Culture Salado

Définition

James Blake Wiener
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 11 octobre 2018
X
translations icon
Disponible dans ces autres langues: anglais
Tonto National Monument (by Al_HikesAZ, CC BY-NC-SA)
Monument national de Tonto
Al_HikesAZ (CC BY-NC-SA)

La culture salado est un terme utilisé par les historiens et les archéologues pour décrire une culture précolombienne qui s'épanouit entre 1200 et 1450 de notre ère dans le bassin de Tonto, dans ce qui est aujourd'hui le sud des États américains actuels de l'Arizona et du Nouveau-Mexique. Bien que le débat se poursuive sur les origines exactes de la culture salado, ainsi que sur la façon dont elle disparut, les chercheurs et les archéologues s'accordent à dire que la culture salado avait un art, des traditions architecturales et des pratiques d'inhumation qui la distinguaient de ses voisins Pueblos anciens (Anasazi), Mogollons et Hohokams. Parmi les anciennes cultures du sud-ouest des États-Unis, la culture salado est particulièrement connue pour ses étonnants motifs iconographiques et sa production de poterie. L'archéologue américain Harold Gladwin (1883-1983) fut le premier à analyser ces traits culturels et un style artistique commun dans les années 1920, et il désigna cette culture indigène sous le nom de "Salado". Ce nom provient de la rivière salée (en espagnol : Río Salado), qui traverse la vallée de leur origine culturelle.

Préhistoire et géographie

La région du bassin de Tonto et ses environs font partie d'un vaste bassin intermontagneux qui facilita la colonisation humaine car il était riche en ressources naturelles. La rivière Salée traverse l'est de l'Arizona, s'enfonçant dans les montagnes Blanches, jusqu'à ce qu'elle ne croise la rivière Gila dans ce qui est maintenant le centre de l'Arizona. La terre y est étonnamment fertile et une flore variée pousse dans une série de micro-environnements interconnectés : on trouve dans cette région des noyers, des sycomores, des mesquites, des cactus saguaro et des jojoba. On trouve même des buissons de pignons et de genévriers à des altitudes plus élevées, en plus d'autres plantes à fleurs qui produisent des noix et des fruits. Le gibier sauvage est donc également abondant : cerfs, lapins et cailles fréquentent la région.

Supprimer la pub

Advertisement

On pense généralement qu'un niveau élevé d'échanges interculturels avait lieu dans la région entre les peuples Mogollons et Hohokams bien avant l'arrivée de tout nouvel arrivant.

Les terres que la culture salado vint occuper avaient été habitées par l'homme bien avant l'émergence de la culture salado. (Leur émergence spectaculaire est communément appelée le "Phénomène salado" par les universitaires). Les travaux des archéologues de ces dernières années ont montré que les humains habitent le bassin de Tonto depuis environ 5000 avant notre ère. Plusieurs sites paleo-indiens d'abattage de mammouths sont situés dans ce qui était autrefois considéré comme le cœur de Salado, et il y a des signes que les peuples indigènes avaient construit de petites habitations dans les falaises dès 3500 avant notre ère. L'occupation permanente, cependant, date d'environ 100-600 de notre ère, lorsque des Mogollons colonisèrent les parties orientales de cette région et laissèrent derrière eux des tessons de poterie comme preuve de leur présence. Les Hohokams s'installèrent dans le bassin de Tonto depuis les environs de la ville moderne de Phoenix, en Arizona, entre 600 et 750 de notre ère. Les Hohokams construisirent leurs maisons à fosse omniprésentes, des canaux d'irrigation complexes, et cultivèrent le maïs, la courge, les haricots et le coton. Malgré la présence de vestiges de poterie qui attestent que les Hohokams occupèrent le bassin de Tonto pendant au moins 300 ans, les archéologues et les historiens sont divisés sur la question de savoir si oui ou non les Hohokams quittèrent la région vers 1150 pour s'en retourner dans le bassin de Phoenix.

Doorway, Tonto National Monument
Porte, monument national de Tonto
Trevor Huxam (CC BY-NC-ND)

De nombreux vestiges archéologiques et objets appartenant aux Mogollons et aux Hohokams furent détruits lors de la construction du réservoir du lac Theodore Roosevelt et d'un barrage en maçonnerie en 1911. (Malheureusement, la construction de ce même lac détruisit également d'innombrables vestiges archéologiques de la culture salado). On pense généralement qu'un niveau élevé d'échanges interculturels avait lieu dans la région entre les peuples Mogollon et Hohokam bien avant l'arrivée de tout nouvel arrivant.

Supprimer la pub

Advertisement

Formation de la culture salado

Les 12e et 13e siècles furent déterminants pour la formation et le développement culturel ultérieur des peuples indigènes de la région. Les données environnementales montrent que des années de sécheresse furent suivies d'années de pluies torrentielles et d'inondations dans la région qui correspond aux actuels Arizona, Nouveau-Mexique, Colorado et Utah. Les privations causées par les stress environnementaux, combinées au chaos social et au désordre politique, incitèrent probablement de nombreux peuples, mais surtout les Pueblos anciens, à migrer vers des terres fertiles près du Little Colorado (en Arizona), du Rio Grande (au Nouveau-Mexique) et du Tonto Basin (en Arizona).

Il est probable que la culture Salado soit le résultat final d'une fusion des cultures Mogollon, Hohokam et Puebloan Ancestral.

Entre 1200 et 1300, les peuples Pueblo ancien (et probablement certains peuples Mogollons) entrèrent dans le bassin de Tonto, et rencontrèrent d'autres communautés mogollons et hohokams. Là, les trois cultures se mélangèrent socialement et se marièrent, adoptant ou adaptant tour à tour de nouvelles pratiques culturelles en fonction de leur interêt et de leur nécessité. Les archéologues débattent de la genèse de la culture Salado depuis les années 1920. Certains ont expliqué et théorisé l'émergence de la culture Salado comme un mélange de populations Mogollon et Hohokam, de populations Hohokam et Puebloan Ancien, ou même comme un sous-ensemble de la tradition culturelle Hohokam. Au cours des deux dernières décennies, les archéologues en sont venus à considérer l'émergence de la culture Salado d'une manière similaire à la perspective proposée pour la première fois par Harold Gladwin. Il est probable que la culture Salado soit véritablement le résultat final d'un amalgame des cultures mogollons, hohokams et pueblo anciennes et de leurs populations respectives - un véritable melting-pot culturel dans l'ancien Sud-Ouest. Le développement de la culture Salado peut donc être compris comme le résultat d'une migration et d'une évolution culturelle localisée in situ.

Vous aimez l'Histoire?

Abonnez-vous à notre newsletter hebdomadaire gratuite!

Culture et histoire des Salados

Les membres de la culture salado construisirent de petits villages ou hameaux ainsi que des structures à fosse peu profondes. Ils construisirent également des petits tertres cérémoniels, des canaux d'irrigation, des pueblos à plusieurs étages en adobe et des habitations dans les falaises vers 1300. On trouve des portes en forme de T comme celles de Chaco Canyon, Mesa Verde, Wupatki et Casas Grandes, ce qui suggère une forte influence des Pueblos Aanciens et des Mogollons dans l'architecture des Salados. Curieusement, on ne trouve pas de kivas sur les sites associés à la culture salado, et les structures Salado étaient souvent entourées de murs de pierre, ce qui figure en bonne place dans les traditions architecturales Hohokam. (Il est également intéressant de noter que de nombreuses constructions salados se trouvent au-dessus d'anciennes résidences hohokams dans le bassin de Tonto). Des espaces de stockage étaient réservés aux produits agricoles et artisanaux, et l'espace était généralement alloué en fonction de son utilisation.

Salado Polychrome Jar
récipient polychrome salado
US-NPS (Public Domain)

Les plus grandes villes salados comptaient autrefois jusqu'à 1500 personnes, et d'autres établissements comprenaient des complexes impressionnants allant de 30 à 100 pièces. Au Tonto National Monument en Arizona, on peut encore voir les Upper et Lower Cliff Dwelling, qui comprenaient plus de 50 pièces dans des complexes à deux étages. Occupé à l'origine entre 1225 et 1400 et situé près de ce qui est aujourd'hui Globe, en Arizona, Besh-Ba-Gowah contenait un pueblo à étages de 200 pièces. Besh-Ba-Gowah était l'un des plus grands établissements salados que les archéologues aient découvert. Le bassin du Tonto accueillit peut-être jusqu'à 10 000 personnes pendant son occupation par la culture salado, bien qu'un chiffre plus précis soit difficile à estimer.

La poterie Salado présente une combinaison frappante de couleurs blanches, noires et rouges dans des formes géométriques.

Ceux qui appartenaient au groupe culturel salado cultivaient le maïs, le coton, la courge et l'amarante, ainsi que les haricots. Ils cultivaient également l'agave et utilisaient le yucca pour tisser des sandales, des nattes et des paniers. Le groupe culturel salado faisait beaucoup de commerce avec ses voisins du Sud-Ouest, et sa poterie - communément appelée "Roosevelt Red Ware", "Salado Red Ware" ou "Salado Polychrome" - a été retrouvée jusqu'à Casas Grandes, dans l'actuel Chihuahua, au Mexique où elle était très prisée. La poterie salado présente une combinaison frappante de couleurs blanches, noires et rouges dans des formes et des lignes géométriques, avec des caractéristiques de composition supplémentaires. De nombreux archéologues concluent que parmi les traditions céramiques de l'ancien Sud-Ouest, la tradition salado produisit la poterie la plus largement commercialisée.

Supprimer la pub

Advertisement

Le groupe culturel salado commença par enterrer et incinérer ses morts. (Les Pueblos anciens et les Mogollons enterraient leurs morts, tandis que les Hohokams incinéraient les leurs). Les archéologues ont mis au jour les restes de nombreux individus qui étaient enterrés en position couchée. Les morts salados reposaient sur des esplanades ou des patios ; à Besh-Ba-Gowah, les archéologues ont mis au jour 150 squelettes sur la place centrale. Certaines tombes sont remplies de ce qui semble être des offrandes rituelles, notamment des récipients, des pierres ou des minéraux précieux, et même des meubles. Cela a conduit certains archéologues à penser que l'emplacement des morts reflétait la hiérarchie sociale indigène d'une communauté salado. On sait peu de choses sur les coutumes ou pratiques religieuses du groupe culturel salado car il est difficile pour les chercheurs de distinguer les objets religieux des autres artefacts.

L'effondrement de la culture salado

La disparition de la culture salado reste encore un mystère parmi les nombreux mystères de l'ancien Sud-Ouest. On sait qu'après environ 1350, les changements climatiques eurent un impact négatif sur les établissements salados en Arizona et au Nouveau-Mexique. La région du bassin de Tonto et de ses environs devint plus sèche au 14e siècle, mais il y eut aussi des périodes d'inondations dévastatrices et de famine. Il est crédible que certains habitants aient commencé à se déplacer vers des colonies salados plus importantes ou ailleurs à partir de la fin du XIVe siècle et que ce schéma de migration vers l'extérieur se soit poursuivi, voire accéléré, au XVe siècle. Certains archéologues ont émis l'hypothèse que de nombreuses communautés s'effondrèrent lorsque les champs d'irrigation furent détruits par les inondations et la salinisation, ce qui entrava la production agricole des fermes salados. C'est exactement ce qui se passa à Pillar Mound en Arizona qui fut déserté après qu'une crue torrentielle ait détruit ses canaux d'irrigation. Il existe des preuves de conflits intercommunautaires à Besh-Ba-Gowah, et la violence peut également avoir encouragé la migration en masse. Les traditions orales amérindiennes nous disent que certains membres du groupe culturel salado migrèrent vers le nord et le nord-est pour rejoindre les communautés hopis et zunis, d'autres rejoignirent les pueblos le long du Rio Grande dans ce qui est l'actuel Nouveau-Mexique, et d'autres encore se déplacèrent vers le sud, vers Casas Grandes.

Supprimer la pub

Publicité

Bibliographie

Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth s'est consacrée à la traduction après avoir enseigné l'anglais au British Council de Milan. Elle parle couramment le français, l'anglais et l'italien et a 25 ans d'expérience dans le domaine de l'éducation. Elle aime voyager et découvrir l'histoire et le patrimoine d'autres cultures.

Auteur

James Blake Wiener
James est un écrivain et ancien Professeur d'Histoire. Il est titulaire d'une Maîtrise en Histoire du monde avec un intérêt particulier pour les échanges interculturels et l'histoire du monde. Il est cofondateur de Ancient History Encyclopedia et en était auparavant le Directeur de la Communication.

Citer cette ressource

Style APA

Wiener, J. B. (2018, octobre 11). Culture Salado [Salado Culture]. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-17430/culture-salado/

Style Chicago

Wiener, James Blake. "Culture Salado." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. modifié le octobre 11, 2018. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-17430/culture-salado/.

Style MLA

Wiener, James Blake. "Culture Salado." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 11 oct. 2018. Web. 30 nov. 2022.

Adhésion