La bataille de Spotsylvania (8-21 mai 1864) fut un engagement décisif dans la campagne terrestre, une offensive majeure de l'Union pendant la dernière année de la guerre de Sécession (1861-1865). Cette bataille fut l'une des plus intenses de la guerre, en particulier à un endroit appelé "Bloody Angle" (Angle sanglant), où des milliers de soldats furent tués ou blessés au cours d'un combat acharné au corps à corps qui dura plus de 20 heures. La bataille, qui dura deux semaines, fut indécise et prit fin lorsque l'armée de l'Union quitta le champ de bataille pour poursuivre son avancée vers Richmond.
Contexte: la course vers Spotsylvania
Le 7 mai 1864, les premiers rayons du soleil matinal filtrèrent à travers la canopée des arbres pour révéler un tapis de cadavres carbonisés et mutilés. Pendant deux longues journées cauchemardesques, l'armée de l'Union du Potomac et l'armée confédérée de Virginie du Nord s'étaient affrontées dans une partie des forêts denses de Virginie, connue sous le nom sinistre de la Wilderness. Avec peu de routes, une visibilité réduite et peu d'espace pour manœuvrer, la bataille avait été chaotique et empreinte de panique. Les hommes tiraient à l'aveuglette dans les arbres devant eux, obligés de s'accroupir ou de se mettre à plat ventre, tant l'air était chargé de balles. Les régiments avançaient à tâtons dans l'obscurité, menant des assauts maladroits et désordonnés, et certaines compagnies entières furent faites prisonnières après s'être précipitées tête baissée dans les lignes ennemies. Les broussailles sèches avaient pris feu, provoquant de grands incendies de forêt qui avaient dévoré les morts et les blessés. Des groupes d'hommes blessés, en uniforme bleu et gris, s'étaient blottis les uns contre les autres à mesure que les flammes se rapprochaient, leurs armes chargées au poing afin de pouvoir se suicider plutôt que d'être brûlés vifs.
La bataille de la Wilderness avait été l'un des combats les plus difficiles de toute la guerre jusqu'alors, faisant plus de 25 000 victimes (environ 17 600 unionistes et 7 500 confédérés). Mais même après ce carnage, le lieutenant général Ulysses S. Grant, commandant en chef de toutes les armées de l'Union, n'avait pas dit son dernier mot. Lors des campagnes précédentes, lorsqu'une armée de l'Union avait subi une défaite similaire, elle se retirait le plus souvent au-delà du fleuve le plus proche pour panser ses plaies, une ligne de conduite que beaucoup s'attendaient à voir Grant adopter. Cependant, Grant n'était pas disposé à abandonner l'offensive alors que la capitale confédérée, Richmond, était si proche. Dans l'après-midi du 7 mai, il ordonna à son armée découragée de commencer à descendre l'Orange Plank Road. Mais lorsqu'elle arriva à un carrefour, l'armée ne bifurqua pas vers le nord, contrairement à ce que la plupart imaginaient, mais continua sa progression vers le sud, pour poursuivre son incursion en Virginie. Cela remonta instantanément le moral des soldats vétérans de l'armée du Potomac, qui étaient tellement habitués à battre en retraite vers le nord et qui étaient soulagés de pouvoir poursuivre leur offensive. "Notre moral remonta, se souvient un homme. Nous marchions libres. Les hommes se mirent à chanter... Cette nuit-là, nous étions heureux" (cité dans Foote, 191).
La destination de Grant était Spotsylvania Court House, un village endormi et insignifiant qui n'offrait guère plus que quelques magasins et maisons regroupés autour d'un petit parc. Mais cette petite ville revêtait une grande importance stratégique: si Grant parvenait à y retrancher son armée, il s'interposerait entre l'armée de Virginie du Nord et Richmond. L'armée rebelle, chargée de défendre sa capitale, n'aurait d'autre choix que d'attaquer et se briserait sur les fortifications de Grant telles des vagues sur des rochers. Malheureusement pour Grant, ses mouvements ne passèrent pas inaperçus aux yeux de son adversaire, le général Robert E. Lee. Avec sa barbe grise et son esprit rusé, Lee devina rapidement les intentions de Grant et se dépêcha d'envoyer ses propres troupes à Spotsylvania. Il envoya son corps de cavalerie, commandé par le major général J. E. B. Stuart, descendre à toute vitesse Brock Road et commencer à installer des fortifications devant la ville. Pendant ce temps, le premier corps confédéré, sous le commandement du major général Richard Anderson, allait effectuer une marche forcée dans l'espoir d'atteindre Spotsylvania le lendemain matin (Anderson n'était que temporairement à la tête du premier corps après que son commandant habituel, James Longstreet, eut été gravement blessé à la Wilderness). Ainsi, alors que les cavaliers de Stuart fonçaient sur Brock Road, la course vers Spotsylvania avait commencé.
8 mai: arrivée des armées
Tout au long de la journée, les cavaliers nordistes et sudistes s'affrontèrent le long de Brock Road. Tôt le matin du 8 mai, Fitzhugh Lee, le neveu de 28 ans du général sudiste, conduisit une division de la cavalerie de Stuart à Laurel Hill, à quelques kilomètres au nord de Spotsylvania, et commença à la fortifier. Il fut rejoint quelques heures plus tard par Anderson qui, peut-être désireux de prouver sa valeur en tant que nouveau commandant de corps, avait fait marcher son premier corps sans relâche toute la nuit pour arriver à temps. Ainsi, lorsque les premiers éléments de l'armée du Potomac approchèrent de Spotsylvania en milieu de matinée, ils trouvèrent une bonne partie de l'armée de Lee déjà solidement retranchée. Le major général George G. Meade, commandant officiel de l'armée du Potomac malgré la présence de Grant au sein de l'armée, décida d'ordonner un assaut immédiat, dans l'espoir de repousser les rebelles de la colline avant que le reste de l'armée de Lee n'ait le temps d'arriver.
Tout au long de la matinée, le Ve corps de l'Union, sous le commandement du major général Gouverneur K. Warren, lança plusieurs assauts sur Laurel Hill, mais fut repoussé à chaque fois avec de lourdes pertes. Meade ordonna l'arrêt des attaques vers midi afin d'attendre l'arrivée du reste de son armée. Puis, à 18 heures, il renvoya le Ve Corps à l'assaut de la colline, cette fois avec le soutien des troupes du VIe Corps. À ce moment-là, Fitz Lee et Anderson avaient reçu le renfort du Second Corps confédéré, commandé par le lieutenant général Richard S. Ewell; les rebelles firent à nouveau pleuvoir le plomb sur les Yankees, qui furent repoussés en désordre vers le bas de la colline, laissant derrière eux leurs morts et leurs blessés joncher le sol.
Meade était furieux de ne pas avoir pu arriver le premier à Spotsylvania: désormais, c'était l'Union qui risquait de céder en attaquant les fortifications confédérées, et non l'inverse. Il exprima sa frustration en criant sur son commandant de cavalerie, le major général Philip H. Sheridan, pour ne pas avoir remporté la course vers Spotsylvania. La dispute fut réglée par Grant qui accepta de laisser Sheridan racheter sa réputation en poursuivant Stuart. Cette nuit-là, 10 000 cavaliers yankees quittèrent le campement de l'armée pour semer le chaos dans la campagne virginienne et, espéraient-ils, attirer Stuart vers son destin funeste.
9 mai: creusement des tranchées
Tout au long de la nuit, les Confédérés travaillèrent d'arrache-pied pour creuser une série de retranchements. Ne disposant pas de suffisamment de pelles, ils utilisèrent des baïonnettes, des tasses et même leurs mains pour creuser le sol. Au matin du 9 mai, ils avaient construit environ 6,4 km de tranchées, de parapets et de positions d'artillerie, protégés par des barricades en bois appelées abatis. Il s'agissait d'un solide réseau de retranchements; en effet, son seul point faible était un saillant en forme de U qui dépassait du centre de la ligne, surnommé à juste titre "Muleshoe" (sabot de mule). Les troupes de l'Union commencèrent elles aussi à creuser leurs propres retranchements, mais comme elles avaient pris du retard, elles devinrent la cible des tireurs d'élite confédérés. De temps à autre, un coup de feu retentissait et les Yankees cessaient de creuser pour se baisser et se cacher.
Toutes ces esquives et ces accroupissements agaçaient le major général John Sedgwick, commandant du IVe corps de l'Union. Estimant que les tireurs rebelles étaient trop loin pour causer de réels dommages, il s'avança à cheval pour haranguer ses hommes. "Quoi? Vous vous planquez pour des balles isolées? leur dit-il. Que ferez-vous quand ils ouvriront le feu sur toute la ligne? J'ai honte de vous. Ils ne pourraient pas toucher un éléphant à cette distance!" (cité dans Foote, 203). À peine avait-il prononcé ces mots fatidiques que Sedgwick se pencha en avant, du sang jaillissant d'un trou juste sous son œil gauche. En quelques minutes, il était mort, abattu par la balle d'un franc- tireur.
Sedgewick était l'un des généraux les plus appréciés de l'armée, et sa perte porta un coup dur au moral des troupes. Même Grant fut bouleversé par cette perte, demandant à plusieurs reprises: "Est-il vraiment mort?" Mais il n'y avait pas de temps pour le deuil. Espérant positionner ses troupes pour une attaque le lendemain matin, Grant ordonna au IIe corps d'armée, sous le commandement du major général Winfield Scott Hancock, de traverser la rivière Po afin de se préparer à attaquer le flanc gauche vulnérable de Lee.
10 mai: charge d'Upton
Le troisième jour de la bataille, Hancock se réveilla et découvrit une importante concentration de forces confédérées devant lui. Pendant la nuit, Lee avait déplacé ses troupes vers la gauche pour contrer la menace que représentait le IIe corps de Hancock. Pensant à tort que Lee avait affaibli son centre pour renforcer sa gauche, Grant ordonna précipitamment à Hancock de retraverser le Po afin de se préparer à attaquer le centre confédéré à Laurel Hill.
À 17 heures, des éléments des V et II Corps chargèrent la colline, mais constatèrent qu'elle était toujours fortement défendue; une fois de plus, l'attaque des Yankees fut repoussée avec de lourdes pertes. Pendant l'accalmie qui suivit, une idée fut proposée par le colonel Emory Upton, un jeune diplômé de West Point originaire de New York. S'appuyant sur sa connaissance de la théorie militaire, Upton élabora un plan selon lequel douze régiments seraient déployés sur quatre lignes de bataille. La première ligne franchirait les tranchées ennemies, puis se déploierait vers la gauche et la droite, élargissant la brèche pour permettre aux autres lignes de pénétrer. Les autres régiments se déverseraient alors, submergeant les défenseurs rebelles par leur nombre.
Les supérieurs d'Upton approuvèrent son plan et lui fournirent les douze régiments dont il avait besoin. Peu après 18 heures, l'attaque d'Upton fut lancée. Ses hommes traversèrent les 200 mètres de no man's land, avec l'ordre strict de ne pas tirer avant d'avoir atteint les tranchées ennemies. À leur arrivée, ils constatèrent que les Confédérés "refusaient catégoriquement de céder du terrain" et les premiers soldats de l'Union à escalader les tranchées furent rapidement abattus ou transpercés à coups de baïonnette (cité dans Catton, 114). Mais les hommes d'Upton continuèrent d'avancer et envahirent rapidement les tranchées, frappant et poignardant tous ceux qui se trouvaient à leur portée, repoussant les défenseurs rebelles. Très vite, ils réussirent à créer une brèche et à l'élargir suffisamment pour que les trois autres lignes de combat puissent s'engouffrer.
Bien que l'attaque d'Upton ait été couronnée de succès, les Yankees ne parvinrent pas à en tirer parti: la division de l'Union qui était censée venir en renfort à Upton fut repoussée par des tirs d'artillerie lourde. Upton fut donc contraint de se retirer. Néanmoins, il avait prouvé la vertu de son plan et obtint une promotion sur le champ de bataille de la part de Grant, qui décida de répéter le plan le lendemain, mais à plus grande échelle. "Une brigade aujourd'hui, dit-il, nous essaierons un corps demain" (cité dans Catton, 116).
11 mai: plans de bataille
Il n'y eut pas d'attaque le lendemain, le 11 mai. Le déplacement de toute son armée pour concentrer les attaques le long de la ligne ennemie prit du temps, ce qui conduisit Grant à reporter l'attaque au matin du 12 mai. Il envoya néanmoins des ordres à ses commandants de corps. Le IIe corps de Hancock devait attaquer Muleshoe, tandis que le IXe corps, sous le commandement du major général Ambrose Burnside, attaquait l'extrémité est du saillant. Le Ve corps de Warren et le VIe corps, désormais sous le commandement du major général Horatio Wright après la mort de Sedgwick, attaqueraient Laurel Hill.
Grant pensait que les rebelles étaient sur le point de céder, mais ne voulant pas se montrer trop optimiste, il écrivit à Washington qu'il était prêt à "se battre sur cette ligne même si cela devait prendre tout l'été" (cité dans McPherson, 731). Lee, quant à lui, remarqua le mouvement à grande échelle des forces de l'Union et interpréta cela comme un signe que Grant se préparait à se désengager et à marcher vers Fredericksburg. Souhaitant être aussi mobile que possible afin de pouvoir frapper l'ennemi pendant sa retraite, Lee ordonna au major général Edward "Alleghany" Johnson de retirer les canons qu'il avait placés à Muleshoe, ignorant que Grant prévoyait d'attaquer cet endroit même le lendemain.
12 mai: Bloody Angle
À 4 h 30 du matin, l'assaut de l'Union commença. Le IIe corps de Hancock balaya Muleshoe, submergeant rapidement les rebelles. La plupart des troupes confédérées d'Alleghany Johnson furent rapidement repoussées – Johnson lui-même fut capturé – même si certains défenseurs opposèrent une résistance acharnée. En effet, la célèbre brigade Stonewall, postée à gauche du Muleshoe, se battit si vaillamment qu'elle perdit tous ses hommes sauf 200 et dut être dissoute après la bataille. Mais une fois que les troupes de Hancock eurent pris possession du Muleshoe, l'attaque s'enlisa; personne n'avait réfléchi à la manière de tirer parti d'une telle percée.
Cette pause permit aux Confédérés de faire venir des renforts, qui provenaient principalement de la division du brigadier général John B. Gordon. Comme il l'avait fait une semaine auparavant à la Wilderness, Lee se précipita vers l'avant, voulant mener en personne ces hommes au combat. Mais les soldats, ne voulant pas risquer de perdre leur commandant bien-aimé, refusèrent d'avancer tant qu'il ne se serait pas retiré à l'arrière, ce qu'il fit à contrecœur.
À 6 h 30, Grant envoya Warren et Wright, juste au moment où les Confédérés faisaient venir leurs propres renforts. Une horrible lutte au corps à corps s'ensuivit autour de Muleshoe, les combats les plus violents ayant lieu à l'extrémité ouest du saillant, qui allait bientôt être immortalisé sous le nom de "Bloody Angle". Dans la plupart des cas, les combats rapprochés étaient féroces mais brefs; les deux camps se faisaient face, se battaient pendant quelques minutes, puis l'un des deux cédait. Cette fois-ci, ce fut différent: les combats au corps à corps à Muleshoe durèrent plus de 20 heures sans interruption. Au cours des combats, un orage torrentiel éclata, trempant les hommes qui, en contrebas, luttaient littéralement pour leur vie. L'historien Shelby Foote décrit ainsi cette scène infernale:
Ce furent les heures rouges du conflit, des heures qu'aucun survivant n'oublierait jamais, même dans son sommeil. Se battant ainsi à bout de bras par-dessus le parapet, ils étaient pris dans un cauchemar éveillé... les hommes se battaient simplement pour continuer à se battre, moins par instinct que par pure adrénaline. Le massacre devint une fin en soi... des soldats furent tués à coups de poignard et de baïonnette à travers les interstices de la barricade de rondins, tandis que d'autres furent harponnés par des fusils à baïonnette lancés à la manière de javelots... la pluie tombait, s'atténuait, puis tombait à nouveau à torrents, trempant les combattants et transformant le sol de leur enclos de massacre en boue. Dans les tranchées, les morts et les blessés étaient piétinés et disparaissaient dans la boue maculée de sang par ceux qui titubaient pour prendre leur poste le long des ouvrages, jusqu'à ce qu'eux aussi tombent ou ne soient contraints de se retirer parce que leurs armes étaient tellement encrassées par la poudre due aux tirs rapides qu'ils ne pouvaient plus les recharger pour tirer à nouveau.
(221)
Ce n'est qu'après minuit que les combats à Bloody Angle prirent fin. Tant de balles avaient été tirées qu'un chêne avait été complètement abattu par des balles Minié, et les corps remplissaient les tranchées presque à ras bord. Lee ramena ses survivants sur une deuxième ligne, à un demi-mile à l'arrière, tandis que les troupes de l'Union se repliaient sur leur position initiale. Le lendemain matin, Muleshoe n'était plus occupé que par des cadavres.
13-19 mai: réajustement des lignes
Chaque armée passa les jours suivants à consolider ses lignes. Telles des boxeurs fatigués sur le ring, elles manœuvraient et contre-manœuvraient, chacune essayant de prendre le dessus sur l'autre. Pendant ce temps, le nombre de victimes ne cessait d'augmenter; bien qu'il y ait eu peu d'assauts majeurs après le Bloody Angle, les escarmouches et les tireurs d'élite continuaient à faire s'accumuler les cadavres tout au long de la ligne. Pour les Confédérés, la perte la plus importante fut celle de leur brillant commandant de cavalerie. Le 11 mai, Sheridan avait rattrapé Stuart à Yellow Tavern, à quelques kilomètres de Richmond. Après une bataille de cavalerie qui dura plusieurs heures, Stuart fut mortellement blessé; il fut ensuite transporté à Richmond où il mourut le 12 mai, tandis que des milliers d'autres hommes donnaient leur vie à Bloody Angle. Sa perte dévasta Lee, qui déclara qu'il ne pouvait même pas prononcer le nom de Stuart sans pleurer.
Le 19 mai, le dernier assaut majeur eut lieu lorsque le deuxième corps d'Ewell affronta les hommes de Hancock à Harris Farm. Ce fut une escarmouche accidentelle et inutile qui causa des centaines de pertes supplémentaires de chaque côté.
20-21 mai: la guerre continue
À la fin de la deuxième semaine, Grant comprit qu'il devait changer de stratégie. Les assauts frontaux contre les tranchées confédérées s'étaient avérés infructueux; la position de Lee était trop forte. Plutôt que de perdre davantage de temps à Spotsylvania, Grant décida de poursuivre sa route. Comme il l'avait fait après la Wilderness, il contournerait l'armée de Lee et pousserait vers le sud, menaçant Richmond. Lee n'aurait d'autre choix que de le suivre. Ainsi, dans la nuit du 20 mai, Grant retira son armée de ses défenses et se dirigea vers le sud, contournant Spotsylvania et l'armée grise qui se trouvait toujours devant elle. Le lendemain, Lee se mit également en marche. Mais au lieu de suivre directement l'armée de Grant, il marcha sur une route parallèle jusqu'à la rivière North Anna. Le carnage de la campagne terrestre allait donc se poursuivre, d'abord lors de la bataille de North Anna (du 23 au 26 mai), puis lors de la bataille de Cold Harbor (du 31 mai au 12 juin), deux événements sanglants qui vinrent s'ajouter à ce qui était déjà le mois le plus meurtrier de la guerre.
La bataille de Spotsylvania avait duré 14 jours. Pendant cette période, on déplora 30 000 victimes: l'Union avait perdu 18 399 hommes tués, blessés ou capturés, tandis que les Confédérés avaient perdu 12 687 hommes tués, blessés ou capturés. Si l'on ajoute à cela les pertes subies à la Wilderness, le bilan s'élevait à près de 50 000 morts, un chiffre effroyable qui dépassait tout ce qui avait été enregistré jusqu'alors dans cette horrible guerre. Mais les souffrances et les morts n'étaient pas encore terminées. Grant poussait vers le sud. Refusant de renoncer à l'initiative, il était déterminé à vaincre Lee et à prendre Richmond, quel qu'en soit le prix.
