Pendant les guerres civiles anglaises (1642-1651), l'artillerie était une composante importante, bien qu'encore en développement, de la guerre. Les armées royalistes et parlementaires disposaient toutes les deux d'importantes unités d'artillerie, qui furent utilisées dans les batailles et les sièges tout au long du conflit. En l'absence de standardisation particulière, il existait de nombreux types de canons et de munitions, allant des énormes monstres tirant des boulets de pierre de 36 kg aux canons portatifs en cuir tirant à mitraille.
Unités d'artillerie pendant la guerre civile
Charles Ier d'Angleterre (r. de 1625 à 1649) se considérait comme un monarque absolu doté d'un pouvoir absolu et d'un droit divin de régner, mais son refus de faire des compromis avec le Parlement, en particulier sur les questions financières, conduisit à une guerre civile de 1642 à 1651. Opposant les "Roundheads" (parlementaires) aux "Cavaliers" (royalistes) dans plus de 600 batailles et sièges, cette guerre fut un conflit sanglant et prolongé.
Les deux armées disposaient d'unités d'artillerie, mais le nombre de canons utilisés lors d'une bataille ou d'un siège variait en fonction de leur disponibilité, de leur emplacement et des pertes ou captures d'artillerie lors des combats précédents. Un général commandait un train d'artillerie, tandis que les groupes de canons (une batterie) étaient placés sous le commandement d'un officier supérieur. Chaque équipe de tir était dirigée par un artilleur qui coordonnait ses différents assistants. La New Model Army parlementaire commença avec 56 canons, mais ses effectifs s’accrurent au fil du temps, notamment grâce aux canons capturés à l'ennemi. Les royalistes, cependant, eurent du mal à suivre le rythme, car il devenait de plus en plus difficile de réunir les fonds nécessaires à mesure que la guerre tournait à l'avantage du Parlement.
La plupart des canons de cette époque étaient coulés dans le bronze ou, plus rarement, dans le fer. Les principaux centres de production se trouvaient à la Tour de Londres, à Frewin Hall, dans la capitale de Charles, Oxford, et à Horsmonden, dans le Kent. Les canons étaient également réquisitionnés sur les navires de guerre, et beaucoup étaient importés d'Europe continentale, en particulier des Pays-Bas. Portsmouth, Chatham et Hull étaient tous des arsenaux importants: tous des ports, par nécessité, car les canons les plus gros et les grandes quantités de munitions nécessaires étaient plus faciles à transporter par bateau. La poudre à canon était fabriquée dans des centres spécialisés, souvent rattachés aux grandes garnisons telles que York et Newark du côté royaliste et dans de nombreuses villes sous le contrôle du Parlement. Les moulins à poudre avaient besoin de charbon de bois, de salpêtre et de soufre pour fabriquer la poudre à canon, les deux derniers ingrédients étant particulièrement difficiles à trouver.
Types de canons
De toutes tailles et portant une multitude de noms différents, les canons de la guerre civile peuvent être classés en trois grandes catégories: ceux qui étaient suffisamment puissants pour endommager les fortifications et donc utilisés pour les sièges, ceux qui étaient suffisamment petits et légers pour être déplacés sur le champ de bataille, et ceux qui étaient utilisés pour se défendre contre une armée en cas de siège. Au sein de ces trois catégories, il n'existait aucune standardisation (même terminologique), car les calibres des canons ne furent standardisés qu'en 1716. De nombreux canons du XVIe siècle étaient encore utilisés, et les canons importés offraient encore plus de variété. Pour ajouter à la confusion liée à la multitude de noms, certains canons dont le canon était plus court que la norme pour leur calibre et leur poids étaient appelés "bastards", tandis que les "drakes" étaient des versions plus courtes et plus légères des types plus standards.
Les canons nécessitaient deux ou trois hommes pour fonctionner et au moins six chevaux pour déplacer les affûts. Les plus gros canons, qui pouvaient peser jusqu'à deux tonnes et un quart (5 000 livres), n'étaient utilisés que pour les sièges et nécessitaient une équipe de 20 chevaux pour être déplacés. L'une des difficultés résidait dans le manque de routes en bon état dans le pays, ce qui signifiait que le déplacement d'artillerie lourde pour assiéger des villes était une opération lente et coûteuse lorsqu'il n'y avait pas de voies navigables disponibles. Une solution à ce problème consistait à transporter des canons plus petits, mais à en assembler plusieurs dans ce qu'on appelait des "caisses" ou des "cadres", augmentant ainsi leur puissance destructrice.
Les canons les plus grands de l'époque, tels que le canon, le demi-canon et le couleuvrin (plus long et plus fin qu'un canon), avaient généralement un tube pouvant atteindre 4 mètres (13 pieds) de long et pouvaient tirer des boulets pleins en pierre, en plomb ou en fer pesant jusqu'à 27 kg (60 livres). La plupart des canons (le demi-couleuvrin, le saker, le faucon et le petit couleuvrin) tiraient des boulets pesant entre 3 et 9 kg (7 à 20 livres). Certains canons étaient vraiment imposants, mais leur grande taille posait plusieurs problèmes pratiques, ce qui montre qu'utiliser un plus grand nombre de canons plus petits pouvait être plus efficace.
Le plus gros canon de tous, le canon royal, tirait des boulets pesant 36 kg, mais était rarement utilisé en raison des énormes difficultés liées à son transport, de la grande quantité de poudre à canon qu'il consommait et de sa cadence de tir très lente, ce qui permettait parfois aux défenseurs de réparer entre deux tirs certains des dégâts causés.
(Wanklyn, 4)
La limite de portée effective de la plupart des canons était d'environ 730 mètres (800 yards), même si la moitié de cette distance était plus réaliste. Selon leur taille, les canons pouvaient tirer à une cadence impressionnante de 10 à 15 coups par heure, ce qui, multiplié par le nombre de canons dans une batterie, permettait un bombardement continu et dévastateur de l'ennemi. Ce n'est pas pour rien que les canons recevaient des surnoms tels que "Roaring Meg" (Meg la rugissante) ou des noms ironiques tels que "Queen Elizabeth's Pocket Pistol" (le pistolet de poche de la reine Élisabeth (alias Élisabeth Ire d'Angleterre) et "Sweet Lips" (Douces lèvres).
Types de munitions
Outre les boulets en pierre et en métal, il existait des mortiers tirés à partir de canons courts et larges portant le même nom. Les obus tirés par les mortiers étaient des boulets métalliques creux remplis de poudre et munis d'une mèche courte; ils étaient conçus pour incendier la cible. Les mortiers tiraient leur charge selon une trajectoire très haute, de sorte que les bombes incendiaires pouvaient franchir les murs défensifs et tomber sur les bâtiments en chaume hautement inflammables situés au cœur de la ville.
Un autre type de bombe était appelé "murthering shot" (tir meurtrier) et était composé de conteneurs métalliques remplis de balles de mousquet et de morceaux de métal qui, lorsque la bombe explosait à l'impact, projetaient des éclats dans toutes les directions, causant de terribles blessures. Une variante de ce type de mitraille consistait à placer les morceaux de métal dans un sac en toile qui était détruit par l'explosion de la poudre, projetant ainsi le métal sur un large arc. Même des conteneurs en argile ou en verre pouvaient être utilisés pour obtenir un effet similaire, mais dans ce cas, la charge de poudre était considérablement réduite, tout comme la portée du tir. Enfin, vers la fin de la guerre, une arme d'artillerie portable très légère était utilisée, constituée d'un tube métallique recouvert de cuir, et qui pouvait tirer de petites charges de mitraille à courte portée. L'inconvénient de cette arme était que la plupart des versions ne pouvaient être utilisées qu'un nombre limité de fois avant que le boîtier ne soit endommagé.
Tirer au canon
L'équipe chargée du canon comprenait au moins les personnes suivantes: un artilleur qui visait, l’aide de l’artilleur qui chargeait le canon et un assistant. Un ingénieur spécialisé en artillerie calculait d'abord la portée et la trajectoire correctes à l'aide de divers instruments tels que des échelles, des quadrants et des règles pour mesurer l'angle d'élévation du canon. Ses instruments fournissaient des figures qui pouvaient être comparés à des tableaux préparés à l'avance, mais rien ne remplaçait l'expérience pratique avec un canon spécifique.
Pour chaque nouveau tir (du moins pour les canons de plus grande taille), l'équipage devait d'abord refroidir le canon à l'aide d'une couverture en cuir fin ou en peau de mouton imbibée d'eau. Cela permettait de s’assurer que la nouvelle charge de poudre n'explose pas prématurément. Une autre précaution entre les tirs consistait à nettoyer le canon et le trou de mise à feu de toute obstruction, de résidu de poudre ou braise ardente. Une fois prête, la quantité requise de poudre était poussée dans le canon, bloquée en place avec du rembourrage tel que du foin ou du cordage, puis le boulet était délicatement enfoncé. Une autre quantité de rembourrage était ensuite ajoutée. Une tige était ensuite utilisée pour tasser le tout fermement au fond du canon. Si la charge n'était pas bien tassée, l'énergie explosive était perdue, ce qui réduisait la portée du tir. Une charge mal tassée pouvait même faire exploser le canon lui-même. La poudre à canon était ensuite allumée par le trou de mise à feu situé au sommet du canon à l'aide d'une mèche lente fixée à l'extrémité d'une longue perche (linstock) pour des raisons de sécurité. La mèche allumait la poudre d'amorçage à grains fins, qui à son tour déclenchait la charge de poudre principale.
Avec des boulets bien adaptés au canon, la précision était élevée, mais malheureusement, de nombreux facteurs pouvaient la réduire. Un canon mal fondu, des boulets de forme imparfaite, des variations de la puissance de la poudre, un temps humide et des variations de la force du vent pouvaient tous contribuer à rendre un tir inefficace. C'est pourquoi les canons tiraient en batteries afin que plusieurs tirs couvrent la même zone spécifique de la cible.
La vue depuis l'endroit où les tirs de canon frappaient devait être impressionnante, mais terrifiante. Un parlementaire, Edward Robinson, lors du siège de Lathom House en 1644-1645, a décrit cette expérience comme suit:
Les boulets faits de pierre et pesant huit livres [3,6 kg] chacun, volaient si haut dans les airs lorsqu'ils étaient tirés, qu'un homme ne pouvait presque pas les voir, puis leur chute était si lourde qu'ils détruisaient tout à l’endroit où ils atterrissaient.
(Wanklyn, 89)
Tactiques: attaque et défense
Les canons et les mortiers étaient utilisés lors des sièges et des batailles ouvertes. Sur le champ de bataille, les deux camps avaient tendance à se livrer à un barrage d'artillerie avant que la cavalerie et l'infanterie n'engagent le combat. Le barrage pouvait être très court ou durer plusieurs heures. Les canons étaient placés soit devant les unités d'infanterie, soit derrière elles s'il y avait une élévation naturelle permettant de tirer au-dessus de leurs têtes. Les commandants parlementaires, en particulier, semblaient réticents à utiliser l'artillerie au fur et à mesure que la guerre avançait, car elle ne supprimait pas la nécessité pour l'infanterie et la cavalerie d'engager le combat. On estimait parfois que la difficulté de transporter les canons à travers la campagne n’en valait pas la peine, car, selon des rapports contemporains, ils "causaient plus de terreur que d'exécution" (Gaunt, 32).
L'artillerie ne causait peut-être pas beaucoup de dommages à l'armée adverse dans son ensemble, mais les boulets de canon, lorsqu'ils atteignaient leur cible, pouvaient être dévastateurs dans de petites zones d'action. Un témoin oculaire de la première bataille de Newbury en septembre 1643, le capitaine John Gwyn, "vit toute une rangée d'hommes, sur six rangs, se faire décapiter d'un seul coup de canon" (Henry, 37). D'autres témoignages font état de "jambes et de bras volant dans les airs" (ibid) sous un barrage d'artillerie. Il se peut que les commandants aient réellement utilisé l'artillerie pour forcer une formation d'infanterie adverse à se déplacer d'une position favorable sur le champ de bataille vers une position moins favorable.
Quelle que soit la valeur stratégique de l'artillerie, elle avait certainement un effet sur le moral, et le prestige d'une armée possédant des canons est illustré par l'empressement des commandants à s'emparer de ceux de l'ennemi. Pour cette raison, l'artillerie et ses opérateurs légèrement armés étaient protégés par des compagnies de mousquetaires armés des dernières armes à silex afin d'éviter d'utiliser les anciennes mèches à combustion lente qui pouvaient enflammer la poudre à canon à proximité.
L'artillerie était également utilisée par les attaquants et les défenseurs lors des sièges. Par exemple, lors du siège de Bristol en 1645, la ville disposait de 151 canons répartis dans ses différents forts et fortifications. L'avantage d'utiliser de gros canons lors d'un siège était qu'au milieu du XVIIe siècle, les fortifications des villes dataient encore pour la plupart de l'époque médiévale et ne pouvaient donc pas résister à un barrage d’artillerie prolongé, même si des fortifications modernes aidaient à protéger certains remparts et que cela dépendait beaucoup du type de pierre utilisé. Les villes qui avaient amélioré leurs défenses grâce à des rajouts modernes disposaient désormais de murs beaucoup plus bas mais plus épais, qui résistaient mieux à l'artillerie et offraient une plate-forme pour y placer des canons. Les nouvelles fortifications comprenaient également des embrasures permettant à l'artillerie des défenseurs de tirer sur l'ennemi depuis n'importe quel point.
Certaines villes s'appuyaient désormais sur une idée importée d'Europe continentale: des forts spécialement construits à cet effet et reliés entre eux par une série de murs. Les forts du XVIIe siècle étaient spécialement conçus pour résister à l'artillerie. Les dernières conceptions comprenaient des bastions à angles aigus qui pouvaient dévier les boulets de canon et permettre aux canons défensifs de créer un feu croisé mortel sur une force en approche. Des canons de défense étaient également placés dans les entrées, les passages clés et les rues principales d'une ville. Ces canons isolés étaient remplis de "tirs meurtriers" et, comme il s'agissait généralement de canons qui ne pouvaient plus être utilisés pour des tirs réguliers, ils étaient conçus pour être tirés une seule fois afin de réduire un grand nombre de la force attaquante qui avaient infiltré les défenses principales.
Pendant ce temps, l'artillerie des assiégeants (ou des armées de campagne) était montée sur des affûts en bois généralement peints en gris et renforcés de fer. Les affûts à deux roues étaient placés sur un plancher en bois solide, par exemple des planches de chêne, afin qu'ils ne s'enfoncent pas dans la boue à chaque nouveau tir. Parfois, une plate-forme en osier était utilisée dans le même but et pour mieux absorber le recul du canon. Les mortiers n'avaient pas d'affûts à roues.
Les pièces d'artillerie pouvaient être placées à l'intérieur de fortifications de protection, qui pouvaient être soit des fossés avec des parois surélevées, soit une série de paniers en osier ou de jeunes arbres entrelacés remplis de terre (gabions) et placés autour de la batterie. Une autre forme de protection, au moins contre les tirs de mousquets, consistait à disposer des paquets de laine devant les canons.
L'objectif des assiégeants était d'abord de rassembler un nombre suffisant de canons et d'hommes pour que la ville se rende sans résistance, mais en cas d'échec, une partie des fortifications était bombardée afin de créer une ouverture que l'infanterie pourrait exploiter. Idéalement, les tirs de plusieurs canons visaient le même endroit à la base d'un mur, car une fois ses fondations affaiblies, toute la structure pouvait s'effondrer. Les portes en bois constituaient une autre cible évidente. Selon le type de pierre avec lequel la zone cible était construite, un tel bombardement pouvait durer de plusieurs heures à plusieurs jours. Au-delà, cela devenait préjudiciable pour les assaillants, compte tenu du coût de mise en place de l'artillerie, de la consommation de poudre à canon et du coût général du maintien d'une armée sur place. Il existait également un risque très réel que les maladies réduisent considérablement les effectifs d'une armée sur le terrain pendant une longue période. C'est pour cette raison que si une ville ou un château se rendait, les conditions étaient assez généreuses, comme le fait de permettre à l'armée qui se défendait de battre en retraite ailleurs.
