes alimentaires changèrent au fil du temps en raison de la pénurie de produits auparavant considérés comme des denrées de base. Par exemple, la consommation de navets augmenta considérablement pour remplacer les pommes de terre, beaucoup plus rares. La consommation hebdomadaire moyenne de viande pour un adulte allemand avant la guerre était de 1 kg, mais elle chuta à seulement 135 g en 1918. Le carburant, les vêtements, les couvertures en laine et les articles en cuir devinrent difficiles à acheter à mesure que le blocus allié se poursuivait. Comme ailleurs, il existait un marché noir où ceux qui avaient de l'argent et peu de scrupules pouvaient se procurer des produits rationnés ou rares à un prix plus élevé que la normale. L'argent lui-même perdit sa valeur en raison de la forte inflation; dans certains pays, les prix augmentèrent de 40 à 75 %; dans d'autres, les hausses furent beaucoup plus importantes, entraînant ainsi une hyperinflation. En Autriche, la valeur réelle des salaires diminua de moitié en 1916, puis diminua encore de moitié en 1917. De nombreux civils furent contraints de troquer des marchandises, échangeant par exemple des épluchures de pommes de terre contre du bois de chauffage.

Queuing For Food, WWI
Une file au magasin d'alimentation, Première guerre mondiale Imperial War Museums (CC BY-NC-SA)

Le gouvernement britannique veilla à ce que 3 millions d'acres supplémentaires soient utilisées pour l'agriculture, mais le rationnement fut tout de même introduit pendant la dernière année de la guerre afin de garantir au moins à tout le monde, et pas seulement aux riches, l'accès à la plupart des produits, même en quantités très limitées.

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La France souffrit également de privations, et la perte de ses gisements de fer et de charbon au profit des forces d'occupation allemandes eut des conséquences importantes. Étant principalement agricole, la France était au moins plus ou moins autonome sur le plan alimentaire, même si elle perdit l'accès à la plupart des usines à sucre lorsque l'Allemagne envahit le nord du pays. Le contrôle de la consommation de blé entraîna une augmentation de la consommation de pain de qualité inférieure à partir de 1916 (comme en Grande-Bretagne). La même année, la chaîne d'approvisionnement alimentaire fut durement touchée par de mauvaises récoltes, en particulier de blé, de seigle et de pommes de terre. Comme en Allemagne, les jours sans viande furent encouragés et les bouchers n'ouvraient que trois jours par semaine. Les restaurants réduisirent également leurs heures d'ouverture. En 1918, le pain était rationné à seulement 283 g par personne et par jour.

Agitation sociale

La guerre sur le front intérieur devint tout aussi importante que les combats eux-mêmes. Chaque pays tenta de perturber autant que possible le mode de vie des populations civiles ennemies, dans l'espoir que les grèves et les manifestations renversent le gouvernement et conduisent à un retrait de la guerre. Les gouvernements répondirent à cette menace en cherchant à contrôler tous les aspects de la vie quotidienne et en diffusant une propagande massive à l'aide de films, de la radio, de la littérature et d'affiches afin de justifier le conflit et d'inculquer la loyauté envers ceux qui gouvernaient: "Le consentement était un élément essentiel de la guerre de masse" (Strachan, 216). Parfois, la propagande allait trop loin, si bien que ce terme en est venu à signifier "mensonges" pour beaucoup. Même dans les démocraties libérales, le contrôle gouvernemental fut renforcé à des niveaux sans précédent, l'esprit traditionnel de déférence envers les dirigeants s'étant évaporé au cours des 50 mois de guerre totale. Tout comme l'armée devait être mobilisée pour combattre, la population civile devait également être mobilisée pour soutenir l'effort de guerre.

Revolutionaries in Petrograd
Révolutionnaires à Petrograd Unknown Photographer (CC BY)

Certaines de ces mesures imposées par les gouvernements à la population civile suscitèrent des protestations. La censure de la presse était présente dans de nombreux pays des deux camps. En France, les informations étaient soumises à la censure militaire. En Grande-Bretagne, le gouvernement adopta en août 1914 la loi sur la défense du royaume, qui lui permettait de limiter les libertés individuelles dans tous les domaines de la vie quotidienne. Les travailleurs protestèrent contre les longues heures de travail qui leur étaient imposées, les gouvernements cherchant désespérément à fournir à leurs armées le matériel nécessaire pour remporter de grandes batailles. En France, "le nombre de grèves dans l'industrie et les services publics français augmenta de manière alarmante, passant de 98 en 1915 à 689 en 1917" (Simkins, 80). En Grande-Bretagne, l'année 1918 connut 688 grèves impliquant plus de 800 000 travailleurs. Les manifestants étaient également mécontents de la hausse des prix, du contrôle de leur mobilité, des mauvaises conditions de logement et du rationnement.

C'est en Russie que les manifestations antigouvernementales furent les plus spectaculaires. La révolution d'Octobre (novembre selon le nouveau calendrier) 1917, menée par Vladimir Lénine, balaya le régime tsariste. Le tsar Nicolas II (r. de 1894 à 1917) avait été contraint d'abdiquer en mars à la suite d'une série de défaites militaires désastreuses, et son remplaçant, le gouvernement provisoire, n'avait pas réussi à améliorer la situation. Les ouvriers de Petrograd (Saint-Pétersbourg) manifestèrent en avril pour protester contre la poursuite de la guerre, et plus de 1 000 grèves se propagèrent à travers la Russie cet été-là. Les pénuries alimentaires provoquèrent des émeutes pour le pain. Les bolcheviks promirent au peuple russe un retrait immédiat de la guerre, de lutter contre l'inflation galopante et d'apporter une solution aux pénuries alimentaires du pays. Lénine retira officiellement la Russie de la Première Guerre mondiale avec le traité de Brest-Litovsk en mars 1918. Le retrait de la Russie et la révolution ouvrière provoquèrent une onde de choc parmi les gouvernements de toutes les parties impliquées dans la Première Guerre mondiale, qui craignaient tous de devoir faire face à une révolution dans leur propre pays.

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En Allemagne, le contrôle des troubles était un facteur clé dans la poursuite de la participation de ce pays à la guerre. Alors que le blocus allié commençait à se durcir, la population descendit dans la rue pour manifester au gouvernement son mécontentement face à l'évolution de la guerre. En effet, des manifestations contre la guerre avaient déjà eu lieu plus tôt dans le conflit, par exemple lorsque 500 femmes allemandes avaient manifesté devant le parlement allemand pour demander le retour des soldats. En 1916, 10 000 travailleurs allemands avaient défilé pour demander la fin de la guerre. D'autres manifestations eurent lieu en 1917 et 1918, en particulier dans les villes industrielles comme Hambourg, Essen, Leipzig et Berlin. En janvier, 400 000 ouvriers se mirent en grève à Berlin et réclamèrent un retrait inconditionnel de la guerre. En réponse, le gouvernement plaça les sept plus grandes usines industrielles de Berlin sous loi martiale, arrêta les meneurs et envoya jusqu'à 6 000 ouvriers au front.

Après l'échec de l'offensive allemande du printemps 1918, les manifestations publiques contre le gouvernement allemand et sa conduite de la guerre se multiplièrent. Ces manifestations, associées aux défaites militaires sur le front occidental et aux mutineries dans les forces armées, finirent par convaincre les dirigeants allemands de demander la paix. Les combats cessèrent en novembre 1918, mais les effets de la guerre sur le front intérieur, ici et dans d'autres pays, se feraient sentir pendant des décennies.

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth, responsable de Traduction pour WHE, est diplômée en anglais et en français langue étrangère. Parlant couramment le français, l'anglais et l'italien, elle a enseigné l'anglais au British Council à Milan, en Italie.

Auteur

Mark Cartwright
Mark est directeur de publication pour WHE et est titulaire d'une maîtrise en philosophie politique (Université de York). Il est chercheur, écrivain, historien et éditeur. Il s'intéresse particulièrement à l'art, à l'architecture et à la découverte des idées communes à toutes les civilisations.

Citer cette ressource

Style APA

Cartwright, M. (2026, mars 02). Front Intérieur de la Première Guerre Mondiale: Les effets de la guerre totale sur les civils. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2903/front-interieur-de-la-premiere-guerre-mondiale/

Style Chicago

Cartwright, Mark. "Front Intérieur de la Première Guerre Mondiale: Les effets de la guerre totale sur les civils." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, mars 02, 2026. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2903/front-interieur-de-la-premiere-guerre-mondiale/.

Style MLA

Cartwright, Mark. "Front Intérieur de la Première Guerre Mondiale: Les effets de la guerre totale sur les civils." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, 02 mars 2026, https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2903/front-interieur-de-la-premiere-guerre-mondiale/.

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