La Didachè: Document d'Instruction Morale et Liturgique

John S. Knox
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le
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Au cours des premières années du christianisme, de nombreux dirigeants ecclésiastiques ou "Pères" rédigèrent des exhortations et des instructions sur ce que signifiait être un disciple de Jésus, ainsi que sur les cérémonies liturgiques à suivre en tant que croyant dans ces premières communautés chrétiennes. L'un de ces pères apostoliques, dont l'identité est inconnue, rédigea un document intitulé "L'enseignement des (douze) apôtres", ou comme on l'appelle communément aujourd'hui, "La Didachè".

Didache
La Didachè Unknown (Public Domain)

Ce document, rédigé entre 70 et 150 après J.-C. en Syrie ou en Égypte, présente à ses lecteurs un message d'instruction concernant la liturgie, le comportement personnel, l'application eschatologique et la croyance. Les pratiques liturgiques ou cérémonielles courantes de l'Église y sont décrites en détail, tout comme les exhortations à la sainteté individuelle dans des circonstances spécifiques et courantes. En fin de compte, la Didachè synthétise ces deux facteurs (comportement en public et intégrité personnelle) et montre leur lien et leurs grands objectifs.

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Importance

L'influence et l'importance de ce document pour ses lecteurs d'origine et même pour les croyants chrétiens d'aujourd'hui sont impressionnantes. La Didachè présente des conseils clairs et concis sur la manière d'aborder les constructions pragmatiques de l'Église chrétienne. Cependant, elle parvient à fusionner habilement et avec succès la fonctionnalité du christianisme et son aspect spirituel. Johannes Quasten, dans sa série Patrologie, déclare: "Les érudits, constamment attirés par son précieux contenu, ont trouvé une inspiration et une illumination répétées dans ce petit livre" (30). Kurt Niederwimmer, dans The Didache: A Commentary on the Didache, écrit: "L'ensemble de la composition est sans prétention sur le plan littéraire, nourri par la pratique et destiné à une application immédiate" (3). De plus, dans The Apostolic Fathers, il proclame que la Didachè est "l'un des documents les plus fascinants mais aussi les plus déroutants issus de l'Église primitive" (Lightfoot et Harmer, 145).

Ainsi, l'importance de la Didachè ne doit pas être écartée simplement en raison de sa taille ou de son exclusion des Écritures. Comme beaucoup d'autres ouvrages théologiques écrits à l'époque, son utilisation a parfois été remise en question, et l'opinion générale qui s'est dégagée était qu'il ne s'agissait pas d'un texte canonique. Le théologien et moine Tyrannius Rufinus (alias Rufin d'Aquilée, 340-410 ap. J.-C.) fait spécifiquement référence à la Didachè et dit qu'elle aurait été "lue dans les Églises, mais non invoquée pour la confirmation de la doctrine" (Schaff, 558). Athanase d'Alexandrie (296-373 ap. J.-C.) affirme que ce document avait été "désigné par les Pères pour être lu par ceux qui viennent de nous rejoindre et qui souhaitent recevoir un enseignement sur la parole de Dieu" (Schaff, 552). Eusèbe Pamphile, dans son Histoire ecclésiastique, mentionne également que la Didachè ne fait pas partie du canon des Écritures. Ainsi, il permet au lecteur moderne de comprendre l'influence que cet ouvrage eut sur l'Église primitive malgré son absence d'autorité canonique. Il montre également que le christianisme, tout comme la foi juive, avait ses propres cérémonies religieuses uniques.

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Aspects liturgiques

La Didachè donne des indications sur le culte public dans l'Église et fournit à son lecteur des exemples clairs sur la manière dont certaines activités cérémonielles doivent être menées. Par exemple, son quatrième chapitre fait référence à la prière quotidienne et stipule: "Dans l'Église, tu confesseras tes transgressions, et tu ne t'approcheras pas de la prière avec une mauvaise conscience" (Lightfoot et Harmer, 152). Cela donne au lecteur un appel à la prière pragmatique mais toujours personnel. La communication avec Dieu est importante, mais un cœur pur est essentiel. Plus loin, dans le chapitre 8, le lecteur est exhorté à prier trois fois par jour, comme Jésus le fait dans Matthieu 6:9-13. Là encore, cette prière doit venir d'un cœur pur, exempt d'hypocrisie.

Le chapitre 9 de la Didachè propose trois prières différentes à utiliser spécifiquement pendant l'Eucharistie (ou Sainte Communion, comme on l'appelle aujourd'hui). Une prière est destinée à célébrer le calice de vin qui est le sang du Christ, une autre à célébrer le pain qui est le corps du Christ, et la dernière est une prière de gratitude pour la connaissance du Christ et pour le futur royaume de Dieu Tout-Puissant qui sera bientôt établi dans le monde.

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Outre des instructions spécifiques sur les prières à réciter pendant la communion, le lecteur de la Didachè reçoit également l'ordre suivant: "Que personne ne mange ou ne boive de votre Eucharistie, sauf ceux qui ont été baptisés au nom du Seigneur" (Lightfoot et Harmer, 154 ). Contrairement à certains services de communion "assouplis" célébrés aujourd'hui dans diverses communautés religieuses, la Didachè régit cette cérémonie avec des objectifs, des dispositions et des interdictions précis.

Qu'il s'agisse de l'Eucharistie, du baptême, du jeûne ou de la prière, la Didachè se révèle être un "manuel utile sur l'ordre et la pratique de l'Église".

Encore plus spécifique que l'Eucharistie, la Didachè présente des règles particulières concernant le baptême. Certains éléments doivent être présents pour que cet acte soit légitime pour l'Église chrétienne: une eau d'un type et d'une qualité spécifiques, une préparation personnelle sous forme de jeûne et d'instruction, et une formulation théologique correcte sur l'état du baptisé. Cela crée une formule baptismale qui est encore utilisée de nos jours, mais qui trouve son origine dans la foi juive. Cependant, comme le suggère Niederwimmer, "La Didachè ne s'intéresse bien sûr pas aux rites juifs de purification, mais au sacrement du baptême. [...] La tradition juive reste influente, mais en principe, elle a déjà été rompue" (153-154). La Didachè établit la distinction entre le baptême chrétien et les pratiques juives et met l'accent sur la spiritualité qui sous-tend cet acte.

La Didachè aborde également d'autres pratiques liturgiques diverses telles que la dîme, le jeûne, la fraternité, la charité et l'hospitalité. Pour chacune d'entre elles, une déclaration générale est faite sur ce qui doit être fait, puis l'auteur de la Didachè explique les raisons qui motivent ces pratiques. Par exemple, il conseille aux lecteurs de donner toutes les prémices aux prophètes ou aux pauvres, "conformément au commandement" (Lightfoot et Harmer, 157), et "Ne faites pas coïncider vos jeûnes avec ceux des hypocrites" (153), mais jeûnez plutôt le mercredi et le vendredi. De plus, les croyants doivent se réunir pour fraterniser et accomplir des actes de charité, "comme vous le trouvez dans l'Évangile de notre Seigneur" (157). En outre, ils doivent accueillir tout le monde, "conformément à la règle de l'Évangile" (145).

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Qu'il s'agisse de l'Eucharistie, du baptême, du jeûne ou de la prière, la Didachè se révèle être un "manuel utile sur l'ordre et la pratique de l'Église" (Lightfoot et Harmer 145). Elle propose un programme ou une ligne de conduite spécifique à suivre en tant que membre de l'Église dans le corps du Christ.

Instruction morale

La Didachè se concentre également sur les aspects de la moralité chrétienne et de l'intégrité personnelle et enseigne les deux voies que peut emprunter un membre de l'Église: l'une menant à la vie, l'autre à la mort. Fondamentalement, à l'époque de la Pax Romana, elle montre les véritables chemins et obstacles de l'éthique chrétienne.

S'inspirant largement des Écritures, ce document désigne Jésus et ses enseignements comme la référence en matière de vie sainte. Dans son premier chapitre, la Didachè promeut l'amour de Dieu et du prochain comme règle fondamentale de vie. Les membres de l'Église sont appelés à se renier eux-mêmes pour Dieu et l'humanité et à faire preuve d'altruisme sacrificiel. En outre, les membres de l'Église doivent vivre selon un certain nombre de règles morales, certaines tirées directement des Dix Commandements, mais d'autres (et cela montre peut-être l'influence romanisante de l'époque) traitant de la promiscuité sexuelle de la culture grecque ou romaine classique. Il est dit : "Tu ne corrompras pas les garçons" (Lightfoot et Harmer, 150). Ainsi, les commandements de la Didachè semblent être une déclinaison plus spécifique des deux grands commandements.

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Plus loin, au chapitre 3, la Didachè prône une vie pure et invite à "fuir tout mal et tout ce qui s'en approche" (Lightfoot et Harmer, 150). La Didachè ne se contente pas de promouvoir des pratiques ecclésiastiques spécifiques, elle cultive également les pratiques personnelles des membres de l'Église. À ce titre, la sainteté, la moralité et des normes éthiques élevées sont importantes. Bien que la majeure partie de la Didachè traite principalement des règles - personnelles et publiques - des premiers chrétiens, le chapitre 16 présente à ses lecteurs la nécessité et le but de ces attitudes et pratiques prescrites.

The Last Supper
La Cène Escarlati (Public Domain)

Il est essentiel de comprendre l'état d'esprit de l'Église chrétienne primitive. Il existait un "sentiment eschatologique d'imminence" (Werner, 22) selon lequel Jésus reviendrait pour établir son royaume. Il était donc essentiel que les premiers chrétiens mènent une vie sainte jusqu'à la fin, de peur de perdre le don de la vie éternelle que Dieu leur avait accordé par Jésus-Christ. L'auteur de la Didachè fait plusieurs références eschatologiques dans les prières proposées plus haut dans les chapitres 8 à 10, telles que "Que ton royaume vienne" (Lightfoot et Harmer, 153) et "afin que ton Église soit rassemblée" (154).

Ces déclarations sont un facteur fédérateur qui rassemble les nombreuses instructions de la Didachè sur les pratiques ecclésiales et la moralité personnelle. L'espoir eschatologique était que le retour du Christ allait se produire très rapidement, de sorte que les dirigeants de l'Église devaient maintenir un certain niveau de sainteté afin d'être trouvés irréprochables. Bien que cet espoir trouve son origine dans le Nouveau Testament, les Pères tels que Rufinus considéraient toujours la Didachè comme "non pas « canonique », mais « ecclésiastique »" (Schaff, 558). Son utilité en tant que manuel ecclésiastique sur les pratiques et le catéchuménat était importante, mais, d'un point de vue théologique, ses évaluations manquaient de la substance et de la profondeur spirituelle des autres livres du Nouveau Testament.

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Conclusion

La Didachè a fourni à l'Église primitive un manuel d'instructions sur la manière de traiter des questions très complexes, tant dans la sphère personnelle que publique. Sa brièveté ne doit en aucun cas diminuer son importance, car de nombreux autres ouvrages écrits plus tard par d'autres pères apostoliques mineurs semblent s'en être inspirés (la Didascalia syriaque, la Tradition apostolique d'Hippolyte de Rome et les Constitutions des Apôtres).

Ce que l'on peut supposer (avec une assez grande certitude), c'est que la Didachè a aidé un grand nombre de personnes dans l'Église primitive (et peut-être même aujourd'hui) à se concentrer, à travers la liturgie et la pratique morale, sur ce que signifie être chrétien. La foi n'était pas seulement un sentiment de spiritualité; elle exigeait beaucoup d'efforts et de respect dans son expression au sein de l'Église et dans le monde.

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Bibliographie

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth, responsable de Traduction, est diplômée en anglais et en français langue étrangère. Parlant couramment le français, l'anglais et l'italien, elle a enseigné l'anglais au British Council à Milan, en Italie.

Auteur

John S. Knox
Le Dr John S. Knox a enseigné la sociologie, l'histoire et la religion pendant près de 20 ans dans des universités chrétiennes du nord-ouest du Pacifique et de la côte est. Il est l'auteur de 10 livres à ce jour, ainsi que de nombreux articles scientifiques sur la sociologie, l'histoire et la religion.

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Knox, J. S. (2025, octobre 12). La Didachè: Document d'Instruction Morale et Liturgique. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-904/la-didache-document-dinstruction-morale-et-liturgi/

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Knox, John S.. "La Didachè: Document d'Instruction Morale et Liturgique." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, octobre 12, 2025. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-904/la-didache-document-dinstruction-morale-et-liturgi/.

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Knox, John S.. "La Didachè: Document d'Instruction Morale et Liturgique." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, 12 oct. 2025, https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-904/la-didache-document-dinstruction-morale-et-liturgi/.

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