Iphigénie à Aulis fut écrite par Euripide, le plus jeune et le plus populaire des trois grands tragédiens grecs. La pièce s'inspire du mythe bien connu du sacrifice d'Iphigénie, fille d'Agamemnon et de Clytemnestre. Les vents ayant été stoppés par la déesse Artémis, le sacrifice de la jeune fille sur l'autel de la déesse permettrait aux Grecs de naviguer vers Troie, de gagner la guerre de Troie et de récupérer Hélène, l'épouse de Ménélas. La tragédie fut écrite entre 408 et 406 avant J.-C. et produite après la mort du poète par son fils en 405 avant J.-C. Partie intégrante d'une trilogie, elle remporta la première place au concours des Dionysies à Athènes, ce qui ne fut que la cinquième première place du dramaturge.
Vie d'Euripide
On ne sait que très peu de choses sur la jeunesse d'Euripide. Né dans les années 480 avant J.-C. sur l'île de Salamine, près d'Athènes, dans une famille de prêtres héréditaires, il préférait mener une vie solitaire, seul avec ses livres. Certaines rumeurs, largement réfutées, prétendent même qu'il vivait reclus dans une grotte. Il était marié et avait trois fils, dont l'un, également prénommé Euripide, devint un dramaturge renommé. Contrairement à son contemporain Sophocle, Euripide ne joua qu'un rôle mineur, voire inexistant, dans la vie politique athénienne, à l'exception d'une brève mission diplomatique à Syracuse, en Sicile. Sur ses plus de 90 pièces, 19 ont survécu, ce qui est plus que n'importe lequel de ses contemporains. Le poète fit ses débuts au concours des Dionysies en 455 avant J.-C., mais ne remporta sa première victoire qu'en 441 avant J.-C. Malheureusement, sa participation à ces concours ne fut pas très fructueuse, puisqu'il ne remporta que quatre victoires au cours de sa vie.
Avec la guerre du Péloponnèse qui faisait rage, Euripide quitta Athènes en 408 avant J.-C. à l'invitation du roi Archélaos pour passer le reste de sa vie en Macédoine. Bien qu'il y ait écrit certaines de ses meilleures pièces, il quitta Athènes amer après avoir vu des dramaturges moins connus remporter le concours. Bien que souvent incompris de son vivant et n'ayant jamais reçu la reconnaissance qu'il méritait, il devint l'un des poètes les plus admirés quelques décennies plus tard et influencerait non seulement les dramaturges grecs, mais aussi romains.
Des années après la mort du dramaturge, le philosophe grec Aristote (384-322 av. J.-C.) le qualifia de plus tragique des poètes grecs. Sophocle admirait son collègue tragédien en disant qu'Euripide voyait les hommes tels qu'ils sont et non tels qu'ils devraient être. La classiciste Edith Hamilton, dans son livre The Greek Way, partageait cet avis lorsqu'elle écrivait qu'il était le plus triste de tous les grands, un poète du chagrin du monde. "Il ressent, comme aucun autre écrivain ne l'a fait, la misère de la vie humaine, comme celle des enfants qui souffrent impuissants de ce qu'ils ne connaissent pas et ne pourront jamais comprendre." (205) Elle ajoute qu'aucun poète n'était "aussi sensible que lui à la musique calme et triste de l'humanité, une mélodie peu écoutée par le monde d'autrefois" (205). Dans son livre Greek Drama, Moses Hadas a déclaré que le public en viendrait à apprécier son style et sa vision, considérant ses pièces comme plus bienveillantes que celles de ses contemporains. On dit que lorsque les Athéniens parlent du "poète", ils font référence à Euripide.
Bref résumé de la pièce
La pièce commence avec des navires et des soldats venus de toute la Grèce rassemblés dans le port d'Aulis en Béotie. Malheureusement, ils ne peuvent pas ou ne sont pas en mesure de naviguer car la déesse Artémis a stoppé les vents, pour une raison non précisée, Agamemnon l'aurait mise en colère. Un devin a dit au roi d'Argos que pour pouvoir naviguer vers Troie, il devait sacrifier sa fille aînée, Iphigénie. Alors que les armées grecques s'agitent, Agamemnon écrit à sa femme pour lui demander d'amener leur fille à Aulis afin qu'elle épouse le guerrier Achille. Cependant, après avoir repensé son plan, il envoie une deuxième lettre à Clytemnestre pour lui demander de ne pas venir. Son frère Ménélas s'interpose et la lettre n'est jamais reçue. Alors que les deux frères débattent de la question, la femme d'Agamemnon, sa fille et son fils en bas âge, Oreste, arrivent. Iphigénie est ravie à l'idée d'épouser Achille. Malheureusement, le héros grec ignore tout de ce mariage. Lorsque la vérité est enfin révélée à Clytemnestre, Achille et Iphigénie, ils confrontent Agamemnon. À l'extérieur de la tente du commandant, les troupes deviennent de plus en plus agitées - il y a même un risque de mutinerie parmi les propres troupes d'Achille. Achille se tient prêt à défendre sa future épouse. Consciente de la gravité de la situation, Iphigénie décide que la seule chose à faire est de se soumettre au sacrifice. Finalement, dans un rebondissement très étrange qui ne fait peut-être pas partie de la pièce originale, Clytemnestre, déchirée par le chagrin, apprend qu'avant que sa fille ne puisse être sacrifiée, Iphigénie disparaît et est remplacée par une biche.
Personnages
- Agamemnon, roi d'Argos et commandant
- Ménélas, frère d'Agamemnon
- Clytemnestre, épouse d'Agamemnon et mère d'Iphigénie
- Iphigénie
- Achille
- Oreste
- Chœur de femmes de Chalcis.
- et un guerrier grec, un serviteur, un nourrisson et un messager
La pièce
Agamemnon se tient nerveusement devant sa tente dans le camp grec à Aulis. Il raconte à son vieux serviteur comment il a rencontré et épousé sa femme Clytemnestre. Il se souvient comment son frère Ménélas a rencontré et épousé Hélène, la même Hélène qui s'est enfuie avec Pâris à Troie. Ménélas, "poussé par l'aiguillon du désir", cherchait désormais à se venger.
Aussitôt les Grecs se soulèvent, la lance à la main, revêtus de leurs armures, et ils arrivent à cette plage du détroit d'Aulis, avec un grand appareil de navires et de boucliers, de chevaux et de chars."
(G. Hinstin, Théâtre et fragments. Tome second. Paris, Hachette, 1923, sur Remacle)
Malheureusement, Artémis a stoppé les vents, empêchant les navires de prendre la mer. Calchas, le devin, a prophétisé que sa fille Iphigénie devait être "doit être immolée à Artémis, qui règne sur cette contrée : si nous offrons ce sacrifice à la déesse, nous obtiendrons un vent favorable et la ruine de Troie" (ibid)
Afin de sacrifier sa fille, Agamemnon doit d'abord l'attirer à Aulis. Il a envoyé une lettre à Clytemnestre lui demandant d'amener Iphigénie au camp, en lui promettant qu'elle épouserait le guerrier et héros grec Achille, ce dont Achille n'a absolument pas connaissance. Cependant, il a maintenant changé d'avis et prévoit d'envoyer une deuxième lettre pour l'empêcher de venir. S'adressant à son serviteur, il dit: "Mais, si j'ai pris alors une funeste résolution, revenu à de meilleurs sentiments, je la révoque dans ces tablettes que tu m'as vu ouvrir et refermer au milieu de la nuit". (ibid) Le vieux serviteur part pour apporter la lettre à la reine d'Argos, mais revient rapidement accompagné de Ménélas. Ménélas dit au serviteur: "Malheur à toi, si tu fais ce que tu ne dois pas faire!" (ibid) Il prend la lettre des mains du serviteur malgré les protestations du vieil homme. "Tu ne devais pas ouvrir les tablettes que je portais." (ibid)
À l'arrivée d'Agamemnon, le vieil homme s'éloigne précipitamment. Ménélas tend la lettre à son frère, menaçant de révéler son contenu à tout le monde. "J'attendais ta fille, partie d'Argos, et son arrivée au camp." (ibid) Il dit à son frère: "Souviens-toi du temps où tu aspirais à conduire les Grecs contre Troie, quand tu avais l'air de ne pas désirer cet honneur, et que, au fond de l'âme, tu en brûlais d'envie." (ibid) Il rappelle en outre à Agamemnon les prophéties du devin et comment il avait promis de tuer son enfant. Cependant, le roi a maintenant changé d'avis, permettant aux "méprisables Barbares" de s'échapper. Agamemnon, irrité, se défend en disant que Ménélas avait mal "gouverné" sa femme. "Et je porterais la peine de tes fautes, moi qui n'ai rien à me reprocher?" (ibid) Il ajoute: " ... Est-ce donc moi qui suis fou, parce que je suis revenu sur une funeste résolution, pour prendre un meilleur parti? ou bien toi, qui as perdu une femme perverse, et qui veux la reprendre..." (ibid)
Agamemnon tente d'expliquer son changement soudain d'avis. "...moi, nuit et jour, je me consumerais dans les larmes, pour avoir violé les lois divines et humaines envers mon propre sang." (ibid) Alors qu'un messager entre, Ménélas traite son frère de traître. Le messager informe Agamemnon et Ménélas que Clytemnestre, Iphigénie et le nourrisson Oreste sont arrivés au camp. Le roi d'Argos répond: "Hélas! que dire, infortuné? par où commencer?" (ibid) Son apparition ne peut que signifier un désastre. Agamemnon est au bord des larmes. "Ainsi, moi, j'ai honte de verser des larmes, et j'aurai honte aussi de ne pas pleurer, dans l'abîme de maux où je suis tombé" (ibid) Voyant cela, Ménélas lui dit: "Je rétracte tout ce que je viens de dire : je ne veux plus être si dur pour toi. J'entre maintenant dans tes sentiments : ne tue pas ta fille, ne la sacrifie pas à mes intérêts." (ibid) Mais dans une tournure bizarre des événements, Agamemnon remercie son frère, mais croit désormais qu'il doit tuer sa fille. Il évoque l'armée qui se tient dehors, attendant avec impatience de mettre les voiles vers Troie. Il craint que l'armée n'apprenne la prophétie et qu'il annule soudainement sa promesse. En représailles, ils pourraient facilement le tuer, lui et Ménélas, puis tuer la jeune fille. "... Voilà les maux qui m'accablent. Infortuné, quelle n'est pas ma détresse!" (116)
Clytemnestre, Iphigénie et Oreste apparaissent devant la tente. Agamemnon sort de l'intérieur, à la grande joie de sa jeune fille. Toujours convaincue qu'elle va épouser Achille, elle dit: "... tu as bien fait de m'appeler auprès de toi, ô mon père" (ibid) Agamemnon lui annonce une "longue séparation qui va nous séparer". (121) Il ajoute: "Un obstacle m'y retient encore, et empêche le départ de l'armée" (ibid) Il lui dit qu'elle doit partir pour une longue "traversée". Elle doit partir seule, sans sa mère ni son père. Après qu'elle lui eut souhaité un retour rapide de Troie, il lui dit qu'il doit d'abord faire un sacrifice. Alors qu'elle quitte la tente, il se met à pleurer.
Tout en continuant à faire croire à un mariage arrangé entre Iphigénie et Achille, Agamemnon parle à Clytemnestre d'Achille et de sa famille, Pélée et Thétis. " Voilà l'homme qui sera l'époux de ta fille" (ibid) Lorsque la reine d'Argos lui demande des détails sur le sacrifice à Artémis, le roi répond qu'il a fait tous les préparatifs nécessaires et qu'ensuite, le mariage aura lieu. Puis, il lui dit de retourner à Argos pour s'occuper de leurs plus jeunes filles. Elle refuse bien sûr. "Va commander au dehors; moi, je dirige la maison et ce qui convient au mariage de mes filles." (ibid)
Achille arrive à la tente à la recherche d'Agamemnon et parle des soldats anxieux qui attendent dehors: ils ont quitté leurs foyers et leurs familles et restent "immobiles sur ces bords", tout cela pour une passion qui s'est emparée de la Grèce. Clytemnestre sort de la tente et s'adresse à Achille en se présentant. Alors qu'il s'apprête à partir, elle évoque avec désinvolture ses fiançailles avec Iphigénie. Achille est choqué: il n'a jamais courtisé sa fille. Elle comprend immédiatement qu'ils ont tous deux été trompés. "On s'est peut-être raillé de nous deux" (ibid) Le vieux serviteur du roi entre et est acculé par la reine: il doit dire la vérité. "Ta fille... son père, son propre père, va la tuer de sa main" (ibid) Il parle de la prophétie de Calchas et explique qu'après le sacrifice, ils navigueront vers Troie afin que Ménélas puisse ramener Hélène. Le mariage était un mensonge. Elle a été amenée à Aulis "pour notre perte" en tant que sacrifice à Artémis. Il ajoute qu'il y avait une deuxième lettre lui demandant de rester à Argos, mais qu'elle a été interceptée par Ménélas. Achille est furieux. "J'entends que tu es bien malheureuse. Quant à l'injure qui m'est faite, je ne laisse pas de la ressentir." (ibid)
Clytemnestre lui demande de la protéger, elle et sa fille. "... viens en aide à une mère infortunée et à celle qui a été appelée ta femme, à tort, il est vrai et cependant elle a reçu ce nom." (ibid) Achille promet de la protéger et d'empêcher Iphigénie d'être tuée par son père. " ... Jmais Agamemnon m'a outragé" (ibid) Achille leur dit qu'ils doivent parler à Agamemnon et le persuader, mais Clytemnestre répond que son mari est un lâche et qu'il a peur de l'armée. Il lui conseille de parler seule à son mari. Après le départ d'Achille, la reine d'Argos rencontre son mari à l'extérieur de la tente. Elle appelle leur fille. Clytemnestre confronte Agamemnon à la vérité. "Cette enfant, qui est ta fille et la mienne, est-il vrai que tu veux la tuer?" (ibid) Il a été pris en flagrant délit de mensonge. Elle le met au défi: il tue leur fille uniquement pour que Ménélas récupère sa femme. Quand il rentrera de Troie, pourra-t-il embrasser ses enfants? Ne serait-ce pas un scandale? Iphigénie demande pourquoi Pâris doit être sa ruine. Agamemnon tente de se défendre: s'il ne tient pas compte de la prophétie, il ne pourra pas partir pour Troie. Les armées sont prêtes à partir. "ce n'est pas à sa volonté que je cède, mais à la Grèce... Autant qu'il dépend de toi, ma fille et de moi, il faut que la Grèce soit libre; il faut que des Grecs ne se laissent pas ravir leurs femmes par des Barbares."(ibid)
Achille s'approche de la tente et leur parle de l'armée anxieuse, une armée menée par Ulysse qui réclame son sacrifice. Il a même été menacé d'être lapidé, accusé d'être esclave du mariage. Cependant, il promet toujours de les protéger. Iphigénie ne sera pas tuée. Iphigénie console Achille, lui disant qu'il n'est pas responsable des actions de l'armée. Elle se tourne ensuite vers sa mère: "J'ai résolu de mourir: mais cette mort, je veux la rendre glorieuse, et bannir de mon coeur tous lâches sentiments." (ibid) Son sacrifice leur permettra de naviguer vers Troie et d'être victorieux. « ... si Artémis demande mon sang, ferai-je obstacle, moi simple mortelle, à la volonté d'une déesse? " (ibid) Achille parle de son esprit noble, mais souhaite tout de même empêcher son sacrifice. Clytemnestre se met à pleurer, mais Iphigénie dit qu'elle ne veut pas être pleurée; l'autel d'Artémis sera son monument. En partant, Iphigénie embrasse son petit frère. Enfin, elle défend son père, car il agissait contre sa volonté, pour le bien de la Grèce. Elle sort. À la fin de la pièce, le chœur parle de son courage alors qu'elle est conduite à l'autel.
Il existe une courte annexe à la pièce, une fin alternative, que beaucoup considèrent comme non authentique. Dans celle-ci, Iphigénie a été emmenée et un cerf l'a remplacée sur l'autel. Un messager dit à la reine:
ta fille sûrement s'est envolée au séjour des dieux. Calme donc ta douleur et tes ressentiments contre ton époux. C'est quand les mortels s'y attendent le moins que les dieux leur manifestent leur volonté, et sauvent ceux qu'ils aiment. (ibid)
Conclusion
Iphigénie à Aulis fait partie d'une trilogie écrite par Euripide. Considéré comme le plus triste des grands poètes grecs, Euripide quitta sa maison à Athènes pour vivre le reste de sa vie en Macédoine. Bien qu'elle ait remporté le premier prix en 405 avant J.-C. aux Dionysies d'Athènes, la victoire survint malheureusement après la mort du dramaturge en 405 avant J.-C. Méconnu de son vivant, il influencerait d'innombrables personnes longtemps après sa mort. Certains pensent que la pièce est restée inachevée ou qu'elle aurait été réécrite pour être achevée par quelqu'un d'autre, peut-être le fils d'Euripide. Curieusement, dans la fin originale de la pièce, Iphigénie est conduite vers son sacrifice sur l'autel d'Artémis; cependant, dans la nouvelle conclusion, Iphigénie est sauvée et remplacée sur l'autel par un cerf. Que la pièce telle qu'elle apparaît aujourd'hui soit ou non celle écrite par Euripide, elle fut l'une des plus populaires du poète. Il est triste qu'il n'ait pas pu vivre assez longtemps pour profiter des honneurs qui lui furent rendus.
