L'Álamo

La mission, le fort et le sanctuaire
Joshua J. Mark
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le
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L'affiche américaine du film Alamo (1960) de John Wayne célèbre son histoire avec la phrase "La mission qui devint une forteresse... La forteresse qui devint un sanctuaire...", qui résume de manière concise et précise l'histoire du bâtiment célèbre connu sous le nom de Fort Alamo, situé dans le centre-ville de San Antonio, au Texas, aux États-Unis.

The Alamo (1960) Film Poster
Affiche du film Alamo (1960) Reynold Brown (Public Domain)

La mission

Au XVIe siècle, le Texas fut revendiqué par l'Espagne qui commença à y établir des centres missionnaires entre 1680 et 1690. L'objectif de ces missions était de convertir les populations autochtones au catholicisme, de les éduquer selon les concepts européens d'histoire et de civilisation, et d'en faire des citoyens espagnols. On espérait qu'avec le temps, les convertis autochtones maintiendraient ces sites en tant que communautés autonomes.

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En 1793, la mission de San Antonio fut sécularisée et abandonnée.

En 1718, Martín de Alarcón, gouverneur du Texas espagnol, fonda la ville de San Antonio de Béxar et, à proximité, la Misión San Antonio de Valero, nommée en l'honneur de San Antonio de Padua (saint Antoine de Padoue) et du marquis de Valero, vice-roi de la Nouvelle-Espagne. La première mission était une modeste structure en boue et en paille détruite par des ouragans en 1724. Le site de la mission fut alors déplacé sur la rive ouest de la rivière San Antonio (son emplacement actuel), puis à l'extérieur de la ville.

Les premiers bâtiments construits sur le nouveau site furent la résidence des prêtres, puis les casernes pour les convertis autochtones, un atelier textile et, enfin, une chapelle. La première chapelle, commencée en 1744, s'effondra en 1756. La nouvelle chapelle, dont la construction commença en 1758, était à l'origine conçue comme une structure ornée de trois étages avec des clochers et un dôme (elle aurait ressemblé à la cathédrale San Fernando de l'actuelle ville de San Antonio), mais seuls les deux premiers étages furent achevés, et la chapelle ne fut donc jamais couverte d'un toit. C'est ce bâtiment que la plupart des gens reconnaissent comme étant l'Alamo, à l'exception des Longs Baraquements, la seule autre structure originale encore présente sur le site aujourd'hui.

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Alamo Chapel and Long Barracks, 2011
Chapelle et longs baraquements de l'Alamo Zetpe0202 (Zygmunt Put) (CC BY-SA)

Des efforts plus importants furent consacrés à l'enceinte du complexe avec un mur, et celui-ci finit par s'étendre sur 3 acres (1,2 ha). Les murs autour du complexe furent renforcés pour résister aux attaques des bandes d'Apaches et de Comanches. Les missions autonomes connurent tout d'abord un certain succès, mais avec le temps, les autochtones partirent pour fonder leurs propres foyers ou retourner parmi les leurs. Dans les années 1790, les complexes missionnaires devinrent plus un fardeau financier qu'autre chose et, en 1793, la mission de San Antonio fut sécularisée et abandonnée.

La forteresse

Occupation espagnole

En 1803, la deuxième compagnie volante de San Carlos de Parras (La Segunda Compañía Volante de San Carlos de Parras/Álamo de Parras), composée de 100 lanciers espagnols, arriva pour fortifier la mission. L'Espagne avait rendu le territoire de la Louisiane à la France en 1800, et la France vendit ensuite ces terres en 1803 dans le cadre de la vente de la Louisiane aux États-Unis. L'Espagne craignait une invasion américaine au Texas, et les lanciers furent donc envoyés comme première ligne de défense, mais aussi pour protéger les citoyens espagnols des attaques des autochtones et agir comme force de police dans la région.

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La mission tirait son nom soit des peupliers (Álamos) qui poussaient à proximité et qui finirent par être associés à ces lanciers (théorie la plus courante), soit de la compagnie elle-même, dont le nom fut raccourci en La Compañía del Alamo ou El Álamo. La compagnie El Alamo fonda le premier hôpital de la région, au service des civils et des militaires, en 1805. Entre 1803 et 1809, la population de la mission augmenta et les quartiers devinrent exigus, de sorte que certaines personnes déménagèrent et fondèrent une nouvelle communauté à proximité, La Villita, qui existe encore aujourd'hui.

Occupation mexicaine

En 1809, alors que des rumeurs d'invasion américaine circulaient, la Compagnie El Alamo renforça les murs existants de la mission et agrandit le complexe avec de nouveaux murs au sud, en installant une grande porte. C'est ainsi que la mission devint pour la première fois une forteresse. Pendant la guerre d'indépendance du Mexique (1810-1821), la Compagnie El Alamo combattit d'abord pour l'Espagne, mais en 1813, après s'être rendue aux forces rebelles, elle se joignit à elles.

One of the First Drawings of the Alamo, 1838
Un des tout premiers dessins de l'Alamo, 1838 Mary Ann Maverick (Public Domain)

La plupart des membres de la compagnie quittèrent l'Alamo, mais certains restèrent sur place et ne furent renforcés qu'en 1817. Après l'indépendance du Mexique en 1821, des troupes supplémentaires furent envoyées à San Antonio de Béxar pour protéger la frontière nord du Mexique contre l'invasion américaine et l'immigration illégale. En 1832, la garnison de l'Alamo fut renforcée et, en 1835, lorsque le général mexicain Martín Perfecto de Cos arriva avec son armée, la compagnie El Alamo se joignit à eux.

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Lorsque la révolution texane (1835 à 1836) éclata, la compagnie El Alamo combattit aux côtés des hommes de Cos pendant le siège de Béxar, d'octobre à décembre 1835. Cos apporta d'autres améliorations au complexe, notamment une rampe dans la chapelle, qui supportait trois canons à son sommet, le renforcement des murs et la construction d'une palissade pour combler la brèche dans le mur sud. En infériorité numérique et à court de provisions et de munitions, Cos capitula devant les Texians et quitta le fort le 11 décembre 1835, accompagné de la compagnie El Alamo.

Occupation texiane/tejano

Après la prise de l'Alamo par les Texians et les Tejanos, la compagnie du colonel James C. Neill, composée de 100 volontaires, occupa le fort. Neill envoya des demandes de renforts, mais le gouvernement provisoire du Texas n'était pas en mesure de recruter des hommes. De plus, beaucoup de ceux qui avaient combattu dans les batailles depuis octobre 1835 pensaient que la guerre était terminée lorsque Cos se rendit et étaient donc retournés dans leurs foyers et leurs fermes.

Neill était toutefois convaincu que l'armée mexicaine reviendrait. Avec l'ingénieur Green B. Jameson, il entreprit donc de réparer les dommages causés au complexe pendant le siège de Béxar, de renforcer les murs et d'installer des passerelles. Le général Sam Houston partageait l'avis de Neill selon lequel l'armée mexicaine allait revenir, mais il ne croyait pas que l'Alamo puisse être défendu et envoya donc James "Jim" Bowie retirer l'artillerie (Cos avait laissé 19 canons ainsi que des armes légères et des munitions) et faire sauter le fort.

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Juan Seguín
Juan Seguín Thomas Jefferson Wright (Public Domain)

Bowie et Neill estimaient tous deux que le fort Alamo devait être fortifié et défendu. Le colonel Juan N. Seguín, commandant de la Tejano Company, était du même avis. Bowie ne pouvait de toute façon pas retirer l'artillerie, car il ne disposait pas de suffisamment de bœufs pour tirer les canons. Il fallait donc choisir entre laisser les 19 canons à l'armée mexicaine pour qu'elle les réutilise ou fortifier et défendre Fort Alamo. En février 1836, le lieutenant-colonel William Barret Travis arriva avec 30 hommes de l'armée régulière, suivi peu après par Davy Crockett du Tennessee avec d'autres volontaires. Le colonel Neill partit pour s'occuper de questions familiales et Travis prit le commandement.

En février 1836, le général Antonio López de Santa Anna, président du Mexique, arriva avec son armée, largement supérieure en nombre aux défenseurs de Fort Alamo, et assiégea le complexe pendant 13 jours, du 23 février au 6 mars. Tôt dans la matinée du 6, Santa Anna lança son assaut, prenant d'assaut Fort Alamo et massacrant les défenseurs. Ceux qui se rendirent furent exécutés immédiatement après la bataille. Parmi ceux qui tombèrent en défendant Fort Alamo se trouvaient d'anciens membres de la compagnie El Alamo, qui faisaient partie du commandement de Seguín.

Utilisation ultérieure

Les corps de toute la garnison de Fort Alamo furent brûlés sur des bûchers, à l'exception de celui de José Gregorio Esparza, dont le frère, Francisco, faisait partie de l'armée de Santa Anna et demanda à pouvoir donner à Gregorio une sépulture digne. Le fort fut ensuite occupé par les troupes mexicaines sous le commandement du général Juan Andrade. Andrade répara les dommages causés au complexe pendant le siège et la bataille et tint le fort jusqu'à la défaite de Santa Anna à la bataille de San Jacinto, le 21 avril 1836.

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L'Alamo fut laissé en ruines, mais la bataille du 6 mars 1836 devint rapidement légendaire et le site fut bientôt transformé en une attraction touristique.

San Jacinto fut la bataille décisive de la révolution texane, et les forces mexicaines vaincues durent quitter la région. Andrade ordonna de brûler l'Alamo avant de partir en mai; il fit démolir les murs et détruire les canons. L'Alamo fut laissé en ruines, mais la bataille du 6 mars 1836 devint rapidement légendaire, et le site fut rapidement transformé en une attraction touristique. Les visiteurs emportèrent des morceaux des murs et de la chapelle en souvenir, et les vendeurs locaux saisirent rapidement l'occasion pour ramasser les débris du site et les vendre aux touristes.

En 1840, le conseil municipal de San Antonio prit également conscience des profits que pouvaient générer les ruines et commença à facturer 5 dollars par charrette aux personnes souhaitant récupérer des pierres pour leurs propres projets. C'est ainsi que les casernes basses, où Jim Bowie fut tué, disparurent.

Le fort fut occupé par les troupes américaines pendant la guerre américano-mexicaine de 1846 à 1848, et d'importantes réparations y furent effectuées. Après la guerre, les réparations de l'Alamo se poursuivirent sous la direction du quartier-maître américain, et c'est à cette époque que le célèbre parapet en forme de cloche fut ajouté au sommet de la chapelle. C'est également à cette époque que la chapelle fut dotée de son tout premier toit.

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The Alamo, 1854
Fort Alamo, 1854 Unknown Artist (Public Domain)

Pendant la guerre civile américaine (1861-1865), l'Alamo servit de fort à l'armée confédérée jusqu'en 1865, date à laquelle celle-ci fut vaincue, et il fut à nouveau occupé par les troupes de l'Union. Le complexe continua à servir de forteresse de 1865 à 1876, date à laquelle la garnison fut transférée à Fort Sam Houston et Fort Alamo fut abandonné.

Le sanctuaire

L'Église catholique était toujours propriétaire du site et, en 1877, elle vendit le bâtiment connu sous le nom de Long Baraquement à l'homme d'affaires Honoré Grenet, qui le transforma en magasin général, musée et attraction touristique. Après la mort de Grenet en 1882, le bâtiment fut vendu en 1883 à Hugo, Schmeltzer & Company, une épicerie, qui construisit un deuxième étage sur les longues casernes et le transforma en magasin général. La chapelle devint un entrepôt.

Hugo & Schmeltzer Building on the Alamo Site
Le bâtiment Hugo & Schmeltzer sur le site de fort Alamo Unknown Photographer (Public Domain)

En 1883, l'Église catholique vendit la chapelle à l'État du Texas pour 20 000 dollars, et le gouvernement de l'État était désormais responsable de son entretien. Cependant, rien ne fut fait, et c'est donc une enseignante locale, Adina De Zavala, qui prit l'initiative de mener les efforts de restauration et de préservation. De Zavala était membre de l'association The Daughters of the Republic of Texas (DRT), fondée en 1892, et elle négocia un accord avec Gustav Schmeltzer afin que son groupe ait la priorité pour acheter les casernes basses.

En 1903, Schmeltzer proposa le bâtiment à la DRT pour 75 000 dollars, mais celle-ci ne disposait pas de cette somme. L'héritière Clara Driscoll intervint alors en faisant don de l'argent nécessaire. Driscoll avait des idées très précises sur ce qu'il fallait faire des bâtiments, et celles-ci étaient en contradiction avec celles de De Zavala. De Zavala voulait que le site retrouve son aspect de 1836, tandis que Driscoll souhaitait que les longues casernes soient démolies et qu'un parc soit aménagé autour de la chapelle. Les deux femmes refusèrent tout compromis et Driscoll finit par créer sa propre DRT, affirmant qu'elle était la légitime gardienne du site, tandis que De Zavala revendiquait la même chose au nom de son groupe.

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Clara Driscoll
Clara Driscoll : la sauveuse de l'Alamo Unknown Photographer (Public Domain)

Le conflit entre les deux groupes, qui finit par impliquer le gouvernement de l'État, est connu sous le nom de "deuxième bataille d'Alamo". En 1910, le gouverneur Oscar B. Colquitt résolut le problème en destituant les deux groupes de leur fonction de gestionnaires du site et en rendant la gestion de Fort Alamo à l'État. Les ajouts de Hugo, Schmeltzer & Company aux longs baraquements furent démolis, et ce bâtiment ainsi que la chapelle furent préservés. Grâce aux efforts de Driscoll, la gestion fut restituée à la DRT et, bien que le site ait désormais été conforme à ce que De Zavala avait défendu, elle fut expulsée du groupe.

Conclusion

L'Alamo était déjà considéré comme un sanctuaire dédié aux héros tombés au combat en 1936 lorsque, à l'occasion du centenaire du Texas, le gouvernement de l'État commanda le cénotaphe d'Alamo au sculpteur local Pompeo Coppini, qui fut inauguré le 11 novembre 1940. L'Alamo fut classé monument historique national en 1960, inscrit au registre national des lieux historiques en 1966, et la longue caserne est devenue un musée en 1968.

En 2015, l'Alamo a été inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO. Aujourd'hui, il est géré par la société à but non lucratif Alamo Trust et accueille chaque année des millions de visiteurs venus du monde entier. Avec la célèbre promenade au bord de la rivière San Antonio toute proche, cette mission devenue forteresse puis sanctuaire est aujourd'hui l'attraction touristique la plus populaire du Texas.

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Questions & Réponses

Quand l'Álamo a-t-il été fondé?

L'Álamo était à l'origine une mission espagnole fondée en 1718. La chapelle fut construite en 1758 et resta inachevée.

Quand l'Álamo est-il passé de mission à fort?

Le complexe de l'Álamo fut sécularisé et abandonné en 1793. En 1803, il fut occupé par une compagnie de lanciers espagnols (« El Álamo »), qui transformèrent la mission en fort.

Comment l'Álamo a-t-il obtenu son nom?

Le nom "Álamo" vient soit de la compagnie de lanciers espagnols (dont le nom complet a été raccourci en "El Álamo") qui occupait le complexe entre 1803 et 1835, soit des peupliers ("Álamos") qui poussaient à proximité au XIXe siècle.

Quand les premiers efforts de préservation et de restauration de l'Álamo ont-ils été entrepris?

Les efforts de restauration et de préservation furent lancés dans les années 1890 par les "Daughters of the Republic of Texas" (Filles de la République du Texas), et plus particulièrement par Adina De Zavala et Clara Driscoll.

Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth, responsable de Traduction, est diplômée en anglais et en français langue étrangère. Parlant couramment le français, l'anglais et l'italien, elle a enseigné l'anglais au British Council à Milan, en Italie.

Auteur

Joshua J. Mark
Joshua J. Mark est cofondateur et Directeur de Contenu de la World History Encyclopedia. Il était auparavant professeur au Marist College (NY) où il a enseigné l'histoire, la philosophie, la littérature et l'écriture. Il a beaucoup voyagé et a vécu en Grèce et en Allemagne.

Citer cette ressource

Style APA

Mark, J. J. (2025, octobre 13). L'Álamo: La mission, le fort et le sanctuaire. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2805/lalamo/

Style Chicago

Mark, Joshua J.. "L'Álamo: La mission, le fort et le sanctuaire." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, octobre 13, 2025. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2805/lalamo/.

Style MLA

Mark, Joshua J.. "L'Álamo: La mission, le fort et le sanctuaire." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, 13 oct. 2025, https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2805/lalamo/.

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