Château de Nijō

Mark Cartwright
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le
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Nijo Castle Keep (by James Blake Wiener, CC BY-NC-SA)
Donjon du château de Nijõ James Blake Wiener (CC BY-NC-SA)

Le château de Nijõ, situé à Kyoto, au Japon, fut construit en 1603 par Tokugawa Ieyasu (r. de 1603 à 1605), fondateur du shogunat Tokugawa (1603-1868). Le complexe du château est entouré d'une double douve et se compose de trois zones distinctes: le palais Ninomaru (1626), l'enceinte Honmaru (1847) et les deux jardins du château. Le château abrite 3 000 peintures médiévales, dont près de 1 000 sont classées comme biens culturels importants. Le château de Nijõ est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO et six de ses bâtiments sont reconnus comme trésors nationaux officiels du Japon.

Les shoguns Tokugawa

Tokugawa Ieyasu, de la famille Matsudaira, s'imposa en tant que chef militaire suprême du Japon après avoir remporté la bataille de Sekigahara en 1600 contre les généraux qui soutenaient le fils et héritier de Toyotomi Hideyoshi (r. de 1582 à 1598). Ieyasu prit le titre de shogun en 1603 et établit le shogunat Tokugawa, ouvrant ainsi la voie à l'unification complète du Japon, qui connut alors quelque 250 ans de paix. C'est Ieyasu qui fit construire le château de Nijõ à partir de 1603 pour en faire la base du shogun à Kyoto et une présence pratique à proximité du palais impérial. À cette époque, Edo (Tokyo) était la capitale et le siège du shogunat, et le château de Nijõ abritait donc un gouverneur permanent, tandis que les shoguns n'utilisaient le château que lorsqu'ils étaient en visite officielle.

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Le coin sud-est des murs du palais Katsura abrite un donjon à plusieurs étages typique des châteaux médiévaux japonais.

Le palais Ninomaru fut ajouté au site en 1626 par le shogun Tokugawa Iemitsu (r. de 1623 à 1651), petit-fils de Ieyasu. Iemitsu fit également transférer sur le site de nombreux objets d'art provenant du château de Fushimi, ancienne résidence de Toyotomi Hideyoshi, ainsi que plusieurs bâtiments, dont les plus impressionnants étaient le Karamon (porte chinoise) et une tour de cinq étages. Malheureusement, la tour brûla après avoir été frappée par la foudre en 1750 et ne fut jamais remplacée, mais ses marches inférieures sont toujours en place. Les autres structures médiévales qui ont survécu sont néanmoins d'excellents exemples de l'architecture de la période Azuchi-Momoyama (1568-1600).

Nijo Castle Plan
Plan du Nijō-jõ Gothika (CC BY-SA)

Conception et caractéristiques

Le château de Nijõ a un plan au sol qui prend la forme de deux cercles concentriques avec des douves remplies d'eau à l'extérieur et à l'intérieur. L'ensemble du complexe est entouré de murs de maçonnerie et couvre une superficie d'environ 500 mètres sur 400 (1640 x 1312 pieds). Un pont enjambant les douves intérieures relie le palais Ninomaru, résidence et salle d'audience du shogun, à l'enceinte Honmaru et au palais Katsura. Ce dernier bâtiment, qui date de 1847 et qui a remplacé une version antérieure détruite par un incendie en 1788, appartenait autrefois aux jardins du palais impérial, mais a été donné au site par Yoshihito, prince Katsura (1948-2014). L'angle sud-est des murs du palais Katsura comporte un donjon à plusieurs étages typique des châteaux médiévaux japonais.

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Le palais Ninomaru se compose de cinq bâtiments individuels reliés entre eux par des couloirs.

Palais Ninomaru

Le Karamon, initialement érigé au château de Fushimi, est construit dans le style chinois avec des sculptures de symboles auspicieux et de nombreux supports dorés. Il est doté d'un toit incurvé recouvert d'écorce de cyprès. Cette impressionnante porte constitue une entrée principale idéale pour le palais Ninomaru.

Le palais Ninomaru se compose de cinq bâtiments individuels reliés entre eux par des couloirs. Ils sont de beaux exemples de l'architecture résidentielle traditionnelle japonaise, connue sous le nom de shoin-zukuri, et sont principalement construits en bois de cyprès hinoki. Vus d'en haut, les cinq bâtiments forment une diagonale décalée. Le palais couvre une superficie totale de 800 tatamis et compte 33 pièces, toutes somptueusement décorées de peintures de paysages réalisées par une équipe d'artistes supervisée par le célèbre peintre Kano Tanyu (1602-1674). La plupart des 3 000 peintures exposées aujourd'hui sont des répliques, mais 954 des originaux sont reconnus comme biens culturels importants du Japon. Leurs sujets sont tous très colorés et représentent principalement des paysages et des oiseaux, tels que des forêts de pins sous la neige, des cerisiers et des pruniers en fleurs, des tigres dans des bosquets de bambous, des paons et des faisans.

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Karamon Gate, Nijo Castle
Karamon, château de Nijõ James Blake Wiener (CC BY-NC-SA)

En se promenant dans le palais, les visiteurs remarqueront immédiatement le craquement des planches, mais celles-ci ont été posées ainsi intentionnellement, une caractéristique courante des châteaux médiévaux japonais, afin d'alerter les habitants de la présence d'intrus, en particulier des ninjas assassins. Appelé "plancher à rossignols" (uguisu bari), cet effet est obtenu grâce à des centaines de broches placées sous les planches.

Les pièces du palais avaient des fonctions spécifiques, comme les quatre salles de réception destinées aux visiteurs extérieurs, où la pièce dans laquelle on était autorisé à entrer dépendait du rang du visiteur ainsi que de l'interlocuteur à qui l'on souhaitait s'adresser. Les différences de statut, par ordre d'importance croissante, étaient les suivantes: les messagers impériaux, les seigneurs féodaux qui souhaitaient voir un ministre du shogunat, les seigneurs féodaux de haut rang qui voulaient s'entretenir avec le shogun et les alliés de longue date du shogun. D'autres pièces servaient de résidence privée au shogun (le bâtiment Shiro Shoin, le dernier des cinq à atteindre), où personne ne pouvait entrer à l'exception des servantes, ainsi que de bureaux ministériels, de poste de garde, de réserve à riz et de cuisines.

Jardins

Le palais Ninomaru est bordé à l'est par les jardins Ninomaru, conçus par le célèbre paysagiste Kobori Enshu (1579-1647). Le jardin fut créé en 1626 pour la visite de l'empereur Go-Mizunoo (r. de 1611 à 1629). Là encore, on retrouve une influence chinoise avec un petit étang à carpes comportant une île centrale plus grande - représentant le bonheur éternel - et deux îles plus petites représentant chacune une grue et une tortue, deux symboles de bonne fortune. On y trouve également des jardins de rocaille et une cascade à trois niveaux qui se jette dans l'étang. Curieusement dépourvu d'arbres sur l'une de ses rives, l'étang et le jardin sont peut-être un peu austères, mais il s'agit probablement d'un effet intentionnel pour la demeure d'un dirigeant militaire. Les jardins Ninomaru ont été reconnus comme site officiel de beauté pittoresque du Japon en 1953.

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Un deuxième jardin longe le côté nord des deux palais, le jardin Seiryu-en. Aménagé en 1965, le jardin compte deux salons de thé, le Koun-tei et le Waraku-an, spécialement conçus pour la cérémonie du thé japonaise, et souvent utilisés pour des événements officiels du gouvernement. Le jardin compte plus de 1 000 rochers spécialement sélectionnés et soigneusement placés le long des bords du plan d'eau.

Histoire ultérieure

En 1867, le dernier shogun Tokugawa, Tokugawa Yoshinobu (r. de 1867 à 1868), céda le château à l'empereur du Japon. La restauration Meiji de 1868 vit ensuite le rétablissement des pouvoirs des empereurs et la fin des shoguns. Cet acte fut accompli lors d'une cérémonie dans la salle principale du palais Ninomaru, en présence de tous les seigneurs féodaux importants du Japon.

En 1939, le château fut donné à la ville de Kyoto par la famille impériale, et il acquit alors son nom actuel de Nijõ-jõ ou château de Nijõ. En 1994, le château de Nijõ fut inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO. En 2005, pour célébrer le 400e anniversaire du château, un nouveau bâtiment a été ajouté, la galerie anniversaire. Outre son histoire, son art et son architecture, le site attire également les visiteurs chaque année en mars et avril pour les magnifiques fleurs de ses 400 cerisiers qui bordent le côté sud du complexe du château.

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This content was made possible with generous support from the Great Britain Sasakawa Foundation.

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth, responsable de Traduction, est diplômée en anglais et en français langue étrangère. Parlant couramment le français, l'anglais et l'italien, elle a enseigné l'anglais au British Council à Milan, en Italie.

Auteur

Mark Cartwright
Mark est un auteur, chercheur, historien et éditeur, à plein temps. Il s'intéresse particulièrement à l'art, à l'architecture et à la découverte des idées que partagent toutes les civilisations. Il est titulaire d'un Master en Philosophie politique et est le Directeur de Publication de WHE.

Citer cette ressource

Style APA

Cartwright, M. (2025, septembre 27). Château de Nijō. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-18359/chateau-de-nijo/

Style Chicago

Cartwright, Mark. "Château de Nijō." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, septembre 27, 2025. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-18359/chateau-de-nijo/.

Style MLA

Cartwright, Mark. "Château de Nijō." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, 27 sept. 2025, https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-18359/chateau-de-nijo/.

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