Têtes Colossales Olmèques

Article

Mark Cartwright
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 21 mars 2014
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Disponible dans ces autres langues: anglais

Les colossales sculptures de têtes en pierre de la civilisation olmèque de la côte du Golfe du Mexique (1200 av. JC - 400 av. JC) comptent parmi les objets les plus mystérieux et les plus controversés du monde antique. La théorie la plus répandue est que, en raison de leurs caractéristiques physiques uniques et de la difficulté et du coût de leur création, elles représentent des souverains olmèques.

Olmec Colossal Head
Tête colossale olmèque
Mary Harrsch (Photographed at the de Young Museum of Fine Arts, San Francisco) (CC BY-NC-SA)

Dix-sept têtes ont été découvertes à ce jour, dont 10 proviennent de San Lorenzo et 4 de La Venta, deux des plus importants centres olmèques. Chaque tête fut sculptée dans un seul bloc de basalte qui, dans certains cas, fut transporté sur 100 km ou plus jusqu'à sa destination finale, vraisemblablement à l'aide d'énormes radeaux fluviaux en balsa lorsque cela était possible et de rouleaux de bois sur la terre ferme. La principale source de cette lourde pierre était Cerro de Cintepec dans les monts Tuxtlas. Les têtes peuvent atteindre près de 3 m de haut, 4,5 mètres de circonférence et un poids moyen d'environ 8 tonnes. Les têtes furent sculptées à l'aide de pierres dures tenues à la main et il est probable qu'elles aient été peintes avec des couleurs vives à l'origine. Le fait que ces sculptures géantes ne représentent que la tête peut s'expliquer par la croyance largement répandue dans la culture mésoaméricaine selon laquelle c'est la tête seule qui renferme les émotions, l'expérience et l'âme d'un individu.

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Les détails du visage étaient percés dans la pierre (à l'aide de roseaux et de sable mouillé) de sorte que les traits saillants tels que les yeux, la bouche et les narines aient une réelle profondeur. Certaines ont également des fossettes délibérément creusées sur les joues, le menton et les lèvres. Les têtes présentent toutes des traits faciaux uniques - souvent de manière très naturaliste et expressive - de sorte qu'elles peuvent être considérées comme des portraits de souverains réels. L'expert M.E. Miller identifie par exemple la tête colossale 5 comme un souverain de San Lorenzo du deuxième millénaire av. JC. Bien que la physionomie des sculptures ait donné lieu à des spéculations infondées sur un contact avec des civilisations africaines, en fait, les caractéristiques physiques communes aux têtes sont encore visibles aujourd'hui chez les habitants des villes mexicaines modernes de Tabasco et de Veracruz.

Olmec Colossal Stone Head, San Lorenzo
Tête colossale olmèque, San Lorenzo
Maribel Ponce Ixba (CC BY)

Le sujet porte souvent le casque de protection qui était porté par les Olmèques lors des batailles et pendant le jeu de balle mésoaméricain. Ces casques peuvent varier en termes de conception et de motif et parfois le sujet a également des pattes de jaguar suspendues sur le front, représentant peut-être une peau de jaguar portée comme symbole de pouvoir politique et religieux, une association courante dans de nombreuses cultures mésoaméricaines. La tête colossale 1 de La Venta, en revanche, présente d'énormes serres de rapace sculptées sur l'avant du casque.

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DE NOMBREUSES PIERRES SONT DIFFICILES À REPLACER DANS LEUR CONTEXTE D'ORIGINE CAR ELLES N'ONT PAS NÉCESSAIREMENT ÉTÉ TROUVÉES DANS LES POSITIONS OÙ LES OLMÈQUES LES AVAIENT PLACÉES À L'ORIGINE.

Certaines têtes sont également des redécoupages d'autres objets. Par exemple, la tête colossale 7 de San Lorenzo était à l'origine un trône et présente une profonde indentation sur un côté, et l'autel 5 de La Venta semble avoir été abandonné au milieu d'une telle conversion. Miller suggère que le trône d'un souverain spécifique a peut-être été converti en portrait colossal dans un acte de commémoration après la mort de ce souverain.

De nombreuses pierres sont difficiles à replacer dans leur contexte d'origine car elles n'ont pas nécessairement été trouvées dans les positions où les Olmèques les avaient placées à l'origine. En effet, Almere Read (41) suggère que les Olmèques eux-mêmes déplaçaient régulièrement les têtes à des fins rituelles différentes. Selon une autre théorie, les têtes étaient utilisées comme de puissants marqueurs de souveraineté et distribuées pour déclarer la domination politique de divers territoires. Il est intéressant de noter que les quatre têtes de La Venta furent peut-être positionnées à l'origine dans ce but, afin de servir de gardiens à l'enceinte sacrée de la ville. Trois d'entre elles étaient placées à l'extrémité nord du complexe et la dernière à l'extrémité sud, mais toutes étaient tournées vers l'extérieur, comme pour protéger l'enceinte. Ces têtes sont très similaires à celles de San Lorenzo mais présentent une différence régionale en ce qu'elles sont plus larges et plus trapues.

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Le fait que les autres têtes aient pu être découvertes hors de leur cadre d'origine est suggéré par le fait que très souvent elles montrent des signes de vandalisme délibéré et que la plupart furent enterrées quelque temps avant 900 av. JC dans ce qui semble avoir été une distanciation rituelle avec le passé délibérée. Cependant, il a également été suggéré que certaines têtes furent enterrées peu après leur production dans le cadre d'un processus de culte des ancêtres ou qu'elles furent défigurées et enterrées par des souverains ultérieurs pour légitimer leur prétention au pouvoir et exclure les lignées concurrentes. Il se pourrait également qu'elles aient été endommagées afin de neutraliser le pouvoir du souverain défunt. Quelle qu'en soit la raison, les têtes furent enterrées et oubliées pendant près de trois mille ans, jusqu'à ce que la première tête ne soit redécouverte en 1871, la dernière n'ayant été retrouvée qu'en 1994.

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth a enseigné l’anglais au British Council de Milan. Elle parle couramment le français, l’anglais et l’italien et a 25 ans d’expérience dans le domaine de l’éducation. Elle aime voyager et découvrir la langue, l’histoire et le patrimoine culturel des différents pays qu'elle visite.

Auteur

Mark Cartwright
Mark est un auteur d'articles historiques installé en Italie. Il s'intéresse plus particulièrement à la poterie, à l’architecture, aux mythologies du monde et à la découverte des idées partagées par toutes les civilisations. Il est titulaire d’un Master en philosophie politique et éditeur en chef de WHE.

Citer cette ressource

Style APA

Cartwright, M. (2014, mars 21). Têtes Colossales Olmèques [Olmec Colossal Stone Heads]. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-672/tetes-colossales-olmeques/

Style Chicago

Cartwright, Mark. "Têtes Colossales Olmèques." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. modifié le mars 21, 2014. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-672/tetes-colossales-olmeques/.

Style MLA

Cartwright, Mark. "Têtes Colossales Olmèques." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 21 mars 2014. Web. 02 juil. 2022.

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