Guerre des Boers

Impérialisme v. nationalisme en Afrique australe
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Mark Cartwright
par , traduit par Salomée Charrière
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Boer Commando, 1900 (by Unknown Photographer, Public Domain)
Commando boer, 1900 Unknown Photographer (Public Domain)

La guerre des Boers (aussi connue sous les noms de seconde guerre des Boers, de guerre d’Afrique du Sud et de seconde guerre de Libération, 1899-1902) fut remportée par les Britanniques, mais seulement après avoir eu recours à des politiques controversées telles que les stratégies de la terre brûlée et des camps de concentration pour civils, utilisées dans les deux cas pour priver les Boers de soutien logistique. La guerre des Boers fut un conflit charnière, au cours duquel un armement technologique avancé fut utilisé, qui fut suivi de près par la population britannique grâce aux actualités filmées ainsi qu’à des photographies; ce fut l’une des premières guerres majeures dans lesquelles le nombre de morts civiles fut supérieur à celui des combattants.

Causes de la guerre

Au cours du XIXe siècle, les Britanniques et les Boers avaient longtemps été rivaux en Afrique australe, se disputant les terres ainsi que les ressources, entre eux mais aussi avec les royaumes autochtones. Les Boers étaient des colons en Afrique australe avec des ancêtres hollandais (et certains autres pays européens, notamment l’Allemagne et la France). Le nom Boer signifie "fermier". Ils étaient également connus sous le nom d’Afrikaners parce qu’ils parlaient afrikaans. Ils arrivèrent pour la première fois au XVIIe siècle et créèrent finalement deux républiques: le Transvaal (1852) et l’État libre d’Orange (1854). Ces républiques furent créées après le Grand Trek des années 1830, une migration boer dans le but de s’éloigner du contrôle britannique au sud. Les Boers n’étaient pas d’accord avec la politique britannique concernant l’abolition de l’esclavage et ils étaient contrariés par l’influence de la culture anglo-saxonne sur la leur. Pendant ce temps, les colons britanniques créèrent les colonies du Cap (1806) et du Natal (1843), principalement pour protéger le cap de Bonne-Espérance, un point d’arrêt stratégique pour les routes maritimes entre l’Europe et l’ Asie. Les Britanniques et les Boers avaient tous deux acquis leurs terres au détriment des États autochtones.

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Les Britanniques réclamèrent une suzeraineté symbolique sur les républiques boers, ce que les Boers rejetèrent. En 1867, la rivalité s’intensifia dans la région, à la suite de la découverte de diamants au Griqualand. Les Britanniques firent du Griqualand une colonie de la couronne en 1871 et la firent fusionner avec la colonie du Cap en 1873. Le complot flagrant des Britanniques pour s’emparer des mines de diamants à Kimberley suscita un vif sentiment d’amertume chez les Boers. Puis, en 1886, de l’or fut découvert dans le Witwatersrand, au Transvaal. Les Britanniques, qui avaient investi de façon massive dans les mines, furent tout aussi amers car ces nouvelles richesses furent contrôlées par les Boers.

Les républiques boers poursuivirent leur expansion, mais une défaite face aux Pedi servit d’excuse aux Britanniques pour annexer le Transvaal en janvier 1877; ils prétendaient que seule une présence militaire britannique permettrait de garantir la sécurité. Cette situation conduisit à la première guerre des Boers (1880-1881), une véritable série d’escarmouches que les Boers gagnèrent. Les conventions de la paix qui suivirent contenaient des explications ambiguës relatives à la suzeraineté britannique sur les républiques boers.

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Carte de la Seconde guerre des Boers, 1899-1902
Carte de la Seconde Guerre des Boers 1899-1902 Simeon Netchev (CC BY-NC-ND)

Les Britanniques étaient également en train d’étendre leurs frontières et ils avaient battu le royaume zoulou, lors de la guerre anglo-zouloue de 1879. Zoulouland devint une colonie de la couronne en 1887 et fut intégré au Natal en 1897. L’expansion britannique se poursuivit avec la création du protectorat du Basutoland (Lesotho actuel, 1884), du Bechuanaland britannique et du protectorat du Bechuanaland (Botswana actuel, 1885) et du Swaziland (1893). L’acquisition de ces territoires échoua de manière spectaculaire, puisque les Boers avaient été libérés de leurs combats avec les autochtones et qu’ils pouvaient désormais se concentrer sur leur bataille d’expansion territoriale contre les Britanniques.

Une alliance entre Boers et Allemands aurait pu constituer une réelle menace envers la suprématie britannique en Afrique australe.

Fin 1885, les relations anglo-boers empirèrent avec le raid Jameson. Un groupe de propriétaires de mines, mécontents du contrôle exercé par les Boers sur les mines Rand et des lois discriminatoires qui allaient à l’encontre des résidents britanniques au Transvaal, tenta un coup d’État. Le raid fut un échec total, et les autorités britanniques le désavouèrent. Le président du Transvaal, Paul Kruger (1825-1904), réagit par l’achat d’armes à l’Allemagne et à la France ainsi que par la formation d’une alliance militaire avec l’État libre d’Orange. Cela convainquit, à son tour, les autorités coloniales britanniques qu’une alliance entre Boers et Allemands pourrait constituer une réelle menace envers la suprématie britannique en Afrique australe et anéantir l’ambition de créer une seule et même colonie sous l’autorité britannique, l’Union Sud-Africaine. La discrimination menée par Paul Kruger à l’encontre des résidents blancs non boers, appelés Uitlanders ("Étrangers") par les Boers, constitua ce que les Britanniques considéraient comme une justification morale de la guerre. Le 9 octobre 1899, avec les troupes de réserve britanniques mobilisées, Paul Kruger annonça un ultimatum de 48 heures au gouvernement britannique par lequel il demanda un retrait des troupes britanniques des frontières du Transvaal. Les Britanniques refusèrent de s’y plier, et la guerre fut déclarée le 11 octobre.

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Premières victoires boers

Les Boers savaient qu’ils devaient agir rapidement avant que le gouvernement britannique, à Londres, n’envoie des troupes supplémentaires. Les combattants boers n’étaient pas une armée entraînée de façon professionnelle, mais ils étaient bien équipés avec les derniers fusils, les dernières mitrailleuses et les dernières pièces d’artillerie lourde. Le plus gros atout des Boers fut probablement leur connaissance et leur utilisation du terrain local. Organisés en commando, les combattants boers possédaient une grande mobilité. Leurs compétences de tir avec des fusils à longue portée sans faire de fumée et celles de camouflage dans le veld étaient telles que "Les Boers étaient en grande partie une force invisible, et il s’avérait très difficile, voire même impossible, de les affronter au tir en salves ou en combat au corps à corps" (Fremont-Barnes, 7). L’adresse au tir des Boers obligea les officiers britanniques à abandonner leurs épées traditionnelles pour des revolvers et à retirer les insignes qui attiraient l’attention sur leurs rangs afin d’éviter d’être tués en premier.

British Boer War Propaganda Mug
Grande tasse de propagande britannique de la guerre des Boers Tim Sheerman-Chase (CC BY)

D’autres innovations furent utilisées au cours de ce conflit et comblèrent l’écart entre la conduite de guerre de l’infanterie traditionnelle du XIXe siècle et celle automatisée du XXe siècle, qui comprenaient l’utilisation du télégraphe, l’artillerie combinée et les attaques d’infanterie, l’utilisation considérable de soldats volontaires des deux côtés, la couverture médiatique dans la presse quotidienne, l’utilisation de pellicule cinématographique pour rapporter les évènements, et la publication d’enregistrements personnalisés réalisés par des soldats sous la forme de journaux ou de photographies. Ce fut également l’un des premiers conflits témoins d’un développement industriel massif de souvenirs patriotiques, où les soldats et les généraux avaient été imprimés sur tout plein d'objets allant des boîtes d’allumettes aux grandes tasses en porcelaine.

Les Boers connurent plusieurs premiers succès, en particulier au milieu du mois de décembre 1899, pendant ce que les Britanniques nommèrent la "semaine noire". Les Boers remportèrent les batailles de Stormberg, de Magersfontein et de Colenso. Ensuite, une autre victoire boer connue fut celle de la bataille de Spion Kop, en janvier 1900. Tout bien considéré, les chefs britanniques s’étaient rendus coupables de beaucoup trop de gaffes et avaient sous-estimé l’ennemi. Des objectifs irréalisables, comme s’en prendre à des collines bien défendues, donner des ordres déroutants, utiliser de mauvais systèmes de communication et des cartes insuffisantes; tout ceci joua un rôle dans ces défaites. Les Boers prouvèrent que, bien que non professionnels, ils ne seraient pas les chiffes molles que les généraux britanniques espéraient qu’ils seraient.

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Les dirigeants boers firent l’erreur de déployer un nombre important de leurs combattants à des sièges tels que Ladysmith, Kimberley et Mafeking. Des garnisons britanniques se trouvaient là, et l’idée était de les soumettre ainsi que de leur faire quitter la guerre, mais, en réalité, les Boers eurent besoin d’engager un grand nombre de guerriers pour faire tenir ces sièges. Le siège de Mafeking (1899-1900) devint le symbole de cette guerre, tout d’abord en montrant que ce n’était pas une guerre coloniale ordinaire contre un ennemi inférieur au niveau technologique. En effet, le conflit ressemblait bien plus à une guerre civile européenne en ce qui concerne les armes utilisées. Deuxièmement, ce siège et d’autres révéleraient que des civils seraient lourdement impliqués et qu’ils mouraient fréquemment. Les garnisons britanniques assiégées et les guerriers tswana alliés tinrent bon pendant 217 jours, et leur chef plein de ressources, Robert Baden-Powell (1857-1941), devint un héros national. En mai 1900, la ville de Mafeking fut sauvée par une colonne de diversion. Ce siège et les autres prouvèrent l’erreur de la stratégie boer: ils ne pouvaient pas gagner une guerre d’usure contre le bien plus puissant empire britannique.

Torched Boer Farm
Ferme boer en feu Unknown Photographer (Public Domain)

Riposte britannique

Contrairement à la première guerre des Boers, le gouvernement britannique était désireux d’envoyer des troupes coloniales en Afrique. Les forces britanniques, qui comprenaient 30 000 troupes coloniales venues d’Australie, de Nouvelle-Zélande et du Canada, envoyèrent bientôt 25 000 à 250 000 hommes dans ce sens. Les Boers ne pouvaient pas être plus de 60 000 hommes sur le champ de bataille. En mars 1900, cet avantage numérique aida les Britanniques à prendre le contrôle de lignes de chemin de fer et à battre une armée boer à Paardeberg. La ville boer principale de Bloemfontein fut saisie par la suite. Le 24 mai, l’État libre d’Orange fut pris par les Britanniques et rebaptisé la colonie de la rivière Orange. Une semaine après, Johannesburg fut capturée. En juin, les Britanniques s’emparèrent de Pretoria, et en octobre, ils annexèrent le Transvaal.

Près de 117 000 femmes et enfants boers ainsi que 119 000 autochtones noirs FURENT emprisonnés dans des camps de concentration.

En réponse au nombre toujours croissant de revirements militaires, les Boers adoptèrent des tactiques de guérilla, attaquant et se retirant vite des escarmouches et menant également des raids au sein de la colonie du Cap. Incapables de battre l’ennemi en un grand combat, les Britanniques répondirent avec une stratégie de la terre brûlée efficace mais controversée, où les cultures furent détruites et le bétail confisqué. Des milliers de fermes et d’habitations civiles furent réduites en cendres au cours de cette campagne. Le commandant en chef britannique, Herbert Kitchener (1850-1916), restreignit la marge de manœuvre des Boers en divisant "à la fois les deux républiques en un énorme échiquier d’acier constitué de lignes de clôtures en fil barbelé, gardées par des blockhaus en béton" (Pakenham, 577).

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Herbert Kitchener fit également enfermer des milliers de civils dans des camps de concentration pour les empêcher d’approvisionner les guerriers boers sur le champ de bataille. D’autres civils y furent simplement conduits parce que leurs maisons avaient été détruites lors du conflit. La stratégie du commandant en chef était efficace, mais elle suscita une vague d’indignation tant au niveau national qu’au niveau international. La négligence intentionnelle des détenus et une planification cruellement inadéquate en matière d’approvisionnement en matériel médical et en denrées alimentaires causèrent jusqu’à 28 000 morts boers (dont 80 % étaient des enfants) et 20 000 morts autochtones noirs, des suites de malnutrition et de maladies. Comme moyen de comparaison, 7 000 Boers furent tués au cours des combats et 22 000 du côté britannique.

Barbeton Concentration Camp
Camp de concentration de Barberton LSE Library (Public Domain)

À la suite de la révélation du scandale et des questions au Parlement, la première étape pour améliorer les conditions dans les camps fut d’en retirer le contrôle à l’armée et de le confier aux autorités civiles. Herbert Kitchener mit fin à la politique de la terre brûlée en décembre 1901 et il ordonna qu’on ne procède plus à l’arrestation de femmes et d’enfants boers. Près de 117 000 femmes et enfants boers ainsi que 119 000 autochtones noirs avaient été emprisonnés dans 46 camps de concentration.

Victoire et héritage britannique

La dernière grande bataille de la guerre fut remportée par les Britanniques à Roodewal, le 11 avril. La seconde guerre des Boers prit fin le 31 mai 1902 avec le traité de Vereeniging. Des prisonniers de guerre boers furent relâchés en juin et en juillet. En plus des milliers de pertes humaines, les dégâts matériels furent eux aussi importants au cours de la guerre. Plus de 30 000 fermes avaient été réduites en cendres et des millions de bêtes avaient été tuées. Au moins un tiers d’un million de chevaux trouvèrent la mort dans ce conflit.

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Ce fut une victoire onéreuse, la guerre avait coûté à la Grande-Bretagne 200 millions de livres sterling, l’équivalent de 21 000 millions aujourd’hui (soit environ 230 millions d’euros, environ 24 300 millions aujourd’hui). De plus en plus de voix en Grande-Bretagne, parmi lesquelles celle de l’économiste et scientifique socialiste J. A. Hobson (1858-1940), commencèrent à remettre en question le bien-fondé de la politique étrangère impérialiste, tant d’un point de vue économique que moral. Le grand public découvrit, peut-être pour la première fois, les théories de J. A. Hobson et d’autres auteurs selon lesquelles de puissants acteurs privés disposaient d’une immense fortune et décidaient du sort des nations, et ce aux frais des contribuables et sans autre intérêt que celui de leurs propres affaires.

Dans le cadre des négociations de paix, la question des droits des autochtones noirs (dont les dirigeants n’avaient pas été conviés aux pourparlers) resta en suspens jusqu’à la mise en place d’une autonomie gouvernementale dirigée par des Blancs. Plus de 100 000 autochtones noirs avaient contribué à l’effort de guerre britannique en tant que soldats, éclaireurs, messagers, palefreniers, porteurs, domestiques et manœuvres. Ils avaient espéré un changement, mais le seul résultat fut que les autochtones noirs continuèrent à souffrir des lois discriminatoires; en effet, leur situation s’aggrava même à cet égard, et ils furent de fait privés de leur droit de vote. En 1910, les deux anciennes républiques boers, ainsi que la colonie du Cap et du Natal, sans oublier plusieurs anciens royaumes africains, furent réunis en une seule colonie: l’Union Sud-Africaine, dont le gouvernement était dominé par les Afrikaners.

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Style APA

Cartwright, M. (2026, juin 16). Guerre des Boers: Impérialisme v. nationalisme en Afrique australe. (S. Charrière, Traducteur). World History Encyclopedia. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-26354/guerre-des-boers/

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Cartwright, Mark. "Guerre des Boers: Impérialisme v. nationalisme en Afrique australe." Traduit par Salomée Charrière. World History Encyclopedia, juin 16, 2026. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-26354/guerre-des-boers/.

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Cartwright, Mark. "Guerre des Boers: Impérialisme v. nationalisme en Afrique australe." Traduit par Salomée Charrière. World History Encyclopedia, 16 juin 2026, https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-26354/guerre-des-boers/.

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