Hernando de Soto

Définition

Mark Cartwright
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 11 juillet 2022
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Disponible dans ces autres langues: anglais, espagnol
Hernando de Soto (by Juan Brunetti & José Maea., )
Hernando de Soto
Juan Brunetti & José Maea. ()

Hernando de Soto (c. 1500-1542) était un conquistador espagnol qui combattit au Panama et au Nicaragua et accompagna Francisco Pizarro (c. 1478-1541) dans la conquête de la civilisation inca au Pérou. Il explora l'Amérique du Nord, y compris le fleuve Mississippi, où il mourut en 1542 sans avoir trouvé les légendaires cités d'or qui l'avaient poussé à poursuivre ses quatre années d'exploration.

Jeunesse et Amérique centrale

Hernando de Soto naquit vers 1500 à Jerez de los Caballeros ou à Badajoz, toutes deux situées en Estrémadure, en Espagne. Il vit le jour dans une famille de la petite noblesse et avait donc le statut d'hidalgo. Vers 1514, le jeune Hernando partit à l'aventure dans le Nouveau Monde avec une flotte dirigée par Pedro Arias de Ávila (alias Pedrarias Dávila, né en 1442) à destination de Panama. En 1517, il explora l'actuelle Colombie avant de retourner au Panama. En 1524, de Soto se joignit à une expédition dirigée par Francisco Hernández de Córdoba en direction de l'actuel Nicaragua. Comme c'était souvent le cas dans le monde des conquistadores, Córdoba ne s'entendait pas avec de Soto et le fit même arrêter, mais il s'échappa de sa prison grâce à l'aide de Francisco de Compañón.

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De Soto n'avait pas nui à sa carrière en rejoignant les forces de Pedrarais, désormais puissant administrateur colonial et gouverneur de Panama. Pedrarias était en forte concurrence avec Pedro de Alvarado (c. 1485-1541), le gouverneur du Guatemala, pour le territoire situé entre leurs deux domaines (les actuels Salvador et Honduras). Pedrarias n'appréciait pas non plus que Córdoba outrepasse son autorité, ce que lui avait rapporté de Soto.

De Soto fut récompensé pour ses exploits au Nicaragua en étant nommé premier magistrat ou alcalde de León, la capitale régionale. Cette position donna à de Soto plusieurs encomiendas, c'est-à-dire le droit d'exploiter le travail forcé local. L'ensemble de la région déçut les Espagnols en termes de métaux précieux disponibles, mais ils gagnèrent de l'argent grâce à l'esclavage. De Soto était l'un des principaux marchands d'esclaves, vendant les Centraméricains capturés aux colonies du continent et des Caraïbes espagnoles. L'un des navires de De Soto, La Concepción, transportait près de 400 esclaves par voyage.

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Spanish Colonial Empire in the Age of Exploration
L'Empire colonial espagnol durant l'Âge des Grandes Découvertes
Simeon Netchev ()

Un chroniqueur espagnol donne la description suivante, plutôt flatteuse, de de Soto : "un bel homme, au teint foncé... au visage joyeux, endurant les épreuves et très vaillant" (Howard, 67). De Soto était de petite taille, mais déjà remarqué pour son audace, ses talents de cavalier et ses qualités chevaleresques (envers les autres Européens uniquement, semble-t-il).

Pizarro et les Incas

Dans les années 1530, de Soto était l'un des principaux commandants de Francisco Pizarro et le cofondateur de l'expédition qui partit à la conquête de l'Empire Inca. En échange de son soutien financier, de Soto s'était vu promettre le poste de gouverneur de la plus grande ville qu'ils rencontreraient. De Soto arriva en Amérique du Sud peu après Pizarro avec une force supplémentaire utile de deux navires transportant 100 Espagnols et environ 50 chevaux en décembre 1531. À bord se trouvait également la première femme espagnole à atteindre le Pérou, Juana Hernández.

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De Soto offrit son anneau d'or au souverain inca Atahualpa en gage de bonne volonté.

L'armée combinée des conquistadores attaqua le port de Tumbes dans le golfe de Guayaquil en février 1532. Ensuite, ils se déplacèrent vers l'intérieur des terres et remarquèrent les routes bien construites et les entrepôts le long du chemin, ce qui indique qu'ils entraient sûrement sur les terres d'un riche empire. Enfin, le 15 novembre 1532, un premier contact fut établi avec le peuple Inca, et Pizarro fit savoir qu'il souhaitait s'entretenir avec leur roi à Cajamarca, sur les hauts plateaux du Pérou. De Soto fut l'homme envoyé pour rencontrer le souverain inca, qui, comme par hasard, était en train de profiter des sources locales à l'extérieur de Cajamarca. Atahualpa (r. de 1532 à 1533) venait de vaincre son frère Huascar dans une guerre civile de 6 ans. De Soto entra dans le camp d'Atahualpa avec 15 hommes et un interprète plutôt médiocre. Après avoir attendu pendant plusieurs heures une audience royale, de Soto fut rejoint par 20 autres conquistadores menés par Hernando Pizarro (le frère de Francisco).

Finalement, Atahualpa daigna sortir de sa luxueuse tente. Le premier contact fut amical, avec des boissons et une série de discours. Les Espagnols prononcèrent leur habituel monologue déculpabilisant, le Requerimiento de 1514, qui retraçait l'histoire du christianisme, la supériorité du pape et l'obligation, à partir de ce jour, pour tous les peuples indigènes de se soumettre à l'autorité espagnole. Incompréhensibles pour les autochtones, la plupart des conquistadores se contentaient de survoler les éléments les plus pertinents du document, commençant souvent à tirer avant d'avoir atteint les dernières lignes. À ce stade précoce de la conquête, on peut imaginer que de Soto était encore méticuleux et qu'il choisit d'ennuyer son auditoire au maximum. Dans certains récits, de Soto aurait ensuite offert sa bague en or à Atahualpa en gage de bonne volonté (dans d'autres versions, c'est Hernando Pizarro qui aurait offert le bijou).

Atahualpa
Atahualpa
Brooklyn Museum ()

Il y eut ensuite une démonstration d'équitation espagnole par de Soto, Hernando Pizarro et Sebastián de Belalcázar. De Soto essaya d'intimider les Incas en faisant semblant de charger son cheval sur la foule et en le faisant se cabrer. Un chroniqueur décrit même le cheval de Soto qui, en s'ébrouant, fit trembler les plumes de la coiffe sacrée du souverain inca. Atahualpa resta impassible face à cette charge, mais le lendemain, il ordonna l'exécution des dignitaires incas à ses côtés qui avaient tressailli pendant la performance de de Soto; leurs femmes et leurs enfants furent également exécutés. De Soto fit son rapport à Pizarro, qui décida le lendemain d'attaquer l'armée inca. Atahualpa avait probablement le même genre de plan pour les Espagnols. Dans la bataille qui suivit, les Espagnols mirent en déroute une force inca de 80.000 hommes. 7000 Incas furent tués et aucun Espagnol. La supériorité écrasante des armes à poudre, des arbalètes et de la cavalerie (commandée en deux ailes par Pizarro et de Soto) ne pouvait être plus évidente.

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En 1537, de Soto obtint son souhait de poursuivre l'aventure lorsqu'il obtint une audience avec le roi d'Espagne.

Atahualpa fut capturé et dut fournir un énorme trésor pour obtenir sa libération. Lorsque cette vaste quantité d'or et d'argent fut dûment livrée, Pizarro décida d'exécuter quand même Atahualpa le 26 juillet 1533. De Soto et un certain nombre d'autres conquistadores de haut rang avaient soutenu que le souverain inca devait être envoyé en Espagne, mais Pizarro était déterminé à couper la tête politique, religieuse et militaire de la culture qu'il était sur le point de détruire. Il est peut-être significatif que de Soto ait été envoyé en mission de reconnaissance pendant que le procès et la sentence rapides étaient exécutés. Également significatif, de Soto rapporta qu'il n'avait trouvé aucune preuve d'une seconde armée inca attendant d'attaquer les Espagnols.

Alors que la conquête se poursuivait, les conquistadores approchèrent de la capitale inca de Cusco. De Soto, à la tête d'une force avancée, fut le premier Espagnol à entrer dans cette grande métropole andine en septembre 1533. Les conquistadores furent impressionnés par la densité de la ville et par ses palais et entrepôts en pierre finement construits. Pizarro s'empara assez facilement de Cusco en novembre 1533, mais un soulèvement inca en 1536-1537 entraîna le siège de la ville. Cusco finit par se rendre en avril 1537.

Inca Qollqa
Qollqa inca
Stevage (CC BY-SA)

Entre la chute initiale de Cusco et sa reconquête, de Soto avait été nommé corregidor de la capitale inca (dans ce contexte, son gouverneur) tandis que Pizarro était parti explorer la côte où il fonda Lima. De Soto distribua des encomiendas et établit une sorte d'ordre dans la ville fracturée depuis sa résidence dans le palais Amarukancha. De Soto avait également dirigé une armée alliée inca-espagnole contre le général inca rebelle Quizquiz, qui résistait à l'invasion espagnole depuis sa base de Quito. Les Espagnols finirent par soumettre les rebelles, et l'empire inca s'effondra complètement. La vice-royauté du Pérou fut formée en 1542.

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Gouverneur de Cuba

De Soto, avec sa part de 17 740 pesos provenant de la rançon d'Atahualpa, était maintenant un homme riche, mais après la chute de Cusco, il voulut ajouter à son succès et devenir un administrateur colonial de premier plan sur son propre territoire. Pizarro gardait jalousement ses privilèges au Pérou, et de Soto avait été écarté du commandement d'une nouvelle expédition au Chili, ce rôle étant attribué à Diego de Almagro (c. 1475-1538). Par conséquent, de Soto fut obligé de chercher ailleurs. En décembre 1535, il quitta l'Amérique du Sud et sa maîtresse Tocto Chimpu, la fille du défunt chef inca Huascar. De retour à Séville, de Soto vécut dans un immense manoir entouré d'une suite de serviteurs tout aussi imposante, tandis qu'il réfléchissait à son avenir.

En 1537, le souhait de Soto de poursuivre l'aventure fut exaucé lorsqu'il obtint une audience avec le roi d'Espagne, Charles Quint, empereur romain germanique (r. de 1519 à 1556). Il fut nommé gouverneur de Cuba et chevalier de Santiago. En outre, la Couronne espagnole accorda à de Soto le statut convoité d'adelantado, qui était le droit de conquête. De Soto avait des vues sur la Colombie, mais le roi avait des projets pour l'Amérique du Nord, en particulier la côte du Golfe, où l'on disait qu'il y avait beaucoup d'or à trouver. De Soto se vit accorder une capitulación, le droit d'explorer et d'exploiter une vaste étendue de terre allant de la rivière de las Palmas au Mexique jusqu'aux Keys de Floride. En contrepartie, de Soto devait donner à la Couronne 20% des richesses qu'il gagnerait.

Route of the de Soto Expedition
Parcours de l'expédition de Soto
Herb Roe ()

Un autre conquistador, Juan Ponce de León (1474-1521), avait mené deux expéditions pour explorer ce qui est aujourd'hui la Floride en 1513 et 1521. Les autorités espagnoles avaient jusqu'alors été lentes à donner suite aux découvertes de León, peut-être en raison de l'accueil hostile qu'il avait reçu. La réputation de la région sombra encore plus bas dans les estimations espagnoles en 1527-8 lorsqu'une expédition dirigée par Pánfilo de Narváez se termina par la mort de presque tous les participants, victimes d'attaques d'indigènes, de famine ou de naufrage. L'un des survivants, Álvar Núñez Cabeza (c. 1490-1556), persista dans ses vagues allusions à l'existence de cités d'or à conquérir au-delà de la péninsule de Floride, une description à l'authenticité douteuse, que le Conseil des Indes, de retour en Espagne, nota néanmoins pour info.

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En 1537, les Espagnols étaient à nouveau prêts à tenter d'explorer et d'exploiter l'Amérique du Nord. L'expédition de De Soto quitta l'Espagne en avril 1538, se ravitailla aux Canaries puis à Cuba, où une série de fêtes célébra sa nomination en tant que gouverneur. Un mauvais présage, peut-être, l'échouement du navire amiral San Cristóbal dans le port de Santiago, alors capitale, qui entraîna la perte du vin de l'expédition. La nouvelle épouse de De Soto, Isabela de Bobadilla, fille de Pedrarias, avait fait le voyage depuis Séville, mais on la laissa gouverner Cuba en tant que gouverneur adjoint jusqu'au retour de son mari.

Discovery of the Mississippi by De Soto
Découverte du Mississippi par De Soto
Architect of the Capitol (Public Domain)

Parti de La Havane avec une flotte de neuf navires, de Soto débarqua probablement près de ce qui est aujourd'hui Tampa, en Floride, à la fin du mois de mai 1539. Il s'agissait d'une entreprise bien financée, qui comprenait 600 combattants qui pour beaucoup avaient eu une expérience coloniale au Pérou. Les navires transportaient un vaste éventail d'équipements et de provisions coûteux, allant du bœuf salé aux chaînes de fer qui, espéraient-ils, lieraient bientôt les esclaves capturés.

Exploration de l'Amérique du Nord

Presque immédiatement après le débarquement, les Espagnols commencèrent leur stratégie habituelle consistant à tuer des indigènes, à s'emparer d'interprètes et à chercher de l'or et de l'argent. Une des premières "captures" utiles fut Juan Ortiz, un natif de Séville qui avait fait partie d'une précédente expédition espagnole et qui avait ensuite été capturé. Il avait échappé à une condamnation à mort et vivait désormais comme les Indiens; il s'était même tatoué le corps. Il devint l'interprète principal de de Soto. Ortiz assura à ses compatriotes qu'il n'y avait pas d'or à trouver dans ces régions. De Soto décida tout de même de poursuivre sa route vers le nord, souvent rassuré par les récits habituels des indigènes selon lesquels la tribu suivante, au-delà de la colline voisine, était riche en or, mais pas eux. En passant, de Soto laissa derrière lui des maladies européennes dévastatrices et une suspicion durable à l'égard de ces étranges hommes barbus venus d'un autre monde.

De Soto continua à avancer, rencontrant finalement les Apalaches et d'innombrables autres groupes, atteignant ainsi le nord de l'actuelle Caroline du Nord. Au cours des quatre années qui suivirent, ils parcoururent laborieusement une énorme étendue de terre couvrant ce qui est aujourd'hui les États américains de Floride, Géorgie, Caroline du Sud, Tennessee, Alabama, Mississippi et Arkansas. De Soto utilisa à plusieurs reprises sa stratégie consistant à capturer un chef de tribu et à exiger de la nourriture et des porteurs pour poursuivre son expédition. Les envahisseurs découvrirent d'excellentes terres agricoles, de belles poteries et d'impressionnants tumulus, mais ils n'avaient toujours pas trouvé les légendaires cités d'or. L'Amérique du Nord ne semblait pas posséder les richesses du Mexique ou du Pérou. De Soto finit par retourner sur le Mississippi mais mourut, peut-être de fièvre, près de Natchez le 21 mai 1542. Il avait 42 ans. Le corps d'Hernando de Soto fut jeté dans les eaux du Mississippi. L'expédition, désormais dirigée par Luis de Moscoso, l'adjoint nommé par de Soto, fut interrompue et les survivants rebroussèrent chemin, atteignant finalement Pánuco au Mexique en septembre 1543.

L'expédition de Hernando de Soto vers la Floride (1539-1542) fut un désastre coûteux tant pour les participants que pour les communautés rencontrées, mais elle donna au moins lieu à la première documentation détaillée sur les peuples et les cultures de cette partie de l'Amérique du Nord avant d'être pratiquement effacée par les Européens qui suivirent.

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Questions & Réponses

Pour quoi Hernando de Soto est-il connu ?

Hernando de Soto est surtout connu pour avoir exploré ce qui est aujourd'hui le sud-est des États-Unis et pour avoir été l'un des principaux conquérants de l'empire inca au Pérou dans les années 1530.

Qu'a découvert Hernando de Soto ?

Hernando de Soto mena la première expédition européenne à explorer en profondeur certaines parties du sud-est des États-Unis entre 1539 et 1542. D'autres expéditions espagnoles s'étaient rendues dans la région mais n'avaient pas couvert autant de territoire que de Soto.

Pourquoi Hernando de Soto a-t-il exploré l'Amérique du Nord ?

Hernando de Soto a exploré l'Amérique du Nord parce qu'il était à la recherche d'un empire d'or aussi riche que celui des Aztèques et des Incas. Mais son expédition fut un échec.

Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth s'est consacrée à la traduction après avoir enseigné l'anglais au British Council de Milan. Elle parle couramment le français, l'anglais et l'italien et a 25 ans d'expérience dans le domaine de l'éducation. Elle aime voyager et découvrir l'histoire et le patrimoine d'autres cultures.

Auteur

Mark Cartwright
Mark est un auteur, chercheur, historien et éditeur à plein temps. Il s'intéresse particulièrement à l'art, à l'architecture et à la découverte des idées que toutes les civilisations peuvent nous offrir. Il est titulaire d'un Master en Philosophie politique et est le Directeur de Publication de WHE.

Citer cette ressource

Style APA

Cartwright, M. (2022, juillet 11). Hernando de Soto [Hernando de Soto]. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-20637/hernando-de-soto/

Style Chicago

Cartwright, Mark. "Hernando de Soto." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. modifié le juillet 11, 2022. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-20637/hernando-de-soto/.

Style MLA

Cartwright, Mark. "Hernando de Soto." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 11 juil. 2022. Web. 04 mars 2024.

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