La Fille qui Grimpa au Ciel

Joshua J. Mark
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le
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La fille qui grimpa au ciel est un conte populaire de la nation Arapaho qui raconte l'histoire d'une jeune fille, Sapana, qui est trompée par un être surnaturel qui vit dans le ciel et l'emmène chez lui, où il la retient captive. Elle doit alors trouver un moyen de retourner auprès des siens, aidée par le busard et le faucon.

Cette histoire est presque identique à la première partie de la légende cheyenne de Falling Star, dans laquelle une jeune fille grimpe à un arbre qui ne cesse de grandir à la poursuite d'un porc-épic et se retrouve dans le royaume du ciel, incapable de retourner sur terre. Dans cette histoire, la jeune femme meurt en tentant de s'échapper, mais son fils, Falling Star, est sauvé et élevé par l'alouette des prés, avant de finalement retourner parmi les siens en tant que grand champion. Dans l'histoire arapaho, Sapana est sauvée par les oiseaux qui entendent ses cris et viennent à son secours.

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North American Porcupine
Porc-épic d'Amérique du Nord J. Glover (CC BY-SA)

La fille qui grimpa au ciel aborde de nombreux thèmes courants dans la littérature amérindienne, notamment le dévouement à une cause et la détermination (illustrés par la poursuite du porc-épic par Sapana), les apparences trompeuses (le porc-épic est en réalité un être céleste) et l'importance de son foyer. Ce conte sert également de mythe fondateur expliquant pourquoi les Arapahos laissaient toujours de la nourriture pour le busard et le faucon après une chasse au bison. Cette histoire figure toujours parmi les contes arapahos les plus populaires, elle est également racontée par les citoyens de la nation Caddo et est fréquemment incluse dans des anthologies.

Cheyennes, Arapahos et figures d'oiseaux

Il n'est pas surprenant que L'Étoile filante des Cheyennes et La fille qui grimpa au ciel des Arapahos présentent des similitudes, car les deux nations étaient – et sont toujours – étroitement liées. Les Cheyennes et les Arapahos se sont alliés contre des ennemis communs au début du XIXe siècle et, bien qu'ils fussent des nations différentes, ils avaient et ont encore de nombreux aspects culturels en commun. La chercheuse Adele Nozedar commente:

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Lorsque les colons les ont rencontrés pour la première fois, les Arapahos étaient déjà des cavaliers et des chasseurs de bisons experts. Leur territoire était à l'origine celui qui est devenu le nord du Minnesota, mais les Arapahos se sont installés dans les plaines orientales du Colorado et du Wyoming à peu près à la même époque que les Cheyennes; c'est pourquoi les deux peuples ont été associés et sont également reconnus par le gouvernement fédéral comme les tribus Cheyenne et Arapaho. (25)

Les Arapahos et les Cheyennes se sont mariés entre eux et leurs histoires se sont entremêlées.

L'origine du nom Arapaho n'est pas connue, mais il semble avoir été donné à ce peuple par les colons européens qui ont mal prononcé le nom que leur avaient donné les Crow, Alappaho ("beaucoup de tatouages"), et les Arapahos ont ensuite commencé à s'appeler eux-mêmes ainsi. Ils s'appelaient eux-mêmes Hinono'eino ("le peuple" ou "notre peuple"), et les Cheyennes les appelaient Hitanwo'iv ("peuple du ciel"). Après avoir formé leur alliance, les Arapahos et les Cheyennes se sont mariés entre eux, et leurs histoires se sont entremêlées. Comme le fait remarquer Nozedar, leur relation étroite est aujourd'hui reconnue par le gouvernement américain, mais il convient de noter qu'il s'agit de nations distinctes, chacune ayant sa propre culture, ses propres rites religieux et ses propres histoires.

En matière de religion, les Arapahos ont acquis la réputation d'être plus spirituels et introspectifs que les autres nations, ce qui a conduit certains auteurs à établir des distinctions nettes entre eux et les Cheyennes. Le chercheur Michael G. Johnson, par exemple, commente ainsi les deux peuples au XIXe siècle:

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Les Arapahos étaient souvent connus pour leur disposition religieuse et contemplative, moins belliqueuse que celle des Cheyennes. C'était un peuple nomade et équestre, qui chassait le bison, développait des organisations militaires et de classe d'âge, et observait la danse du soleil. (119)

Si l'observation de Johnson sur le caractère religieux des Arapahos est exacte, les autres aspects mentionnés s'appliquent également aux Cheyennes. Les Cheyennes avaient également des sociétés militaires, chassaient le bison, avaient des organisations de classe d'âge, observaient la danse du soleil et n'étaient pas plus "belliqueux" que les Arapahos. Les récits de la création chez les Cheyennes et les Arapahos ont également beaucoup en commun. Les différences entre les Cheyennes et les Arapahos, bien que marquées, ne sont pas aussi importantes que leurs similitudes, ce qui est évident dans leur littérature, qui présente des thèmes et des personnages communs, notamment les oiseaux.

Les oiseaux apparaissent fréquemment dans les contes de tous les peuples autochtones d'Amérique du Nord, souvent en tant qu'assistants, messagers des dieux et guides. L'utilisation des oiseaux dans les contes, les traditions, les légendes et les prières rituelles n'est pas du tout propre aux Cheyennes et aux Arapahos, mais il existe une familiarité entre les oiseaux et les humains dans les contes des deux nations qui, d'une manière générale, semble plus chaleureuse que la même relation donnée dans les contes des Sioux, des Pawnees, des Cherokees ou d'autres nations.

Collection

Twelve Stories of the Plains Indians

The stories of the North American Natives articulate and preserve their culture and history. Although the indigenous Nations of North America were...

Dans L'Étoile filante, c'est une alouette des prés qui sauve le héros et l'élève, et dans La fille qui grimpa au ciel, ce sont le busard et le faucon. Dans les deux cas, les oiseaux sont présentés davantage comme des membres de la famille, des aides, que comme des guides spirituels ou des messagers. Tout comme les membres d'une famille – du moins en théorie –, ils ne sont pas toujours en mesure de sauver ou même d'aider une personne, mais ils sont toujours là pour apporter leur aide. Dans L'Étoile filante, la alouette des prés est incapable de sauver la jeune fille, mais élève son fils. Dans La fille qui grimpa au ciel, le busard est présenté comme un ami et un aide, mais il n'est pas toujours dépeint ainsi dans la littérature amérindienne. Les vautours sont parfois décrits comme des "aides" qui se débarrassent des morts et nettoient les déchets, mais ils sont souvent considérés comme de mauvais présages qui symbolisent la mort ou le désastre.

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Texte

Dans La fille qui grimpa au ciel, cependant, le busard est présenté comme un aidant héroïque, tout comme le faucon. Le faucon était généralement considéré comme un symbole positif, mais pouvait également être perçu comme une menace. En présentant les deux comme des figures positives, l'histoire met l'accent sur le concept selon lequel les choses ne sont pas toujours ce qu'elles semblent être ou ce qu'on croit qu'elles sont. Il en va de même pour le porc-épic, généralement présenté comme un symbole positif, qui se révèle être un être céleste trompeur qui kidnappe Sapana. Même l'arbre que Sapana escalade souligne ce concept de réalité contre illusion, car il grandit de plus en plus à mesure qu'elle grimpe, et finit par la conduire au royaume de l'Homme Porc-épic, où elle est emprisonnée.

Arapaho Dress
Tunique arapaho Wolfgang Sauber (CC BY-SA)

Il est également intéressant de noter la raison pour laquelle Sapana poursuit le porc-épic. Les piquants de porc-épic étaient cousus dans les vêtements et les chaussures des Arapahos afin de protéger spirituellement ceux qui les portaient contre le mal et de leur assurer un bien-être continu. Sapana ne poursuit donc pas le porc-épic pour son propre compte, mais pour le bien des autres, soulignant ainsi une valeur arapaho – également partagée par d'autres nations – selon laquelle le bien de la communauté est plus important que le bien individuel.

Le texte suivant est tiré de l'ouvrage Indigenous Peoples' Literature compilé par Glenn Welker:

Un matin, plusieurs jeunes femmes quittèrent leur village de tipis pour aller chercher du bois de chauffage. Parmi elles se trouvait Sapana, la plus belle fille du village, et c'est elle qui aperçut la première le porc-épic assis au pied d'un grand peuplier. Elle appela les autres: "Aidez-moi à attraper ce porc-épic, et je partagerai ses piquants entre vous."

Le porc-épic commença à grimper au peuplier, mais les branches de l'arbre étaient proches du sol et Sapana le suivit facilement. "Dépêchez-vous, cria-t-elle. Il grimpe. Nous devons avoir ses piquants pour broder nos mocassins." Elle essaya de frapper le porc-épic avec un bâton, mais l'animal grimpa juste hors de sa portée.

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"Je veux ces piquants", dit Sapana. "Si nécessaire, je suivrai ce porc-épic jusqu'au sommet de l'arbre." Mais chaque fois que la jeune fille grimpait, le porc-épic restait devant elle.

"Sapana, tu vas trop haut", cria l'une de ses amies depuis le sol. "Tu devrais redescendre."

Mais la jeune fille continua à grimper, et il lui semblait que l'arbre s'étirait vers le ciel. Lorsqu'elle approcha du sommet du peuplier, elle vit quelque chose au-dessus d'elle, solide comme un mur, mais brillant. C'était le ciel. Soudain, elle se retrouva au milieu d'un cercle de campement. La cime de l'arbre avait disparu, et le porc-épic s'était transformé en un vieil homme laid.

Sapana n'aimait pas l'apparence de l'homme-porc-épic, mais il lui parla gentiment et la conduisit à un tipi où vivaient son père et sa mère. "Je t'ai observée de loin", lui dit-il. "Tu es non seulement belle, mais aussi travailleuse. Nous devons travailler très dur ici, et je veux que tu deviennes ma femme."

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L'homme-porc-épic la mit au travail dès ce jour-là; elle grattait et étirait des peaux de bison et confectionnait des robes. Le soir venu, la jeune fille sortit du tipi et s'assit seule, se demandant comment elle allait pouvoir rentrer chez elle. Tout dans le monde céleste était brun et gris, et les arbres verts et l'herbe verte de la terre lui manquaient.

Chaque jour, l'homme-porc-épic partait chasser et rapportait des peaux de bison pour que Sapana puisse travailler, et le matin, pendant son absence, elle devait aller creuser pour trouver des navets sauvages. "Quand tu creuses pour trouver des racines, lui dit l'homme-porc-épic, fais attention à ne pas creuser trop profondément."

Un matin, elle trouva un navet exceptionnellement gros. Elle parvint à grand-peine à le dégager avec son bâton, et lorsqu'elle le retira, elle fut surprise de découvrir qu'il avait laissé un trou à travers lequel elle pouvait voir la terre verte. Loin en dessous, elle vit des rivières, des montagnes, des cercles de tipis et des gens qui marchaient.

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Sapana comprit alors pourquoi l'homme-porc-épic lui avait recommandé de ne pas creuser trop profondément. Ne voulant pas qu'il sache qu'elle avait trouvé le trou dans le ciel, elle remit soigneusement le navet à sa place. Sur le chemin du retour vers le tipi, elle réfléchit à un plan pour redescendre sur terre. Presque tous les jours, l'homme-porc-épic lui apportait des peaux de bison qu'elle devait gratter et assouplir pour en faire des robes. La confection des robes laissait toujours des bandes de tendons, qu'elle cachait sous son lit.

Finalement, Sapana estima qu'elle avait assez de lambeaux de tendon pour fabriquer un lasso assez long pour atteindre la terre. Un matin, après que l'homme-porc-épic fut parti chasser, elle attacha tous les lambeaux ensemble et retourna à l'endroit où elle avait trouvé le gros navet. Elle le souleva et creusa le trou plus large afin que son corps puisse passer. Elle posa son bâton à creuser en travers de l'ouverture et attacha une extrémité de la corde de tendon au milieu de celui-ci. Puis elle attacha l'autre extrémité de la corde autour d'elle-même, sous ses bras. Lentement, elle commença à descendre en déroulant le lasso. Il fallut beaucoup de temps avant qu'elle ne soit suffisamment descendue pour pouvoir voir clairement la cime des arbres, puis elle arriva au bout du lasso. Elle ne l'avait pas fait assez long pour atteindre le sol. Elle ne savait pas quoi faire.

Elle resta suspendue là pendant longtemps, se balançant au-dessus des arbres. Au loin, elle entendait faiblement des chiens aboyer et des voix l'appeler dans son village de tipis, mais les gens étaient trop loin pour la voir. Au bout d'un moment, elle entendit des bruits au-dessus d'elle. Le lasso se mit à trembler violemment. Une pierre tomba du ciel, la manquant de peu, puis elle entendit l'homme-porc-épic la menacer de la tuer si elle ne remontait pas le lasso. Une autre pierre siffla près de son oreille.

À ce moment-là, Busard commença à tourner en rond sous elle. "Viens m'aider", cria-t-elle à Busard. L'oiseau plana plusieurs fois sous ses pieds, et Sapana lui raconta tout ce qui lui était arrivé. "Monte sur mon dos, dit Busard, et je te ramènerai sur terre."

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Elle monta sur le dos de l'oiseau. "Es-tu prête?" demanda Busard.

"Oui", répondit-elle.

"Lâche le lasso", ordonna Busard. Il commença à descendre, mais la jeune fille était trop lourde pour lui et il se mit à planer trop rapidement vers le sol. Il aperçut Faucon qui volait en dessous de lui. "Faucon", cria-t-il, "aide-moi à ramener cette jeune fille auprès des siens."

Faucon vola avec Sapana sur son dos jusqu'à ce qu'elle puisse voir clairement le tipi de sa famille en dessous. Mais Faucon commença à se fatiguer, et Busard dut reprendre la jeune fille sur son dos. Busard continua à voler, descendant rapidement à travers les arbres et atterrissant juste à l'extérieur du village de la jeune fille. Avant qu'elle n'ait pu le remercier, Busard s'envola à nouveau dans le ciel.

Sapana se reposa un moment, puis se mit à marcher très lentement vers le tipi de ses parents. Elle était faible et épuisée. En chemin, elle vit une fille venir vers elle. "Sapana! s'écria la fille. Nous te croyions morte." La fille l'aida à marcher jusqu'au tipi. Au début, sa mère ne croyait pas que c'était sa propre fille qui revenait du ciel. Puis elle la serra dans ses bras et pleura.

La nouvelle du retour de Sapana se répandit rapidement dans le village, et tout le monde vint l'accueillir. Elle leur raconta son histoire, en particulier la gentillesse dont Busard et Faucon avaient fait preuve à son égard.

Après cela, chaque fois que les membres de sa tribu partaient pour une grande chasse, ils laissaient toujours un bison à Busard et Faucon pour qu'ils puissent le manger.

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Questions & Réponses

De quoi parle le conte populaire arapaho "La fille qui grimpa au ciel"?

"La fille qui grimpa au ciel" raconte l'histoire d'une jeune fille qui est trompée par un être céleste qui la pousse à grimper à un arbre pour atteindre son royaume, où il la retient captive et d'où elle doit ensuite s'échapper.

Quels sont les thèmes principaux de "La fille qui grimpa au ciel"?

Comme beaucoup de contes amérindiens, "La fille qui grimpa au ciel" souligne l'importance du foyer, de la gentillesse et de la serviabilité, et montre que les apparences sont parfois trompeuses.

"La fille qui grimpa au ciel" est-elle plus ancienne que la légende cheyenne de "L'Étoile filante"?

Le conte populaire arapaho "La fille qui grimpa au ciel" est presque identique à la première partie de la légende cheyenne "L'Étoile filante", mais il est impossible de savoir quelle histoire est apparue en premier, car elles ont été transmises par tradition orale et les deux nations étaient étroitement liées.

Quelle est la date de composition du conte populaire arapaho intitulé "La fille qui grimpa au ciel"?

Il est impossible de savoir quand "La fille qui grimpa au ciel" fut composée, car elle a été transmise oralement de génération en génération jusqu'à ce qu'elle ne soit mise par écrit au XIXe siècle.

Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth, responsable de Traduction pour WHE, est diplômée en anglais et en français langue étrangère. Parlant couramment le français, l'anglais et l'italien, elle a enseigné l'anglais au British Council à Milan, en Italie.

Auteur

Joshua J. Mark
Joshua J. Mark est cofondateur et Directeur de Contenu de la World History Encyclopedia. Il était auparavant professeur au Marist College (NY) où il a enseigné l'histoire, la philosophie, la littérature et l'écriture. Il a beaucoup voyagé et a vécu en Grèce et en Allemagne.

Citer cette ressource

Style APA

Mark, J. J. (2026, mars 13). La Fille qui Grimpa au Ciel. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2530/la-fille-qui-grimpa-au-ciel/

Style Chicago

Mark, Joshua J.. "La Fille qui Grimpa au Ciel." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, mars 13, 2026. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2530/la-fille-qui-grimpa-au-ciel/.

Style MLA

Mark, Joshua J.. "La Fille qui Grimpa au Ciel." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, 13 mars 2026, https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2530/la-fille-qui-grimpa-au-ciel/.

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