Électre (Sophocle)

Donald L. Wasson
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le
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Oil Bottle with Tragic Mask (by The Trustees of the British Museum, Copyright)
Récipient à huile avec masque de tragédie The Trustees of the British Museum (Copyright)

Électre est une pièce écrite par le tragédien grec Sophocle au Ve siècle avant J.-C. Semblable aux Choéphores d'Eschyle, Électre se concentre sur le retour d'Exil de son frère Oreste et le complot visant à assassiner leur mère. Des années plus tôt, leur mère Clytemnestre et son amant Égisthe avaient tué leur père Agamemnon à son retour de la guerre de Troie. Dans cette version de l'histoire, Électre est traitée comme une esclave depuis la mort de son père. Elle tente d'obtenir l'aide de sa sœur Chrysothème dans son complot, mais échoue. Avec le retour d'Oreste et de son ami Pylade, Électre parvient à venger le meurtre de son père.

Sophocle

Sophocle (c. 496 av. J.-C. - c. 406 av. J.-C.) est considéré comme l'un des tragédiens les plus célèbres de son époque. Il a écrit au moins 120 pièces, mais malheureusement, seules sept ont survécu. Parmi celles-ci, la plus célèbre est Œdipe roi, qui fait partie d'une trilogie thématique avec Antigone et Œdipe à Colone. Il remporta 20 victoires dans des concours dramatiques, dont 18 aux Dionysies. Écrivant presque jusqu'à sa mort, sa dernière pièce, Œdipe à Colone, fut présentée par son fils Iophon en 401 av. J.-C.

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Sophocle vit le jour dans une famille aisée de la banlieue de Colone, à l'extérieur de la ville d'Athènes, et fut extrêmement actif dans la vie publique athénienne, occupant les fonctions de trésorier de la ville en 443-42 avant J.-C. et de général auprès de l'homme d'État Périclès en 441-40 avant J.-C. À l'âge de quatre-vingts ans, il fut nommé membre du groupe de magistrats spéciaux chargés de la tâche délicate d'organiser la reprise financière et intérieure en 412-411 avant J.-C., après la désastreuse défaite athénienne à Syracuse, sur l'île de Sicile. Il eut deux fils avec sa femme et un avec sa maîtresse. Deux d'entre eux devinrent dramaturges.

Sophocles
Sophocle Mark Cartwright (CC BY-NC-SA)

Bien qu'il fût actif dans la politique athénienne, ses pièces font rarement référence à l'actualité ou aux problèmes du moment. La classiciste et autrice Edith Hamilton, dans son ouvrage The Greek Way, écrit qu'il était un observateur de la vie détaché et dépourvu de passion. Elle estimait que la beauté de ses pièces résidait dans leur structure simple, lucide et raisonnable. Il incarnait ce que nous considérons comme typiquement grec. Dans son ouvrage Greek Drama, Moses Hadas affirme que Sophocle représentait ses personnages tels qu'ils devraient être, tandis qu'Euripide les voyait tels qu'ils étaient. Dans sa traduction d'Œdipe roi, l'éditeur David Grene explique que ses pièces présentaient des intrigues rigoureusement contrôlées, avec des dialogues complexes, des contrastes entre les personnages, un entrelacement d'éléments parlés et musicaux, et une fluidité d'expression verbale.

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Résumé

Électre est tourmentée par sa haine amère, tandis que sa sœur est devenue beaucoup plus complaisante, et refuse de participer à tout complot de vengeance.

La pièce commence avec le retour d'Oreste, fils d'Agamemnon et frère d'Électre, à Mycènes, où il complote sa vengeance contre sa mère. Il demande à son vieil esclave de se rendre au palais et d'annoncer à Clytemnestre qu'Oreste est mort. Lui et Pylade utiliseront l'urne contenant ses prétendues cendres pour accéder au palais. Pendant ce temps, Électre fait les cent pas devant le palais, se lamentant sur son sort et fulminant contre sa mère et son amant, Égisthe. Les années n'ont pas apaisé sa haine intense. Sa sœur, Chrysothémis, sort du palais et se retrouve face à Électre. Au fil des ans, Chrysothémis est devenue complaisante et a en quelque sorte accepté le rôle de sa mère dans la mort de son père. Plus tard, lorsqu'on lui demandera de se joindre à un complot visant à tuer leur mère et Égisthe, elle refusera.

Lorsque Clytemnestre et Électre se rencontrent à l'extérieur du palais, elles se disputent; Électre est même menacée d'exil. Le vieil esclave arrive et parle à Clytemnestre, lui annonçant la mort héroïque de son fils lors d'une course de chars. Électre a le cœur brisé. Lorsque Chrysothémis revient après avoir versé des libations sur la tombe de leur père, elle dit à sa sœur qu'elle croit qu'Oreste est toujours en vie et se trouve à Argos. Électre lui annonce la mort d'Oreste. Peu après, Oreste et son ami Pylade arrivent avec l'urne et, après avoir convaincu Électre de son identité, ils pénètrent dans le palais et tuent Clytemnestre. Plus tard, quand Égisthe revient, il est lui aussi tué.

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Personnages

  • Vieille esclave
  • Oreste
  • Électre
  • Chœur des femmes de Mycènes
  • Chrysothémis
  • Clytemnestre
  • Égisthe
  • Pylade
  • Servantes

La pièce

La pièce s'ouvre sur Oreste, fils d'Agamemnon, son ami Pylade et un vieil esclave debout devant le palais royal de Mycènes. Le vieil esclave raconte une vieille histoire à Oreste:

Où jadis, aussitôt le meurtre de ton père,

Ta jeune et douce sœur te confia à mes soins :

Je t'ai pris, emporté, gardé jusqu'à cet âge...

(Trad. P. Renault sur Remacle)

Il lui rappelle qu'il est maintenant temps de venger la mort de son père. Oreste parle de son séjour à l'oracle d'Apollon, où on lui a dit que le moment était venu de verser le sang, et parle aussi du plan qu'il a élaboré. Dans ce plan, l'esclave se présentera aux portes du palais avec la nouvelle qu'Oreste est mort et que son corps a été incinéré. Il poursuit:

Quant à moi, je m'en vais,

Comme il est rituel, m'incliner sur la tombe

De mon père, et offrir quelques libations;

Je lui ferai aussi le don de ces cheveux.

Puis, je retournerai ici, avec en mains,

L'urne d'airain... après cette nouvelle,

Je serais éclatant face à mes ennemis

(ibid)

Orestes at Delphi
Oreste à Delphe The Trustees of the British Museum (Copyright)

Après le départ des trois personnages, Électre apparaît depuis l'intérieur du palais et se lamente sur son sort:

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Oui, cette couche qui voit aussi tous les sanglots

Que je verse sur mon malheureux père,

(ibid)

Elle prie les dieux des morts et les Furies (Érinyes) de punir les meurtriers de son père. Elle leur demande de renvoyer son frère à la maison. S'adressant au chœur, elle raconte sa vie: sans enfants et sans mari. Elle n'attend qu'Oreste. Elle prie à nouveau, mais cette fois-ci Zeus, pour qu'il venge son père:

Et vous, Érinyes, effrayantes filles des dieux,

Dont la prunelle épie les crimes monstrueux,

Les actes vils commis au sein des foyers,

Venez, assistez-moi, et vengez

Le meurtre de mon père,

Ramenez-moi mon frère.

(ibid)

Toujours s'adressant au chœur, elle avoue que ses cris peuvent la faire passer pour une femme aigrie, mais reconnaît que sa mère est sa pire ennemie. Elle déteste voir le amant de sa mère, Égisthe, assis sur le trône d'Agamemnon, vêtu de ses robes et partageant le lit de sa mère. Le chœur la réprimande, affirmant que son état misérable est de son propre fait. Cependant, elle se défend en demandant comment elle pourrait trahir les défunts. Elle ajoute que le retard d'Oreste a brisé ses espoirs. Alors qu'elle se tient là, sa sœur Chrysothémis apparaît et réprimande Électre, lui disant que sa colère est inutile. Contrairement à Électre, elle choisit de ne pas représenter une menace; elle n'en a pas la force nécessaire. Électre la défie:

C'est affreux de te voir, toi fille d'un tel père,

Oublier ce père et n'écouter que ta mère.

(ibid)

Chrysothémis dit à sa sœur que leur mère et Égisthe ont l'intention de l'envoyer loin, là où elle ne verra plus jamais le soleil, mais Électre n'est pas effrayée et dit qu'elle a l'intention de s'enfuir; elle ne s'abaissera pas. Remarquant que sa sœur tient des libations, Électre lui demande où elle va. Chrysothémis répond qu'elle a été envoyée par leur mère pour faire des libations sur la tombe de leur père. Elle raconte un mauvais rêve que Clytemnestre a fait, dans lequel leur père se tenait à côté de sa femme et, saisissant son bâton, le plantait dans l'âtre où il se transformait en un arbre qui couvrait tout Mycènes. Cela l'a effrayée. Électre demande à sa sœur de ne pas verser la libation et, à la place, de prier pour le retour d'Oreste afin qu'il venge leur père:

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Ô sœur, active-toi à ta cause, à la mienne,

À celle d'un grand roi nous vénérons tant,

Qui repose au séjour infernal, notre père...

(ibid)

Chrysothémis accepte. Alors qu'elle sort, Clytemnestre entre par l'intérieur du palais et affronte Électre. Parlant honnêtement, elle admet avoir tué le père d'Électre, mais "la justice a déterminé sa mort" (152). Agamemnon a commis un crime barbare en sacrifiant leur fille Iphigénie pour aider les Grecs. Ignorant les excuses de sa mère, Électre dit que ce n'est pas la justice qui l'a conduite dans le lit d'Égisthe. Agamemnon a sacrifié sa sœur "sous la contrainte" d'Artémis, et non pour Ménélas et Hélène.

Et même s'il avait agi pour Ménélas,

Etait-ce une raison valable pour l'abattre?

(ibid)

Elle reproche à sa mère de l'avoir poussée vers une vie misérable. Clytemnestre rétorque :

Au nom de notre reine Artémis, je jure

Que tu paieras ces mots dès le retour d'Égisthe.

(ibid)

Alors qu'elles se disputent, le vieil esclave s'approche d'elles. S'adressant aux deux femmes, il leur annonce une triste nouvelle: Oreste est mort. En entendant cela, Électre a le cœur brisé; elle n'a plus aucune raison de vivre. Clytemnestre dit à l'esclave d'ignorer Électre et demande comment Oreste est mort. Oreste avait participé à un festival panhellénique, les Jeux pythiques. Malheureusement, il a été éjecté lors d'une course de chars. Il a été brûlé sur un bûcher et ses cendres ont été placées dans une urne. Elle se demande si c'est une bonne ou une mauvaise nouvelle. Électre s'exclame que sa mère vit un moment de triomphe et demande au dieu Némésis de venger son frère. Elle se moque du chagrin de sa mère et la traite de misérable.

Alors que Clytemnestre et le vieil esclave entrent dans le palais, Électre se rend compte que la mort d'Oreste signifie qu'il ne pourra jamais revenir à la maison pour venger la mort de son père. Alors qu'elle se lamente sur son sort, Chrysothémis entre en s'écriant: Oreste est de retour. Dans le caveau familial, elle a vu des libations, des guirlandes de fleurs et une mèche de cheveux. Ce ne pouvait être qu'Oreste. Électre la traite d'idiote et lui rapporte les dires du vieil esclave selon lesquels Oreste est mort. Leurs espoirs sont anéantis. Électre lui demande alors de se joindre à son plan pour tuer Égisthe. Chrysothémis affirme qu'aucune d'elles n'a la force nécessaire. Électre la traite de lâche et dit qu'elle agira seule.

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Orestes & Electra
Oreste et Électre Mark Cartwright (CC BY-NC-SA)

Oreste et Pylade arrivent au palais. Ils demandent au chef du chœur d'annoncer leur arrivée. Ils cherchent Égisthe. Rencontrant Électre, ils lui disent qu'ils détiennent une urne qui contient les cendres d'Oreste. Électre prend l'urne et leur dit que c'est "tout ce qui reste pour me rappeler la vie que j'aimais le plus au monde, mon foyer désormais" (175). Elle aspire désormais à la mort. Elle parle de sa vie et lui raconte l'histoire du meurtrier de son père: sa mère. Oreste lui exprime sa compassion. Elle explique qu'elle avait de l'espoir, mais qu'il lui a maintenant apporté les cendres de son seul espoir: son frère. Oreste finit par avouer que l'urne ne contient pas les cendres d'Oreste et révèle son identité, mais lui demande de garder le secret.

Foin des discours abstraits : moi, je connais par cœur

L'infamie de ma mère, ainsi que la manière

Honteuse avec laquelle Égisthe a gaspillé

Les biens constitués lentement par nos pères.

(ibid)

Le vieil esclave les accueille à la porte du palais et les réprimande, leur demandant d'être prudents et ajoute "Assez discutaillé ! Assez d'effusions toujours inassouvies! " (ibid). Le vieil esclave les fait entrer dans le palais. Plus tard, Électre sort et s'adresse au chef du chœur, elle attend Égisthe. Bientôt, ils entendent les cris de Clytemnestre provenant de l'intérieur du palais, suppliant Oreste d'avoir pitié. Oreste sort du palais, les mains "couvertes de sang". S'adressant à Électre, Oreste dit :

N'aie crainte désormais

Son orgueil maternel ne sévira plus guère!

(ibid)

Égisthe apparaît et demande si les hommes sont arrivés de Phocide avec des nouvelles d'Oreste. Électre l'informe qu'ils sont dans le palais avec sa mère. Pendant qu'ils parlent, Oreste et Pylade sortent du palais en portant le corps de Clytemnestre. Lorsqu'ils dégainent leurs épées, Égisthe se rend compte qu'il s'agit d'Oreste. Ils l'emmènent dans le palais tandis que le chef du chœur s'adresse à Électre: elle est libre.

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Conclusion

Il ne fait aucun doute que la trilogie Orestie, écrite par un autre grand tragédien grec, Eschyle, a influencé Sophocle dans sa réécriture de l'histoire d'Électre et de son désir de toute une vie de tuer les meurtriers de son père: sa mère Clytemnestre et l'amant de celle-ci, Égisthe. Dans la deuxième pièce de la trilogie, Les Choéphores, Oreste revient chez lui après un long exil. Il rencontre Électre sur la tombe de leur père et élabore un complot pour tuer leur mère et Égisthe. Dans l'interprétation d'Eschyle, Oreste et Pylade se présentent au palais en se faisant passer pour des voyageurs porteurs de la triste nouvelle de la mort d'Oreste. Après être entrés dans le palais, ils tuent Clytemnestre et son amant.

Le récit de Sophocle est légèrement différent. Un vieil esclave apporte la nouvelle de la mort d'Oreste. Plus tard, Oreste et Pylade arrivent avec une urne, censée contenir les cendres d'Oreste. Après avoir révélé son identité à Électre, il entre dans le palais et tue leur mère. Lorsque Égisthe arrive, il est également tué. Les deux meurtres sont commis à l'intérieur du palais, hors de vue du chœur. Certains interprètent la pièce comme traitant davantage de vengeance que de matricide, ce dernier étant le thème central des Choéphores. Dans la pièce de Sophocle, Électre et sa sœur sont opposées: Électre est tourmentée par sa haine amère, tandis que sa sœur est devenue beaucoup plus complaisante, refusant de participer à un complot de vengeance. À la fin, le frère et la sœur sont tous deux libérés. Contrairement à Eschyle, il n'y a pas de deuxième pièce pour révéler leur destin.

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth, responsable de Traduction, est diplômée en anglais et en français langue étrangère. Parlant couramment le français, l'anglais et l'italien, elle a enseigné l'anglais au British Council à Milan, en Italie.

Auteur

Donald L. Wasson
Donald a enseigné l’histoire antique et médiévale ainsi que l’histoire des États-Unis à Lincoln College (Illinois). Éternel étudiant en Histoire depuis qu’il a découvert Alexandre le Grand, il met toute son énergie à transmettre son savoir à ses étudiants.

Citer cette ressource

Style APA

Wasson, D. L. (2025, décembre 24). Électre (Sophocle). (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-18324/electre-sophocle/

Style Chicago

Wasson, Donald L.. "Électre (Sophocle)." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, décembre 24, 2025. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-18324/electre-sophocle/.

Style MLA

Wasson, Donald L.. "Électre (Sophocle)." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, 24 déc. 2025, https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-18324/electre-sophocle/.

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