Djenné- Djeno

Définition

Mark Cartwright
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 12 avril 2019
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Disponible dans ces autres langues: anglais
Djenne-Djenno Sculpture (by The Metropolitan Museum of Art, Copyright)
Sculpture de Djenné-Djeno
The Metropolitan Museum of Art (Copyright)

Djenné-Djeno était une ancienne cité située dans le Mali moderne, en Afrique de l'Ouest, qui prospéra entre 250 avant J.-C. et 1100 après J.-C., ce qui en fait l'une des plus anciennes villes d'Afrique subsaharienne. Ayant prospéré grâce à des terres agricoles fertiles et en tant que plaque tournante du commerce régional, la ville comptait une population d'environ 20 000 habitants à son apogée. Djenné-Djeno, ainsi que la ville médiévale voisine du même nom, sont inscrites au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1988.

Situation et géographie

Djenné-Djeno ou Vieux Djenné (pour la distinguer de la ville médiévale du même nom) est située dans la plaine inondable du delta intérieur du Niger. Elle se trouve à 130 kilomètres (80 miles) au sud-ouest de la ville moderne de Mopti au Mali et à 3 kilomètres (1,9 miles) de Djenné. La colonie date au moins du 3ème siècle avant Jésus-Christ, et ses habitants prospérèrent grâce à l'abondance de poissons dans le fleuve Niger et ses affluents, canaux et lacs. Le fleuve apporta également des dépôts alluviaux pour enrichir les terres de la région, rendant possible une agriculture intensive. En conséquence, deux récoltes par an étaient cultivées, à savoir des céréales, du riz africain, des légumes (piments et oignons, par exemple) et des fruits.

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La taille de Djenné-Djeno était exceptionnelle, même par rapport aux normes actuelles de la région.

La ville devint encore plus prospère grâce à sa situation au carrefour du fleuve Niger et des routes terrestres qui reliaient les échanges commerciaux entre le désert du Sahara et la région de la savane soudanaise, au nord, et les forêts, au sud. Le commerce local impliquait la circulation des denrées alimentaires mentionnées ci-dessus ainsi que du poisson séché et de l'huile de poisson. À la fin du IIIe siècle de notre ère, les commerçants de Djenné-Djeno étaient encore plus ambitieux et pouvaient désormais importer des pierres à utiliser comme meules, ainsi que du minerai de fer et du cuivre pour le travail des métaux. La technologie de la fonte du fer permit la production d'outils et d'armes plus efficaces. Au VIe siècle, les exportations comprenaient désormais des poteries fabriquées localement (des exemples ont été trouvés à 750 km ou 465 miles au nord), peut-être échangées contre du sel, des perles de verre et de l'or.

Trans-Saharan Trade Routes
Routes commerciales transsahariennes
Aa77zz (Public Domain)

Une ville prospère

Djenné-Djeno avait une population d'environ 20 000 habitants au 6e-9e siècle et couvrait environ 300 000 mètres carrés. La ville était peut-être le centre d'un État ou d'un royaume plus vaste et il existe des preuves de l'existence d'une quinzaine de petits établissements environnants, dont certains n'étaient séparés les uns des autres que par quelques centaines de mètres. Cependant, en l'absence d'un système d'écriture, l'archéologie n'a pas révélé et ne peut peut-être pas révéler un quelconque appareil politique. Il est certain que la taille de la ville était exceptionnelle, même par rapport à la norme actuelle dans la région, et une certaine forme de centralisation est indiquée par la présence d'ateliers spécialisés pour les potiers et les métallurgistes dans certains des mini-établissements environnants de la ville.

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La ville connut un déclin progressif à partir du 9e siècle et fut finalement remplacée comme terminus commercial local par la nouvelle ville de Djenné qui fut fondée au 13e siècle par des commerçants musulmans. Djenné-Djeno fut ensuite abandonnée pour des raisons inconnues au 14ème siècle, peut-être parce que la nouvelle religion musulmane exigeait un site sans histoire païenne ou, comme le rapportent les traditions orales, parce que la population de Djenné-Djeno était tout simplement devenue trop importante pour la ville. Quelle qu'ait été la cause de sa disparition, la ville ouvrit la voie aux empires successifs qui exploitèrent de la même manière les possibilités commerciales de l'Afrique de l'Ouest, comme l'empire du Ghana (6e-13e siècle), l'empire du Mali (1240-1645) et l'empire Songhaï (1460-1591).

Vestiges archéologiques

Les fouilles du site, réalisées en grande partie par Susan et Roderick McIntosh pendant trois décennies, ont révélé que la ville possédait un mur d'enceinte en briques crues, construit vers l'an 800. Le mur n'est pas considéré comme une fortification défensive. Aucun grand bâtiment qui aurait pu servir de palais ou de temple n'a été découvert jusqu'à présent. Il y a des restes de maisons qui ont un anneau circulaire de fondations en pierre pour les murs qui auraient été faits de boue séchée et qui ont depuis disparu.

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Curieusement, de nombreuses figurines en terre cuite présentent des symptômes de maladies tropicales et sont attaquées par un serpent.

La plus belle des poteries de Djenné-Djeno est décorative et pas seulement fonctionnelle. Les objets sont peints de différentes couleurs et décorés en incisant des motifs géométriques et en hachant ou en pressant des morceaux de ficelle tissée sur la surface extérieure avant la cuisson. Des bijoux en or ont été trouvés, ainsi que des objets fabriqués localement en cuivre et en bronze, et un petit nombre de perles de verre, probablement en provenance d'Inde et apportées dans la ville par les caravanes de chameaux transsahariennes.

Cavalry Warrior, Mali Empire
Guerrier à cheval, Empire du Mali
Franko Khoury (Public Domain)

Les sculptures en terre cuite figurent parmi les découvertes les plus intéressantes de Djenné-Djeno. Elles représentent souvent un personnage masculin barbu, parfois casqué et portant des armes, généralement monté sur un cheval. Il n'y a pas de représentations de ce que l'on peut identifier comme des souverains ou des rois, en effet, de nombreuses figures représentent des gens ordinaires qui sont souvent en position agenouillée ou assise et, comme les figures de cavaliers, ont le visage retourné, le menton carré et des paupières multiples. Ils ne portent généralement qu'un pagne court mais de nombreux colliers et bracelets aux poignets et aux chevilles. De nombreuses figures présentent également des scarifications rituelles. Curieusement, une forte proportion des figures présentent des symptômes de maladies tropicales et peuvent avoir un serpent qui les attaque. Les figurines mesurent jusqu'à 50 cm de haut, sont creuses ou contiennent un noyau de tige de fer de renforcement. Elles ont des décorations ou des détails incisés, et certaines présentent des traces de peintures colorées. Toutes les sculptures de Djenné-Djeno ont été trouvées dans un contexte domestique, ce qui suggère qu'elles étaient peut-être destinées à des sanctuaires domestiques encastrés dans les murs. Il est certain qu'une forte tradition de culte des ancêtres et de croyance en des esprits domestiques protecteurs a persisté dans la région jusqu'au XIXe siècle.

Une autre particularité du site est la découverte de sépultures dans de grandes urnes en poterie (jusqu'à 90 cm de hauteur et 50 cm de diamètre) qui avaient été encastrées dans le sol entre des maisons privées. En même temps, il existe de nombreuses formes alternatives d'enterrement qui, avec les différences dans l'architecture des maisons, suggèrent que la ville était composée de différents groupes ethniques africains ou, au moins, d'une population qui descendait de différents peuples de la région ouest-africaine.

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Bibliographie

Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth a enseigné l’anglais au British Council de Milan. Elle parle couramment le français, l’anglais et l’italien et a 25 ans d’expérience dans le domaine de l’éducation. Elle aime voyager et découvrir la langue, l’histoire et le patrimoine culturel des différents pays qu'elle visite.

Auteur

Mark Cartwright
Mark est un auteur d'articles historiques installé en Italie. Il s'intéresse plus particulièrement à la poterie, à l’architecture, aux mythologies du monde et à la découverte des idées partagées par toutes les civilisations. Il est titulaire d’un Master en philosophie politique et éditeur en chef de WHE.

Citer cette ressource

Style APA

Cartwright, M. (2019, avril 12). Djenné- Djeno [Djenne-Djenno]. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-18110/djenne--djeno/

Style Chicago

Cartwright, Mark. "Djenné- Djeno." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. modifié le avril 12, 2019. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-18110/djenne--djeno/.

Style MLA

Cartwright, Mark. "Djenné- Djeno." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 12 avril 2019. Web. 12 août 2022.

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