Style et Différences Régionales des Minarets Seldjoukides en Perse

Fatema AlSulaiti
de , traduit par Logan Plessier
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Sous la domination seldjoukide, la Perse jouit d’une période de prospérité économique et culturelle. Les techniques innovantes, l’architecture et les arts de cette époque eurent une grande influence sur le développement artistique ultérieur. L’art seldjoukide est un mélange d’éléments persans, islamiques et d’Asie centrale (turciques), mais c’est avant tout la maçonnerie qui représente la caractéristique la plus éminente de la contribution seldjoukide à l’art et à l’architecture islamiques.

Les techniques de construction de la période seldjoukide

Lors de la période seldjoukide, même si la brique servit à construire de petites mosquées, des tours funéraires ou encore des minarets, la pierre demeura le matériau principal dans la construction d’édifices. Les briques servaient principalement de décoration sur la partie supérieure des plus grandes structures, et rarement à l’intérieur.

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Depuis le Xe siècle, l'usage de la brique à des fins décoratives se développa de deux façons distinctes. Dans un premier temps, certaines formes d’appareillages furent utilisées lors de la construction pour assurer un rôle structurel. Dans un deuxième temps, des revêtements de brique furent assemblés à partir d’éléments préfabriqués. La production et le choix des briques diffèrent grandement entre ces deux types de techniques. Cependant, elles ont en commun d'être contraintes par la géométrie. Avec les appareils, les briques de forme standard sont posées en suivant une forme géométrique modulaire, tandis qu’avec les revêtements, chaque brique est redécoupée en une nouvelle forme.

Minaret Top, Ali Mosque, Isfahan
Sommet du minaret, Mosquée d'Ali, Ispahan Bruce Allardice (used with permission) (Copyright)

Cet article est une analyse comparative des variations de styles des minarets de l’époque seldjoukide. Il propose des exemples observés à Ispahan et dans quatre autres régions iraniennes. Les questions suivantes ont servi de lignes directrices lors des recherches:

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  1. Comment l’époque seldjoukide a-t-elle contribué à l’architecture des minarets en Iran?
  2. Quelles sont les caractéristiques architecturales flagrantes des minarets d’Ispahan à l’époque seldjoukide?
  3. Quelles sont les différences et les similitudes stylistiques entre les minarets d’Ispahan et ceux d’autres régions d’Iran?

Le développement du style et de la conception des minarets seldjoukides eut un effet significatif sur l’architecture en Iran, à tel point qu’ils influencèrent plusieurs autres structures, comme les hautes tours élancées des mosquées destinées à l'adhan (appel à la prière). En Iran, les minarets appartiennent au paysage urbain et sont connus pour posséder un fût cylindrique en brique servant à indiquer la présence de mosquées ou d’autres édifices religieux à proximité.

LES SELDJOUKIDES ET LEURS SUCCESSEURS INTRODUISIRENT LES TOURS CYLINDRIQUES EN BRIQUE, AVEC LEUR FORME OCTOGONALE, DANS LES TERRES NOUVELLEMENT CONQUISES D’AFGHANISTAN, D’INDE, DE SYRIE ET D’ANATOLIE.

Bien que les minarets soient aujourd’hui une caractéristique commune de l’architecture religieuse iranienne, les premières mosquées en Iran possédaient des structures relativement basses. Les grands dômes et les iwans (portiques) couramment observés aujourd’hui ne furent institués que vers 1040-1157. La forme cylindrique caractéristique de la tour de mosquée se retrouvait à travers l’Iran, l’Irak et le Hedjaz bien avant que les Seldjoukides n’y arrivent en 1037. Par la suite, les Seldjoukides et leurs successeurs introduisirent la tour cylindrique en brique, parfois sur base octogonale, dans les terres nouvellement conquises d’Afghanistan, d’Inde, de Syrie et d’Anatolie.

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Le fait que tant d’édifices datant des XIe et XIIe siècles soient encore debout aujourd’hui en Iran indique que leur époque de construction fut prolifique, ce qui coïncide avec l’arrivée des Turcs seldjoukides. Leur arrivée signifia que ces hautes tours de briques n’avaient plus besoin d’être placées à côté de la mosquée. Ils commencèrent alors à les construire à côté d’autres types d’édifices religieux, et même parfois, de manière isolée.

Seuls quelques minarets datant de cette période servaient des fonctions non liturgiques. Certains, situés le long des routes principales ou à la lisière du désert (Khosrowjerd; Ziyar; Mil-e Naderi), agissaient comme des poteaux indicateurs. Comme de nombreux voyages en caravane se faisaient de nuit, une source de lumière au sommet d’un minaret permettait à l’édifice de servir de phare, comme c’était souvent le cas au Khorassan. Dans de rares cas, le minaret était construit au sommet d’une colline lorsqu’il n’y avait pas de place pour une mosquée.

Outre les contributions des Seldjoukides à la fonction et au style des minarets en Iran, ce sont eux qui eurent l’idée de commencer à les construire par paires. L'idée se développa davantage au XIIe siècle, lorsque des minarets jumelés furent utilisés pour conférer une importance supplémentaire au portail d'entrée des bâtiments (Nakhitchevan; Ardestan). Cette pratique fut révélée lors des fouilles d'avant-guerre dans la ville sassanide de Bichapour. Les minarets jumelés furent plus tard utilisés à l'intérieur des mosquées pour encadrer l'entrée du sanctuaire ainsi que pour indiquer la direction de la prière (qibla).

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Lorsque le minaret était construit en tant que composante intégrale de la mosquée, son entrée ne se situait pas au niveau du sol mais se faisait depuis le toit de l'édifice. Nous pouvons le déduire aujourd'hui par les portes existantes, situées haut sur le fût de ce qui sont désormais des minarets autoportants.

Études de cas des minarets seldjoukides à Ispahan:

Ce qui suit est une étude de la littérature sur certains des minarets importants d’Ispahan durant l'époque seldjoukide, accompagnée d'une analyse approfondie de leur conception architecturale et de leur style.

  • Minaret de Barsian, Mosquée du Vendredi, 1097-1098 - Ispahan

Le minaret présente un fût cylindrique à la décoration minimale, composé d'une base simple et d'un noyau allongé. Un double collier ceint le sommet, juste au-dessous d'une couronne en léger encorbellement. La visibilité des trous de boulin permet de conclure que ce minaret en briques cuites fut érigé à l'aide d'échafaudages extérieurs. Les briques de parement, loin d'être un simple revêtement, furent liées au mur porteur. Comme le montre le plan, l'appareil du fût affiche une légère torsion dans le sens des aiguilles d'une montre. Quant au plafond, il forme un linteau déformé composé d'assises de briques rayonnantes en encorbellement.

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Rattaché à une mosquée, l'édifice s'effile légèrement mais reste sobrement orné, à l'exception d'un étage sculpté au sommet. Cette décoration très simple, dépourvue d'inscriptions, de carreaux ou de stuc sculpté, contraste avec les minarets seldjoukides habituellement plus fastueux. Myron Smith décrit l'ouvrage comme un fût cylindrique sans presque aucune ornementation, doté d'une base simple, d'une zone principale prolongée et d'un double collier sous une couronne en léger encorbellement. Ce minaret de briques cuites fut construit à l’aide d’échafaudages extérieurs.

  • Minaret des Quarante Filles, 1107 - Ispahan

Le minaret des Quarante Filles se dresse dans une petite ruelle au sein du dédale de rues de l’ancien quartier de Joubareh à Ispahan. Tout comme les nombreuses tours funéraires d'Iran, il s'impose dans un majestueux isolement, ne faisant partie d'aucun complexe immobilier existant. Le minaret des Quarante Filles d'Ispahan fut construit en 1107-1108 par Abi al-Fath Nahouji, tout comme son homonyme à Damghan (1054-1056).

Haut de 21 mètres, l'édifice se compose principalement d'un socle carré simple, d'un octogone intermédiaire et d'un fût circulaire arborant des sections horizontales variables de motifs de briques ainsi qu'une bande de corniche ornementale. Une fenêtre rectangulaire surmontée d'un arc, qui pouvait servir à l'appel à la prière, vient alléger la section supérieure du fût. L'appareillage de briques typique, aux larges joints montants qui alternent entre des bandes d'étoiles à six branches, des octogones et des motifs en losange, est rehaussé par des panneaux de carreaux en terre cuite décoratifs portant des inscriptions en coufique.

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Ce minaret autoportant possède trois fûts circulaires. Outre les motifs géométriques et les panneaux calligraphiés, ce sont les motifs de briques en bandes entourant le fût circulaire qui distinguent son ornementation. Si le minaret des Quarante Filles ressemble au minaret de Barsian par l'usage du fût circulaire et des motifs géométriques, ce dernier se caractérise par l'emploi de doubles bandes au sommet, tandis que celles du premier ornent le fût lui-même.

Sarban Minaret, Isfahan
Minaret Sarban, Ispahan George potter (used with permission) (Copyright)
  • Minaret Sarban, 1130-1155 - Ispahan

Le minaret Sarban, ou "minaret du chamelier", se situe à quelques centaines de mètres du minaret des Quarante Filles dans l’ancien quartier de Joubareh. Tous deux constituent d'excellents exemples de minarets en briques autoportants de la période seldjoukide du centre de l'Iran au XIIe siècle. Le minaret Sarban culmine à 48 mètres, soit plus du double de la hauteur de celui des Quarante Filles, bien qu'il fût construit environ deux décennies plus tard. En l'absence d'inscriptions ou de registres attribuant l'édifice à un mécène particulier, les historiens de l'architecture supposent qu'il appartenait à l'origine à un complexe de mosquée aujourd'hui disparu.

Le fût cylindrique du minaret Sarban (1130-1155) s'orne de motifs de briques variés et d'incrustations de faïence. La structure comprend principalement une base de briques simple et des étages de fûts cylindriques effilés, alternant bandes de briques décoratives et carreaux bleus aux motifs géométriques, ainsi que deux ceintures d'ornements en stalactites (muqarnas). Les bandes horizontales entre les deux corniches présentent des inscriptions en coufique rectangulaire dans le style banna'i, ou des motifs géométriques complexes mêlant hexagones, octogones et losanges. Des carreaux en lapis-lazuli décorent les corniches, tandis que d'élégants muqarnas de briques soutiennent une petite plate-forme accessible via un escalier en colimaçon à l’intérieur du minaret. L'inclinaison visible vers l'ouest et les dommages subis par les corniches délicates soulèvent aujourd'hui des inquiétudes quant à sa préservation.

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  • Minaret de la Mosquée du Vendredi de Sin, 1131 - Ispahan

Accolé à la mosquée, le haut minaret de Sin repose sur une base carrée dont l'un des angles, chanfreiné, soutient un grand socle octogonal effilé d'où s'élance un fût rond, lui aussi conique. À mi-hauteur de ce fût, côté qibla, s'ouvre une grande fenêtre octogonale orientée vers le sud-est, qu'une seconde entrée surmonte légèrement. La technique de construction y est identique à celle observée sur le minaret de Gar. Si le fût a flambé en raison d'un tassement au niveau de la fenêtre, la structure demeure en bon état.

Au sommet de la base carrée, côté sud-est, un panneau en mosaïque de briques préfabriquées présente quatre lignes de coufique simple. Le fût arbore une longue zone ornementale où des briques couchées aux larges joints montants, inclinées en spirales croisées, dessinent des carrés à 45 degrés aux centres accentués. Bien que le sommet soit endommagé, il subsiste un bandeau d'inscription en coufique simple, réalisé en mosaïque de faïence turquoise, la glaçure ne couvrant que la face externe des caractères en brique.

Doté d'une base octogonale et d'un fût circulaire légèrement effilé, l'édifice présente des motifs de briques géométriques carrés, tandis qu'une bande d'inscription coufique en carreaux bleu clair orne sa partie supérieure. Bien que la forme du fût rappelle celle du minaret de la Mosquée du Vendredi de Saveh, ce dernier se pare de bandes en terre cuite alors que celui de Sin privilégie les motifs de briques.

Gar Minaret, Isfahan
Minaret de Gar, Ispahan Alireza Damadzadeh (CC BY-NC-SA)
  • Minaret de Gar, 1121-1122 - Gar, Ispahan

Selon D. N. Wilber, le minaret de Gar constitue un fût isolé et tronqué en briques rondes, posé sur un socle octogonal. Les fondations en moellons, exposées sur deux mètres, sont liées par un mortier friable composé de sable, de galets, de chaux et de cendres. Le socle légèrement effilé s'élève à 4,8 mètres. Il est possible d’accéder à l'escalier standard par la face sud-est du socle, juste au-dessus du niveau du sol d'origine. Le fût arrondi mesure 5,5 mètres de diamètre à sa base pour se réduire à 4,7 mètres au sommet ; quant à l’enveloppe, elle conserve une épaisseur de 0,74 mètre. L'ensemble du socle et du fût en briques atteint aujourd'hui 21 mètres de haut. Juste sous le sommet, orientée vers la qibla, une grande fenêtre s'ouvre sur un petit balcon (mis en évidence sur le plan) soutenu par une console incurvée. Son élévation forme une niche au profil en arc brisé, dépourvue de faïence, à base de plâtre et de sable.

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Concernant la décoration décrite par Hillenbrand, les quatre faces supérieures du socle présentent, en partant de l'est vers le nord, une ligne d'inscription en coufique simple en mosaïque de briques. Sous cette inscription, sur deux faces du socle, de larges joints de briques montants intègrent des bouchons de plâtre ouvragés, en retrait de 0,005 mètre. Inclinés, ils forment une bande diagonale à 45 degrés de naskh rectangulaire (type de calligraphie arabe). Les côtés restants du socle sont parementés de briques simples soigneusement liées, posées avec de minuscules joints montants, tandis que les briques d'angle sont taillées avec précision. Le fût se pare, en une seule section, d'un revêtement de briques posées en bande à 45 degrés de naskh rectangulaire, le dessin étant formé par l'élargissement des joints montants.

Les photographies révèlent un fût octogonal effilé surmonté d'une section circulaire. Tous deux arborent des inscriptions en coufique carré dans les motifs de briques. Une bande d'inscription coufique couronne le fût octogonal. Cette partie inférieure octogonale s'apparente à celle du minaret de Kerat au Khorassan et à celle de la Mosquée du Vendredi de Golpayegan, bien que cette caractéristique demeure peu commune dans la région d'Ispahan.

Minaret, Ali Mosque, Isfahan
Minaret de la Mosquée Ali, Ispahan Bruce Allardice (used with permission) (Copyright)
  • Minaret de la Mosquée Ali, 1118-1157 - Ispahan

Ce minaret seldjoukide, entièrement bâti de briques, s'élève immédiatement à droite du portail de la mosquée. Haut d'environ 48 mètres, il présente un fût cylindrique effilé, interrompu par deux balcons. Sous ces balcons, le fût s'orne d'un motif d'étoiles entrelacées en creux, qui se transforme en un motif de losanges plus fin dans la moitié supérieure. Le minaret comporte quatre bandes d'inscriptions en coufique, dont trois rehaussées de tuiles vernissées.

Ce long minaret circulaire et effilé possède deux corniches sommitales agrémentées de tuiles bleues et d'une bande d'inscription en brique sculptée juste en dessous. Son élégance et son fût allongé rappellent le minaret de Sarban et ses deux corniches circulaires au sommet, bien que la corniche de Sarban soit plus grande et décorée de muqarnas.

Études de cas des minarets seldjoukides dans d'autres régions iraniennes

Voici quatre cas de minarets choisis au hasard dans différentes régions iraniennes (Khorassan, Mazandaran, Boukhara et Shahrestan) à des fins d'analyse comparative.

Kirat Minaret, Isfahan
Minaret de Kerat, Ispahan Fatema AlSulaiti (Copyright)
  • Minaret de Kerat, XIe siècle - Khorassan

    Ce minaret autoportant constitue un bel exemple de la tradition architecturale du Khorassan. Il possède une base octogonale élevée qui soutenait à l'origine un balcon détaché du fût. Si le fût est sans ornement et penche sensiblement vers le nord, sa base octogonale présente plusieurs bandes à motifs similaires à ceux observés dans les minarets plus anciens de la région. Des colonnes de briques en encorbellement soutenaient le balcon avec une voûte à muqarnas, renforcée par des poutres en bois. Un certain nombre de motifs comportaient un remplissage en stuc, technique courante à l'époque seldjoukide, mais dont il ne reste que peu de traces aujourd'hui. Malgré son isolement actuel, l'existence d'un balcon indique qu'un appel à la prière était donné depuis le minaret. Sa situation sur la crête d'une colline pourrait toutefois indiquer qu'il servait également de signal et de tour de guet pour guider les caravanes voyageant de nuit et avertir des dangers imminents.

    Le minaret de Kerat est autoportant et doté de deux fûts: l'inférieur est octogonal, le second cylindrique. Un balcon sépare les deux sections ; la partie inférieure octogonale est richement décorée de panneaux et probablement de stuc, tandis que le fût cylindrique reste simple. Comparé aux autres minarets seldjoukides, celui-ci présente des décorations relativement simples, avec seulement quelques muqarnas sur le balcon, et ne possède ni inscriptions, ni tuiles, ni stuc sculpté.

    Comme l'a observé Shila Blair, ce minaret isolé illustre parfaitement l'architecture typique du Khorassan. Sa base octogonale élevée soutenait à l'origine un balcon accessible depuis le fût cylindrique. Bien que le fût soit uni, plusieurs bandes à motifs décorent la base. Des colonnes de briques en encorbellement soutiennent le balcon orné de voûtes à muqarnas, renforcées par des poutres en bois. Un certain nombre de motifs comportaient un remplissage en stuc, une technique courante à l'époque seldjoukide, mais dont il ne reste que peu de traces aujourd'hui.
  • Minaret de la Mosquée du Vendredi de Golpayegan, 1105-1118 - Golpayegan, Ispahan

La Mosquée du Vendredi de Golpayegan fut construite par le sultan seldjoukide Muhammad Tapar (1105-1118), fils de Malik Shah Ier. Seule la chambre du dôme subsiste de la mosquée seldjoukide originale, qui fut intégrée dans une mosquée monumentale à quatre iwans durant la période qadjare.

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L'unique minaret de la mosquée se situe hors de l'enceinte, derrière le mur de la qibla, et date également de la période seldjoukide. La base octogonale du minaret est reliée à un haut fût cylindrique, surmonté d'une étroite tourelle décentrée. La base est sculptée de niches peu profondes sur chaque côté. Des motifs de briques simples ornent le fût, décoré au sommet par des tuiles turquoises.

Le minaret possède deux fûts: un octogonal inférieur et un fût cylindrique plus long. Une tourelle coiffe l'ensemble et la base octogonale est entourée de niches sculptées. Au sommet du fût circulaire, une arcature aveugle décore les tuiles bleues. Ce minaret ressemble à celui de Kerat avec ses deux fûts de formes différentes, une conception qui remonte au-delà de la période seldjoukide, jusqu'à la période abbasside.

Minaret of Saveh, Iran
Minaret de Saveh, Iran P & J.Grimshaw (used with permission) (Copyright)
  • Minaret de la Mosquée du Vendredi de Saveh, 1110 - Saveh, Iran

Grâce à son élégante structure et sa décoration complexe, il s'agit du plus beau vestige de minaret seldjoukide en Iran. Il porte un certain nombre de bandes à motifs ainsi que des inscriptions en écritures coufique et naskh. Si la section inférieure du minaret a été restaurée, la section supérieure, y compris les supports de balcon, a disparu depuis longtemps. La décoration restante du fût s'organise en trois zones principales, divisées par des inscriptions elles-mêmes séparées par une série de délicates bandes de garde en terre cuite sculptée et moulée. Les éléments des bandes d'inscription sont entrecoupés de nombreux bouchons de stuc, dont beaucoup portent le nom d'Allah gravé.

Vabkent Minaret
Minaret de Vobkent Alaexis (CC BY-SA)
  • Minaret de Vobkent, 1196-1197 - Boukhara

Le minaret de Vobkent s'élève aujourd'hui à 38,7 mètres au-dessus du sol, son fût fortement effilé dominant la petite ville environnante. Près de quatre mètres séparent ce minaret de la mosquée. L'inscription de Vobkent présente une certaine altération artistique dans ses proportions, soulignée par une exagération de la hauteur des hampes. Du stuc décore les deux rangées inférieures de stalactites. Le motif au sommet de la rangée inférieure semble avoir consisté en éléments végétaux symétriques, tandis que la rangée supérieure de stalactites ne montre aucun signe de décoration en stuc. La lanterne de Vobkent et Boukhara fait partie de la structure originale.

L'inscription sur le fût effilé du minaret de Vobkent est singulière pour un style coufique avec ses alifs et lams élevés. Les photos confirment les observations de Bernard O'Kane sur les inscriptions de Vobkent, qui présentent certaines caractéristiques accentuées par la hauteur exagérée des hampes. Des stalactites en stuc décorent les deux rangées inférieures, dont le sommet est orné d'éléments végétaux symétriques. Les panneaux entre les rangées n'ont pas de stalactites. De plus, la lanterne élaborée que l'on trouve ici est unique : aucune autre lanterne de minaret iranien ne lui est comparable.

Les minarets de Vobkent et de Sarban partagent certaines caractéristiques : tous deux sont des minarets autoportants avec des fûts circulaires effilés. Les muqarnas ornés produisent une impression similaire à celle que l'on ressent en observant la lanterne du minaret de Vobkent à Boukhara.

Résultats de la comparaison entre les minarets d'Ispahan et ceux des quatre autres régions iraniennes

Les minarets d'Ispahan servent aussi bien des objectifs liturgiques que non liturgiques. Le minaret de Barsian, celui de la mosquée détruite de Sarban, celui de la Mosquée du Vendredi à Sin et le minaret de la Mosquée d'Ali sont tous des exemples de minarets à fonction liturgique. Le fait que ces minarets soient rattachés à une mosquée est un signe clair de leur usage comme édifice religieux servant à chanter l'appel à la prière (adhan). En revanche, les minarets des Quarante Filles et de Gar ont des objectifs séculiers, fonctionnant comme des phares pour guider les voyageurs.

Les fûts des minarets d'Ispahan à l'époque seldjoukide sont généralement construits en briques cuites. Ils reposent sur une base circulaire, comme c'est le cas pour le minaret de Sarban et celui de la Mosquée du Vendredi à Barsian. Cependant, le minaret des Quarante Filles possède une base carrée, tandis que les minarets de Gar et de la Mosquée du Vendredi à Sin ont des bases octogonales. De plus, des moellons sont utilisés pour la construction de certaines bases.

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Tous les minarets d'Ispahan ne possèdent pas de couronnes décoratives. Par exemple, le minaret Sarban a une couronne avec des muqarnas en dessous et le minaret de la Mosquée d'Ali a deux balcons couronnant le fût. En dessous de ces couronnes, il est possible de voir des bandes avec des inscriptions. D'un autre côté, les minarets sans couronnes ont seulement des bandes avec des formes géométriques faites de briques (comme le minaret de Barsian), ou des inscriptions en terre cuite (Quarante Filles) ou en tuile (Sin). Ces inscriptions sont principalement en coufique ou à la fois en coufique et en naskh, comme pour le minaret de Gar.

Le fût est décoré de larges bandes horizontales d'ornementation géométrique, souvent séparées par des bandes et des inscriptions, qui déploient tout l'éventail des talents des maçons en termes de non-linéarité et d'hétérogénéité, comme dans les minarets de Sarban et celui des Quarante Filles. Par la suite, ce type de minaret se para de tuiles vernissées colorées au-dessus de la brique moulée, comme on le voit sur le minaret de Sin.

Le fût de tous les minarets est circulaire et effilé pour rendre la structure plus solide et stable malgré sa hauteur, qui varie entre 21 mètres (Gar) et 48 mètres (Sarban et Mosquée d'Ali). Les motifs de briques sont utilisés à des fins décoratives tout en fournissant un support structurel. Les briques sont ici placées en formes géométriques comme sur les minarets de Gar, des Quarante Filles, de Sin, Sarban et de la Mosquée d'Ali. Ces trois derniers se distinguent par leurs tuiles vernissées bleues.

Dans les quatre régions iraniennes du Khorassan, Mazandaran, Boukhara et Shahrestan, les minarets partagent certaines similitudes tout en étant substantiellement différents de ceux d'Ispahan. Les minarets de ces quatre groupes, tout comme ceux d'Ispahan, servent des fonctions à la fois liturgiques et séculières. C'est le cas par exemple du minaret de Golpayegan au Shahrestan. Les minarets de Saveh au Mazandaran et de Vobkent à Boukhara sont séculiers, et servent de phares. Cependant, contrairement aux minarets d'Ispahan, il existe un exemple de minaret à double usage. Bien que le minaret de Kerat au Khorassan ne soit pas rattaché à une mosquée, son balcon indique qu'il était utilisé pour l'appel à la prière. Construit sur une colline, il servait probablement aussi de phare pour guider les voyageurs.

Dans les quatre régions, les minarets furent construits avec des briques cuites. Cependant, le bois fut utilisé pour renforcer le balcon de minarets comme celui de Kerat ou pour décorer celui de Golpayegan.

Des styles de décoration sophistiqués et fastueux, comme ceux révélés dans les minarets de Vobkent et Saveh, sont utilisés plus souvent dans les minarets des quatre régions qu'à Ispahan. Le minaret de Vobkent se caractérise par une lanterne à son sommet, ornée de muqarnas très sophistiqués en haut et en bas. De plus, ce minaret se distingue par d'étroites bandes d'inscriptions végétales symétriques tout au long du fût. Le minaret de Saveh présente quant à lui trois zones de décoration, séparées par des bandes d'inscription en coufique et naskh. Certains fûts ont une arcature aveugle au sommet, comme c'est le cas pour le minaret de Golpayegan.

Alors que le minaret de Saveh est décoré avec de la terre cuite, l'échantillon analysé des autres minarets à Ispahan montre l'usage de tuiles comme élément décoratif. Cependant, les minarets d'Ispahan et ceux des quatre régions mentionnées partagent la même forme de base, qui est soit circulaire (Vobkent et Saveh), soit octogonale (Kerat et Golpayegan). Habituellement, les minarets à Ispahan et dans les quatre régions ont tous de courts fûts inférieurs octogonaux, à l'exception de celui de Kerat. Dans ce dernier, le fût est divisé en deux parties: l'inférieure, avec une haute base octogonale, et la supérieure, avec un fût circulaire séparé par un balcon au milieu.

En définitive, les minarets d'Ispahan sont d'excellents exemples à examiner pour comprendre le style et la fonction typiques des minarets créés durant la période seldjoukide. Les minarets à Ispahan furent construits pour servir des objectifs tant religieux que séculiers, généralement avec des briques cuites et une ornementation minimale. Cependant, dans les quatre autres régions iraniennes, l'usage du bois ajouta à la fois de la force et un plus grand éclat pour une décoration fastueuse. Ces deux caractéristiques, le bois et l'ornementation, constituent les différences les plus flagrantes entre les minarets des quatre régions et ceux d'Ispahan. Toutefois, tous les minarets firent bon usage des techniques de construction solides des Seldjoukides, ce qui les a protégés des éléments pendant des siècles après leur construction.

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1 Hutt, & L. Harrow, Islamic Architecture (London:1978) color plate 6 and 7.

2 D. N. Wilber, The Architecture of Islamic Iran: Ilkhanid period (Princeton: 1969) 47.

3 Ibid

4 J.Bloom, Minaret Symbol of Islam (Oxford:1989) 157.

5 M. Smith, “Material for a Corpus of Early Iranian Islamic Architecture. ii. The Manārs and Masjed, Barsian (Isfahān),” Ars Islamica 1 (1936): 1-40.

6 A.Daneshvari, A Stylistic and Iconographic Study of the Persian Tomb Towers of the Seljuk Period (University of California 1977).

7 W. Blunt, 1966. Isfahan: Pearl of Persia (New York: 1966) 41.

8 R. Hillenbrand, Islamic Architecture (Cairo: 2000) 154.

9 O. Grabar, The Great Mosque of Isfahan (New York: 1990).

10 H. G. Ali. Mimari-i Islami-i Iran dar dawrah-i Saljuqian (Tehran: 2000) 107.

11 D. Wilber Donald , The Architecture of Islamic Iran: The Il-Khanid Period (New York: 1955) 119-120.

12 R. Hillenbrand, Islamic Art and Architecture (Cairo:2000)105-108.

13 W. Blunt, Isfahan: Pearl of Asia (London: 1966) 114.

14 R. Hillerbrand, Islamic Art and Architecture (Cairo:2000) 105-108.

15 S.Blair and J. Bloom, The Art and Architecture of Islam (Yale :1994).

16 G. Michell, Architecture of Islamic World (London:1978).

17 B. O'Kane, Studies in Persian Art and Architecture (Cairo:1995) 33-34.

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Bibliographie

  • Abbas Daneshvari. "A Stylistic and Iconographic Study of the Persian Tomb Towers of the Seljuk Period." Unpublished thesis completed at the University of California, 1977.
  • Bernard O’Kane. Studies in Persian Art and Architecture, Manar of Vabkent. Cairo, 1995, 33-34.
  • D. N. Wilber. The Architecture of Islamic Iran: Ilkhanid period. Princeton, 1696, 47.

Traducteur

Logan Plessier
Étudiant en M2 Traduction Spécialisée Multilingue et diplômé d'une double licence en LEA et LLCER, j'ai effectué un stage de 5 mois en traduction à l'EDQM. Auteur de publications sur le multilinguisme dans l'UE.

Citer cette ressource

Style APA

AlSulaiti, F. (2026, janvier 12). Style et Différences Régionales des Minarets Seldjoukides en Perse. (L. Plessier, Traducteur). World History Encyclopedia. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-484/style-et-differences-regionales-des-minarets-seldj/

Style Chicago

AlSulaiti, Fatema. "Style et Différences Régionales des Minarets Seldjoukides en Perse." Traduit par Logan Plessier. World History Encyclopedia, janvier 12, 2026. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-484/style-et-differences-regionales-des-minarets-seldj/.

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AlSulaiti, Fatema. "Style et Différences Régionales des Minarets Seldjoukides en Perse." Traduit par Logan Plessier. World History Encyclopedia, 12 janv. 2026, https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-484/style-et-differences-regionales-des-minarets-seldj/.

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