Système d'Alliances avant la Première Guerre Mondiale

Triple Entente contre Triple Alliance
Mark Cartwright
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le
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Le système d'alliances en Europe fut l'une des causes de la Première Guerre mondiale (1914-1918), même s'il ne rendit pas la guerre inévitable. Au cours de la première décennie du XXe siècle, les puissances de la Triple Entente (Grande-Bretagne, France et Russie) s'opposèrent à la Triple Alliance (Allemagne, Autriche-Hongrie et Italie, qui resta neutre lorsque la guerre éclata, mais rejoignit les puissances de l'Entente en 1915). Les termes de l'engagement de chaque État envers ses alliés variaient, mais une promesse générale d'aide était soit énoncée, soit sous-entendue. On espérait que le système d'alliances créerait un équilibre des pouvoirs, dissuaderait toute agression et maintiendrait la paix, mais les alliances ne firent qu'ajouter à la longue liste des autres causes de la Première Guerre mondiale. En fin de compte, les signatures sur le papier devinrent subordonnées à la détermination de chaque nation à rester ou à devenir une puissance mondiale, ce qui conduisit les dirigeants et les généraux à se disputer le contrôle du territoire et des ressources des autres nations.

Map of Europe on the Eve of World War I, Early 1914
L'Europe à la veille de la Première Guerre mondiale, 1914 Simeon Netchev (CC BY-NC-ND)

Les puissances de la Triple Entente

Au début du XXe siècle, la Grande-Bretagne était une démocratie parlementaire bien établie. La monarchie, incarnée par George V (r. de 1910 à 1936), n'était guère plus qu'une figure de proue du gouvernement. L'Empire britannique comptait quelque 400 millions d'habitants dans plus de 50 pays. Grâce à la révolution industrielle et à plusieurs siècles d'impérialisme à travers le monde, les ressources et l'armée britanniques (en particulier sa marine, la plus importante au monde) faisaient de la Grande-Bretagne le pays le plus puissant et le plus riche de tous. La position dominante de la Grande-Bretagne était remise en cause à la fois par les États-Unis et l'Allemagne, les premiers sur le plan économique et les seconds par le biais d'une course aux armements. En 1904, l'Entente cordiale vit le jour, renforçant les relations diplomatiques entre la Grande-Bretagne et la France, éliminant les conflits d'intérêts en Afrique et en Asie, mais sans couvrir l'assistance mutuelle en cas de guerre en Europe. L'Allemagne soupçonnait toutefois l'existence d'une clause secrète dans l'Entente cordiale qui promettait une aide militaire mutuelle, tant le climat de suspicion régnait dans la diplomatie européenne à cette époque. En 1907, la convention anglo-russe fut signée, apaisant les tensions liées aux revendications rivales sur l'Afghanistan, le Tibet et la Perse (l'Iran actuel). En 1912, la Grande-Bretagne et la France renforcèrent leur alliance, la première promettant la formation d'une force expéditionnaire qui serait envoyée en France si nécessaire.

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En 1907, la Grande-Bretagne, la France et la Russie (alias les Alliés) s'unirent au sein de la Triple Entente.

La France était une république démocratique dirigée par un président élu. Contrairement à la Grande-Bretagne, le gouvernement français comptait un certain nombre de généraux. L'Empire français comprenait l'Afrique du Nord et de l'Ouest et gouvernait 60 millions de personnes. Cependant, cet empire était en déclin, avec une défaite notable face à la Prusse en 1870 (la Prusse devint ensuite une partie de l'Allemagne). La France avait autrefois dominé le commerce mondial, mais là aussi, elle était en déclin en 1914. La France forma une alliance avec la Russie en 1894, qui promettait une aide mutuelle en cas d'attaque de l'Allemagne, de l'Italie ou de l'Autriche-Hongrie. En 1911, l'ingérence allemande au Maroc français, lors d'un incident connu sous le nom de crise d'Agadir ou coup d'Agadir, accentua davantage encore les tensions entre les puissances européennes. La Grande-Bretagne soutint la France et l'Allemagne fit marche arrière, mais obtint une partie du Congo en compensation. Cet incident fit naître chez les puissances européennes le soupçon que l'Allemagne avait bel et bien l'intention de déclencher une guerre tôt ou tard.

La Russie n'était pas une démocratie, mais était gouvernée par le tsar Nicolas II (r. de 1894 à 1917). Le pouvoir autocratique du tsar avait déjà été remis en cause par la révolution russe manquée de 1905. L'Empire russe comptait environ 160 millions d'habitants, mais il y avait de nombreux groupes ethniques et nationalités, dont certains voulaient se séparer de l'empire et se gouverner eux-mêmes. La Russie était en retard par rapport aux nations plus avancées en termes de modernisation apportée par la révolution industrielle. Environ 80 % de la population travaillait dans l'agriculture, et leur pauvreté signifiait que la plupart des agriculteurs étaient à une mauvaise récolte de la famine. En 1907, la Grande-Bretagne, la France et la Russie s'unirent afin de former la Triple Entente. Dès lors, ces pays et ceux qui les rejoignirent plus tard seraient souvent appelés les Alliés.

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Kaiser Wilhelm II
Empereur Guillaume II T. H. Voigt (CC BY-NC-SA)

Les puissances de la Triple Alliance

L'Allemagne était le résultat de l'unification de plusieurs petits États en 1871. Le souverain était l'empereur Guillaume II (r. de 1888 à 1918), un monarque constitutionnel mais puissant. L'Allemagne ne disposait que d'un petit empire, limité à certains territoires d'Afrique de l'Est et d'Extrême-Orient, mais l'empereur avait l'ambition de l'étendre, ne serait-ce que pour des raisons de prestige et pour obtenir les ressources nécessaires à l'alimentation de l'économie florissante de l'Allemagne. L'empereur affirmait également que l'Allemagne était encerclée par des ennemis: la Grande-Bretagne, la France et la Russie. L'Allemagne était industrialisée et disposait de la deuxième marine mondiale, de l'économie la plus dynamique d'Europe et d'une population en pleine expansion. L'Allemagne forma une double alliance avec l'Autriche-Hongrie en 1879, dans laquelle chaque pays s'engageait à défendre l'autre en cas d'attaque de la Russie. Il existait également un traité secret avec la Russie qui garantissait la neutralité de cet État si l'Allemagne attaquait la France.

Presque tout le monde pensait que si une guerre éclatait, elle serait relativement courte.

L'Empire austro-hongrois était composé de l'Autriche et de la Hongrie (unies depuis 1867), chacune ayant son propre parlement et ses territoires respectifs en Europe centrale. L'empereur des Habsbourg, François-Joseph Ier d'Autriche (r. de 1848 à 1916), souhaitait vivement étendre son empire, en particulier dans les Balkans. Tout comme la Russie, l'empire comprenait de nombreux groupes ethniques et nationalités différents, dont certains luttaient activement pour leur autonomie.

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L'Italie était une monarchie constitutionnelle dirigée par le roi Victor Emmanuel III (r. de 1900 à 1946). L'Italie ne fut unifiée qu'en 1861, mais elle remporta la guerre italo-turque contre l'Empire ottoman en 1912 et prit ainsi le contrôle de la Libye en Afrique du Nord. L'Italie rejoignit la double alliance entre l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie en 1882, qui devint ainsi la triple alliance. L'Italie, dont l'armée était mal équipée, resta neutre lorsque la Première Guerre mondiale éclata, mais, espérant gagner du territoire sur une Autriche-Hongrie manifestement affaiblie, dont les premières aventures militaires se soldèrent par des désastres, elle rejoignit le conflit en mai 1915 aux côtés des puissances de la Triple Entente.

Map of the Russian Empire on the Eve of WWI, 1914
Carte de l'Empire russe à la veille de la Première Guerre mondiale, 1914 Simeon Netchev (CC BY-NC-ND)

Autres États impliqués

D'autres États rejoignirent la Première Guerre mondiale à différents stades, notamment la Belgique, le Japon, le Monténégro, la Serbie, la Roumanie, le Portugal, la Grèce et les États-Unis (qui entrèrent dans le conflit en 1917), tous du côté des puissances de l'Entente. L'Empire ottoman et la Bulgarie rejoignirent les puissances de la Triple Alliance. Diverses colonies des puissances européennes en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie se joignirent également au conflit. Les pays qui restèrent neutres comprenaient l'Espagne, la Suisse, les Pays-Bas, la Norvège, la Suède et le Danemark.

L'une des nombreuses causes de la guerre

Le système des alliances n'était pas la seule cause de la Première Guerre mondiale. Après tout, la Grande-Bretagne n'était pas tenue par un traité de se joindre à la France dans une guerre européenne, mais c'est pourtant ce qu'elle fit. À l'inverse, l'Italie était tenue d'aider ses alliés, l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie, mais elle ne le fit pas et déclara même sa neutralité. À bien des égards, les dirigeants de chaque nation furent piégés dans des actions dont ils ne voulaient pas nécessairement les conséquences, et ces actions étaient au final motivées par les objectifs de politique étrangère à long terme de leur propre nation. La Grande-Bretagne tenait à maintenir le statu quo géopolitique, la France se concentrait sur sa défense contre l'agression allemande et l'empereur Guillaume II pensait pouvoir étendre le territoire allemand à un coût relativement faible. Presque tout le monde pensait que si une guerre éclatait, elle serait relativement courte et prendrait fin avant Noël 1914. L'Autriche-Hongrie était peut-être la plus coupable parmi les opportunistes, espérant profiter du soutien de l'Allemagne pour étendre son territoire dans les Balkans en toute impunité, malgré l'intérêt déclaré de la Russie pour cette région slave. En fin de compte, la poursuite par chaque État de ce qu'il considérait comme ses propres intérêts nationaux et le désir de contrôler les armes, les colonies et les ressources des autres signifiaient qu'une seule étincelle pourrait mettre le feu à cette poudrière diplomatique explosive que constituaient les alliances. Il est significatif que l'Allemagne, la France, l'Autriche-Hongrie et la Russie aient toutes préparé des plans militaires détaillés d'attaque bien avant que la guerre ne soit effectivement déclarée.

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Archduke Franz Ferdinand Prior to His Assassination
L'archiduc François-Ferdinand avant son assassinat Unknown Photographer (CC BY-NC-SA)

L'étincelle qui déclencha la Première Guerre mondiale fut l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand (1863-1914), héritier du trône des Habsbourg, à Sarajevo en juin 1914. Les Balkans étaient un foyer de mouvements nationalistes, et l'assassin était un nationaliste serbe de Bosnie. Le gouvernement serbe fut rapidement accusé de l'assassinat, et François-Joseph obtint le soutien de l'Allemagne pour envahir la Serbie. Et ce, malgré la menace de la Russie qui affirmait que cela ne serait pas toléré, une position soutenue par la France. L'Allemagne menaça de déclarer la guerre à la Russie si celle-ci mobilisait ses troupes. L'Allemagne comprit que si elle voulait attaquer la France, elle devait le faire rapidement avant d'avoir à affronter également la Russie à l'est. Pour ce faire, les généraux allemands mirent en œuvre leur plan Schlieffen, qui consistait à traverser la Belgique et à attaquer les lignes défensives françaises par l'arrière. La Grande-Bretagne ne pouvait tolérer que la neutralité de la Belgique soit ainsi compromise. C'est ainsi que l'effet domino des obligations découlant des traités entre les grandes puissances fut déclenché par les événements de Sarajevo. Une vague de communications s'ensuivit entre les administrations gouvernementales à travers l'Europe. Le 12 août, la plupart des grandes puissances s'étaient déclarées la guerre.

Première guerre mondiale, première guerre entièrement mécanisée et première guerre totale, ce terrible conflit prit fin en 1918 et fit plus de 9 millions de victimes. La victoire de la Grande-Bretagne, de la France et de l'Italie entraîna la destruction de quatre empires: l'empire austro-hongrois, l'empire russe, l'empire ottoman et l'empire allemand. On espérait que le traité de Versailles et la création de la Société des Nations garantiraient une paix durable, mais une nouvelle vague d'alliances ne put empêcher la Seconde Guerre mondiale (1939-1945), un désastre encore plus grand que le premier.

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth, responsable de Traduction, est diplômée en anglais et en français langue étrangère. Parlant couramment le français, l'anglais et l'italien, elle a enseigné l'anglais au British Council à Milan, en Italie.

Auteur

Mark Cartwright
Mark est un auteur, chercheur, historien et éditeur, à plein temps. Il s'intéresse particulièrement à l'art, à l'architecture et à la découverte des idées que partagent toutes les civilisations. Il est titulaire d'un Master en Philosophie politique et est le Directeur de Publication de WHE.

Citer cette ressource

Style APA

Cartwright, M. (2025, octobre 02). Système d'Alliances avant la Première Guerre Mondiale: Triple Entente contre Triple Alliance. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2808/systeme-dalliances-avant-la-premiere-guerre-mondia/

Style Chicago

Cartwright, Mark. "Système d'Alliances avant la Première Guerre Mondiale: Triple Entente contre Triple Alliance." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, octobre 02, 2025. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2808/systeme-dalliances-avant-la-premiere-guerre-mondia/.

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Cartwright, Mark. "Système d'Alliances avant la Première Guerre Mondiale: Triple Entente contre Triple Alliance." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, 02 oct. 2025, https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2808/systeme-dalliances-avant-la-premiere-guerre-mondia/.

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