Les Aigles Rouges

Joshua J. Mark
par , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le
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Les aigles rouges est un conte héroïque cheyenne qui met en scène le célèbre héros Mok-so-is, cet enfant héros surtout connu pour la légende Trouvé dans l’herbe, très populaire parmi de nombreuses nations de langue algonquine, notamment les Cheyennes, les Arapahos et les Pieds-Noirs. Ce récit est particulièrement intéressant en raison du renversement de l’image de l’aigle, habituellement représenté comme une force du bien.

North American Bald Eagle
Pygargue à tête blanche Andy Morffew (CC BY)

L'aigle est reconnu par de nombreuses nations amérindiennes comme le chef des oiseaux et le messager spécialement choisi par le Créateur. Tous les oiseaux étaient considérés comme des messagers du divin, mais l'aigle entretenait la relation la plus étroite avec le Dieu créateur et est généralement dépeint sous un jour très favorable. Dans Les aigles rouges, cependant, les oiseaux sont les méchants de l'histoire, ce qui a très probablement été fait pour mettre en évidence un thème récurrent dans les contes cheyennes, avertissant le public que les choses ne sont pas toujours ce qu'elles semblent être. Cette histoire, ainsi que d'autres comme Trouvé dans l'herbe, sont toujours populaires parmi les Cheyennes et sont encore racontées aujourd'hui comme elles l'étaient autrefois.

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Thème et enfant héros

Mok-so-is et d’autres enfants héros comme lui mettent en avant une valeur culturelle cheyenne importante: l’humilité.

L'histoire présente également un autre thème récurrent de la littérature amérindienne en général et des récits cheyennes en particulier: quel que soit le caractère tragique d'un événement, le Créateur détient en fin de compte le contrôle, et tous les aspects de la vie se déroulent comme ils le doivent. Le vieux chef accepte les exigences des aigles rouges parce qu'il comprend cela, même s'il a peur, et sa foi en la bienveillance du Créateur est finalement récompensée.

Mok-so-is, le héros du conte, est un jeune garçon qui est également dépeint à l’image de nombreux jeunes héros des légendes et traditions cheyennes. L’anthropologue et historien George Bird Grinnell (1849-1938) commente:

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Lorsque le héros est un garçon [dans les contes cheyennes], il est souvent décrit comme un garçon pauvre, peut-être sans famille, en tout cas sans richesse ni influence. Ces jeunes héros sont souvent simplement appelés Makos, Mahkos ou Mahkuts, termes qui signifient "le petit", un nom souvent donné au plus jeune enfant d’une famille, qu’il soit garçon ou fille. Un autre surnom souvent donné aux jeunes enfants est Mok-so-is, généralement traduit par "ventre rond".

(Campfires, 177)

George Bird Grinnell
George Bird Grinnell Unknown Photographer (Public Domain)

Le personnage du jeune héros dans tout conte cheyenne met en avant ce même message culturel selon lequel les choses ne sont pas toujours ce qu’elles semblent être. Mok-so-is, dans cette histoire, est assez petit pour que le fils du chef le prenne sur ses genoux, mais il se révèle être un grand héros dans la quête pour le retour du vieux chef et finit par épouser la fille du chef. Mok-so-is, ainsi que d’autres enfants héros comme lui, mettent également en avant une autre valeur culturelle importante chez les Cheyennes: l’humilité. Ce ne sont pas toujours les plus forts, les plus riches ou les plus courageux qui remportent la victoire, mais cela peut être n’importe qui, quel que soit son statut, qui essaie de faire ce qu’il peut pour les autres, même un petit garçon.

Texte

Ce qui suit est tiré de By Cheyenne Campfires de George Bird Grinnell (1926), réédité par University of Nebraska Press en 1971.

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Il était une fois un grand village cheyenne – un très grand village. Un jeune homme du village, le fils du chef, grimpa au sommet d’une haute colline et creusa une fosse pour capturer des aigles. Une fois la fosse terminée, il s’y rendit un jour très tôt le matin et, ce jour-là, il attrapa quelques aigles. Après en avoir capturé plusieurs, il vit quatre aigles voler au-dessus de la fosse. Quand il levait les yeux, il voyait toujours ces aigles voler au-dessus de lui. C'étaient de beaux oiseaux aux plumes rouges et, un jour, alors qu'ils volaient au-dessus de lui, ils lui parlèrent depuis les airs au-dessus de sa tête et lui dirent qu'il ne pourrait jamais les attraper à moins de mettre le corps de son père en appât. Une fois la nuit tombée, il retourna au village et, lorsqu'il arriva à la hutte, il refusa de parler ou de manger.

Le lendemain matin, avant le lever du jour, il retourna à la fosse et, de nouveau, les aigles rouges s'approchèrent de lui. C'étaient de très beaux oiseaux. Une fois encore, ils lui dirent qu'il ne pourrait pas les attraper à moins d'utiliser le corps de son père comme appât.

Il rentra chez lui le soir, très triste, car il voulait vraiment attraper ces aigles, et, une fois encore, il ne parla ni ne mangea. Au total, il se rendit quatre fois à la fosse et, à chaque fois, les aigles tournoyaient près de lui et lui disaient d’utiliser son père comme appât pour pouvoir les attraper. Enfin, le cinquième jour, son père demanda à son fils ce qui n’allait pas et pourquoi il refusait de parler ou de manger. Le vieux chef dit: "Je pense que les aigles ont dû te dire quelque chose. Maintenant, quoi qu’ils t’aient demandé, fais-le."

Lorsque son père lui eut parlé ainsi, le jeune homme répondit: "Eh bien, je vais te le dire", et il lui raconta l’histoire des quatre aigles rouges et leur demande de l’utiliser comme appât pour pouvoir les attraper. Le vieux chef dit que c'était bien et qu'il devait faire ce que les aigles lui avaient conseillé. Après que le chef eut dit qu'il devait faire ce que les aigles lui avaient ordonné, le jeune homme se mit à manger.

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Son père lui dit de se rendre à la fosse dès le lendemain matin. Pendant la nuit, le père de l’homme ne dormit pas, car il avait peur, sachant qu’il allait servir d’appât pour les aigles. Tôt le lendemain matin, ils se rendirent ensemble à la fosse. Lorsqu’ils y arrivèrent, le père dit: "Mets-toi au travail maintenant et tue-moi comme si j’étais un animal. N’hésite pas."

Le jeune homme abattit donc son père, le traîna jusqu’à l’endroit où il avait placé son appât, l’ouvrit en deux et l’allongea. Puis il entra dans la fosse, son père gisant au-dessus de lui comme appât. Après être resté assis là quelques minutes, il entendit un bruit loin dans les airs, au-dessus de sa tête. Il pouvait entendre les aigles descendre en piqué. Il leva les yeux et vit les quatre aigles rouges descendre tous ensemble. Ils se posèrent, deux sur les bras et deux sur les jambes du corps de son père, et avant qu’il n’ait pu en attraper un, les quatre aigles s’envolèrent dans les airs avec le corps, jusqu’à disparaître complètement de sa vue.

Quand il les vit partir, il bondit hors de la fosse et se mit à pleurer son père. Les gens du village pouvaient voir les quatre aigles emporter le vieil homme jusqu’à ce qu’il ne disparaisse enfin de leur vue. Le jeune homme retourna au village en pleurant et tout le camp se mit à pleurer leur chef. Personne ne mangea quoi que ce soit. Ils pleuraient leur chef.

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Le lendemain matin, un petit garçon jouait dehors – il chassait des petits oiseaux. C'était un pauvre orphelin qui vivait avec sa grand-mère. Quand le pauvre garçon rentra le soir, il dit: "Grand-mère, pourquoi tout le monde pleure?" Et elle répondit, car le garçon était naïf: "Mais tu ne sais donc pas? Notre grand chef a été emporté par les aigles." Le garçon dit: "Est-ce possible? Les aigles l’ont emporté? Maintenant, tu ferais mieux d’aller tout de suite dire à son peuple que je vais le suivre." C’était comme s’il savait où on l’avait emmené. Sa grand-mère dit: "Comment vas-tu pouvoir le suivre?" Il répondit: "C’est quelque chose que je dois faire. Va leur dire que je vais le suivre. Allez-y. Va voir son fils."

La vieille femme alla voir le fils du chef qui avait été emporté. Lorsqu’elle l’eut trouvé, elle dit: "Mon petit-fils, Mok-so-is, dit peut-être la vérité ou peut-être pas, mais il veut suivre le chef qui a été emporté par les quatre aigles rouges."

Le jeune homme qui avait tué son père dit: "Est-ce vrai, vieille femme?" La vieille femme répondit: "C’est ce qu’il dit. Pourquoi ne descends-tu pas pour lui parler toi-même?" Le jeune homme se leva et dit: "Je vais aller le voir." Il se rendit à la hutte où se trouvait l’oy, le prit sur ses genoux et lui demanda s’il était vrai qu’il souhaitait suivre son père, et Mok-so-is répondit: "Oui, c’est vrai." Le jeune chef dit: "Si tu peux faire ce que tu dis, j’ai une très belle sœur et je te la donnerai pour femme."

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Mok-so-is répondit: "La première chose que nous devons faire demain matin, c’est monter au sommet de la colline où se trouve la fosse. Je veux quatre péricardes [la membrane qui recouvre le cœur d’un animal] remplies d’air, et attachée à chacune d’elles une petite plume de duvet." Il demanda à sa grand-mère de piler un peu de viande, car il emporterait cela aussi. Puis il fabriqua un panier avec des brindilles de saule, comme ceux qu’on utilisait sur un travois pour transporter les enfants lors des déplacements, et à chaque coin du panier, il attacha une des poches.

Ils portèrent cela jusqu’à l’endroit où se trouvait la fosse, et beaucoup de gens les accompagnèrent. Ils placèrent leur panier juste au-dessus de la fosse, là où se trouvait l’appât. Mok-so-is entra dans le panier et le jeune homme qui avait tué son père entra avec lui. Puis Mok-so-is dit aux gens qui regardaient: "Venez, entourez le panier et faites un mouvement comme pour le soulever. Faites cela quatre fois et, la quatrième fois, soulevez le panier, lancez-le en l'air et lâchez-le. Nous reviendrons avec le chef dans cinq jours." Les gens se rassemblèrent autour du panier et tous ceux qui le pouvaient s'en saisirent, le soulevèrent quatre fois, et la quatrième fois, ils le lâchèrent.

Le panier s’éleva lentement, se balançant d’un côté à l’autre, tout comme l’avaient fait les aigles. Tout le monde le regarda jusqu’à ce qu’il ne disparaisse complètement de leur vue.

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Lorsque le panier eut atteint une très grande hauteur, ceux qui s’y trouvaient sentirent qu’il heurtait quelque chose. Ils levèrent les yeux et virent qu’ils touchaient le ciel. Il y avait là un trou – peut-être ce trou avait-il été fait par le panier heurtant le ciel. Mok-so-is dit: "Maintenant, nous ferions mieux de sortir et de continuer à pied, en laissant le panier ici", et ils sortirent et se mirent en route, marchant sur le sol.

Toute la journée, ils suivirent la piste et, ce soir-là, arrivèrent dans un grand village. Mok-so-is dit à son ami d’attendre là où il était, le quitta et se dirigea vers le campement. À la lisière du campement, il arriva devant une très petite hutte ancienne. Il entra et trouva une vieille femme assise là. Il dit: "Grand-mère, je veux quelque chose à manger", et demanda à la vieille femme quelles étaient les nouvelles. Elle répondit: "Mais, tu n’as pas entendu? Quatre aigles rouges sont passés par ici avec un chef qu’ils emmenaient. Ils sont passés juste par là." Après avoir fini de manger, Mok-so-is dit: "Bon, je crois que je vais sortir m’amuser un peu." Il retourna là où se trouvait l’autre homme et lui dit: "Ils ont emmené ton père par ici."

Le lendemain matin, ils marchèrent toute la journée jusqu’à ce qu’ils n'arrivent à un autre campement. Cela leur prit toute la journée et ils arrivèrent vers le coucher du soleil. Là, la même chose se produisit.

Au troisième village qu’ils atteignirent, Mok-so-is entra dans la hutte d’une vieille femme. Elle lui dit que les quatre aigles rouges étaient passés près de sa hutte en emportant le chef, qu’il n’était pas mort, mais que le lendemain, les aigles allaient se régaler de lui.

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Lorsqu’ils arrivèrent au quatrième village, Mok-so-is entra dans la hutte d’une vieille femme et s’entretint avec elle. Cette vieille femme dit: "Voyez-vous cette grande hutte devant et vers le centre du cercle de huttes? C’est la hutte du vieil Aigle Rouge et, ce soir, il va se régaler de ce chef. Les quatre aigles rouges sont ses quatre fils." La vieille femme lui dit également qu’ils allaient chanter quatre chants et que, la cinquième fois qu’ils chanteraient, ils cuiraient le vieux chef dans une grande marmite afin que le vieil Aigle Rouge puisse se régaler.

Puis Mok-so-is retourna vers son ami et dit: "Allons voir ce qu’ils font dans cette hutte." Lorsqu’ils arrivèrent, ils constatèrent que les chants n’avaient pas encore commencé. Mok-so-is et son ami se rendirent à la hutte et regardèrent à l’intérieur. Ils y virent assises de nombreuses personnes qui étaient des aigles et, au fond, le vieux Aigle Rouge. Il était si vieux que presque toutes ses plumes étaient tombées. Ils regardèrent autour d’eux et virent le vieux chef – le père du jeune homme – allumer un feu et faire chauffer de l’eau dans une marmite. Il faisait très chaud là-dedans. Mok-so-is dit à son ami: "Viens, il faudra un certain temps avant que tout soit prêt. Faisons le tour des différentes huttes et verrouillons les portes." Ils firent le tour et, contre la porte de chaque hutte, ils installèrent une barrière afin que les gens ne puissent pas se précipiter dehors rapidement.

Lorsque le vieux chef sortit de la hutte pour aller chercher du bois pour le feu, Mok-so-is lui parla, lui disant qu’ils étaient là pour l’aider. Puis Mok-so-is et son ami se rendirent au centre du village et fabriquèrent trois grosses massues aux têtes noueuses. Bientôt, ils les entendirent chanter dans la hutte. Ils chantèrent trois fois et, comme le quatrième chant devait être le dernier, Mok-so-is et son ami revinrent et entrèrent dans la hutte.

Quand Mok-so-is entra, il portait les trois gourdins. Il en tendit un au vieux chef et un autre à son fils. Les trois hommes tuèrent les quatre fils d'Aigle Rouge et tous ceux qui se trouvaient à l’intérieur; tous étaient des aigles. Les quatre aigles rouges furent si surpris qu’ils ne purent rien faire. Puis les jeunes hommes soulevèrent le vieil Aigle Rouge et le jetèrent dans la marmite. Mok-so-is se tourna alors vers son ami et dit: "Regarde, tu voulais ces quatre aigles. Maintenant, prends leurs plumes." Ensuite, ils se rendirent dans les différentes huttes et tuèrent tous les autres aigles, puis revinrent chargés de plumes de queue d’aigle.

Ils retournèrent ensuite à l'endroit où le panier avait été laissé, entrèrent par le trou et trouvèrent le panier toujours là. Lorsqu'ils montèrent dans leur panier, ils trouvèrent une branche de cèdre qui le transperçait. Mok-so-is vida les péricardes de leur air et les attacha à la branche de cèdre. Puis il dit au père et au fils de monter sur la branche de cèdre et ils y attachèrent eux aussi leurs paquets de plumes. Ils se glissèrent ensuite par le même trou et descendirent jusqu’au piège à aigles.

C'était le cinquième jour, et tout leur peuple les attendait. Lorsque Mok-so-is eut atteint le sol, les gens étendirent une peau de bison et le transportèrent ainsi en bas de la colline. Ils avaient déjà monté une hutte pour lui, et ils l'y transportèrent à l'aide de la peau. Il épousa la fille du chef et n'eut plus jamais à porter un bol en bois rempli d'eau à ses lèvres lorsqu'il avait soif. Une femme lui tenait toujours le bol en bois aux lèvres.

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Questions & Réponses

De quoi parle l'histoire des Cheyennes, "Les aigles rouges"?

"Les Aigles rouges" raconte l'histoire de Mok-so-is, un enfant héros, et de son aventure au-dessus des nuages pour sauver le chef qui a été enlevé par les aigles rouges.

Quel est le thème central de "Les aigles rouges*?

De nombreux thèmes sont abordés dans *Les aigles rouges*, notamment l'importance de l'humilité, le fait que les apparences sont trompeuses et la valeur de la foi, même face à la mort.

Parle-t-on encore aujourd'hui des Aigles rouges?

Oui. Les conteurs cheyennes et arapahos – ainsi que ceux d’autres nations – racontent encore aujourd’hui l’histoire des Aigles rouges.

À quelle époque l'histoire cheyenne des Aigles rouges a-t-elle été composée?

Il est impossible de dater la composition des "Aigles rouges", car cette histoire s'est transmise de génération en génération par la tradition orale jusqu'à ce qu'elle ne soit mise par écrit au début du XXe siècle.

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Citer cette ressource

Style APA

Mark, J. J. (2026, mai 06). Les Aigles Rouges. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2535/les-aigles-rouges/

Style Chicago

Mark, Joshua J.. "Les Aigles Rouges." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, mai 06, 2026. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2535/les-aigles-rouges/.

Style MLA

Mark, Joshua J.. "Les Aigles Rouges." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, 06 mai 2026, https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2535/les-aigles-rouges/.

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