Royaume du Kanem

Définition

Mark Cartwright
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 23 avril 2019
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Disponible dans ces autres langues: anglais, malais
Mao Oasis, Chad (by Notrchad, CC BY-SA)
oasis de Mao, Tchad
Notrchad (CC BY-SA)

Le royaume du Kanem était un ancien État africain situé dans l'actuel Tchad, qui prospéra du 9e au 14e siècle. Avec son cœur au centre du continent africain, sur les rives orientales du lac Tchad, le royaume a été formé par une confédération de peuples nomades, puis dirigé par la dynastie des Sefuwa. La ville prospéra grâce à sa position de plaque tournante des connexions commerciales avec les peuples d'Afrique centrale, la vallée du Nil et les États d'Afrique du Nord situés de l'autre côté du désert du Sahara. Le royaume adopta l'Islam après de longs contacts avec des religieux et des commerçants musulmans à partir du 11e siècle. Dans les années 1390, le roi de Kanem fut contraint de fuir les envahisseurs Bulala et créa donc un nouvel État de l'autre côté du lac Tchad qui devint l'Empire Bornou, parfois connu sous le nom d'Empire Kanem-Bornou qui dura jusqu'à la fin du XIXe siècle.

Origines et formation

Le royaume de Kanem, situé juste à l'est du lac Tchad en Afrique centrale, tire peut-être son nom du terme Teda et Kanuri pour "sud" (anem), qui fait référence à sa position par rapport aux États plus connus du nord. Le nom reflète peut-être aussi la tradition orale selon laquelle les habitants du Kanem migrèrent du désert du Sahara à la suite de la déshydratation croissante de cette région. Le processus qui vit la formation du royaume de Kanem est ici résumé par l'historien P. Curtin :

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Le Kanem est passé par un processus de construction de l'État différent de celui du Soudan occidental. Le noyau était une confédération nomade de peuples parlant des langues distinctes du groupe Teda-Daza, probablement formée au 9ème siècle. Les confédérations nomades de ce type sont assez courantes dans l'histoire ; ce qui est inhabituel, c'est que celle-ci ait tenu bon. Un peu avant le début du XIIe siècle, elle était devenue elle-même sédentaire, avec Njimi comme capitale permanente. (75)

La première mention du Kanem dans les textes date de 872 et de l'œuvre de l'historien et géographe arabe al-Yaqubi (dans son Kitab al-Buldan). Même si l'État put être formé un siècle plus tôt, cela confirme le processus politique décrit ci-dessus, car nous sommes informés que la population était encore à cette époque principalement composée de nomades qui vivaient dans des huttes de roseaux et qui n'avaient pas encore formé de campements permanents. On nous dit également que les rois de Kanem (appelés ici et dans d'autres sources arabes Zaghawa) régnaient également sur d'autres rois, probablement les tribus qu'ils avaient conquises dans la région située au nord et à l'est du lac Tchad. L'historien arabe al-Muhallabi, écrivant au 10ème siècle, note que le royaume comptait désormais deux villes et que sa richesse était attestée par la présence de grands troupeaux de bovins, de moutons, de chameaux et de chevaux.

Map of Ancient & Medieval Sub-Saharan African States
Carte des états africains subsahariens en Antiquité et au Moyen-Âge
Mark Cartwright (CC BY-NC-SA)

Les rois du Kanem

Depuis environ 1075, Kanem était gouverné par la dynastie Sefuwa sur une population dominée par les Kanouri. Le roi portait le titre de Maï. L'un des plus grands rois fut Maï Dounama Dibbalami (alias Dounama Ier, r. de 1221 à 1259 environ) qui étendit le royaume plus au nord et au nord-est dans le désert, en grande partie grâce à l'utilisation de la cavalerie. Les commandants militaires étaient récompensés pour leurs services par l'attribution du gouvernorat des régions conquises, et les mariages mixtes entre les maisons royales étaient une stratégie largement utilisée pour cimenter les nouveaux chefs dans le royaume du Kanem. Les tribus soumises étaient obligées de payer un tribut aux rois du Kanem, généralement sous forme d'esclaves.

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À la fin du 13e siècle, le royaume était à son apogée et contrôlait même la région du Fezzan.

À la fin du 13e siècle, le royaume était à son apogée et contrôlait même les oasis sahariennes vitales de la région du Fezzan, bien qu'il n'ait pu conserver un bien aussi convoité pendant plus d'un demi-siècle. Dounama Ier était également l'un des opposants les plus véhéments à l'ancienne religion païenne, le roi musulman ordonnant la destruction des objets et symboles s'y rapportant et imposant les caractéristiques de la loi islamique. Néanmoins, l'autorité des rois du kanem semble avoir été absolue et pas tout à fait en accord avec la version habituelle de l'islam, comme le rapporte l'auteur arabe Yaqut dans son "Dictionnaire des pays" (Kitab Mu'jam al-Buldan) du 13e siècle :

Ils exaltent leur roi et l'adorent à la place de Dieu. Ils s'imaginent qu'il ne mange pas de nourriture. Il y a des personnes qui se chargent secrètement de cette nourriture, et l'apportent à sa maison. On ne sait pas d'où elle est apportée. S'il arrive qu'un de ses sujets rencontre les chameaux transportant les provisions, il est tué sur le champ. Il boit son breuvage en présence de ses compagnons choisis... Leur religion est le culte de leurs rois, car ils croient qu'ils apportent la vie et la mort, la maladie et la santé.

(cité dans Fage, 681)

Adoption de l'islam

On ne sait pas exactement quand le royaume adopta l'islam et dans quelles circonstances, si ce n'est que ce ne fut probablement pas avant le début du 13e siècle qu'il fut largement pratiqué par l'ensemble de la population, car les sources arabes couvrant cette période indiquent spécifiquement que le royaume était encore païen. Le premier souverain du kanem connu en tant que musulman était, cependant, bien avant cela, un certain Hu (alias Hawwa, r. de 1067 à 1071) qui pourrait avoir été en fait une reine. Par la suite, de nombreux souverains du kanem se rendirent en pèlerinage sur les lieux saints de l'Islam en Afrique du Nord et en Arabie. En outre, un roi fonda une institution éducative musulmane (madrasa) à Fustat en Égypte en 1324.

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Trans-Saharan Camel Caravan
Caravane de camélidés transsaharienne
Holger Reineccius (CC BY-SA)

L'explication la plus probable de l'adoption de l'islam par les rois est que, comme dans d'autres États subsahariens, cela leur valut les faveurs des commerçants musulmans et une plus grande richesse avec laquelle ils pouvaient impressionner leur peuple et se maintenir au pouvoir. Il se peut également qu'une nouvelle dynastie ait été confortée dans ses revendications de légitimité en adoptant également une nouvelle religion. Les dates de l'adoption par les souverains et du passage à la dynastie des Sefuwa correspondent plus ou moins. Certes, des religieux musulmans voyageaient en tant que missionnaires - les premiers visitèrent le Kanem dès le 11e siècle - et l'explication commerciale ne donne donc pas une image complète de la propagation de cette religion. De plus, les missionnaires étaient bien accueillis, du moins selon les sources arabes, et recevaient souvent des cadeaux pour enseigner le Coran, tels que des chameaux, des esclaves et des pièces d'or et d'argent. Le Kanem était inhabituel dans la mesure où un grand nombre de la population ordinaire finit par adopter la religion de l'élite dirigeante, ce qui n'était pas le cas ailleurs.

Une plaque tournante de commerce

À partir de l'an 900, le royaume se trouvait au bout d'une route de caravanes de chameaux qui traversait le désert du Sahara et transportait des marchandises entre la Tripolitaine (Libye moderne) et le Caire, en Afrique du Nord, jusqu'en Afrique centrale. Cette route transsaharienne était l'une des meilleures car elle était bien desservie par les oasis qui parsèment régulièrement la région du Fezzan. Il existait également une route vers l'est et la vallée du Nil via les salines de Kawar. Le sel, le cuivre (également utilisé comme monnaie d'échange), l'étain (en provenance du Nigeria), le coton, les peaux, les noix de kola, l'ivoire, les plumes d'autruche, les chameaux et l'or transitaient par le royaume, tout comme les esclaves qui étaient activement saisis dans les chefferies voisines par les rois du Kanem, ou donnés en tribut comme mentionné ci-dessus. L'élite du Kanem dépensait ses richesses accumulées en produits de luxe importés tels que les tissus brodés, la soie, les bijoux et les armes en fer. Les biens matériels mais aussi les idées circulaient le long de ces routes commerciales, au premier rang desquelles, comme nous l'avons vu, l'Islam.

L'empire du Bornou

L'empire du Bornou fut fondé par un roi exilé du Kanem, Uma b. Idris, qui avait été obligé de fuir après la prise de contrôle de ce royaume entre 1390 et 1400 par les Bulala, un groupe mystérieux qui aurait pu être une seule tribu ou un seul clan de pasteurs. Les guerres civiles incessantes qui ravagèrent le Kanem, alors que la famille royale s'agrandissait et que les relations se disputaient le droit de régner, contribuèrent à la défaite contre les Bulala.

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La dynastie régnante du Kanem devint en fait les rois du Bornou, bien que la manière dont elle s'imposa au peuple autochtone So qui habitait les rives occidentales du lac Tchad ne soit pas claire. Le peuple So finit par assimiler la langue et la culture kanouri, et cette évolution ne fut pas sans avantages pour les rois du Kanem, car la région à l'ouest du lac Tchad était beaucoup plus riche en gisements de fer. L'empire Bornou, parfois appelé empire Kanem-Bornou ou empire Bornou, avait sa capitale à Gazargamo et se développa pour contrôler les deux rives du lac Tchad à partir du 16ème siècle en reprenant l'ancien territoire du Kanem. L'empire perdura jusqu'à la fin du 19ème siècle, date à laquelle il fut envahit par les Français qui cherchaient à construire une ligne horizontale de colonies à travers l'Afrique.

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth s'est consacrée à la traduction après avoir enseigné l'anglais au British Council de Milan. Elle parle couramment le français, l'anglais et l'italien et a 25 ans d'expérience dans le domaine de l'éducation. Elle aime voyager et découvrir l'histoire et le patrimoine d'autres cultures.

Auteur

Mark Cartwright
Mark est un auteur, chercheur, historien et éditeur à plein temps. Il s'intéresse particulièrement à l'art, à l'architecture et à la découverte des idées que toutes les civilisations peuvent nous offrir. Il est titulaire d'un master en philosophie politique et est le directeur d'édition de WHE.

Citer cette ressource

Style APA

Cartwright, M. (2019, avril 23). Royaume du Kanem [Kingdom of Kanem]. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-18122/royaume-du-kanem/

Style Chicago

Cartwright, Mark. "Royaume du Kanem." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. modifié le avril 23, 2019. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-18122/royaume-du-kanem/.

Style MLA

Cartwright, Mark. "Royaume du Kanem." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 23 avril 2019. Web. 01 oct. 2022.

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