La première guerre intercoloniale (1688-1697) fut la première des quatre conflits coloniaux majeurs qui eurent lieu entre l’Angleterre, la France et leurs Alliés amérindiens respectifs aux XVIIème et XVIIIème siècles. Bien que cette guerre eut ses propres origines, elle coïncida avec un important conflit européen (la guerre de la Ligue d'Augsbourg). Ce fut la première fois que l’Amérique coloniale fut emportée dans les problèmes impériaux de l’Ancien Monde.
Bien que cette guerre ait porté, pour les anglais, le nom du roi Guillaume III d'Angleterre (r. de 1689 à 1702), elle était davantage liée à la situation politique en Amérique du Nord qu'aux grands projets des rois européens. Les tensions entre les colonies de Nouvelle-Angleterre et la Confédération autochtone Wabanaki restaient fortement présentes aux suites de la guerre du Roi Philip (1675-1678). Les Wabanakis, méfiants vis-à-vis des intentions de l’Angleterre, s’alignèrent avec la Nouvelle-France, l’autre grand pouvoir colonial dans la région. Par la suite, les Français furent impliqués dans la protection de leur commerce lucratif de fourrures contre la puissante Confédération iroquoise, qui était Alliée de l’Angleterre à New York. Lorsque l’annonce de la guerre entre l'Angleterre et la France traversa l'océan, la poudrière nord-américaine explosa. Au cours des années suivantes, la France et les Wabanakis lancèrent de nombreuses offensives sanglantes contre l’Angleterre et les Iroquois, qui répondirent de la même manière. Le carnage dans les régions reculées se poursuivit jusqu'en 1697, lorsque le traité de Ryswick mit fin à la plupart des combats et rétablit les frontières d’avant-guerre. Les tensions continuèrent à croître jusqu’à l’éclatement du conflit colonial majeur suivant, la deuxième guerre intercoloniale (1702-1713).
Contexte
Au cours du siècle qui suivit la dévastation de la guerre du Roi Philip, une paix difficile s'installa en Nouvelle-Angleterre. Bien que fragile, la paix était attendue car la guerre qui l'avait précédée avait été amère et acharnée. La Confédération Wampanoag, autrefois puissance dominante dans la région, avait attaqué les colonies de Nouvelle-Angleterre dans une tentative désespérée d'empêcher les colons blancs d'empiéter sur leurs terres. Des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants avaient péri dans les combats qui avaient suivi, et des dizaines de villages, tant autochtones qu'anglais, avaient été rasés. Mais à présent, Metacomet, le chef Wampanoag qui avait déclenché la guerre, connu des Anglais sous le nom de « roi Philip », était mort, abattu par la balle d'un assassin. Sa tête coupée ornait une pique à l'entrée de Plymouth, dans le Massachusetts, où elle allait pourrir pendant les deux décennies suivantes. Les partisans qui n’avaient pas encore été tués furent rassemblés puis exécutés, ou vendus comme esclave, pendant que les autres Wampanoags furent contraints à vivre dans des réserves et obligés d’assister au triomphe des habitants de la Nouvelle-Angleterre qui s'étaient emparés des terres de leurs ancêtres. La balance du pouvoir au Nord-Est fut complètement renversée: la force de la Confédération Wampanoag fut réduite à néant, l’hégémonie anglaise devint ascendante.
Toutefois, aussitôt que la guerre sanglante du Roi Philip laissa place à la paix, l’éminent ministre de Boston, du nom d’Increase Mather, prédit l’arrivée d'un nouveau conflit: "Il semble qu'un nuage sombre s'élève à l'est au sujet des Indiens de ces régions; oui, un nuage qui ruisselle de sang." (citation dans Pulsipher, 588). En effet, les Wampanoags ne furent pas les seul autochtones à se battre contre les Anglais pour le contrôle du Nord-Est. Dans la colonie française d’Acadie, qui correspond approximativement aux provinces canadiennes actuelles de la Nouvelle-Écosse et du Nouveau-Brunswick, vivait le peuple Wabanaki, ou peuple du Dawnland ("peuple du pays de l'aube"). Durant la guerre du Roi Philip, les Wabanakis menèrent des offensives sur les colonies anglaises du New Hampshire et du Maine, causant de tels ravages que les troupes anglaises terrifiées furent contraintes de fuir. En 1678, les gouvernements de Nouvelle-Angleterre, lassés de ces guerres incessantes, signèrent un traité de paix avec les Wabanakis. Ces derniers accepteraient de laisser les Anglais retourner dans leurs colonies abandonnées en échange de la reconnaissance de la souveraineté des Wabanakis et le versement d’un tribut annuel en maïs. Pendant un certain temps, cette paix sembla tenir, même si les Wabanakis, conscients de la manière dont les Anglais avaient traité les Wampanoags, restaient méfiants.
Afin de se préparer au mieux à l’éventualité d’une trahison anglaise, les cinq nations Wabanakis (les Abénaquis, les Micmacs, les Wolastoqiyik, les Passamaquoddys et les Pentagouets) se concertèrent pour former la Confédération Wabanaki. Ils développèrent également des relations plus étroites avec la Nouvelle-France, se mariant avec les colons français et autorisant la présence des missionnaires Jésuites parmi eux. Les Français étaient l’autre présence européenne dominante de la région et rivalisaient avec les Anglais pour le contrôle du commerce lucratif de fourrures. En dépit du fait que les Français étaient moins bien établis en Amérique du Nord que leurs rivaux anglais (en 1689, par exemple, la Nouvelle-France comptait une population de seulement 14 000 habitants, contrairement aux 154 000 personnes vivants dans les colonies anglaises), ils purent tout de même conserver leur contrôle sur le commerce de fourrures au travers d’un réseau d’alliances avec les groupes autochtones locaux, comme les Wabanakis. Cependant en 1680, ces séries d’alliances, qui maintenaient le commerce de fourrures français, furent menacées lorsque la puissante Confédération iroquoise attaqua plusieurs Alliés de la Nouvelle-France, dans la région des Grands Lacs. Les Iroquois avaient récemment formé une alliance avec le gouvernement anglais de New York, appelée la Covenant Chain ("Chaîne de l'Alliance"), ce qui conduisit les Français à soupçonner qu’ils avaient agi avec la bénédiction, voire à l'instigation directe, des Anglais. En réponse, les Français menèrent plusieurs offensives sur des villages iroquois de New York, défiant ainsi les Iroquois et les Anglais. Le décor était planté pour un nouveau conflit ; les nuages de la guerre, comme l'avait prévu Increase Mather, semblaient en effet très sombres.
Première effusion de sang
En avril 1688, de concert avec cette escalade de violence, Sir Edmund Andros mena une expédition à la maison de négoce Saint-Castin dans le Maine. Andros était le gouverneur impopulaire du Dominion de Nouvelle-Angleterre, un conglomérat éphémère des colonies de Nouvelle-Angleterre placé sous l'autorité d'un gouvernement unique nommé par la couronne. En homme autoritaire, Sir Edmund Andros chercha à faire démonstration de ses pouvoirs en mettant un terme à un conflit frontalier entre le Maine et l’Acadie. Il conduisit ses soldats jusqu’à la Baie de Penobscot où ils pillèrent la maison et le poste de traite du baron Jean-Vincent d'Abbadie de Saint-Castin, un officier et commerçant français qui avait ouvert une boutique sur la terre revendiquée par Sir Edmund Andros. Monsieur de Saint-Castin, qui était très respecté au sein de le Confédération Wabanaki, avait épousé une femme Pentagouet et avait eut des fils métis. L’attaque de sa propriété fut perçue comme une insulte envers l'ensemble du peuple Wabanaki. Vers la même période, 16 hommes wabanakis furent arrêtés dans le Maine sur les ordres du gouverneur Andros et furent emprisonnés à Boston, sous prétexte qu’ils avaient tué du bétail anglais. La patience des Wabanakis avec leurs voisins anglais avait déjà commencé à s’amenuiser. Les habitants de la Nouvelle-Angleterre avaient petit à petit commencé à violer le traité de 1678 en s’installant sur les terres Wabanaki et en ne versant plus le tribut en maïs. Toutefois, ces deux incidents furent la dernière goutte qui fit déborder le vase.
En août 1688, monsieur de Saint-Castin conduisit une partie des guerriers wabanakis en offensives contre diverses colonies anglaises du Maine. Quelques colons anglais furent tués au cours de ces affrontements, et plusieurs autres furent faits prisonniers. Lorsqu’il eut connaissance de ces attaques, le gouverneur Andros réalisa qu’il avait peut-être déclenché accidentellement une nouvelle guerre indienne. Il tenta d’apaiser les tensions en ordonnant la libération des 16 prisonniers wabanakis à Boston. Néanmoins, le baron de Saint-Castin refusa de relâcher ses captifs. Au début du mois de novembre, Sir Edmund Andros changea alors de tactique et dirigea une armée de 700 hommes en direction du Maine. Entre-temps, le baron et les Wabanakis s’étaient déjà repliés en Acadie, et les habitants de la Nouvelle-Angleterre n’accomplirent pas grand chose, si ce n’est traverser les terres sauvages. En fin d’année, Sir Andros retourna à Boston en laissant ses troupes en stationnement dans le Maine à de nombreux postes frontaliers, afin de maintenir la paix. Cependant, l’été suivant, des nouvelles qui changeraient la donne arrivèrent de l’Europe. La Glorieuse Révolution avait éclaté en Angleterre. Le roi Jacques II d'Angleterre avait été forcé d’abdiquer, ce qui avait conduit à l'ascension de Guillaume d'Orange et de son épouse Marie pour le règne conjoint du royaume. Les ondes de choc de la révolution se répercutèrent dans les colonies. À Boston, Sir Andros fut destitué par la foule, et la Dominion de Nouvelle-Angleterre fut démantelée. À cause du chaos, la plupart des soldats anglais retournèrent au Massachusetts, laissant une fois de plus le Maine sans protection.
Trois offensives
Au début de 1689, les évènements majeurs en Europe affecteraient encore une fois la destinée du Nouveau Monde. Guillaume III d'Orange-Nassau, nouvellement couronné, s’allia à Léopold Iᵉʳ, empereur du Saint-Empire, pour former une "Grande Alliance" contre les ambitions expansionnistes du roi de France Louis XIV. En mai, Guillaume et Léopold déclarèrent officiellement la guerre à la France, initiant un conflit qui serait connu sous le nom de guerre de Neuf Ans. Bien que les rois et les généraux européens ne se souciaient guère des régions reculées de l'Amérique du Nord, à l'autre bout du monde, cette déclaration officielle de guerre donna aux colonies la permission de s’attaquer les unes aux autres avec une vigueur renouvelée. Les nouvelles du conflit expansionniste européen n’avaient pas encore atteint la petite colonie de Douvres dans le New Hampshire, lorsque, la nuit du 27 juin 1689, deux femmes wabanakis arrivèrent et demandèrent l’asile. Il leur fut accordé et, au milieu de la nuit, ces femmes ouvrirent en grand les portes de la ville pour laisser entrer des dizaines de guerriers wabanakis. 20 colons anglais furent massacrés cette nuit-là, dont Richard Waldron, un citoyen influent de la ville. Au cours de la guerre du Roi Philip, Richard Waldron avait utilisé des supercheries pour capturer des centaines de Wabanakis avant de les vendre comme esclaves. Avec la volonté de se venger, les guerriers wabanakis firent irruption dans sa chambre cette nuit-là, l’assomèrent, et le traînèrent dans la pièce attenante où ils le ligotèrent à une chaise et le torturèrent à mort. Les Wabanakis s'enfuirent ensuite discrètement de la colonie détruite avec 29 prisonniers anglais, qui furent vendus comme esclaves en Nouvelle-France.
En août 1689, à la tête d’un groupe de guerriers wabanakis, monsieur de Saint-Castin envahit de nouveau le Maine, partageant cette fois-ci le commandement avec le prêtre missionnaire Louis-Pierre Thury. Ils encerclèrent le fort anglais de Pemaquid, capturant et tuant tous les colons anglais qui n'avaient pas réussi à se réfugier à temps derrière les murs du fort. La garnison résista un jour, mais après avoir subi de lourdes pertes, elle choisit de se rendre. Le baron de Saint-Castin fit brûler le fort et la ville voisine. Les offensives sur Douvres et Pemaquid marquèrent une escalade claire des hostilités et, après que la déclaration de guerre en Europe fut arrivée sur le nouveau continent, les Anglais furent impatients de riposter. Près de 1 500 guerriers iroquois furent envoyés en Nouvelle-France pour lancer l’assaut sur la colonie de Lachine pendant que la colonel Benjamin Church guidait 250 soldats du Massachusetts dans une expédition de protection des colons anglais du Maine. Le colonel Church avait la réputation redoutable d'être un combattant indien et avait d'ailleurs dirigé le groupe qui avait traqué et tué Metacom en 1676. Le 21 septembre 1689, Benjamin Church se distingua une nouvelle fois lorsque ses hommes défendirent les colons anglais à Falmouth (aujourd’hui Portland, dans le Maine) contre les forces acadienne et wabanaki plus importantes. Il repoussa l’ennemi au prix de 21 victimes, sauvant ainsi les colons de Falmouth d’un massacre certain.
Escalades
Au début de 1690, l’ampleur du conflit s’accrut encore. Le gouverneur général de Nouvelle-France Louis de Baude, Comte de Frontenac, ordonna de nombreuses expéditions militaires contre les colonies anglaises. La première expédition, menée par les officiers français et constituée de guerriers wabanakis, atteignit Schenectady (New York) dans la nuit du 8 février 1690. Ils attaquèrent la ville sans défense, massacrant 60 résidents (dont 11 esclaves afro-américains) et s’enfuirent avec 27 captifs. Le 27 mars, la deuxième expédition menée par le baron de Saint-Castin, rasa la ville de Salmon Falls, à la frontière du New Hampshire et du Maine, exécutant 34 colons anglais. L’expédition de Saint-Castin se dirigea ensuite vers le Maine, tombant sur la colonie de Falmouth que Benjamin Church avait défendu un an auparavant. Cette fois, il n’y avait personne pour protéger les colons anglais. Le baron massacra les hommes, fit prisonniers femmes et enfants et brûla la colonie. Le colonel Church apprit l’attaque trop tard et arriva à Falmouth sans rien d'autre à faire que d’enterrer les morts.
Les opérations du comte de Frontenac ne restèrent pas longtemps sans réponse. Le 23 avril 1960, sept navires de guerre anglais accostèrent à Boston transportant 736 miliciens provinciaux sous les ordres de Sir William Phips. Ce chercheur de trésors, né dans le Maine, visait à présent la gloire d’une victoire militaire. Le 9 mai, les habitants de la Nouvelle-Angleterre arrivèrent aux abords de Port Royal, capitale d’Acadie, prenant par surprise une garnison de 90 français. Les Français se rendirent en réalisant qu’ils ne pouvaient pas résister à un siège. Sir Phips emprisonna les soldats français et les habitants d’Acadie dans l’église avant de fermer les yeux alors que ses soldats pillaient la ville, sous prétexte que les Français avaient d'une manière ou d'une autre violé les termes de reddition. Il partit peu après, mais des navires de guerres anglais supplémentaires retournèrent à Port Royal le mois suivant, conduisant à une nouvelle vague d'incendies et de pillages. En septembre, Benjamin Church prit la tête de 300 hommes pour une seconde expédition en Acadie. Il voyagea jusqu’à la rivière Androscoggin, pillant les villages wabanakis et massacrant plusieurs de leurs hommes. Après avoir libéré les cinq captifs anglais d’un wigwam (hutte) wabanaki, le colonel Church proclama la victoire et retourna dans le New Hampshire.
Encouragés par leur succès, les Anglais décidèrent de lancer des invasions à grande échelle contre la Nouvelle-France. Une expédition, dirigée par Fitz-John Winthrop, partit par voie terrestre vers Montréal. Cependant, la maladie, le manque de provisions et les désaccords entre officiers forcèrent l’armée à rebrousser chemin avant d’avoir atteint leur objectif. La deuxième expédition, sous les ordres de Sir William Phips, avait pour cible Québec, la capitale de la Nouvelle-France. Fin août, Sir Phips quitta Boston avec 2 300 miliciens à bord de 32 navires. Toutefois, en raison du mauvais temps, il n'arriva à Québec que le 16 octobre. Le comte de Frontenac, informé de l’arrivée de Sir Phips, avait eu tout le temps de se préparer et de rassembler 3 000 soldats pour défendre la ville, dont trois bataillons de soldats coloniaux réguliers. Lorsque l’officier Phips envoya un émissaire afin d’exiger la capitulation du gouverneur général français, ce dernier se sentit assez confiant pour déclarer: "Je n'ai point de réponse à faire à votre général que par la bouche de mes canons et à coups de fusil" (Dictionnaire biographique du Canada). Sir William Phips était prêt à relever le défi. Le 18 octobre, il débarqua ses hommes environ six kilomètres en aval de Québec, mais ils s’étaient à peine mis en route vers la ville qu'ils furent pris sous le feu des milices françaises et de leurs Alliés wabanakis qui s'abritaient dans la forêt dense. Le jour suivant, les navires de guerre de Sir Phips ouvrirent le feu contre la ville, mais furent à court de munitions plus vite que prévu. Les miliciens de Nouvelle-Angleterre, déjà mal en point par leurs affrontements dans les bois, refusèrent d'attaquer Québec sans le soutien de l'artillerie, forçant l’officier à annuler l’opération. Le 23 octobre, ce dernier négocia un échange de prisonniers avec le gouverneur général avant de faire retourner ses hommes à bord des navires et de lever l’ancre pour Boston.
La guerre fait rage
Au cours des années suivantes, le cycle des offensives de représailles se poursuivit. En 1691, un groupe de guerriers wabanakis attaqua la ville de Wells, dans le Maine, avant de se rendre sur la côte, de monter à bord d'un navire anglais et d'en massacrer l'équipage. Le 24 janvier 1692, lors d'un événement connu sous le nom de massacre de la Chandeleur (aussi connu sous le nom de raid sur York), le père Louis-Pierre Thury et le chef pentagouet Madockawando menèrent 300 Acadiens et Wabanakis à la ville de York. Cette nuit-là, ils massacrèrent plus de 100 colons anglais et firent 80 prisonniers. Ces attaques surprises provoquèrent une vague de peur dans toutes les colonies anglaises, chaque colonie frontalière se demandant si elle serait la prochaine à subir la colère des Français et des Wabanakis. Certains chercheurs pensent que cette hystérie aurait contribué à alimenter les tristement célèbres procès des sorcières de Salem en 1692-1693. Les Anglais répondirent de façon identique à ces offensives. Le colonel Benjamin Church mena une troisième expédition en Acadie en 1692, brûlant et pillant tout sur son passage. L'année suivante, des frégates anglaises retournèrent à Port Royal pour l'incendier une troisième fois.
En 1693, lassés des combats, les officiers anglais de Boston entamèrent des négociations de paix avec les Abénaquis, membres de la Confédération Wabanaki. Désireux de troubler ces négociations, le comte de Frontenac envoya l'un de ses officiers, Claude-Sébastien de Villieu, afin de semer le trouble. Ce dernier parcourut les villages pour recruter des Abénaquis opposés au traité de paix et, le 18 juillet 1694, il conduisit 250 d'entre eux dans une attaque sur la ville de Durham, dans le New Hampshire. Au cours du massacre qui s'ensuivit, connu par la suite sous le nom de massacre d'Oyster River, 104 colons anglais furent tués et 27 faits prisonniers. L’officier de Villieu tua le bétail et brûla les récoltes, ce qui provoqua une famine parmi les survivants. La guerre connut ensuite une accalmie jusqu'en 1696, lorsque les Français lancèrent une attaque à grande échelle contre les villages iroquois de New York et que le baron de Saint-Castin mena une offensive contre le fort anglais de Pemaquid, qui avait été reconstruit. Après avoir réussi la prise du fort, la baron rasa presque toutes les colonies anglaises de Terre-Neuve, ce qui causa la mort de plus de 100 personnes. Benjamin Church riposta une nouvelle fois en lançant sa quatrième et dernière expédition sur l’Acadie.
Fin de la guerre
Le 30 octobre 1697, le traité de Ryswick fut signé en Europe, mettant fin à la guerre de Neuf Ans et, par extension, à la première guerre intercoloniale. Le traité stipulait notamment que la Nouvelle-France, la Nouvelle-Angleterre et New York retrouveraient toutes leurs frontières d'avant-guerre, laissant ainsi plusieurs conflits frontaliers non résolus, comme celui entre l'Acadie et le Maine. Bien que l'Angleterre et la France fussent désormais officiellement en paix, des combats sporadiques entre les Anglais et les Wabanakis se poursuivirent jusqu'en janvier 1699, date à laquelle les deux camps signèrent un traité dans la baie de Casco, province du Maine. Les Iroquois restèrent, eux aussi, en guerre contre les Français. Le comte de Frontenac, cherchant à se venger des Iroquois pour leurs offensives en Nouvelle-France, lança plusieurs attaques dévastatrices contre les villages iroquois à la fin des années 1690. Les Iroquois firent appel à leurs Alliés de New York, mais les Anglais, lassés des combats, restèrent indifférents. Ce n'est qu'en 1701 que les Iroquois finirent par faire la paix avec les Français. La fin de la guerre ne contribua en rien à apaiser les nombreuses tensions en Amérique du Nord. En effet, ces tensions allaient bientôt déboucher sur le deuxième grand conflit colonial de l'époque, la deuxième guerre intercoloniale.

