Ûñtsaiyĭ', le Parieur

Joshua J. Mark
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le
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Ûñtsaiyĭ', le Parieur, est une légende de la nation Cherokee, connue sous le nom de Wonder Story (histoire merveilleuse), qui met en scène des personnages surnaturels qui interagissent parfois avec les mortels, parfois entre eux. Dans Ûñtsaiyĭ', le Parieur, tous les personnages sont des entités surnaturelles qui représentent des phénomènes naturels tels que le tonnerre et la foudre.

Ball Play Dance
Danse du jeu de balle George Catlin (Public Domain)

L'histoire reprend le thème récurrent chez les Amérindiens du passage à l'âge adulte d'un jeune garçon et des défis qu'il doit surmonter. Contrairement à d'autres histoires merveilleuses, notamment L'homme qui épousa la sœur du Tonnerre, il n'y a pas de mortels dans Ûñtsaiyĭ', le Parieur, et l'action suit l'un des fils du Tonnerre dans sa quête de guérison et, finalement, de plénitude.

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Le filou Ûñtsaiyĭ' sert à transmettre la valeur culturelle qui consiste à honorer ses promesses dans les accords et à payer ce que l'on doit.

Au centre du récit se trouve Ûñtsaiyĭ', un personnage farceur similaire à ceux des légendes d'autres peuples autochtones d'Amérique du Nord, notamment les contes Wihio des Cheyennes, les contes Iktomi des Sioux et les contes Nih'a'ca des Arapahos, parmi tant d'autres. Dans cette histoire, le filou Ûñtsaiyĭ' sert à transmettre la valeur culturelle qui consiste à honorer ses promesses dans les accords et à payer ce que l'on doit, quel qu'en soit le prix.

Ûñtsaiyĭ' (également connu sous le nom d'E'tsaiyi ou Tsaihi) incarne le personnage du parieur qui vit de son intelligence, mais qui voit sa chance tourner lorsqu'il parie contre le fils du Tonnerre. Le jeu auquel ils jouent peut être le stickball (connu sous le nom d'Anetso par la nation Cherokee de l'Est) ou le chunkey, un jeu qui, selon la tradition Cherokee, aurait été inventé par Ûñtsaiyĭ'.

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Comme toutes les œuvres de la littérature amérindienne, Ûñtsaiyĭ', le Parieur, comporte plusieurs niveaux de signification et peut donner lieu à de nombreuses interprétations. Cette histoire était populaire parmi les Cherokees dans le passé et continue d'être transmise dans leurs communautés aujourd'hui.

Texte

Ce qui suit est une traduction d'un texte tiré de Myths of the Cherokee (1900) de James Mooney, réédité par Dover Publications, 2014.

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Le Tonnerre vit à l'ouest, ou un peu au sud-ouest, près de l'endroit où le soleil se couche derrière l'eau. Autrefois, il lui arrivait parfois de voyager vers l'est, et une fois, après son retour d'un de ces voyages, un enfant vit le jour à l'est qui, selon les gens, était son fils. En grandissant, on découvrit que le garçon avait des plaies scrofuleuses sur tout le corps. Un jour, sa mère lui dit: "Ton père, le Tonnerre, est un grand médecin. Il vit loin à l'ouest, mais si tu arrives à le trouver, il pourra te guérir."

Le garçon partit donc à la recherche de son père pour se faire soigner. Il voyagea longtemps vers l'ouest, demandant à tous ceux qu'il rencontrait où vivait Tonnerre, jusqu'à ce qu'ils finissent par lui dire qu'il n'était plus très loin. Il continua son chemin et arriva à Ûñtiguhĭ', dans le Tennessee, où vivait Ûñtsaiyĭ' "Laiton". Or, Ûñtsaiyĭ' était un grand joueur et gagnait sa vie ainsi. C'est lui qui inventa le jeu gatayûstĭ auquel nous jouons avec une roue en pierre et un bâton. Il vivait sur la rive sud de la rivière et défiait tous ceux qui passaient par là de jouer contre lui. La grande pierre plate, avec les lignes et les rainures où ils faisaient rouler la roue, est toujours là, avec les roues elles-mêmes et le bâton transformés en pierre. Il gagnait presque à chaque fois, car il était très rusé, si bien que sa maison était remplie de toutes sortes de belles choses. Parfois, il perdait, et alors il pariait tout ce qu'il avait, même sa propre vie, mais le gagnant ne recevait rien en échange, car Ûñtsaiyĭ savait prendre différentes formes, de sorte qu'il s'échappait toujours.

Dès que Ûñtsaiyĭ' le vit, il lui demanda de s'arrêter et de jouer un moment, mais le garçon répondit qu'il cherchait son père, le Tonnerre, et qu'il n'avait pas le temps d'attendre. "Eh bien, dit Ûñtsaiyĭ', il habite dans la maison d'à côté; tu peux l'entendre gronder tout le temps là-bas" — il parlait de Tonnerre — "alors autant jouer une partie ou deux avant que tu ne partes." Le garçon répondit qu'il n'avait rien à parier. "Ce n'est pas grave, dit le joueur, nous jouerons pour tes jolies taches." Il dit cela pour mettre le garçon en colère afin qu'il joue, mais celui-ci répondit qu'il devait d'abord aller chercher son père et qu'il reviendrait ensuite.

Il partit, et bientôt, Tonnerre apprit qu'un garçon le cherchait et prétendait être son fils. Tonnerre dit: "J'ai voyagé dans de nombreux pays et j'ai beaucoup d'enfants. Amenez-le ici et nous saurons bientôt." Ils amenèrent donc le garçon, et Tonnerre lui montra un siège et lui dit de s'asseoir. Sous la couverture qui recouvrait le siège se trouvaient de longues épines acérées de gleditsia, dont les pointes étaient toutes tournées vers le haut, mais lorsque le garçon s'assit, elles ne le blessèrent pas, et Tonnerre sut alors que c'était bien son fils. Il demanda au garçon pourquoi il était venu. "J'ai des plaies sur tout le corps, et ma mère m'a dit que tu étais mon père et un grand médecin, et que si je venais ici, tu me guérirais." "Oui, répondit son père, je suis un grand médecin, et je vais très vite te soigner."

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Il y avait un grand pot dans un coin, et il dit à sa femme de le remplir d'eau et de le mettre sur le feu. Quand l'eau bouillit, il y mit quelques racines, puis il prit le garçon et le mit dedans. Il laissa bouillir longtemps, jusqu'à ce qu'on eût pu croire que la chair du pauvre garçon était cuite, puis il dit à sa femme de prendre le pot et de le jeter dans la rivière, avec le garçon. Elle fit ce qu'il lui demandait et le jeta dans l'eau. Depuis, il y a là un tourbillon que nous appelons Ûñ'tiguhĭ, "Pot-dans-l'eau". Un sorbier et un buisson de calicot poussaient sur la rive en amont. Un grand nuage de vapeur s'éleva et forma des stries et des taches sur leur écorce, et il en est ainsi jusqu'à ce jour. Lorsque la vapeur se dissipa, elle regarda et vit le garçon accroché aux racines du sorbier qui pendaient dans l'eau, mais sa peau était désormais toute propre. Elle l'aida à remonter sur la rive et ils retournèrent à la maison. En chemin, elle lui dit: "Quand nous entrerons, ton père te mettra une nouvelle robe, mais quand il ouvrira sa boîte et te dira de choisir tes bijoux, assure-toi de les prendre au fond. Ensuite, il appellera ses autres fils pour jouer au ballon contre toi. Il y a un acacia devant la maison, et dès que tu commenceras à fatiguer, frappe-le et ton père arrêtera le jeu, car il ne veut pas perdre l'arbre."

Quand ils entrèrent dans la maison, le vieil homme fut ravi de voir le garçon si propre et dit: "Je savais que je pourrais bientôt guérir ces taches. Maintenant, nous devons t'habiller." Il sortit un beau costume en peau de daim, avec une ceinture et une coiffe, et demanda au garçon de les enfiler. Puis il ouvrit une boîte et dit: "Maintenant, choisis ton collier et tes bracelets." Le garçon regarda, et la boîte était pleine de toutes sortes de serpents qui glissaient les uns sur les autres, la tête relevée. Il n'avait pas peur, mais il se souvint de ce que la femme lui avait dit, plongea la main au fond de la boîte, en sortit un grand serpent à sonnettes et le passa autour de son cou comme un collier. Il plongea à nouveau la main quatre fois et en sortit quatre serpents à tête cuivrée qu'il enroula autour de ses poignets et de ses chevilles. Puis son père lui donna une massue de guerre et lui dit: "Maintenant, tu dois jouer à un jeu de balle avec tes deux frères aînés. Ils vivent au-delà d'ici, dans la terre obscure, et je les ai fait venir." Il parlait d'un jeu de balle, mais il voulait dire que le garçon devait se battre pour sa vie. Les jeunes hommes arrivèrent, et ils étaient tous deux plus âgés et plus forts que le garçon, mais celui-ci n'avait pas peur et se battit contre eux. Le tonnerre grondait et les éclairs illuminaient chaque coup, car ils étaient les jeunes Tonnerres, et le garçon était l'Éclair. Finalement, fatigué de se défendre seul contre deux adversaires, il fit semblant de viser le gleditsia. Son père arrêta alors le combat, car il craignait que l'éclair ne fende l'arbre, et il vit que le garçon était courageux et fort.

Le garçon raconta à son père comment Ûñtsaiyĭ' l'avait défié de jouer et lui avait même proposé de jouer pour les taches sur sa peau. "Oui, dit le Tonnerre, c'est un grand parieur et c'est ainsi qu'il gagne sa vie, mais je veillerai à ce que tu gagnes." Il apporta une petite calebasse percée d'un trou dans le col et l'attacha au poignet du garçon. À l'intérieur de la calebasse se trouvait un collier de perles, dont une extrémité pendait d'un trou dans le haut, mais le collier était sans fin à l'intérieur. "Maintenant, dit son père, retourne d'où tu viens, et dès qu'il te verra, il voudra jouer pour les perles. Il est très difficile à battre, mais cette fois, il perdra toutes les parties. Quand il réclamera à boire, tu sauras qu'il commence à se décourager, et alors frappe le rocher avec ta massue de guerre et l'eau jaillira, afin que tu puisses continuer à jouer sans t'arrêter. Finalement, il pariera sa vie et perdra. Envoie alors immédiatement chercher tes frères pour qu'ils le tuent, sinon il s'enfuira, car il est très rusé."

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Le garçon prit la calebasse et sa massue de guerre et se mit en route vers l'est, par le chemin qu'il avait emprunté pour venir. Dès que Ûñtsaiyĭ' l'aperçut, il l'appela, et lorsqu'il vit la calebasse avec le collier de perles qui pendait, il voulut jouer pour l'avoir. Le garçon tira sur le cordon, mais celui-ci semblait sans fin, et il continua à tirer jusqu'à ce qu'il en ait sorti suffisamment pour faire un cercle autour du terrain de jeu. "Je jouerai une partie pour tout cela contre ta mise, dit le garçon, et quand ce sera fini, nous pourrons faire une autre partie."

Ils commencèrent la partie avec la roue et le bâton, et le garçon gagna. Ûñtsaiyĭ' ne savait pas quoi penser de cela, mais il paria à nouveau et demanda une deuxième partie. Le garçon gagna à nouveau, et ils continuèrent à jouer jusqu'à midi, moment où Ûñtsaiyĭ' avait perdu presque tout ce qu'il avait et était sur le point de se décourager. Il faisait très chaud, et il dit: "J'ai soif", et voulut s'arrêter assez longtemps pour boire. "Non", dit le garçon, et il frappa le rocher avec son gourdin pour en faire jaillir de l'eau, et ils burent. Ils continuèrent à jouer jusqu'à ce que Ûñtsaiyĭ' ait perdu toutes ses peaux de daim et ses broderies de perles, ses plumes d'aigle et ses ornements, et finit par proposer de parier sa femme. Ils jouèrent et le garçon la gagna. Alors Ûñtsaiyĭ' était désespéré et proposa de parier sa vie. "Si je gagne, je te tue, mais si tu gagnes, tu peux me tuer." Ils jouèrent et le garçon gagna.

"Laisse-moi aller prévenir ma femme, dit Ûñtsaiyĭ', afin qu'elle puisse accueillir son nouveau mari, puis tu pourras me tuer." Il entra dans la maison, mais celle-ci avait deux portes, et bien que le garçon ait attendu longtemps, Ûñtsaiyĭ' ne revint pas. Quand il partit enfin à sa recherche, il découvrit que le joueur était sorti par l'arrière et avait presque disparu à l'est.

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Le garçon courut chez son père et demanda à ses frères de l'aider. Ils amenèrent leur chien, le scarabée vert à cornes, et se précipitèrent à la poursuite du parieur. Celui-ci courait vite et fut bientôt hors de vue, mais ils le suivirent aussi vite qu'ils le pouvaient. Au bout d'un moment, ils rencontrèrent une vieille femme qui fabriquait des poteries et lui demandèrent si elle avait vu Ûñtsaiyĭ', mais elle répondit que non. "Il est venu par ici", dirent les frères. "Alors il a dû passer pendant la nuit", répondit la vieille femme, "car je suis ici depuis ce matin". Ils s'apprêtaient à prendre une autre route lorsque le scarabée, qui tournait dans les airs au-dessus de la vieille femme, se précipita sur elle et la frappa au front, et cela résonna comme du laiton: ûñtsaiyĭ' ! Ils comprirent alors qu'il s'agissait de Laiton et se jetèrent sur lui, mais il bondit sous sa forme normale et s'enfuit en courant si vite qu'il disparut bientôt de leur vue. Le scarabée l'avait frappé si fort qu'un morceau de laiton s'était détaché, et on peut encore le voir sur le front du scarabée.

Ils le suivirent et arrivèrent à un vieil homme assis près du sentier, en train de sculpter une pipe en pierre. Ils lui demandèrent s'il avait vu Laiton passer par là et il répondit que non, mais là encore, le scarabée, qui pouvait reconnaître Laiton sous n'importe quelle forme, le frappa au front, qui résonna comme du métal, et le parieur bondit sous sa forme normale et s'enfuit à nouveau avant qu'ils ne puissent le retenir. Il courut vers l'est jusqu'à ce qu'il n'arrive à la grande étendue d'eau; puis il courut vers le nord jusqu'à ce qu'il n'arrive au bout du monde et dut repartir vers l'ouest. Il prit toutes sortes de formes pour les semer, mais le scarabée vert le reconnaissait toujours, et les frères le pressèrent si fort qu'il finit par ne plus pouvoir avancer, et ils l'attrapèrent juste au moment où il atteignait le bord de la grande étendue d'eau où le soleil se couche.

Ils lui lièrent les mains et les pieds avec une vigne, lui enfoncèrent un long pieu dans la poitrine et le plantèrent loin dans les eaux profondes. Ils placèrent deux corbeaux au bout du pieu pour le garder et appelèrent cet endroit Kâgûñ'yĭ, "le lieu des corbeaux". Mais Laiton ne mourut jamais et ne peut mourir avant la fin du monde, mais il repose là, le visage tourné vers le ciel. Parfois, il se débat sous l'eau pour se libérer, et parfois les castors, qui sont ses amis, viennent ronger la vigne pour le libérer. Alors le poteau tremble et les corbeaux perchés au sommet crient Ka ! Ka ! Ka ! et effraient les castors qui s'enfuient.

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Questions & Réponses

De quoi parle la légende cherokee Ûñtsaiyĭ', le parieur?

Ûñtsaiyĭ', le Parieur, est l'histoire d'un des fils du Tonnerre et de sa quête de guérison et de plénitude.

Quel est le jeu auquel ils jouent dans Ûñtsaiyĭ', le Parieur ?

Le jeu pratiqué dans Ûñtsaiyĭ', le Parieur, est probablement le stickball, mais il pourrait également s'agir du chunkey, qui, selon la tradition cherokee, aurait été inventé par Ûñtsaiyĭ'.

Quelle est la morale ou le message de Ûñtsaiyĭ', le Parieur?

Il y a plein de thèmes et de messages dans Ûñtsaiyĭ', le Parieur, comme l'importance de respecter ses engagements et de payer ses dettes. Le thème général de la légende, c'est le passage de la jeunesse à l'âge adulte.

Quelle est la date de composition de Ûñtsaiyĭ', le Parieur?

La date de composition de "Ûñtsaiyĭ', le Parieur" est inconnue, car la légende fut transmise oralement pendant des siècles avant d'être consignée par écrit. La première traduction anglaise apparaît dans Myths of the Cherokee (Mythes des Cherokees) de James Mooney en 1900.

Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth, responsable de Traduction, est diplômée en anglais et en français langue étrangère. Parlant couramment le français, l'anglais et l'italien, elle a enseigné l'anglais au British Council à Milan, en Italie.

Auteur

Joshua J. Mark
Joshua J. Mark est cofondateur et Directeur de Contenu de la World History Encyclopedia. Il était auparavant professeur au Marist College (NY) où il a enseigné l'histoire, la philosophie, la littérature et l'écriture. Il a beaucoup voyagé et a vécu en Grèce et en Allemagne.

Citer cette ressource

Style APA

Mark, J. J. (2026, février 15). Ûñtsaiyĭ', le Parieur. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2581/untsaiyi-le-parieur/

Style Chicago

Mark, Joshua J.. "Ûñtsaiyĭ', le Parieur." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, février 15, 2026. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2581/untsaiyi-le-parieur/.

Style MLA

Mark, Joshua J.. "Ûñtsaiyĭ', le Parieur." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, 15 févr. 2026, https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2581/untsaiyi-le-parieur/.

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