La seconde bataille de Newbury, le 27 octobre 1644, fut une bataille majeure de la guerre civile anglaise (1642-1651). Il n'y eut pas de vainqueur indiscutable, malgré l'avantage numérique des parlementaires, qui étaient deux fois plus nombreux. Le manque apparent de coordination entre les commandants parlementaires à Newbury et l'absence totale de progrès dans la destruction de l'armée royale conduisirent le Parlement à former une nouvelle force de combat professionnelle, la New Model Army, qui poursuivit ensuite la guerre avec beaucoup plus de vigueur et de succès.
La guerre civile jusqu'alors
Le roi Charles Ier d'Angleterre (r. de 1625 à 1649) était en conflit avec le Parlement depuis des années, notamment au sujet des finances et des réformes religieuses, et une guerre civile éclata finalement en 1642. Les "Roundheads" (parlementaires) et les "Cavaliers" (royalistes) s'affrontèrent dans plus de 600 batailles et sièges pendant toute la durée du conflit. Dès le début, Londres, le sud-est et la Royal Navy étaient aux mains des Roundheads, tandis que le roi contrôlait l'ouest et le nord de l'Angleterre. Après des victoires des deux côtés au cours des trois premières années de la guerre, la situation du roi se détériora considérablement en 1644. Charles avait convoqué son propre parlement dans sa capitale, Oxford, ce qui lui permit de lever les fonds indispensables à l'effort de guerre. Puis, une lourde défaite à la bataille de Marston Moor, près de York, le 2 juillet 1644, fut suivie de la perte de York plus tard dans le même mois. Les parlementaires contrôlaient désormais tout le nord de l'Angleterre, à l'exception de quelques châteaux isolés, et ils s'étaient trouvé un nouveau commandant de talent, Oliver Cromwell (1599-1658), qui avait dirigé la cavalerie avec aplomb à Marston Moor.
Les royalistes étaient peut-être à terre, mais ils n'étaient certainement pas hors jeu. Le roi remporta la bataille de Lostwithiel en Cornouailles au début du mois de septembre, capturant la plupart de l'infanterie parlementaire et 42 pièces d'artillerie par la même occasion. Cette action permit de sécuriser le sud-ouest du royaume. Cependant, la bataille de Montgomery au Pays de Galles, plus tard dans le mois, vit une nouvelle victoire des parlementaires. Les deux camps prirent le temps de souffler et de réorganiser leurs forces, prêts pour un nouvel affrontement à grande échelle. Le lieu choisi fut, une fois de plus, Newbury dans le Berkshire, où, en septembre 1643, ils s'étaient livrés à une bataille sanglante qui s'était soldée par une impasse, la plus longue bataille de toute la guerre civile: la première bataille de Newbury.
Les Roundheads et les Cavaliers
Trois armées parlementaires convergèrent vers le Berkshire. Les trois commandants respectifs étaient Robert Devereux, comte d'Essex (1591-1646), Edward Montagu, comte de Manchester (1602-1671), et Sir William Waller (1597-1668). Il s'agissait de trois personnalités importantes, Essex se considérant supérieur aux deux autres, bien qu'aucun d'eux n'ait été disposé à lui être subordonné. Le manque de coopération au sein du haut commandement parlementaire fut un facteur décisif dans les événements qui suivirent. Afin d'obtenir un semblant de commandement unifié, un comité fut créé, comprenant les trois commandants et leurs officiers les plus haut gradés. La question de savoir comment cet arrangement aurait pu fonctionner dans la pratique devint sans importance lorsque Essex tomba gravement malade, touché par des problèmes gastriques, et ne put plus participer aux opérations sur le terrain.
Charles dirigea en personne l'armée royale. Celle-ci était moins nombreuse que les forces ennemies, avec environ 8 000 hommes contre 17 à 19 000 (dont environ 7 000 cavaliers), mais le roi restait confiant. Il pensait peut-être que les rapports sur les effectifs ennemis n'étaient pas fiables et espérait pouvoir les attaquer avant qu'ils n'aient eu le temps de se regrouper en une force de combat unifiée. Malheureusement, les armées royalistes tardèrent elles-mêmes à s'organiser, et lorsqu'elles eurent enfin établi leur camp près du château de Donnington, juste au nord de Newbury, le 26 octobre, les Roundheads étaient déjà en place. Les royalistes avaient bien choisi leur emplacement et étaient bien protégés par plusieurs rivières, bois et ravins. Le 25 octobre, ils commencèrent à ajouter des fortifications temporaires là où ces défenses naturelles faisaient défaut et, afin d'entraver l'ennemi si nécessaire, ils détruisirent le plus grand pont qui enjambait la rivière Lambourn. Le terrain de combat était rendu difficile pour les deux camps par des haies, des fossés, plusieurs enclos, des chemins et des poches boisées.
La tenaille ne se referme pas
Les parlementaires étaient bien conscients de la lenteur des manœuvres royalistes, mais quelques sorties exploratoires révélèrent que l'adversaire avait bien choisi ses positions et son terrain. C'est pourquoi les commandants parlementaires décidèrent de ne pas lancer d'attaque frontale, mais d'essayer de prendre l'adversaire en tenaille. À cette fin, Waller conduisit une force vers l'ouest et contourna le flanc gauche des royalistes pendant l'après-midi et la soirée du 26 octobre. Il commandait l'infanterie d'Essex, les deux tiers ou plus de la cavalerie parlementaire et la milice Trained Bands. Dans le même temps, ou du moins selon le plan prévu, Manchester devait rester à l'avant et attaquer l'ennemi de front avec une force plus réduite composée d'infanterie, de cavalerie et de dragons (infanterie-cavalerie hybride). Les royalistes étaient au courant du plan en tenaille, car Waller n'avait pas l'intention de mener l'action en secret ou dans l'obscurité, ce qui aurait été pratiquement impossible. Dès qu'ils virent que les forces de Waller ne cherchaient pas à couper leurs lignes de ravitaillement à l'arrière, mais à les attaquer directement, le plan en tenaille devint évident pour tout le monde. Par mesure de précaution, l'armée du roi protégea son arrière et son flanc exposé du mieux qu'elle put en préparant des barricades et en déployant un certain nombre de pièces d'artillerie avec des mousquetaires en soutien.
En l'occurrence, lorsque le moment décisif arriva, tôt le matin du 27 octobre, les parlementaires ne parvinrent pas à coordonner leur attaque, peut-être parce que les deux armées se trouvaient à plusieurs kilomètres l'une de l'autre. Les preuves suggèrent que ce furent les forces de Manchester qui hésitèrent, peut-être parce que le comte voulait s'assurer que Waller occupait pleinement l'ennemi avant que ses forces, moins nombreuses, ne s'engagent. En raison de ce retard, les royalistes purent combattre chaque front tour à tour. Cependant, les forces de Waller jouissaient d'une telle supériorité numérique qu'elles auraient dû être capables de venir à bout de l'ennemi sans l'aide de Manchester. C'est probablement cette considération qui avait motivé l'approbation initiale d'une manœuvre en tenaille par ailleurs risquée.
Manchester fit quelques percées avec ses mousquetaires de l'autre côté de la rivière Lambourn grâce à une passerelle portable qu'il avait apportée. La réserve d'infanterie royaliste fut alors déployée et repoussa les parlementaires de l'autre côté de la rivière. La réserve semble alors avoir eu le temps d'aider la partie de l'armée qui affrontait Waller, qui avait traversé la Lambourn dans sa partie du champ de bataille en début d'après-midi après un bref barrage d'artillerie vers 15 heures. Il se peut que le terrain étroit ait alors desservi les parlementaires, qui furent obligés de regrouper leurs régiments sur plusieurs lignes plutôt que de les répartir sur un front plus large. Cette évolution aurait considérablement réduit l'avantage numérique de l'armée de Waller. En effet, dans les documents postérieurs à la bataille (qui sont nombreux mais présentent des divergences importantes), plusieurs régiments sont enregistrés comme n'ayant pas combattu du tout ou n'ayant subi aucune perte parmi leurs officiers (c'est-à-dire qu'ils n'avaient probablement pas combattu).
Ce qui se passa ensuite et la manière dont chaque unité de cavalerie et d'infanterie se comporta dépendent presque entièrement de la source consultée, car de nombreux commandants étaient désireux de se disculper par écrit après l'issue indécise de la bataille. L'armée royaliste dans son ensemble fut repoussée, même si elle réalisa quelques progrès dans certaines parties, notamment contre l'aile gauche de la cavalerie parlementaire commandée par Cromwell et contre la cavalerie de droite dirigée par Sir William Balfour. Le principal affrontement d'infanterie au centre ne donna aucun avantage particulier à l'un ou l'autre camp, mais les royalistes furent repoussés dans une zone plus petite qu'au début. Puis, le départ imminent de la lumière du jour mit fin à la bataille. La situation restait favorable aux parlementaires, car ils bénéficiaient toujours d'un avantage numérique important et, une fois la lumière revenue, ils pouvaient poursuivre leur attaque sur deux fronts, à laquelle les royalistes n'auraient pas pu résister indéfiniment. Malheureusement pour les Roundheads, le roi n'était pas prêt à rester piégé indéfiniment.
Retraite et château de Donnington
À la tombée de la nuit, alors que la pleine lune apparut, Charles réussit à s'échapper de ce qui aurait pu être un piège mortel. Le roi, désireux d'agir rapidement avant que l'ennemi ne réagisse, laissa ses pièces d'artillerie et ses blessés en sécurité au château de Donnington tandis qu'il se rendait à Wallingford. Manchester refusa de poursuivre le roi, et les parlementaires, surpris par la rapidité du retrait, débattirent de la marche à suivre au cours de la semaine suivante. Charles eut le temps non seulement de quitter Newbury, mais aussi de rassembler des renforts à Oxford, puis de retourner à Donnington. Malgré le siège du château par les parlementaires, les cavaliers réussirent à secourir leurs camarades et à s'enfuir avec les canons du roi le 9 novembre. Charles, qui disposait désormais de 15 000 soldats sur le terrain, avait considérablement réduit la disparité numérique entre les deux camps. Pourtant, les commandants parlementaires hésitèrent, et Charles put partir en plein jour, au son des trompettes et sous les drapeaux. Une occasion en or d'écraser définitivement les armées royalistes avait été manquée.
Conséquences
Tout l'épisode de Newbury fut un exemple de ce qu'il ne faut pas faire pour mener une guerre de manière énergique. Comme le dit l'historien militaire M. Wanklyn, "les généraux parlementaires ont commis une erreur tactique en transformant une victoire presque certaine en un embarrassant match nul" (204). À la suite d'une enquête officielle sur les événements de Newbury, le comte de Manchester fut particulièrement critiqué pour son manque d'ambition à engager le combat contre l'ennemi. Des rumeurs circulèrent même sur sa douteuse loyauté à la cause. Il est certain que le roi avait fait quelques ouvertures à Manchester pour qu'il serve de médiateur avec le Parlement, et le comte avait lui-même déclaré publiquement que vaincre Charles au combat ne le rendait pas moins roi, alors que de lourdes défaites pour les parlementaires mettraient effectivement fin à leur prétention au pouvoir. Ces réflexions pourraient expliquer la prudence évidente de Manchester sur le terrain. Ce n'était toutefois pas l'avis des parlementaires plus agressifs menés par Oliver Cromwell, qui n'était pas à l'abri des critiques pour son manque d'énergie habituelle lors de la bataille de Newbury. Ce sont les parlementaires les plus militaristes qui poussèrent alors la guerre en avant. Au Parlement, Cromwell appela à la création d'une armée plus professionnelle et à une approche plus générale de la guerre en décembre 1644.
En février 1645, les parlementaires formèrent la New Model Army, une armée professionnelle. En avril, le Parlement vota la Self-Denying Ordinance, une motion qui interdisait à ses membres d'être également commandants militaires. Cette mesure eut pour effet d'écarter tous les commandants qui étaient politiquement puissants mais n'avaient aucune compétence militaire. Waller, Essex et Manchester furent tous victimes de cette politique. Le commandement général de la New Model Army fut confié à un combattant talentueux et expérimenté: Sir Thomas Fairfax (1612-1671). Avec une armée permanente capable de se déployer là où leurs commandants le jugeaient bon et aussi longtemps qu'il le fallait pour remporter la victoire, les parlementaires avaient pris l'une des décisions les plus importantes de toute la guerre. De plus, cette armée serait dotée d'une hiérarchie de commandement globale, mettant ainsi fin à la rivalité entre les différents commandants et armées combattant au nom du Parlement. La New Model Army remplit sa mission. La grande victoire remportée à la bataille de Naseby, dans le Northamptonshire, en juin 1645, fut suivie d'autres victoires, notamment la prise de Bristol. La situation du roi Charles devint désespérée et il fut contraint de se réfugier en Écosse.