HMS Victory

Navire amiral de Nelson et plus ancien navire de la Royal Navy
Mark Cartwright
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le
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Briseur du rêve d'invasion de Napoléon, vétéran de trois guerres majeures et théâtre de la mort du plus grand héros de la Royal Navy, le HMS Victory est l'un des navires de guerre les plus célèbres de Grande-Bretagne. Curieusement, et bien qu'il soit exposé en permanence comme attraction touristique, le Victory reste à ce jour un navire de guerre pleinement opérationnel. Voici son histoire.

Un navire de guerre de premier ordre

Le HMS Victory fut construit à partir de 1759 aux chantiers navals de Chatham, dans le Kent, d'après les plans de Sir Thomas Slade. Construit en chêne et en orme massif, le navire nécessita le sacrifice de 2 500 arbres matures, un chiffre incroyable. Achevé en mai 1765, ce trois-mâts mesurait plus de 69 mètres de long et déplaçait 3 500 tonnes longues. C'était le plus grand navire jamais construit pour la marine, et il était très rapide. Dans de bonnes conditions, le Victory pouvait fendre les flots à une vitesse remarquable pour sa taille grâce à ses 36 voiles et à la conception innovante de sa coque.

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HMS Victory by Pocock
Le HMS Victory de Pocock Nicholas Pocock (Public Domain)

Le nom Victory était loin d'être réjouissant pour la plupart des marins qui y furent affectés pour la première fois. En effet, le dernier navire de guerre nommé Victory avait coulé en 1744, entraînant la mort de tout son équipage. Ce nouveau Victory, en réalité le septième navire de guerre britannique à porter ce nom, dut attendre longtemps avant d'entrer en service: 13 ans, en fait. Ce navire de guerre de premier ordre transportait un équipage de plus de 800 personnes et était équipé de plus de 100 canons répartis sur trois ponts exigus. Le Victory fut une arme majeure pour les Britanniques dans les années 1770, pendant la guerre d'indépendance américaine. Le navire fut ensuite réaménagé et devint le navire amiral du vice-amiral Lord Hood, qui le fit naviguer en Méditerranée au début des années 1790, pendant les guerres de la Révolution française.

Le Victory arborait une nouvelle coque recouverte de près de 4 000 plaques de cuivre.

Le destin du Victory prit ensuite un tournant défavorable à mesure que son état se détériorait. Utilisé comme navire-hôpital en 1797, le Victory était destiné à finir ses jours comme prison flottante, la pire des déchéances. Le vénérable vieux navire de guerre bénéficia alors d'un sursis de dernière minute. Après la perte du HMS Impregnable en 1799 et avec la guerre qui se profilait contre l'ancien ennemi, la France, l'Amirauté fut obligée de remettre le Victory en service.

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Une totale rénovation

Après avoir été largement rénové, le Victory arborait une nouvelle coque recouverte de près de 4 000 plaques de cuivre et un tout nouvel équipement de canons plus légers, plus précis et plus rapides à charger. Mais le plus frappant était la couleur distinctive du navire, peint en gris foncé avec des rayures jaunes. Le Victory était à nouveau prêt pour la guerre et pour son heure de gloire. Le célèbre artiste John Constable choisit le Victory comme sujet d'une de ses peintures, décrivant le navire comme "la fleur de la flotte".

Stern View, HMS Victory
Vue arrière du HMS Victory Library of Congress (Public Domain)

À partir de 1803, la Grande-Bretagne et la France de Napoléon étaient en guerre. Les guerres napoléoniennes impliquèrent un grand nombre de nations européennes, mais ce fut une bataille navale cruciale en octobre 1805 qui fit échouer le projet d'invasion de la Grande-Bretagne par Napoléon et établit la Royal Navy en tant que première flotte navale au monde. Cette bataille fut celle de Trafalgar.

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Bataille de Trafalgar

Le Victory fut choisi comme navire amiral du vice-amiral Lord Nelson, le meilleur commandant anglais de l'époque et déjà héros national. Au cours des deux années qui précédèrent la grande bataille de Trafalgar, Nelson ne quitta jamais le Victory, dormant chaque nuit dans son lit préféré, un lit suspendu entre deux canons géants.

La flotte britannique affronta les flottes française et espagnole, légèrement plus importantes, au large du cap Trafalgar (sur la côte sud de l'Espagne). C'est depuis le Victory que Nelson lança son mémorable signal: "L'Angleterre attend de chaque homme qu'il fasse son devoir." La Royal Navy remporta la bataille grâce aux tactiques innovantes de Nelson qui, risquant toute la puissance de feu ennemie alors que les flottes respectives se rapprochaient, enfonça le centre de la formation plus traditionnelle de l'ennemi, composée de deux lignes de navires. Un autre facteur qui joua en faveur de la Royal Navy fut la capacité de ses artilleurs expérimentés à tirer deux fois plus vite que ceux de l'ennemi.

Horatio Nelson
Horatio Nelson Lemuel Francis Abbott (Public Domain)

L'équipage du Victory à Trafalgar comprenait des Britanniques, des Indiens, des Africains, des Américains et même trois Français. Il y avait également une femme, une Minorquine déguisée en homme. Le plus jeune membre de l'équipage n'avait pas encore 12 ans, et le plus âgé avait largement dépassé la soixantaine. Certains hommes étaient des volontaires, d'autres des conscrits, et certains étaient des condamnés. Tous avaient un seul objectif: survivre à la bataille.

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Le vénérable vieux navire de guerre survécut à Trafalgar, mais fut gravement endommagé.

Le Victory n'était certainement pas un simple spectateur de la bataille et fit couler rien de moins que le navire amiral français, le Bucentaure. Avec ses 104 canons, le Victory était un adversaire redoutable. Tirer avec précision des canons sur une mer agitée était loin d'être facile et exigeait un travail d'équipe. Un canon de 32 livres, dont le Victory comptait 30 exemplaires, pesait trois tonnes et nécessitait un équipage de 12 à 15 hommes pour fonctionner. Le Victory disposait également de deux énormes canons de 68 livres sur ses ponts; l'un d'eux avait causé un véritable carnage en tirant un baril de 500 balles de mousquet à travers les fenêtres arrière du Bucentaure. Le navire britannique ne s'en sortit cependant pas indemne; son énorme gouvernail fut détruit par un tir de canon, et il fallut une équipe de 40 hommes pour installer un autre mécanisme de direction au cœur de la bataille.

Incroyablement, aucun navire britannique ne fut perdu lors de la bataille, mais la victoire eut un prix élevé. Dans le chaos des voiles, de la fumée et des bois brisés, un tireur embusqué à bord du navire de guerre français Redoutable avait mortellement blessé Nelson alors qu'il arpentait le pont arrière du Victory. Au moins, le commandant blessé vécut assez longtemps pour apprendre sa grande victoire. Le vénérable vieux navire de guerre survécut à Trafalgar, mais fut gravement endommagé, tant pendant la bataille elle-même que lors de la tempête qui suivit peu après. Le Victory, forcé de faire escale à Gibraltar pour des réparations indispensables, ramena Nelson chez lui, conservé dans un tonneau de brandy.

Aerial View, HMS Victory
Vue aérienne du HMS Victory Geoff Parselle - MOD (Open Government License)

Carrière ultérieure

Le Victory continua à servir activement pendant les guerres napoléoniennes, en particulier dans la Baltique, puis fut utilisé comme navire de transport de troupes à partir de 1810. Dans les années 1820, le grand navire ne naviguait plus et, démâté et amarré à Portsmouth, il servait de navire amiral stationnaire du commandement naval. Mis en cale sèche en 1922, puis restauré pour retrouver sa gloire d'antan, le Victory fut ouvert au public en 1928 lors d'une cérémonie présidée par le roi George V. Le navire, qui a conservé 20 % de ses éléments d'origine, peut encore être visité aujourd'hui au chantier naval historique de Portsmouth. Le rôle crucial joué par le Victory dans la défense de la Grande-Bretagne n'est pas tombé dans l'oubli: tous les navires de guerre qui passent devant lui à Portsmouth tirent une salve d'honneur en son honneur.

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Bibliographie

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth, responsable de Traduction, est diplômée en anglais et en français langue étrangère. Parlant couramment le français, l'anglais et l'italien, elle a enseigné l'anglais au British Council à Milan, en Italie.

Auteur

Mark Cartwright
Mark est un auteur, chercheur, historien et éditeur, à plein temps. Il s'intéresse particulièrement à l'art, à l'architecture et à la découverte des idées que partagent toutes les civilisations. Il est titulaire d'un Master en Philosophie politique et est le Directeur de Publication de WHE.

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Style APA

Cartwright, M. (2025, novembre 12). HMS Victory: Navire amiral de Nelson et plus ancien navire de la Royal Navy. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2831/hms-victory/

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Cartwright, Mark. "HMS Victory: Navire amiral de Nelson et plus ancien navire de la Royal Navy." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, novembre 12, 2025. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2831/hms-victory/.

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Cartwright, Mark. "HMS Victory: Navire amiral de Nelson et plus ancien navire de la Royal Navy." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, 12 nov. 2025, https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2831/hms-victory/.

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