Frédéric le Grand

La naissance de l'État prussien
Harrison W. Mark
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le
Translations
Version Audio Imprimer PDF
Frederick the Great of Prussia (by Wilhelm Camphausen, Public Domain)
Frédéric le Grand de Prusse Wilhelm Camphausen (Public Domain)

Frédéric II de Prusse (1712-1786), plus connu sous le nom de Frédéric le Grand, fut l'un des souverains les plus influents de l'Europe du XVIIIe siècle. Descendant de la maison de Hohenzollern, il accéda au pouvoir en 1740 à l'âge de 28 ans et, au cours d'un règne de 46 ans, transforma la Prusse, alors province de troisième ordre, en l'une des principales puissances européennes.

Sa carrière militaire s’étendit sur deux conflits majeurs, la guerre de Succession d’Autriche (1740-1748) et la guerre de Sept Ans (1756-1763), et comprit certaines des batailles les plus marquantes que l’armée prussienne ait jamais livrées. Pourtant, il n’était pas seulement un homme d’armes; il était passionné par la culture, en particulier la musique et les Lumières. Au cours des siècles qui sont suivi sa mort en 1786, son héritage a fait l'objet de plusieurs réévaluations, et il a été tour à tour considéré comme un autocrate méprisable, un brillant général ou un monarque éclairé.

Supprimer la pub
Publicité

Jeunesse

Frédéric vit le jour le 24 janvier 1712 au palais de Berlin, dans le royaume de Prusse. À l'époque, la Prusse n'était pas encore la grande puissance qu'elle allait bientôt devenir, mais un royaume de troisième ordre, perdu au milieu des confins chaotiques du Saint-Empire romain germanique. Il était l'un des neuf enfants du roi Frédéric-Guillaume Ier de Prusse (r. de 1713 à 1740) et de son épouse, Sophie-Dorothée de Hanovre. Pendant les premières années de sa vie, Frédéric vécut avec sa mère et sa sœur aînée Wilhelmine et reçut l'enseignement de précepteurs français; ses premiers souvenirs étaient heureux, imprégnés d'art, de musique et de loisirs.

Son père détestait Frédéric parce qu’il affichait des attitudes "efféminées".

Puis, vers l’âge de 7 ans, Frédéric fut arraché à cette vie confortable et plongé dans le monde allemand froid et austère auquel l'avait destiné son père. Surnommé le "roi soldat", Frédéric-Guillaume Ier avait transformé la Prusse en une société centralisée et hautement militariste. Le jeune Frédéric fut soumis à un emploi du temps rigide et devait participer à des activités viriles telles que la chasse, l’équitation et le tir. Au départ, le prince tenta de manifester un intérêt pour ces activités, mais son père le détestait pour ses attitudes "efféminées", tels que le port de gants blancs à la mode pendant une partie de chasse, le fait de sursauter au bruit des coups de feu, ainsi que son amour de la musique et de la littérature.

Supprimer la pub
Publicité

En 1726, Frédéric fut placé à la tête d’une compagnie du régiment du roi, mais il fit honte à son père en tombant de cheval lors d’une inspection militaire. Frédéric-Guillaume réagissait à ces échecs en insultant son fils et, parfois, en le battant. À l’été 1730, par exemple, le roi frappa Frédéric au visage, lui arracha des mèches de cheveux et le força à traverser la place d’armes dans cet état pitoyable afin de l’humilier publiquement.

Finalement, Frédéric en eut assez. Il attendait avec impatience son mariage arrangé avec la princesse Amélie de Grande-Bretagne, qui lui permettrait au moins de se soustraire à l’emprise de son père. Mais lorsque ces négociations matrimoniales échouèrent, Frédéric décida de prendre les choses en main. Avec l’aide de son ami – et peut-être amant – le lieutenant Hans Hermann von Katte, il tenta de s’échapper de Prusse le 5 août 1730. Cependant, les deux compères furent capturés et emprisonnés à Custrin (Kostrzyn nad Odrą). En tant qu’officier de l’armée surpris en train de tenter de fuir le pays, Katte fut accusé de trahison et décapité le 6 novembre. Contraint d’assister à l’exécution, Frédéric s’évanouit dès que la hache du bourreau s’abattit sur le cou de Katte.

Supprimer la pub
Publicité
Frederick II of Prussia as a Child
Frédéric II de Prusse enfant Antoine Pesne (Public Domain)

Frédéric-Guillaume envisagea brièvement de faire exécuter Frédéric aussi, ou du moins de le retirer de la ligne de succession. Mais il savait que l’une ou l’autre de ces options serait difficile à justifier devant la Diète impériale du Saint-Empire romain germanique. Frédéric-Guillaume fut donc contraint d'accorder à son fils une grâce royale totale le 18 novembre, bien que Frédéric ne fût pas autorisé à retourner à Berlin avant février 1732. Ayant frôlé la mort et la disgrâce, Frédéric était désormais déterminé à prouver sa valeur. En avril 1732, il fut placé à la tête d'un régiment d'infanterie, qu'il remania si bien qu'il fut félicité par Frédéric-Guillaume deux ans plus tard.

Pendant la guerre de Succession de Pologne (1733-1735), Frédéric servit sous les ordres de l’illustre général, le prince Eugène de Savoie, auprès duquel il apprit beaucoup sur les questions militaires. En 1733, il épousa par devoir Élisabeth-Christine de Brunswick-Wolfenbüttel. Cependant, il n’avait rien en commun avec sa nouvelle épouse et exprima sa frustration face à ce mariage en l’ignorant et en la rabaissant constamment. En se conformant ainsi aux règles, Frédéric conserva sa position de prince héritier, une stratégie qui allait bientôt porter ses fruits. Le 31 mai 1740, Frédéric-Guillaume Ier mourut et son fils de 28 ans monta sur le trône sous le nom de Frédéric II, roi de Prusse.

Premières campagnes: les guerres de Silésie

Bien que Frédéric ait détesté la vie militaire dans son enfance, il considérait l'armée comme un outil précieux pour renforcer la position de la Prusse.

Tout comme Frédéric, la Prusse était un jeune État qui avait beaucoup à prouver. En 1740, elle disposait d’une base économique fragile et se composait de plusieurs territoires disjoints répartis à travers l’Europe du Nord, ce qui la rendait assez vulnérable. Cependant, elle compensait ces faiblesses par la quatrième plus grande armée d'Europe; en effet, l'infanterie prussienne, sans cesse disciplinée et entraînée par le père de Frédéric, était déjà considérée comme l'une des meilleures au monde. Bien que Frédéric eût détesté la vie militaire dans son enfance, il reconnaissait l'armée comme un outil précieux pour renforcer la position de la Prusse et allait bientôt avoir l'occasion de s'en servir.

Supprimer la pub
Publicité

En octobre 1740, la mort de l'empereur du Saint-Empire romain germanique laissa le trône d'Autriche à Marie-Thérèse, âgée de 23 ans. Cela suscita une controverse dans tout l'empire, car, en vertu de la loi salique alors en vigueur, les femmes ne pouvaient hériter du trône. Frédéric s'allia aux ennemis de Marie-Thérèse d'Autriche et rejeta son droit à régner. Son véritable objectif, cependant, était la conquête de la Silésie, province autrichienne comptant parmi les territoires les plus riches et les plus développés d’Europe centrale. Il mobilisa rapidement ses troupes le long de la frontière silésienne et, le 16 décembre 1740, lança son invasion, déclenchant le conflit qui allait devenir la guerre de Succession d’Autriche (1740-1748).

Coronation of Maria Theresa as Queen of Hungary
Couronnement de Marie-Thérèse en tant que Reine de Hongrie Unknown Artist (Public Domain)

Les Autrichiens n'étaient pas préparés à la guerre éclair de Frédéric et, en l'espace de quelques semaines, les Prussiens avaient envahi la Silésie. Au printemps suivant, Frédéric affronta une armée autrichienne lors de la bataille de Mollwitz (10 avril 1741), bien que ses actions n'aient laissé en rien présager qu'il serait plus tard considéré comme un génie militaire; en effet, au milieu de la bataille, il s'enfuit du champ de bataille pour éviter d'être capturé. La bataille ne fut remportée que grâce à l'infanterie prussienne très disciplinée, qui fut plus tard louée par le tacticien Carl von Clausewitz pour avoir atteint "un niveau de perfection dans l'utilisation de la puissance de feu qui n'a toujours pas été surpassé" (cité dans Blanning, 103). Néanmoins, la victoire prussienne à Mollwitz alarma Marie-Thérèse, qui négocia rapidement une trêve avec Frédéric et lui céda la Basse-Silésie.

Insatisfait, Frédéric attendit son heure et reprit la guerre en 1742, battant une autre armée autrichienne lors de la bataille de Chotusitz (17 mai 1742). Les Autrichiens furent une fois de plus contraints de demander la paix, et cette fois-ci, ils cédèrent toute la Silésie à la Prusse. Encouragé par ses faciles victoires passées, Frédéric fut tenté de faire la guerre à l’Autriche pour la troisième fois en août 1744, et envahit la Bohême à la demande de la France. La campagne fut initialement couronnée de succès: le 16 septembre, Frédéric s’empara de Prague après trois jours de bombardements.

Supprimer la pub
Publicité

Mais cette fois-ci, le roi de Prusse avait vu trop grand. La Saxe entra en guerre aux côtés de l’Autriche et, début octobre, Frédéric se retrouva poursuivi par une immense armée austro-saxonne. Sa propre armée étant décimée par la dysenterie et la famine, Frédéric n'était pas en état de combattre et se retira en Silésie, après avoir perdu 36 000 hommes. Il passa les mois suivants à se préparer à l'inévitable contre-offensive autrichienne qui eut lieu au printemps 1745.

Battle of Hohenfriedberg
Bataille de Hohenfriedberg Carl Röchling (Public Domain)

Frédéric surprit l'ennemi dans son camp lors de la bataille de Hohenfriedberg (4 juin 1745), au cours de laquelle il remporta une victoire brillante et décisive. Il tira parti de ce succès en lançant une nouvelle invasion en Bohême et en battant à nouveau les Autrichiens lors de la bataille de Soor (30 septembre 1745). Il fit la paix avec l'Autriche pour la troisième fois lors du traité de Dresde: l'Autriche accepta de reconnaître la conquête de la Silésie par Frédéric, en échange de la reconnaissance par Frédéric de Marie-Thérèse comme souveraine légitime de l'Autriche. Après avoir signé le traité, Frédéric retourna à Berlin en grande pompe, où il fut acclamé pour la première fois sous le nom de "Frédéric le Grand".

La gloire: la guerre de Sept Ans

Malgré ses impressionnantes victoires, Frédéric se sentait toujours en insécurité sur la scène internationale. Il était entouré d’ennemis: l’Autriche était impatiente de récupérer la Silésie, tandis que la Saxe et la Russie s’inquiétaient de la puissance croissante de la Prusse et voulaient la remettre à sa place. Craignant qu’une nouvelle guerre ne soit imminente, Frédéric négocia une alliance avec la Grande-Bretagne. Cela incita la France à signer une alliance avec l’Autriche, un remaniement politique majeur connu sous le nom de "révolution diplomatique" (ou renversement des alliances). Désormais assuré du soutien britannique, Frédéric se sentit encouragé à prendre l'initiative.

Vous aimez l'Histoire?

Abonnez-vous à notre newsletter hebdomadaire gratuite!

Le 29 août 1756, il envahit la Saxe et occupa rapidement Dresde, déclenchant ainsi la guerre de Sept Ans (1756-1763) en Europe. Plus tard dans l’année, les Prussiens envahirent la Bohême et battirent les Autrichiens lors de la bataille de Lobositz (1er octobre 1756). L'élan s'essouffla cependant rapidement. Malgré une victoire à la Pyrrhus lors de la sanglante bataille de Prague (6 mai 1757), Frédéric fut stoppé par l'armée autrichienne un mois plus tard à Kolín (18 juin). Ayant perdu environ 14 000 hommes au cours de la bataille, il fut contraint d'interrompre son invasion de la Bohême et de se replier en Silésie.

Battle of Prague, 6 May 1757
Bataille de Prague, 6 mai 1757 Unknown artist (Public Domain)

À la fin de l'année 1757, Frédéric retrouva un peu de son élan, remportant des victoires éclatantes sur une armée franco-autrichienne lors de la bataille de Rossbach (5 novembre) et sur les Autrichiens lors de la bataille de Leuthen (5 décembre). Mais il ne parvint pas à obtenir le moindre cessez-le-feu de la part de Marie-Thérèse, qui était déterminée à continuer de se battre jusqu’à ce qu’elle ne récupère la Silésie. En 1758, Frédéric tenta d’exercer une pression accrue sur l’Autriche en envahissant la Moravie, mais il fut contraint de se précipiter vers la Prusse lorsqu’il apprit qu’une armée russe avait avancé à moins de 160 km de Berlin.

La bataille de Zorndorf qui s'ensuivit (25 août) fit des dizaines de milliers de morts et de blessés dans chaque camp, mais infligea suffisamment de dégâts pour forcer les Russes à se retirer. Sans presque prendre le temps de se reposer, Frédéric marcha ensuite sur la Saxe, mais fut sévèrement battu par les Autrichiens lors de la bataille de Hochkirch (14 octobre), largement considérée comme la pire défaite de sa carrière. L'année suivante, les Prussiens furent à nouveau vaincus lors de la bataille de Kunersdorf (12 août 1759) par une armée austro-russe. Près de la moitié de l'armée de Frédéric fut anéantie, et le roi de Prusse lui-même faillit être tué lorsqu'une balle se logea dans une tabatière qu'il portait dans sa poche. Il semblait que pour les ennemis de Frédéric, la route vers Berlin était grande ouverte.

Supprimer la pub
Publicité

Néanmoins, l'avance austro-russe s'enlisa, donnant à Frédéric un temps précieux pour réorganiser ses défenses. Les deux années suivantes aboutirent à une impasse, chaque camp tentant de prendre le dessus. Frédéric, dont la santé n'avait jamais été très robuste, fut souvent malade pendant cette période et souffrit de crises de désespoir mélancolique; après sa défaite à Kunersdorf, il aurait même envisagé le suicide.

Portrait of Frederick the Great
Portrait de Frédéric le Grand Anton Graff (Public Domain)

Cependant, la chance lui sourit à nouveau en 1762 avec la mort de l'une de ses ennemies les plus acharnées, l'impératrice Élisabeth Ire de Russie. Son successeur, Pierre III, était un sympathisant prussien qui admirait l'armée prussienne et idolâtrait Frédéric. Pierre retira rapidement la Russie de la guerre, ce qui affaiblit considérablement l'alliance anti-prussienne. Un an plus tard, la guerre de Sept Ans prit fin, rétablissant les frontières d'avant-guerre. En défendant avec succès la Silésie face à des forces bien supérieures, Frédéric préserva le statut de grande puissance de la Prusse. Cela eut toutefois un coût dévastateur, la Prusse ayant perdu plus de 180 000 soldats pendant la guerre.

Souveraineté absolue: Pologne et Bavière

Après avoir consacré la première moitié de son règne à établir la domination de la Prusse, la tâche de Frédéric consistait désormais à maintenir ce nouveau statut. À cette fin, il tourna son regard vers l'est, lorgnant avec convoitise sur les territoires de la République des Deux Nations, récemment affaiblie par une mauvaise gouvernance et des troubles économiques. En 1769, Frédéric envoya son frère cadet, le prince Henri, à Saint-Pétersbourg pour convaincre la nouvelle impératrice de Russie, Catherine II de Russie, d'accepter un partage conjoint de la Pologne. Une fois que Catherine eut donné son accord, Frédéric supplia son ancienne ennemie Marie-Thérèse de se joindre au partage. L'impératrice d'Autriche était réticente mais finit par accepter; comme le disait Frédéric, "elle pleure, mais elle prend".

En 1772, la Pologne fut officiellement partagée entre les trois puissances. Frédéric reçut la province de Prusse occidentale, réalisant enfin son objectif de longue date qui était de relier tous ses territoires éloignés, renforçant ainsi la Prusse en lui conférant une cohésion territoriale. Malgré cette alliance ponctuelle avec Marie-Thérèse, Frédéric continua de s’opposer à la domination des Habsbourg en Allemagne. En 1778, il fit étalage de sa puissance militaire lors de la brève guerre de Succession de Bavière, au cours de laquelle il s’opposa à l’ingérence du fils de Marie-Thérèse, l'empereur Joseph II, dans les affaires de la Bavière. Joseph II fit marche arrière avant que la guerre ne dégénère au-delà de quelques escarmouches mineures, affirmant une fois de plus la puissance nouvellement acquise de la Prusse en Europe centrale.

Supprimer la pub
Publicité

Administration et arts

En septembre 1740, quelques mois seulement après son accession au trône, Frédéric publia un essai intitulé Anti-Machiavel. Essentiellement une réfutation des thèses du théoricien politique Niccolò Machiavel, cet essai éclaire quelque peu les convictions de Frédéric sur ce que signifiait être roi. Pour lui, la royauté était un devoir sacré tant envers l’État qu’envers ses sujets. Un roi devait être bienveillant et œuvrer sans relâche pour servir les intérêts de l'État et défendre son peuple, même au détriment de ses objectifs personnels ou dynastiques. Bien que Frédéric n'ait pas toujours réussi à se montrer à la hauteur de ses propres principes, il prenait assurément très au sérieux la notion de royauté.

Frederick the Great Playing the Flute at Sanssouci
Frédéric le Grand jouant de la flûte à Sanssouci Adolph von Menzel (Public Domain)

En effet, cette conception le conduisit à devenir en quelque sorte un autocrate, préférant régler la plupart des affaires lui-même plutôt que de s’en remettre à des bureaucrates ou à d’autres fonctionnaires nommés. Ce style de gouvernement avait certainement ses inconvénients. En vieillissant, Frédéric devint de plus en plus conservateur, rejetant d’emblée toute nouvelle idée ou réforme. En conséquence, le gouvernement et l'armée prussiens devinrent excessivement rigides et stagnants vers la fin du règne de Frédéric, un problème qui ne devint apparent qu'au moment des guerres napoléoniennes, alors qu'il était déjà trop tard.

Frédéric s’intéressait beaucoup au droit civil et était souvent influencé par les idéaux des Lumières. Il réforma le système judiciaire prussien, abolissant le recours à la torture et veillant à ce que les juges ne puissent être nommés qu’après avoir réussi un examen rigoureux. Ses opinions sur la religion s’inscrivaient également dans la lignée des Lumières. Il était probablement lui-même déiste – il avait d'ailleurs un jour qualifié le christianisme de "fiction métaphysique" – mais il se faisait un point d'honneur de tolérer toutes les religions au sein de son royaume. Bien sûr, les protestants étaient toujours favorisés pour les postes gouvernementaux, mais les juifs et les catholiques jouissaient d'une plus grande liberté religieuse en Prusse que dans les pays protestants voisins.

Frédéric était également un grand défenseur de la noblesse, convaincu que la préservation d’une classe aristocratique distincte était nécessaire à la survie de la Prusse. Ainsi, presque tous les fonctionnaires et officiers de l’armée étaient des nobles, les roturiers ayant beaucoup plus de mal à accéder au rang de noble que sous les souverains précédents. Frédéric ne négligeait toutefois pas les roturiers. Il parcourait souvent la campagne, cherchant des moyens pour venir en aide aux agriculteurs et améliorer la production agricole de la Prusse. Il assécha des marécages pour créer de nouvelles terres agricoles et fit construire des canaux afin de faciliter le transport des récoltes. Pour réduire le risque de famine, il encouragea les agriculteurs à diversifier leurs cultures et les incita à planter des pommes de terre et des navets. C’est pour cela qu’on l’appelait parfois le "roi de la pomme de terre" (Der Kartoffelkönig).

Flûtiste accompli, Frédéric composa de nombreuses œuvres originales, dont 121 sonates pour flûte.

Il était un grand amateur d'arts, en particulier de musique. Flûtiste accompli, Frédéric composa de nombreuses œuvres originales, dont 121 sonates pour flûte, quatre concertos pour flûte et cordes et trois marches militaires. Il était également connu pour écrire de la poésie – l’un de ces poèmes, probablement écrit pour son amant Francesco Algarotti, s’intitulait La Jouissance (que l’on pourrait traduire librement par "l’orgasme" ; des poèmes comme celui-ci contribuent à la multitude de preuves indiquant que Frédéric était probablement homosexuel). Il aimait la littérature et l’opéra, bien qu’il détestât la culture allemande, qu’il considérait comme sous-développée et vulgaire par rapport à la culture française.

Il était un grand collectionneur d’art, en particulier d’œuvres homoérotiques, et parraina la construction de plusieurs grands édifices à Berlin, notamment l’Opéra national de Berlin et le palais du prince Henri. Il rétablit l’Académie des sciences de Berlin et y invita certains des érudits les plus illustres d’Europe à venir y étudier. Frédéric noua également des liens avec certains des grands philosophes des Lumières de son époque. Il hébergea notamment Jean-Jacques Rousseau pendant plusieurs années et entretint une correspondance de plusieurs décennies avec Voltaire, bien que les deux hommes aient fini par se brouiller.

Supprimer la pub
Publicité
Frederick William II of Prussia
Frédéric-Guillaume II de Prusse Johan Frederick Clemens (CC BY-NC-SA)

Mort et héritage

Vers la fin de sa vie, Frédéric passa la plupart de son temps isolé dans son palais d'été de Sanssouci, principalement en compagnie de ses lévriers italiens. Constamment malade, sa santé déclina progressivement jusqu'à sa mort qui survint le matin du 17 août 1786, à l'âge de 74 ans. N'ayant pas d'enfants, le pouvoir passa à son neveu, Frédéric-Guillaume II, souvent considéré comme un souverain plus faible et moins compétent.

Le règne de Frédéric fut déterminant et modifia le cours de l'histoire européenne. Il renforça la position de la Prusse sur la scène internationale tout en affaiblissant simultanément le pouvoir de l'Autriche et de la dynastie des Habsbourg. La rivalité austro-prussienne pour le contrôle de l'Allemagne allait se poursuivre jusqu'à la défaite finale de l'Autriche en 1866. À ce titre, Frédéric devint un héros national et un symbole de l'unité allemande, et était porté aux nues par Adolf Hitler et le parti nazi. Aujourd'hui, on se souvient de lui comme d'un souverain efficace, bien que de nombreux historiens s'interrogent sur l'attribution légitime d'une grande partie de ses réalisations.

Supprimer la pub
Publicité

Questions & Réponses

Qui était Frédéric le Grand?

Le roi Frédéric II de Prusse, plus connu sous le nom de Frédéric le Grand, régna sur la Prusse de 1740 à 1786. On se souvient de lui pour ses campagnes militaires qui firent passer la Prusse du statut de puissance de troisième ordre à celui de l'une des nations les plus importantes d'Europe.

Qui était le plus grand rival de Frédéric le Grand?

La principale rivale de Frédéric le Grand était Marie-Thérèse, souveraine de la monarchie des Habsbourg. Afin de renforcer la puissance de la Prusse dans l'espace germanique, Frédéric devait nécessairement affaiblir celle des Habsbourg.

Frédéric le Grand était-il LGBTQ?

Oui, la plupart des historiens contemporains s'accordent à dire que Frédéric le Grand était très probablement LGBTQ. Les preuves indiquent clairement qu'il entretint des relations homosexuelles avec plusieurs hommes tout au long de sa vie.

Quelles furent les batailles les plus importantes de Frédéric le Grand?

Frédéric le Grand remporta de nombreuses batailles décisives au cours de sa carrière, notamment celles de Hohenfriedberg (1745) et de Rossbach (1757).

Bibliographie

World History Encyclopedia est un associé d'Amazon et perçoit une commission sur les achats de livres sélectionnés.

Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth, responsable de Traduction pour WHE, est diplômée en anglais et en français langue étrangère. Parlant couramment le français, l'anglais et l'italien, elle a enseigné l'anglais au British Council à Milan, en Italie.

Auteur

Harrison W. Mark
Harrison Mark est diplômé de SUNY Oswego NY, où il a étudié l'histoire et les sciences politiques.

Citer cette ressource

Style APA

Mark, H. W. (2026, avril 23). Frédéric le Grand: La naissance de l'État prussien. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-25996/frederic-le-grand/

Style Chicago

Mark, Harrison W.. "Frédéric le Grand: La naissance de l'État prussien." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, avril 23, 2026. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-25996/frederic-le-grand/.

Style MLA

Mark, Harrison W.. "Frédéric le Grand: La naissance de l'État prussien." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, 23 avril 2026, https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-25996/frederic-le-grand/.

Soutenez-nous Supprimer la pub