Guerriers Celtes

Définition

Mark Cartwright
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 11 février 2021
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Disponible dans ces autres langues: anglais, espagnol
Celtic Warriors (by Amplitude Studios, Copyright)
Guerriers celtes
Amplitude Studios (Copyright)

Les guerriers de l'Europe celtique étaient parmi les plus remarquables de l'Antiquité. Avec leur grande taille, leurs longs cheveux et leurs imposantes moustaches, leur nudité fréquente, leurs corps peints et tatoués et leur goût pour la collecte des têtes ennemies au combat, les guerriers celtes étaient redoutables à voir. Combattant à pied, à cheval ou sur un char, les guerriers celtes se distinguaient également par la présence de femmes dans leurs rangs et parfois même à leur tête. Longtemps éclipsés par ceux qui finirent par les vaincre, les Romains, et d'autres, les guerriers celtes tels que Brennus (c. 390 de notre ère), Vercingétorix (82-46 av. J.-C.), Ambiorix (c. 54/53 avant notre ère) et la reine Boadicée (m. 61 de notre ère) causèrent de nombreux ennuis à leurs ennemis et les impressionnèrent par leur détermination et leur bravoure au combat.

Les "barbares" de l'Antiquité

Ce sont les auteurs grecs et romains qui nous donnent la meilleure image des Celtes en termes de sources écrites. Les auteurs classiques qualifiaient souvent de "barbares" les peuples vivant au-delà de leur contrôle géographique et de leurs connaissances. Les Grecs appelaient les Celtes Keltoi ou Galatae et les Romains les appelaient Celtae ou Galli. Il s'agissait des peuples qui parlaient la langue celtique et qui habitaient l'Europe occidentale et centrale, de l'Ibérie au Danube, au cours du premier millénaire avant notre ère et pendant plusieurs siècles au cours du premier millénaire de notre ère. Les Celtes eux-mêmes n'avaient probablement pas le sentiment d'appartenir à une race européenne, mais plutôt de faire allégeance à leur tribu locale ou, tout au plus, à la confédération à laquelle leur tribu pouvait appartenir pour les besoins de la guerre. Par conséquent, tout traitement généralisé des Celtes doit couvrir une vaste zone géographique et une vaste période, et il est rappelé au lecteur que des variations existaient dans tous les aspects de la culture celtique, y compris la guerre.

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En Grande-Bretagne, les guerriers celtes portaient des tatouages et des motifs peints sur leur corps avec une teinture bleue issue de la guède.

Un autre problème que pose toute étude sur les Celtes est l'absence de sources écrites produites par eux-mêmes. Ces tribus, en grande partie illettrées, conservaient et transmettaient leur culture oralement, notamment par l'intermédiaire de druides érudits. Par conséquent, outre les rares inscriptions brèves et les découvertes physiques de l'archéologie, nous devons compter sur les écrivains gréco-romains pour obtenir de nombreux détails sur la guerre et la vie des Celtes en général. Naturellement, les Romains furent les vainqueurs ultimes et des sources telles que la Guerre des Gaules de Jules César peuvent être inestimables, mais elles ne furent aucunement conçues pour consigner la culture celtique à la postérité. Les auteurs classiques n'étaient pas non plus exempts de préjugés, de méprises et de stéréotypes. Lorsque Strabon, écrivain du 1er siècle avant notre ère, notait à propos des Celtes que "toute la race... aime follement la guerre, est pleine d'entrain et prompte au combat" (in Cunliffe, 213), dépeignait-il avec exactitude un ennemi ou faisait-il paraître les guerriers de sa propre culture encore plus performants pour avoir conquis un ennemi aussi valeureux? Quoi qu'il en soit, la contribution des auteurs classiques est inestimable, et les Celtes leur étaient bien connus, non seulement en tant qu'ennemis, mais aussi plus tard en tant que mercenaires dans les armées puniques, grecques et romaines.

Celtic Warrior, Braganza Brooch
Guerrier Celte, fibule de Braganza
The British Museum (CC BY-NC-SA)

Idéologie

D'après ce que nous savons de la religion celtique, il semble que ces peuples étaient en effet, comme les Romains les ont si bien décrits, quelque peu préoccupés par la guerre. Bien que la signification des premiers dieux celtes reste obscure, beaucoup de grands dieux et déesses, comme on le voit par exemple dans la littérature irlando-celtique du Moyen-Âge (qui rassemblait des traditions orales antérieures), étaient envisagés comme des héros guerriers. Lugh et le Dagda en sont des exemples. Ce phénomène n'est pas unique et se retrouve dans les panthéons de nombreuses autres cultures anciennes. La valeur accordée aux affaires martiales est également visible dans les objets funéraires celtiques, qui comprennent des armes, des armures et des chars.

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Ils menaient la guerre pour acquérir de la richesse, du prestige, du pouvoir, des terres et pour se venger. Il y avait également des raids spécifiques visant à capturer du bétail et des esclaves qui pouvaient ensuite être échangés contre des produits de luxe tels que des objets en or portables et du vin. Le prestige était un élément important de la société celtique, et l'estime gagnée au combat permettait au guerrier d'obtenir une meilleure place dans les festins et de choisir une meilleure part de la viande offerte. En outre, les chefs devaient se montrer généreux envers leurs hommes, une situation qui perpétuait les raids et les conflits afin d'acquérir toujours plus de richesses à distribuer.

Les guerriers celtes étaient réputés pour leur extraordinaire bravoure au combat, ce qui peut s'expliquer de plusieurs façons. Tout d'abord, le système d'honneur de la culture celtique faisait du courage une vertu première. En outre, dans la religion celtique, on croyait en une vie après la mort dans l'Autre Monde qui était considérée identique à cette vie, mais sans tous les éléments négatifs tels que la maladie, la douleur et le chagrin. En ce sens, il n'y avait pas grand-chose à craindre de la mort. Enfin, il y avait une forte croyance dans les totems (voir ci-dessous) qui faisaient appel aux esprits des animaux et aux divinités pour protéger le guerrier dans la bataille.

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Gallic Warriors
Guerriers gaulois
The Creative Assembly (Copyright)

Enfin, il y avait peut-être des femmes guerrières dans certaines armées celtiques, bien que les auteurs anciens ne leur accordent que peu d'attention. Il est certain que les dieux celtes comprenaient des femmes, comme le trio irlando-celtique de déesses de la guerre connu sous le nom de Mórrigna: Badb, Macha et Mórrigan. En outre, dans la mythologie celtique, plusieurs héros masculins, notamment Cú Chulainn, avaient appris à manier les armes auprès de maîtres féminins tels que Scáthach et Aife. Il y eut des reines combattantes, comme Boadicée, reine de la tribu des Iceni (alias Icènes) en Grande-Bretagne, mais on ne sait pas si les femmes étaient formées séparément des hommes, ni combien d'entre elles durent se battre et à quelle fréquence.

SELON LES éCRITS, LES GUERRIERS CELTES DE GAULE BLANCHISSAIENT LEURS LONGS CHEVEUX À L'AIDE D'EAU DE CHAUX.

Apparence

Certains guerriers celtes entraient nus dans la bataille - un groupe que les écrivains romains appelaient gaestae - et les raisons exactes de cette particularité intriguent encore les chercheurs. Il se peut qu'ils aient voulu démontrer leur confiance suprême dans leurs prouesses et la protection que leur offraient leurs dieux. Les guerriers nus auraient pu y voir un moyen d'effrayer l'ennemi, une méthode pour mieux montrer leur statut au sein de la tribu grâce aux bijoux qu'ils portaient, ou encore un élément de l'identité du groupe. La nudité pouvait même avoir des raisons pratiques, comme la possibilité de combattre sans restrictions ou de s'assurer que les blessures n'étaient pas infectées par des tissus sales, l'un des problèmes les plus courants lorsqu'il s'agissait de soigner les blessés sur les champs de bataille de l'Antiquité.

Tous les guerriers celtes n'étaient pas nudistes. Nombre d'entre eux portaient des tuniques, des culottes et des manteaux grossiers, souvent ornés d'un motif en damier caractéristique, précurseur du tartan que l'on retrouve plus tard en Écosse et en Irlande. Les guerriers de haut rang portaient des bijoux en or, en bronze ou en fer autour du cou et des poignets. De nombreux guerriers celtes portaient un collier de torques - la célèbre statue du Galate mourant des musées du Capitole à Rome en porte un - et ceux-ci étaient probablement un symbole de statut et de rang au sein de la communauté. Les torques avaient probablement aussi un symbolisme spirituel, mais ils étaient volontiers collectionnés comme trophées de guerre par les ennemis des Celtes.

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The Dying Gaul
Le Galate mourant
antmoose (CC BY-SA)

D'autres symboles importants, souvent portés comme cimier sur les casques ou comme motifs sur les armures et les boucliers, comprenaient le disque solaire ou la roue, le cerf, le cheval, le chien, le corbeau, le taureau et le sanglier. On pensait peut-être qu'en portant une telle représentation, le guerrier ferait preuve des mêmes qualités positives au combat. Selon les écrits, les guerriers celtes de Gaule blanchissaient leurs longs cheveux à l'eau de chaux. En Grande-Bretagne, ils portaient des tatouages et des motifs (en particulier des spirales) peints sur leur corps avec de la guède, un colorant bleu. Comme pour les motifs animaliers, ils étaient probablement considérés comme offrant au porteur une sorte de protection spirituelle.

Armures et boucliers

Les boucliers celtiques étaient le plus souvent de grande taille, ovales ou rectangulaires, en bois et en cuir, avec des boucles en métal et un bossage central pour plus de solidité. Le célèbre bouclier de bronze de Battersea, retrouvé dans la Tamise, et d'autres boucliers similaires, étaient trop fragiles pour être utilisés au combat et ne servaient donc qu'à des fins cérémonielles. Seuls les guerriers de haut rang portaient une armure, qui pouvait être en métal, en cuir ou en matière organique rigide. L'armure se composait généralement d'un plastron ou d'une cotte de mailles.

Les casques étaient en bronze, en fer ou en cuir et étaient parfois ornés de cornes, de plumes ou de têtes d'animaux. Les casques qui ont survécu sont souvent coniques, parfois avec des pommettes ou une visière comme une casquette de base-ball moderne. Un casque extravagant datant du IIIe siècle avant notre ère et provenant de Ciumesti, en Roumanie, présente un oiseau perché sur le haut du casque, avec des ailes mobiles qui auraient battu au moment où le guerrier chargeait dans la bataille.

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Celtic Helmet, British Museum
Casque celtique, British Museum
British Museum (Copyright)

Armes

Les cultures celtiques étaient expertes en forgeage des métaux et produisaient donc des armes solides et efficaces. Les jeunes commençaient à s'entraîner à la guerre dès l'âge de 14 ans, en s'associant à des combattants plus expérimentés pour apprendre les arts de la guerre et apprendre à utiliser ces armes qui étaient souvent très lourdes.

L'arme principale des guerriers de haut rang était l'épée de fer dont la lame droite pouvait atteindre 90 centimètres de long. Les guerriers celtes utilisaient leur épée à la fois pour trancher et pour poignarder. L'épée était portée dans un fourreau de métal, de bois ou de cuir accroché à la ceinture ou, dans le nord de la Grande-Bretagne, dans le dos. La poignée de l'épée et le fourreau étaient souvent décorés à l'aide de matériaux tels que l'or, l'argent, l'ivoire, les pierres semi-précieuses, l'émail et les morceaux de verre coloré. La lame de l'épée pouvait également porter des décorations estampillées, telles que des motifs d'animaux.

Les armes secondaires étaient les javelots et les lances avec des pointes en fer qui pouvaient être droites ou torsadées avec un tranchant droit, dentelé ou cranté. Les pointes de lance les plus sophistiquées étaient conçues pour causer un maximum de dégâts, non seulement lors de la pénétration, mais aussi lorsqu'elles étaient retirées de la chair. Les arcs et les flèches étaient utilisés, de même que les frondes en cuir pour tirer de petits projectiles de pierre ou d'argile, mais ces deux armes n'étaient probablement utilisées que dans des positions défensives, comme la protection d'un fort, et non dans des batailles rangées. L'arme de dernier recours était une dague à lame longue et large, rangée dans un fourreau. Les exemples de dagues qui ont survécu présentent souvent un appendice en forme de torque à l'extrémité du fourreau.

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Anthropomorphic Celtic Sword
Épée celtique anthropomorphe
Metropolitan Museum of Art (Copyright)

Tactique

Avant même le début d'une bataille, les Celtes aimaient proclamer leur lignée familiale et lancer des insultes à leurs adversaires. Un guerrier pouvait ensuite proposer un combat à un contre un. Cette attitude, tout comme leur apparence, était destinée à intimider l'ennemi. Il est certain que, comparées aux troupes plus disciplinées et régimentées des armées grecques et romaines, les hordes celtes criant, sautant et frappant leurs boucliers devaient être une expérience déstabilisante. Les Celtes n'étaient cependant pas une foule désorganisée et enragée. Les guerriers étaient regroupés par tribu, chaque contingent portant un étendard tel qu'un animal totem. Il est très probable qu'il existait une hiérarchie stricte entre les tribus, fondée sur l'honneur. Nous savons également qu'ils ne chargeaient pas tous en masse, mais qu'ils gardaient des troupes en réserve pour renforcer ultérieurement les zones les plus faibles des lignes de combat.

Si la plupart des guerriers combattaient à pied, certains avaient des chevaux et il existait, jusqu'au 1er siècle avant notre ère, des chars à deux roues qui transportaient un guerrier et le conducteur. Les chars étaient fabriqués en bois avec un plancher et des côtés en cuir ou en osier pour les rendre plus légers et plus rapides. Ils étaient attachés à une paire de chevaux par l'intermédiaire d'une seule perche. En outre, un guerrier riche était accompagné d'un certain nombre d'assistants et de serviteurs, la taille de cet entourage étant une question de prestige. En cas de bataille, ces assistants étaient à portée de main pour remplacer le cheval fatigué ou blessé de leur maître, par exemple. Les chars et les chevaux étaient probablement réservés aux embuscades et aux escarmouches ou à la poursuite d'un ennemi fuyant le champ de bataille. Lorsqu'ils étaient utilisés au combat, ils servaient d'abord à lancer des projectiles sur l'ennemi avant que le guerrier ne descende de cheval et ne combatte à pied. Les chariots furent remplacés par la cavalerie et n'étaient plus utilisés en Europe continentale au IIIe siècle avant notre ère, mais ils continuèrent à l'être en Grande-Bretagne pendant quelques siècles encore.

Celtic Warrior
Guerrier celte
Carole Raddato (CC BY-NC-SA)

Lors d'une bataille rangée, l'armée était dirigée par ses commandants qui menaient la bataille depuis le front. En cas d'échec, les chefs se livraient souvent à un suicide rituel. Les troupes étaient organisées et soutenues par des cors de guerre. Connu sous le nom de carnyx, cet instrument, dont on trouve des exemples dans l'art celtique, a la forme d'une tête d'animal à l'extrémité du pavillon. Ces longues trompettes sont parfois munies d'un clapet dans l'embouchure, renforçant ainsi le son surnaturel de l'instrument.

Au début de la bataille, on lançait d'abord des javelots, puis l'ennemi s'engageait avec des lances courtes et des épées tenues à la main. Lorsque les Celtes affrontaient d'autres Celtes, la bataille se transformait rapidement en combats individuels. Il était courant de prendre la tête d'un guerrier vaincu, car on pensait qu'elle contenait l'âme. Les têtes des ennemis particulièrement estimés étaient embaumées dans de l'huile de cèdre et conservées pour être exposées.

Lorsque les Celtes furent confrontés à des armées mieux organisées, comme celles des Grecs et des Romains, leurs limites en matière de stratégie apparurent au grand jour. La phalange grecque - une ligne soudée de soldats se protégeant les uns les autres avec leurs boucliers et hérissés de lances - ou les formations de légions romaines où les boucliers étaient utilisés pour créer un mur impénétrable d'hommes en mouvement, ne s'effondraient généralement pas et la nature individuelle de la guerre celte se heurtait donc au travail d'équipe organisé de l'ennemi. Les Celtes remportèrent néanmoins plusieurs batailles célèbres dans l'Antiquité, généralement lorsque leur première charge frénétique avait brisé les formations ennemies ou lorsqu'ils avaient bien utilisé le terrain pour tendre des embuscades aux armées, mais à long terme, les Celtes furent vaincus non pas par une bravoure supérieure ou même par l'armement, mais par une tactique et une discipline bien supérieures.

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth s'est consacrée à la traduction après avoir enseigné l'anglais au British Council de Milan. Elle parle couramment le français, l'anglais et l'italien et a 25 ans d'expérience dans le domaine de l'éducation. Elle aime voyager et découvrir l'histoire et le patrimoine d'autres cultures.

Auteur

Mark Cartwright
Mark est un auteur, chercheur, historien et éditeur à plein temps. Il s'intéresse particulièrement à l'art, à l'architecture et à la découverte des idées que toutes les civilisations peuvent nous offrir. Il est titulaire d'un Master en Philosophie politique et est le Directeur de Publication de WHE.

Citer cette ressource

Style APA

Cartwright, M. (2021, février 11). Guerriers Celtes [Celtic Warrior]. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-19411/guerriers-celtes/

Style Chicago

Cartwright, Mark. "Guerriers Celtes." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. modifié le février 11, 2021. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-19411/guerriers-celtes/.

Style MLA

Cartwright, Mark. "Guerriers Celtes." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 11 févr. 2021. Web. 18 avril 2024.

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