John Brown

L'étincelle qui déclencha la guerre civile
Joshua J. Mark
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le
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John Brown, Abolitionist (by Levin C. Handy, Public Domain)
John Brown, abolitionniste Levin C. Handy (Public Domain)

John Brown (1800-1859) était un abolitionniste militant surtout connu pour son rôle dans les violences du Bleeding Kansas (ou Kansas sanglant, 1854-1859) et son raid sur Harpers Ferry, en Virginie (aujourd'hui en Virginie-Occidentale), en octobre 1859. Brown avait développé une haine intense pour l'esclavage dès son enfance, ce qui, associé à son éducation chrétienne évangélique, l'avait convaincu que Dieu l'avait appelé à mettre fin à l'esclavage aux États-Unis.

Bien que de nombreux facteurs aient conduit à la guerre de Sécession (1861-1865), le raid de Brown sur Harpers Ferry fut un catalyseur important dans la sécession des États du Sud, et de nombreux abolitionnistes de l'époque et historiens ultérieurs ont affirmé que c'est John Brown qui aurait déclenché la guerre civile qui mit fin à l'esclavage, comme il avait affirmé avoir été appelé à le faire.

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La controverse sur la question de savoir si Brown était un héros luttant pour les droits de l'homme ou un hors-la-loi et un terroriste commença alors qu'il menait une guerre contre les factions pro-esclavagistes au Kansas et s'intensifia après Harpers Ferry et son exécution par pendaison le 2 décembre 1859. Ce débat se poursuit aujourd'hui, mais d'une manière générale, l'opinion des spécialistes et du grand public s'est rangée du côté de Brown en tant que héros, et il est célébré par des statues et des noms de lieux à travers les États-Unis, ainsi que par des livres, des documentaires et des films, dont The Good Lord Bird (2020), avec Ethan Hawke dans le rôle de Brown, et basé sur le roman de James McBride publié en 2013.

Jeunesse et convictions anti-esclavagistes

Brown rejetait l'autorité, affirmant qu'il savait mieux que quiconque comment vivre sa vie.

John Brown vit le jour le 9 mai 1800 à Torrington, dans le Connecticut. Il était le quatrième enfant d'Owen Brown et de sa femme Ruth (née Mills), tous deux fervents abolitionnistes et participants au chemin de fer clandestin. En 1805, Owen déménagea avec sa famille à Hudson, dans l'Ohio, où il ouvrit une tannerie et transforma sa maison en refuge ("station") pour le chemin de fer clandestin, fournissant nourriture et provisions aux esclaves fugitifs (aspirants à la liberté) avant de les envoyer vers le nord, dans les États libres ou au Canada.

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En 1808, Ruth Brown mourut après avoir donné naissance à une fille, et cette perte affecta profondément son fils de 8 ans. Le père de Brown était souvent absent pour affaires, et la perte de sa mère l'obligea à trouver sa propre voie, qui allait être déterminée par un incident dont il fut témoin à l'âge de douze ans. Le chercheur Stephen B. Oates explique:

Il se trouve que John venait de terminer l'un de ses convois de bétail et avait trouvé loge chez un propriétaire qui possédait un esclave à peu près du même âge que lui. Voyant que le Noir était "mal habillé" et "mal nourri", John eut pitié de lui. Mais sa compassion se transforma en horreur lorsque le maître, sous les yeux de John, battit le garçon noir avec une pelle à feu en fer. John retourna à Hudson avec une angoisse implacable pour la "condition misérable et désespérée" de cet esclave "sans père ni mère". Il insista plus tard – et il n'y a aucune raison de le contredire – que le passage à tabac dont il avait été témoin avait fait de lui un ennemi "des plus déterminés" de l'esclavage.

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Brown était au départ un élève médiocre et préférait travailler dans la tannerie de son père plutôt que d'étudier à l'école dirigée par l'abolitionniste Elizur Wright. Il refusait toute autorité, affirmant qu'il savait mieux que quiconque comment mener sa propre vie et, comme l'écrit Oates, "il était arrogant et querelleur, mentait et avait acquis d'autres « mauvaises habitudes » dont il ne parlait jamais" (12). À l'âge de 16 ans, cependant, Brown changea de vie, fit une profession de foi officielle, devint membre de l'Église congrégationaliste d'Hudson, dans l'Ohio, et s'inscrivit à l'école de Moses Hallock à Plainfield, dans le Massachusetts, afin de se préparer au séminaire et à une carrière de pasteur.

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Il se consacra à des études sérieuses, mais quitta l'école de Hallock pour des raisons inconnues après seulement quelques mois et s'inscrivit à la Morris Academy de Litchfield, dans le Connecticut. Des problèmes de vue (une sorte d'inflammation) et le manque d'argent l'obligèrent à abandonner ses études et il retourna à Hudson, dans l'Ohio, en 1817.

Affaires, mariage et famille

Il travailla d'abord dans la tannerie de son père, mais, toujours incapable de se plier aux règles des autres, il partit pour créer sa propre entreprise. Oates commente: "C'était un jeune homme austère et tendu... totalement dépourvu d'humour et tellement ancré dans ses habitudes qu'il ne cédait devant personne" (14). Il se consacra alors à son entreprise et créa une tannerie prospère. Lorsqu'il ne travaillait pas, il étudiait seul l'arpentage à partir d'un livre. Rien n'indique qu'il ait eu des loisirs, comme le remarque Oates:

Il n'avait ni passe-temps, ni romance, ni moyen de se détendre le soir... et en vint à détester les conversations futiles et frivoles autant qu'il méprisait les jeux de cartes, la danse et autres formes de divertissement inutiles. L'action, le travail, la ténacité – telle était sa devise – et il s'acquittait de ses tâches à la tannerie avec une intensité électrisante.

(14)

Son entreprise étant désormais florissante, il engagea une veuve, Mme Amos Lusk, comme gouvernante, qui vint avec sa fille, Dianthe, qui devint l'épouse de Brown en 1820. Ils vivaient dans une cabane en rondins peu meublée, et Brown lisait régulièrement à sa nouvelle épouse et à sa belle-mère des passages de la Bible et des Vies parallèles de Plutarque le soir, lorsque ses yeux, qui lui causaient souvent des problèmes, le lui permettaient. Il mémorisait des passages qu'il citait fréquemment, méprisait l'alcool, le tabac et la caféine, et préférait les repas simples et sans fioritures. Le premier enfant du couple, John Jr., naquit le 25 juillet 1821, et ils en eurent six autres.

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Depuis son retour dans l'Ohio en 1817, Brown était actif dans le réseau clandestin d'aide aux esclaves, mais, comme son père faisait de même, Brown en vint à penser qu'il pourrait mieux servir la cause ailleurs et déménagea avec sa famille à Randolph Township, dans le comté de Crawford, en Pennsylvanie, en 1826. Cette décision fut également motivée par la santé déclinante de Dianthe, que Brown pensait pouvoir améliorer ailleurs, même s'il semble qu'il ait été la cause principale de son mal-être en raison de son autoritarisme inflexible qui la bouleversait souvent.

John Brown, c. 1846
John Brown, vers 1846 Augustus Washington (Public Domain)

Il construisit une nouvelle tannerie, équipée de pièces secrètes pour cacher les esclaves fugitifs, et fit de fréquents voyages à New York pour transporter vers le nord, cachés sous des peaux et des outils, ceux qui aspiraient à la liberté. Brown fonda une école et un bureau de poste à Randolph Township et devint son premier maître de poste, ce qui lui donna une raison supplémentaire de se rendre à New York, puisqu'il était désormais chargé de distribuer le courrier. Sa maison devint un refuge bien connu du chemin de fer clandestin, et il recruta d'autres personnes qui exploitèrent leur propre refuge et servirent de conducteurs.

Brown était un personnage populaire, bien qu'énigmatique et souvent intimidant, dans le canton de Randolph (plus tard Richmond), exhortant ses voisins à aller à l'église et à s'abstenir de toute activité futile. Sa tannerie était très prospère et il employait 15 personnes à plein temps. Il aidait les pauvres, défendait les droits fonciers des Autochtones et s'efforçait d'être un meilleur père pour ses enfants que son père ne l'avait été pour lui et ses frères et sœurs.

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Il était aussi strict avec ses enfants qu'avec lui-même, sa femme, ses employés et les autres. Oates écrit:

Lorsque Brown ne punissait pas ses enfants, il leur faisait la leçon sur la nécessité de vivre selon la règle d'or et de détester toutes les formes de méchanceté humaine, non seulement le mensonge et la désobéissance, mais aussi l'immoralité, la paresse, la chasse et la pêche (qui encourageaient la paresse) et l'esclavage.

(23)

Tous les enfants de Brown allaient devenir abolitionnistes comme leur père et participer à ses initiatives anti-esclavagistes au Kansas et au raid sur Harpers Ferry.

Décès, échecs et engagement

En 1831, les affaires de Brown commencèrent à péricliter et, la même année, son fils Frederick, âgé de quatre ans, mourut. Brown tomba malade, victime d'une fièvre qui l'empêcha de travailler régulièrement à la tannerie, ce qui aggrava ses problèmes financiers et ses dettes. Le 10 août 1832, Dianthe mourut après avoir donné naissance à un fils, qui mourut également. Incapable de payer son loyer, Brown et ses cinq enfants emménagèrent chez un voisin, James Foreman, acceptant de payer une pension qu'il ne pouvait en réalité pas se permettre.

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Brown avait été un abolitionniste zélé pratiquement toute sa vie, mais il consacra désormais encore plus d'énergie à cette cause.

Brown retourna à contrecœur dans sa propre maison et, grâce à une légère amélioration de ses affaires, engagea une femme de ménage qui amena avec elle sa sœur, Mary Ann Day, qui devint la deuxième épouse de Brown lorsqu'ils se marièrent le 14 juillet 1833. Le couple eut finalement 13 enfants. Incapable de relancer son entreprise et s'enfonçant davantage dans les dettes, Brown quitta la Pennsylvanie et retourna dans l'Ohio (à Franklin Mills, près de Hudson) en 1835, où il s'associa avec le riche tanneur Zenas Kent.

Le succès financier du canal Érié avait déclenché un "boom du canal" et les investisseurs étaient impatients d'en tirer profit, y compris Kent. Brown convainquit ses amis et sa famille d'investir, leur promettant de beaux profits une fois que les nouveaux canaux seraient arrivés dans l'Ohio. Il emprunta lui-même des sommes considérables pour investir et se lança dans la spéculation foncière, mais la crise financière de 1837 détruisit tous ses rêves lorsque les États-Unis entrèrent en dépression économique.

Les activités commerciales de Brown continuèrent d'aller à la dérive, mais il maintint son engagement envers le chemin de fer clandestin, donnant ce qu'il pouvait aux esclaves en fuite qui trouvaient refuge chez lui. En novembre 1837, l'écrivain abolitionniste, pasteur et éditeur de journaux Elijah Parish Lovejoy fut assassiné dans l'Illinois par une foule pro-esclavagiste venue du Missouri. Il fut pleuré et loué par les communautés abolitionnistes partout dans le pays. Après une cérémonie en hommage à Lovejoy à Franklin Mills, Brown renouvela son engagement en faveur de l'abolition, comme l'explique Oates:

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Alors que la réunion touchait à sa fin, Brown se leva soudainement, leva la main droite et jura qu'ici, devant Dieu, dans cette église, en présence de ces témoins, il consacrerait sa vie à la destruction de l'esclavage.

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Brown n'abandonna pas immédiatement tous ses intérêts commerciaux ni ses spéculations, mais il consacra davantage de temps aux initiatives anti-esclavagistes, en particulier à la lutte contre les colons pro-esclavagistes qui tentaient de s'implanter dans l'Ohio. Brown avait été un abolitionniste zélé pratiquement toute sa vie, mais il consacra désormais davantage d'énergie à cette cause, ce qui finit par le conduire au Kansas.

Le chemin vers le Kansas

Malgré tous ses efforts, les difficultés financières de Brown s'aggravèrent et il fut expulsé de l'église Franklin Mills après avoir dénoncé sa politique de ségrégation. Les membres noirs de la congrégation étaient obligés de s'asseoir à l'arrière de l'église et un soir, Brown demanda à sa famille de se lever, les conduisit à l'arrière de l'église et fit passer une famille noire devant lui pour s'asseoir à sa place. Cet acte lui fit perdre le soutien des membres blancs de l'église et aggrava davatange ses difficultés financières.

En 1846, il déménagea avec sa famille à Springfield, dans le Massachusetts, un bastion des abolitionnistes, où il rencontra Frederick Douglass (1818-1895) et Sojourner Truth (vers 1797-1883). Brown devint un orateur abolitionniste populaire, consolida les sites et les initiatives du chemin de fer clandestin et finança la publication d'ouvrages et de rééditions abolitionnistes, dont le célèbre Appeal to the Coloured Citizens of the World (Appel aux citoyens de couleur du monde) de David Walker, publié en 1829 et réédité en 1848.

Frederick Douglass
Frédéric Douglass George Kendall Warren (Public Domain)

En 1850, il fonda la League of Gileadites, une organisation militante qui s'opposait à la loi sur les esclaves fugitifs de 1850, protégeait les personnes en quête de liberté et les Noirs libres, et contrecarrait les efforts des agences gouvernementales américaines et des chasseurs d'esclaves. Ses efforts firent de Springfield l'une des étapes les plus connues et les plus efficaces du chemin de fer clandestin, mais cela n'améliora en rien sa situation financière personnelle.

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En 1850, ruiné, il quitta Springfield pour New York, où il s'installa sur un terrain acheté à l'abolitionniste Gerrit Smith (1797-1874) près de Lake Placid, dans la ville de North Elba. La famille exploita sa ferme pendant quelques années, mais après l'adoption du Kansas-Nebraska Act de 1854, qui accordait aux habitants de la région le droit de décider si le Kansas serait un État libre ou esclavagiste, cinq des fils de Brown (John Jr, Jason, Owen, Frederick et Salmon) s'y installèrent, et Brown, son fils Oliver et son gendre Henry Thompson les suivirent peu après avec une charrette remplie d'armes et de munitions.

Le Kansas sanglant

"Bleeding Kansas" (ou "Bloody Kansas") est un terme utilisé pour désigner la région par le New York Tribune en 1856, en référence aux violences qui éclatèrent entre les abolitionnistes " free-stater" et les partisans de l'esclavage au sujet de l'admission du Kansas dans l'Union en tant qu'État libre ou esclavagiste. En 1855, le Kansas avait une capitale pro-esclavagiste à Lecompton et une capitale anti-esclavagiste à Lawrence, deux constitutions différentes et deux législatures différentes.

John Brown et ses fils s'installèrent près de la colonie libre d'Osawatomie, baptisant leur campement "Brown's Station", et il fut rapidement reconnu en tant que chef des forces abolitionnistes/anti-esclavagistes. Le 21 mai 1856, une milice esclavagiste, composée principalement de rufians venus du Missouri, pilla la ville de Lawrence. Le lendemain, à Washington, D.C., le démocrate esclavagiste Preston Brooks attaqua le républicain abolitionniste Charles Sumner dans la salle du Sénat américain et le roua de coups jusqu'à le laisser inconscient.

En représailles, Brown mena certains de ses fils, ainsi que d'autres personnes, dans le massacre de Pottawatomie, au cours duquel cinq partisans de l'esclavage furent traînés hors de leurs maisons et massacrés à coups d'épée entre le soir du 24 mai et le petit matin du 25. La nouvelle du massacre de Pottawatomie attira l'attention nationale sur John Brown, et une prime fut mise sur sa tête.

John Brown with Full Beard, 1859
John Brown avec une barbe fournie, 1859 Martin M. Lawrence (Public Domain)

Le 30 août 1856, l'esclavagiste John W. Reid, du Missouri, mena les forces pro-esclavagistes contre Osawatomie, tuant Frederick Brown et engageant le reste de la famille et leurs alliés dans la bataille d'Osawatomie. Brown tint sa position aussi longtemps qu'il le put, mais finit par battre en retraite, et Osawatomie fut incendiée. Brown continua à combattre les forces esclavagistes jusqu'en 1859, date à laquelle il quitta la région, désormais célèbre et recherché, et commença à préparer l'attaque contre l'esclavage qu'il planifiait depuis au moins 20 ans.

Harpers Ferry

Le plan de Brown était de s'emparer de l'arsenal américain de Harpers Ferry, en Virginie, de prendre des otages pendant qu'il chargeait toutes les armes et les munitions dans des wagons, de les distribuer aux nombreux esclaves qui, il en était sûr, se rallieraient à sa cause, et de lancer une grande insurrection d'esclaves qui briserait l'emprise des partisans de l'esclavage sur la nation. Il fut conseillé dans l'élaboration logistique du raid par Harriet Tubman (vers 1822-1913), qui était également convaincue, tout comme Brown, que pour mettre fin à l'esclavage, le pays devait être "purgé par le sang".

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Son plan était similaire à celui de la rébellion de Gabriel (1800) et s'inspirait en partie de la rébellion de Nat Turner (1831). Tout comme Turner, Brown était convaincu qu'une fois le premier coup porté, les esclaves se soulèveraient et se joindraient à lui. Il s'attendait à ce que des milliers de personnes rejoignent les rangs de son armée de libération et apporta des piques et d'autres armes à Harpers Ferry pour armer ceux qui n'avaient pas reçu d'armes provenant de l'arsenal. Brown et ses troupes devaient ensuite s'enfuir dans les montagnes, établir des bastions et mener une guérilla contre les forces esclavagistes tout en offrant un refuge aux esclaves fugitifs.

Harpers Ferry Arsenal, 1862
Arsenal de Harper's Ferry, 1862 National Park Service (Public Domain)

Brown loua la ferme Kennedy dans le comté de Washington, dans le Maryland, à seulement 6,4 km de Harpers Ferry, pour en faire son quartier général. Avec 22 hommes, dont trois de ses fils, il s'empara de l'arsenal dans la nuit du 16 octobre 1859 sans tirer un seul coup de feu. Ils coupèrent les fils télégraphiques, prirent des otages et alertèrent les esclaves locaux que l'heure de leur libération était proche et qu'ils devaient répandre la nouvelle.

Les hommes de Brown chargèrent les armes dans les wagons et le plan se déroulait à la perfection lorsqu'un train de la Baltimore and Ohio Railroad entra en gare de Harpers Ferry. Le gardien de nuit avait quitté son poste, chassé par les hommes de Brown, et un bagagiste et Noir libre nommé Heyward Shepherd était parti à sa recherche et fut abattu dans le dos par les hommes de Brown qui, dans l'obscurité, le prirent pour un Blanc favorable à l'esclavage. L'ironie du fait que la première victime de l'attaque de Harpers Ferry pour libérer les esclaves ait été un Noir est mentionnée par les écrivains et les historiens depuis 1859.

Le gardien de nuit disparu réapparut par la suite pour avertir le train, qui fut arrêté. Brown monta à bord avec ses hommes, expliqua la situation, puis, de manière inexplicable, autorisa le train à poursuivre sa route. Dès que le train arriva à la gare suivante, le conducteur envoya un télégramme pour avertir de l'attaque, qui fut d'abord ignoré, mais une fois la nouvelle confirmée, l'ordre fut donné de mobiliser des troupes pour les envoyer à Harpers Ferry.

Entre-temps, le matin du 17 octobre, la milice locale s'était organisée et avait attaqué le groupe de Brown, qui s'était réfugié dans la salle des machines de l'arsenal, où était entreposé le matériel de lutte contre l'incendie (aujourd'hui connu sous le nom de John Brown's Fort), avec leurs otages. La milice ouvrit le feu, les hommes de Brown ripostèrent et les combats se poursuivirent toute la journée. Watson Brown et Aaron D. Stevens furent envoyés sous un drapeau de trêve, mais tous deux furent abattus et le fils de Brown, Owen, fut mortellement blessé. Les milliers d'esclaves que Brown espérait rallier ne se présentèrent jamais et il se retrouva en infériorité numérique.

Les marines arrivèrent dans la soirée sous le commandement de Robert E. Lee et lancèrent leur assaut le matin du 18. Le lieutenant J. E. B. Stuart tenta de négocier une trêve, qui fut rejetée, et Lee ordonna alors au lieutenant Israel Greene de défoncer les portes de la salle des machines. Greene maîtrisa John Brown, et les autres furent capturés ou tués dans la bataille qui suivit.

Brown fut emprisonné, jugé, reconnu coupable de trahison envers l'État de Virginie et de "complot en vue de fomenter une insurrection d'esclaves", puis pendu le 2 décembre 1859. Son corps fut enterré dans sa maison de North Elba, dans l'État de New York.

John Brown's Tombstone
Pierre tombale de John Brown Mwanner (CC BY-SA)

Conclusion

John Brown, personnage déjà controversé, devint alors un martyr de la cause abolitionniste et un catalyseur qui poussa les partisans de l'esclavage à commencer à plaider en faveur de la sécession des États esclavagistes de l'Union. Le raid sur Harpers Ferry est considéré comme l'étincelle qui contribua à déclencher la guerre de Sécession, qui effectivement "purifia le pays par le sang", comme l'avait prédit Brown, mettant fin à l'esclavage avec le treizième amendement en 1865.

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Questions & Réponses

Qui était John Brown?

John Brown était un abolitionniste américain connu pour son engagement sans compromis en faveur de l'abolition de l'esclavage aux États-Unis.

Pourquoi John Brown est-il si controversé?

John Brown a été sujet à controverse tout au long de sa vie pour son militantisme et son appel à la violence pour mettre fin à l'esclavage. De nombreux abolitionnistes partageaient les convictions de Brown, mais pas ses méthodes. Après sa mort, le débat s'est ouvert pour savoir s'il était un héros ou un terroriste, un débat qui se poursuit encore aujourd'hui.

Pourquoi John Brown est-il célèbre?

John Brown est surtout connu pour le raid qu'il mena en octobre 1859 à Harpers Ferry, en Virginie (aujourd'hui Virginie-Occidentale), dans l'espoir de déclencher une révolte d'esclaves à grande échelle. La révolte n'eut jamais lieu et Brown fut capturé.

Comment est mort John Brown?

John Brown fut pendu publiquement le 2 décembre 1859 pour trahison envers l'État de Virginie et tentative d'incitation à la révolte des esclaves.

Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth, responsable de Traduction, est diplômée en anglais et en français langue étrangère. Parlant couramment le français, l'anglais et l'italien, elle a enseigné l'anglais au British Council à Milan, en Italie.

Auteur

Joshua J. Mark
Joshua J. Mark est cofondateur et Directeur de Contenu de la World History Encyclopedia. Il était auparavant professeur au Marist College (NY) où il a enseigné l'histoire, la philosophie, la littérature et l'écriture. Il a beaucoup voyagé et a vécu en Grèce et en Allemagne.

Citer cette ressource

Style APA

Mark, J. J. (2025, août 02). John Brown: L'étincelle qui déclencha la guerre civile. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-24420/john-brown/

Style Chicago

Mark, Joshua J.. "John Brown: L'étincelle qui déclencha la guerre civile." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, août 02, 2025. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-24420/john-brown/.

Style MLA

Mark, Joshua J.. "John Brown: L'étincelle qui déclencha la guerre civile." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, 02 août 2025, https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-24420/john-brown/.

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