Le royaume de Goryeo (Koryo) régna sur la Corée antique de 918 à 1392, période durant laquelle les arts, la littérature et l'architecture connurent un essor considérable. L'un des fruits de cet éveil fut la production de textes bouddhistes enluminés et finement travaillés. Peints avec minutie par des moines bouddhistes, ces textes sacrés contribuaient à la diffusion du bouddhisme, tandis que leur production aidait les moines dans leur méditation et leur progression vers l'illumination.
Le bouddhisme apporta une contribution significative aux arts dans la Corée ancienne, de la sculpture à la poésie, mais l'une des activités les plus laborieuses et les plus méritoires était la copie à la main des sutras ou des sermons attribués au Bouddha. Les deux sutras les plus populaires étaient le Hwaomgyong ou Avatamsaka sutra et le Pophwagyong ou Lotus sutra. Ces écrits étaient si populaires qu'un scriptorium royal (Sagyongwon) fut créé au XIIe siècle pour répondre à la demande. Ici, non seulement des moines, mais aussi des calligraphes professionnels travaillaient à la production de ces textes religieux populaires. La production était encore florissante au début du XIVe siècle, lorsque le roi Chungnyeol (r. de 1274 à 1308) divisa la charge de travail en deux branches: le Kumjawon et l'Unjawon, respectivement les scriptoria des lettres d'or et d'argent.
Ces manuscrits enluminés ou sagyong formaient des rouleaux et des livres pliés. Cette forme d'art était également présente en Chine et au Japon, mais ceux produits sous la dynastie Goryeo sont particulièrement complexes et splendides, tant le bouddhisme était soutenu par l'État. Les manuscrits étaient rédigés par des moines scribes experts en calligraphie, qui tiraient un grand mérite pour leur travail d'aide à la diffusion des enseignements du Bouddha, tout comme la personne qui les avait commandés. Tous pouvaient espérer une vie future plus prometteuse grâce à leur engagement spirituel. Ils étaient écrits sur du hanji, un papier particulièrement fin fabriqué à partir de l'écorce interne du mûrier, considéré comme le papier de la plus haute qualité en Asie. Le papier était généralement teint en indigo foncé, mais on utilisait parfois du hanji blanc ou jaune pâle.
Le texte était écrit en caractères chinois (haeso), avec 15 à 17 caractères sur chaque ligne verticale. Des teintures vives étaient utilisées, et souvent même de l'argent et de l'or, en particulier sur le spectaculaire frontispice où figurait une grande image panoramique, généralement représentant Bouddha prêchant aux côtés de ses disciples au paradis. La scène est mise en valeur par de l'or disposé le long d'un fin fil de fer et bordée de symboles bouddhistes tels que la roue cakra (symbole de la loi bouddhiste) et le vajra (symbole du pouvoir des paroles de Bouddha).
Les couvertures avant et arrière étaient décorées de posang tangcho, de grandes fleurs appelées "visages précieux". Le titre du texte était inscrit dans un cadre rectangulaire sur un côté de la couverture avant, généralement en lettres dorées. Comme le texte contenait les paroles du Bouddha, le titre était entouré d'un mantra correspondant au caractère om, qui signifie "rugissement du lion", c'est-à-dire la voix du Bouddha. La première page du livre indiquait qui avait initialement traduit le texte sanskrit ou pali, et il y avait parfois aussi une inscription royale. La dernière page indiquait la date de rédaction, qui avait commandé le texte et pourquoi. Les motivations pour la composition allaient d'objectifs nobles et désespérés, tels que sauver la Corée de l'invasion, au salut personnel, au bien-être, ou même simplement pour gagner de l'argent. Le nom du moine qui avait réellement créé le texte n'était que rarement mentionné.
De nombreux sutras enluminés étaient soigneusement conservés dans des boîtes spécialement conçues en bois ou en bronze décoré, et certains étaient même placés dans des tombes ou enterrés au pied ou à l'intérieur de pagodes en pierre sur les sites des temples. Un exemple de ce dernier cas est la pagode en pierre de Kuhwangni, à Gyeongju, construite en 692 par le roi Hyoso de Silla. Un sutra enluminé y fut placé en 706 par le roi Seongdeok en mémoire de son prédécesseur et de la reine mère Sinmok.
Un grand nombre des manuscrits enluminés de Goryeo ont fini à l'étranger, car ils étaient très prisés par les Chinois, les Japonais et les Mongols. Lorsque le royaume était obligé de payer un tribut à la Chine, les manuscrits enluminés en faisaient souvent partie. Les moines eux-mêmes étaient parfois envoyés travailler à l'étranger, comme l'indique un passage de l'histoire officielle de Goryeo du XVe siècle, Goryeosa (Koryo sa):
En mars de la 16e année du règne du roi Chungnyeol (1290), l'empereur chinois ordonna la rédaction de sutras en or et en argent et sélectionna d'excellents moines scribes. Ainsi, 35 moines coréens furent envoyés à la cour des Yuan... En avril de la même année, 65 moines Koryo, rédacteurs de sutras, furent envoyés aux Yuan... (Portal, 88)
Au Japon, de nombreux sutras enluminés étaient conservés dans leurs propres temples bouddhistes. Le plus ancien exemplaire encore existant, datant de 1006, se trouve au Bunkacho à Tokyo. Outre ceux qui se trouvent en Corée, le British Museum de Londres possède un exemplaire particulièrement splendide du sutra d'Amitabha. La page de garde montre une scène panoramique où Bouddha et les bodhisattvas accueillent de nouvelles âmes au paradis. Elle est peinte en argent et en or et date de 1341, comme l'indique son inscription. Le texte précise également qu'elle fut écrite par un moine appelé Chonggo pour sa mère.
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