Tout commença lorsqu'un fermier tira sur une "chose" dans un champ. Ou peut-être que tout commença par une dispute avec un voisin. Ou peut-être que cela ne s'est jamais produit. Quelle que soit son origine, la légende de la sorcière des Bell est un conte populaire aux États-Unis depuis le milieu du XIXe siècle, et aujourd'hui, elle attire un public international. Le long métrage An American Haunting (2005), bien que critiqué par la presse, a tout de même réalisé un score respectable au box-office. Le film était basé sur le roman The Bell Witch: An American Haunting (2000) de Brent Monahan, qui reçut un bon accueil de la part des lecteurs.
Ce ne sont là que deux des nombreuses œuvres consacrées à la sorcière des Bell, sans parler de l'attraction touristique populaire que sont la grotte de Bell Witch et le Bell Witch Fall Festival (avec la pièce Spirit) à Adams, dans le Tennessee, ou encore des sites web, émissions spéciales, documentaires et autres œuvres – dont le blockbuster The Blair Witch Project (1999) – traitent de l'histoire de la sorcière Bell ou s'en inspirent.
La sorcière tire son nom de la famille Bell et des événements surnaturels qu'elle vécut entre 1817 et 1821. La véracité de ces événements fait encore débat, mais avant 1820, il n'y avait pas de "sorcière des Bell" – il y avait bien sûr des légendes de sorcières, mais pas celle-ci, qui est depuis devenue légendaire.
Comme toute légende durable, l'histoire de la sorcière des Bell trouve un écho auprès du public car elle touche à un aspect central de la condition humaine. Il appartient à chacun d'interpréter cet aspect, et je n'en sais pas plus que quiconque, mais pour moi, elle aborde la nécessité de trouver un moyen d'expliquer la souffrance.
Légende de la sorcière des Bell
L'histoire commence en 1817, lorsque John Bell, un fermier de la communauté de Red River (aujourd'hui Adams, dans le Tennessee), tombe sur une créature étrange, de la taille d'un gros chien avec une tête de lapin, assise dans l'un de ses champs. La première réaction de Bell fut de tirer sur la créature. La morale de l'histoire est peut-être que lorsqu'on tire d'abord et qu'on pose des questions ensuite, il ne faut pas s'attendre à ce que tout se passe pour le mieux. Mais au moment du tir, la créature disparut.
Dans certaines versions de la légende, juste avant cet événement, John Bell avait eu une altercation avec une voisine, Kate Batts, qui affirmait qu'il l'avait trompée dans une transaction foncière. Batts était considérée comme une sorcière par les habitants de la communauté, et certaines versions expliquent donc les événements surnaturels qui suivirent en affirmant que Batts avait maudit Bell.
Cette affirmation est corroborée par des événements ultérieurs dans lesquels l'esprit qui tourmente la famille Bell s'identifie comme étant "Kate", mais l'histoire fonctionne tout aussi bien sans Batts. L'événement dans le champ pourrait être interprété comme suit: en tirant sur "quelque chose", Bell mit en colère un esprit de la terre qui se promenait dans l'après-midi. Les événements qui suivirent seraient alors la vengeance de cet esprit sur l'homme qui l'avait accueilli si mal.
Peu après que Bell eut tiré sur le chien à tête de lapin, des bruits étranges commencèrent à se faire entendre autour de la maison: des coups frappés à l'extérieur alors qu'il n'y avait personne, des coups sur les murs, les portes et le toit, le bruit de chaînes qui s'entrechoquaient et de quelque chose qui rongeait le bois. Un grand chien noir ou un loup fut aperçu dans les champs et, au fil du temps, des couvertures furent retirées des lits pendant la nuit, des voix chuchotaient et la fille de Bell, Betsy, âgée de 14 ans, fut agressée physiquement. Une entité invisible la giflait et lui tirait les cheveux.
John Bell garda ces événements secrets vis-à-vis de ses voisins aussi longtemps qu'il put, mais il finit par demander l'aide de son ami et voisin, James Johnston. Johnston et sa femme acceptèrent de passer une nuit dans la maison et, bien que sceptiques au début, ils vécurent les mêmes expériences. Johnston dit à Bell que la maison était hantée par un esprit maléfique, comme ceux mentionnés dans la Bible.
Une fois la nouvelle répandue, les gens se rendirent chez les Bell pour poser des questions à l'esprit, qui répondait de manière sybilline, sous forme d'énigmes, dans la tradition des oracles. Il semblait capable de parcourir d'énormes distances en quelques secondes, ou d'être à deux endroits à la fois, comme lorsqu'il récita les paroles de deux sermons prononcés simultanément à 21 km de distance.
La nouvelle se répandit jusqu'au général Andrew Jackson, qui connaissait la famille Bell, car John Jr. et ses frères, Jesse et Drewry, avaient combattu sous ses ordres lors de la bataille de La Nouvelle-Orléans en 1815. Jackson se rendit chez les Bell avec un grand chariot rempli de provisions, qui se retrouva soudainement bloqué sans raison. Après de nombreuses tentatives infructueuses pour faire bouger les roues, Jackson s'écria: "Par Dieu, les gars! Ça doit être la sorcière des Bell!" Et soudain, ils entendirent une voix désincarnée leur dire qu'elle les verrait plus tard, puis le chariot se débloqua et repartit.
Cette nuit-là, chez les Bell, le groupe de Jackson vit l'un des leurs, qui se disait "dompteur de sorcières", être attaqué par une force invisible et projeté hors de la maison. Le lendemain matin, tout le groupe quitta les lieux précipitamment, Jackson affirmant qu'il préférait combattre à nouveau les Britanniques plutôt que d'affronter la sorcière des Bell.
L'esprit concentra son attention sur John et Betsy Bell (et parfois sur les autres enfants), mais laissa tranquilles la femme de John, Lucy, et John Jr. L'esprit jura à plusieurs reprises qu'il tuerait John Bell, ce qu'il fit en 1820. Il fut retrouvé mort le 20 décembre 1820, empoisonné par un liquide étrange contenu dans un flacon que personne dans la famille n'avait jamais vu auparavant. Lorsque le contenu du flacon fut jeté dans le feu, il explosa dans une inquiétante flamme bleue.
Lors des funérailles de John Bell, auxquelles assistait une foule nombreuse de personnes en deuil, l'entité apparut vers la fin, en chantant des chansons à boire. Elle continua à chanter et ne cessa que lorsque les dernières personnes eurent franchi les portes du cimetière.
Avec la mort de John Bell, on aurait pu s'attendre à ce que l'esprit laisse la famille tranquille, mais il n'en fut rien. L'entité semblait particulièrement enragée par les fiançailles de Betsy avec un jeune homme nommé Joshua Gardner et la tourmenta jusqu'à ce qu'elle ne finisse par rompre ses fiançailles en 1821.
L'esprit rendit alors visite à la famille et leur dit qu'elle partait, mais qu'elle reviendrait dans sept ans. D'après les récits, c'est ce qu'elle fit, donnant à John Jr. des informations sur l'avenir, puis on n'entendit plus jamais parler d'elle. Ou, selon certains, elle ne serait jamais partie et serait toujours là, à Adams, dans le Tennessee, et y restera pour toujours.
Histoire de la sorcière des Bell
Le débat sur la question de savoir si la sorcière des Bell est une légende ou un personnage historique dure depuis plus de 100 ans, et cette discussion ne sera pas abordée ici. La sorcière des Bell est mentionnée, sans être nommée, dans une lettre du capitaine John R. Bell (sans lien avec la famille) en 1820, mais le premier récit complet de l'histoire est An Authenticated History of the Famous Bell Witch (1894) de M. V. Ingram, rédacteur en chef et écrivain.
Ingram affirmait détenir un manuscrit écrit par Richard Williams Bell, fils de John Bell, qui lui avait été remis par le fils de R. Williams, James Allen Bell, et qui fournissait un témoignage oculaire des événements survenus dans la maison des Bell entre 1817 et 1821. Le livre d'Ingram, affirmait-il, était une transcription fidèle de ce récit:
L'auteur se contente de compiler les données, présentant formellement l'histoire de ce plus grand de tous les mystères, telle qu'elle lui a été fournie, écrite par Williams Bell, un membre de la famille, il y a environ cinquante-six ans, accompagnée d'autres témoignages corroborants d'hommes et de femmes au caractère irréprochable et à la véracité incontestable.
C'est peut-être une histoire étrange, mais elle est authentique, non seulement telle qu'elle a été consignée par Williams Bell, mais aussi telle qu'elle a été transmise à la génération actuelle des habitants de la région grâce aux souvenirs familiaux de cette période des plus mouvementées et passionnantes du siècle, qui a poussé des centaines de personnes à mener l'enquête, y compris le général Andrew Jackson, et qui est reconnue dans tous les foyers comme une vérité historique.
(vii-viii)
Cela semble très impressionnant, mais il n'existe aucune trace des "centaines de personnes" qui ont enquêté, aucune preuve que des foules se seraient rendues chez les Bell pour poser des questions à l'esprit, et aucun récit mentionnant la présence d'Andrew Jackson près de la maison des Bell entre 1817 et 1821. Il n'existe même aucune preuve que Jackson connaissait la famille Bell, et aucun des nombreux participants aux funérailles de John Bell n'a rapporté qu'un esprit désincarné avait chanté des chansons à boire vers la fin de la cérémonie.
De nombreux historiens, folkloristes et érudits ont affirmé qu'Ingram avait probablement inventé toute cette histoire, car le manuscrit de R. Williams Bell n'a jamais été retrouvé, ou que R. Williams Bell avait créé cette fiction, ou quelqu'un d'autre avant la lettre du capitaine John R. Bell en 1820.
Si l'histoire est fictive, les touches historiques lui confèrent du poids et l'ancrent dans le temps. Les événements ne se sont pas produits "à un moment donné", mais entre 1817 et 1821. Ils n'ont pas été observés par "n'importe qui", mais par le général Andrew Jackson, qui allait devenir le 7e président des États-Unis. Si l'histoire est le récit d'événements réels, comme beaucoup le prétendent, alors ces détails font simplement partie de l'histoire de la famille.
Conclusion
Cependant, une histoire n'a pas besoin d'être "vraie" pour avoir du sens. Les contes populaires, les légendes et les mythes n'ont pas besoin d'avoir "réellement eu lieu" pour trouver un écho auprès du public à travers les siècles et les cultures. Insister sur l'historicité de la légende de la sorcière des Bell peut en réalité lui nuire en essayant de la définir et de la restreindre de manière trop étroite. Comme tout conte populaire, cette histoire a besoin d'espace pour respirer et se développer, pour que des détails y soient ajoutés et d'autres supprimés ou modifiés. Et la signification de ce conte doit être ouverte à tous ceux qui l'entendent ou le lisent, qu'ils souhaitent le considérer comme un fait ou comme une fiction.
Dans sa nouvelle Sonny's Blues, le personnage de Sonny, créé par l'auteur américain James Baldwin, dit:
Non, il n'y a aucun moyen de ne pas souffrir. Mais on essaie toutes sortes de moyens pour ne pas se noyer dans la souffrance, pour la maîtriser et pour la faire ressembler à soi-même. Comme si on avait fait quelque chose, d'accord, et qu'on en souffrait maintenant... Pourquoi les gens souffrent-ils? Peut-être vaut-il mieux faire quelque chose pour donner une raison à la souffrance, n'importe quelle raison.
(Perkins & Perkins, 1715)
Je ne peux pas dire avec certitude ce que signifie la légende de la sorcière des Bell, mais je pense qu'elle renvoie à la vieille question: "Pourquoi de mauvaises choses arrivent-elles aux bonnes personnes?" Nous savons que John Bell et sa famille ont existé et qu'ils étaient très respectés, et peut-être qu'entre 1817 et 1821, ils ont apparemment souffert sans raison, n'ayant rien fait de mal.
Et peut-être que tout s'est passé exactement comme le raconte le célèbre récit. Mais peut-être que Baldwin a raison, et qu'il est plus facile de donner une raison à la souffrance, n'importe quelle raison, même une sorcière qui vous en veut et dont les motivations sont entièrement personnelles. Et peut-être est-ce ainsi que les voisins des Bell ont expliqué ce qu'ils considéraient comme inexplicable – ce que les mythes et les légendes font souvent le mieux – et ont fourni une meilleure raison à la souffrance que l'absence totale de raison.
Note de l'auteur: Un grand merci à Harrison W. Mark pour avoir suggéré cet article.