Grand Zimbabwe

Définition

Mark Cartwright
de , traduit par Caroline Martin
publié le 14 mars 2019
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Disponible dans ces autres langues: anglais
The Great Enclosure, Great Zimbabwe (by Janice Bell, CC BY-SA)
Le Grand Enclos, Grand Zimbabwe
Janice Bell (CC BY-SA)

Le Grand Zimbabwe est une ville aujourd'hui en ruines près de Masvingo, dans le centre du Zimbabwe, qui fut habitée de façon continue entre 1100 et 1550 EC environ, et qui prospéra entre 1300 et 1450 EC, à la fin de l'âge du fer en Afrique australe. Capitale du royaume du Zimbabwe, un État du peuple Shona parlant le bantou, le site est situé sur une citadelle naturelle et il comprend de nombreux monuments impressionnants construits à l'aide de blocs de granit sans mortier. Les groupes de bâtiments en pierre étaient appelés zimbabwe en bantou, d'où le nom du site et du royaume. Une structure en pierre, le Grand Enclos – un haut mur d’enceinte et une tour de ronde - est le plus grand monument antique d'Afrique au sud du Sahara. La ville prospéra grâce à l'agriculture, aux gisements d'or et à un réseau commercial qui atteignait la côte de l'Afrique de l'Est. Elle connut un déclin au 15e siècle EC, probablement en raison de l'épuisement de ses sources d'or ou de la surpopulation, et les Shonas se déplacèrent vers le nord, sur un nouveau site à Mutapa. Plusieurs figurines en stéatite découvertes au Grand Zimbabwe représentent un oiseau, et cette créature figure aujourd'hui sur le drapeau du Zimbabwe moderne. Le Grand Zimbabwe a été classé au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1986.

Le plateau du Zimbabwe

Le royaume du Zimbabwe, dont le Grand Zimbabwe était la capitale, fut formé par les Shonas, un peuple de langue bantoue qui avait migré vers l'Afrique australe à partir du 2e siècle EC. Les limites exactes du royaume ne sont pas connues, si ce n'est que son cœur se trouvait dans le Mashonaland Central (nord du Zimbabwe). La région du plateau du Zimbabwe, située entre le fleuve Limpopo au sud et le fleuve Zambèze au nord, est composée de prairies tempérées qui sont exemptes de la mouche tsé-tsé, cependant les précipitations ont toujours été imprévisibles avec la menace de grande sécheresse au moins une fois par décennie.

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L'OR était FACILEMENT ACQUIS À PARTIR DES DÉPÔTS DE SURFACE ET DES MINES PEU PROFONDES QUI EXISTAIENT SUR TOUT LE PLATEAU ZIMBABWÉEN ET DANS LES AFFLUENTS DE LA RIVIÈRE ZAMBÈZE.

L'histoire générale de la région au cours du millénaire précédant l'apogée du Grand Zimbabwe est la suivante: Dès le 3e siècle AEC, on trouve des preuves de la domestication de moutons, de chèvres et de bovins, bien que cette pratique ne se soit pas généralisée avant le 1er siècle EC. Il est certain que de petits groupes de chasseurs-cueilleurs nomades avaient habité la région bien avant l'arrivée des shonas pastoraux avec leur bétail et leur technologie de fonte du fer et, de fait, les deux groupes continuèrent à se disputer le territoire jusqu'à l'ère moderne.

Aux 7e et 9e siècles EC, les communautés étaient établies selon un modèle qui survécut jusqu'à l'arrivée des colons européens à partir du 16e siècle EC. Les gens vivaient dans des maisons en boue et en chaume de roseau ou en pierre. Ils fabriquaient des poteries simples, du cuir pour les vêtements à base de peaux, des bijoux en cuivre et en or ainsi que des armes et des outils agricoles en fer. Ces articles étaient également commercialisés dans la région, le sel étant une denrée précieuse et nécessaire dans le royaume du Zimbabwe. On a également retrouvé des perles de verre et des coquillages, preuve d'un commerce avec la côte, même à cette date précoce.

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Map of the Kingdom of Zimbabwe
Carte du royaume du Zimbabwe
The British Museum (Copyright)

Les preuves archéologiques cumulées indiquent donc une société qui, à partir du 10e siècle EC, prospéra grâce à l'agriculture (en particulier le sorgho, le millet, les citrouilles et les pastèques), l'élevage, la chasse et le commerce local (en utilisant les gisements locaux de fer, de cuivre et d'or). À mesure que ces communautés prospéraient et que leur réseau commercial s'étendait aux grands centres commerciaux de la côte swahilie, elles purent construire des monuments en pierre plus impressionnants dès le début du deuxième millénaire EC. Le Grand Zimbabwe, situé à quelque 30 km au sud-est de l'actuel Masvingo, est le plus grand de plus de 300 sites de pierre de l'âge du fer de la région qui couvre aujourd'hui le Zimbabwe et le Mozambique modernes.

Caractéristiques architecturales

Complexe de la colline

L'emplacement du Grand Zimbabwe sur une élévation naturelle de 80 mètres de haut offrait à la fois un site proéminent pour les rituels et un endroit facile à défendre. Les preuves d'une habitation éparse sur la citadelle, ou le complexe de la colline comme on l'appelle parfois, remontent au 5e siècle EC (d'après les dates au radiocarbone), mais elle fut ensuite été interrompue et reprit avec plus d'intensité aux 11e et 12e siècles EC, avec l'arrivée des peuples de l'âge du fer dont la culture matérielle était différente de celle des occupants précédents. Le complexe peut avoir fonctionné à cette date ultérieure comme site religieux, peut-être comme lieu de sépulture pour les chefs. Il se peut aussi qu'il ait toujours fonctionné comme site religieux où l'on rendait un culte aux ancêtres et où l'on offrait des sacrifices et des offrandes votives. Cependant, il existe des vestiges de maisons en terre avec des fondations en pierre sur l'acropole, et il est possible qu'elle ait été utilisée comme résidence royale. Au milieu du 13e siècle EC, le complexe de la colline fut entouré d'un mur de pierres sèches en granit, une pierre que l'on trouve localement et qui peut être facilement et naturellement fendue (à l'aide du feu puis de l'eau de refroidissement) en dalles relativement uniformes de 50 à 100 cm d'épaisseur. Ce mur comprend des blocs de granit d'origine naturelle.

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Grand Enclos

À partir de l'an 1000 EC environ (si ce n'est pas plus tôt), la vallée située en contrebas de la citadelle fut également habitée. Elle est dominée par un grand mur de pierre elliptique du 13-14e siècle EC, d'une épaisseur de 5,5 mètres par endroits et d'une hauteur de 9,7 mètres. Le mur est légèrement incliné vers l'intérieur pour plus de stabilité et des canaux réguliers traversent la base pour drainer l'espace intérieur plat. Il y a également une porte d'entrée principale qui fait face au complexe de la colline et plusieurs autres qui semblent exclure toute fonction militaire ou défensive des murs.

Great Enclosure Wall, Great Zimbabwe
Mur du Grand Enclos, Grand Zimbabwe
Andrew Ashton (CC BY-NC-ND)

À l'intérieur se trouve un deuxième mur qui forme par endroits un couloir étroit en suivant les contours du mur extérieur et qui mène à un grand monument ou une tour en pierre. La tour est de forme conique, elle mesure 5 mètres de large dans sa partie la plus large et atteint une hauteur de 10 mètres. Construits en granit en pierres sèches avec un tracé précis, le mur et la tour sont communément appelés le Grand Enclos.

LE GRAND ENCLOS AURAIT SERVI DE SYMBOLE ÉLOQUENT DU PRESTIGE ET DE L'AUTORITÉ DES SOUVERAINS DU GRAND ZIMBABWE.

L'objectif de la structure, qui a une circonférence totale de 250 mètres, n'est pas connu avec certitude, mais il se peut qu'il s'agisse d'une résidence royale et que la tour ait été utilisée comme grenier (le grain étant une forme commune de tribut qui était aussi utilisé par les souverains shonas pour offrir un cadeau). Les artefacts les plus luxueux du Grand Zimbabwe ont été trouvés ici et dans le complexe de la colline. Cependant, la disposition particulière des murs, des plates-formes intérieures et des contreforts en pierre est difficile à expliquer comme une simple résidence. Quelle que soit sa fonction exacte, la plupart des spécialistes s'accordent à dire que le Grand Enclos a servi de symbole éloquent du prestige et de l'autorité des souverains du Grand Zimbabwe.

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Ruines de la vallée

On trouve également dans les environs de nombreux autres bâtiments individuels en pierre, également entourés de hauts murs, ainsi que les vestiges de nombreuses grandes maisons circulaires en terre et en poteaux (antérieures aux maisons en pierre). Cette troisième zone est connue sous le nom de « Ruines de la vallée ». Les maisons en terre ont souvent un diamètre de 10 mètres et leur hauteur, avec leur toit de chaume, devait être de 6 mètres ou plus.

Le nombre et la répartition géographique de ces ruines suggèrent une augmentation de la population au fur et à mesure que la ville prospérait. Sur une superficie de 700 hectares et avec des structures aussi monumentales, il y avait sûrement une élite dirigeante et peut-être une autorité centralisée qui régnait sur une population totale d'environ 18 000 personnes. Le contact avec les cultures contemporaines de la région est suggéré par la similitude d'objets tels que les cloches en fer, traditionnellement associées aux souverains, trouvées sur le site et à Shaba et Ingombe Ilede sur le fleuve Zambèze moyen.

Gouvernement et société

La société zimbabwéenne, comme dans d'autres régions d'Afrique australe, était dominée par des chefs de famille masculins qui rivalisaient avec leurs pairs pour le pouvoir et l'influence. L'une des principales méthodes d'acquisition de ce pouvoir était la possession de bétail. Le nombre d'épouses d'un homme était un autre indicateur de réussite car il correspondait à la main-d'œuvre dont il disposait. Les femmes devaient semer, s’occuper des cultures et les récolter, préparer la nourriture et aller chercher de l'eau. Les hommes célibataires chassaient, gardaient les animaux et fabriquaient des vêtements. Les hommes qui ne possédaient pas de biens propres pouvaient devenir dépendants d'un homme possédant des biens, qui leur permettait de participer aux tâches d’élevage des troupeaux en échange de nourriture et d'un abri. Ces dépendances étaient un autre indicateur de la réussite d'un homme dans la société zimbabwéenne.

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Great Enclosure Tower, Great Zimbabwe
Tour du Grand Enclos, Grand Zimbabwe
Radio Raheem (CC BY-NC-ND)

Le chef d'une tribu était probablement l'homme le plus riche, bien que le poste soit généralement héréditaire chez les Shonas. Un chef n'avait pas d'armée pour soutenir son autorité et il est donc probable que la plupart des chefs cherchaient à concilier les opinions des hommes les plus âgés de leur communauté et des chefs subordonnés sous leur contrôle nominal. Les preuves archéologiques de destruction par le feu sur certains sites suggèrent qu'il y avait des conflits occasionnels entre groupes concurrents. Les monuments de pierre, au moins, témoignent d'une certaine forme d'autorité politique, mais on ignore en quoi elle consistait, si ce n'est qu'elle était suffisamment riche et contrôlait une main-d'œuvre suffisante pour construire des structures aussi massives.

Les enfants des hommes de la tribu qui possédaient des troupeaux étaient éduqués avec leurs pairs pendant plusieurs mois, à l'écart de la communauté. Les garçons apprenaient les techniques de chasse, devaient endurer des épreuves physiques et des tests d'endurance, et apprenaient les traditions et les coutumes de la tribu. À la fin de la période de formation, ils étaient circoncis et recevaient un nouveau nom, ce qui signifiait que les garçons étaient devenus des hommes. Les filles recevaient également une éducation de groupe qui les préparait à leur futur rôle d'épouses et de mères. Lorsqu'une fille se mariait, elle quittait sa maison et vivait avec la famille de son mari, son père lui offrant une dot de bétail.

Commerce

Le Grand Zimbabwe avait des liens commerciaux avec d'autres États plus éloignés, comme le prouvent les découvertes de marchandises, même non africaines, acheminées par des marchands de la côte est-africaine, à 400 km de là. Kilwa et son avant-poste de Sofala - situé dans l'actuel Mozambique - sont devenus les plus prospères de tous les comptoirs d’échange swahilis grâce à l'or qui arrivait du royaume du Zimbabwe. Cet or était facilement acquis à partir des dépôts de surface sur le plateau zimbabwéen et dans les affluents du Zambèze. Lorsque ces sources furent épuisées, des mines à ciel ouvert furent creusées jusqu'à une profondeur de 30 mètres. L'or, l'ivoire et le cuivre (souvent moulés en lingots en forme de X) étaient échangés contre des produits de luxe exotiques tels que la porcelaine chinoise des Ming et la faïence sculptée de Perse. Il n'y avait pas de marché, et ce commerce se faisait par troc au profit de l'élite dirigeante. On trouve donc de nombreuses preuves de la richesse que ce commerce interrégional a apporté à la ville, non seulement dans les objets de luxe étrangers découverts, mais aussi dans son architecture et son art.

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Art

Malheureusement pour la postérité, le site du Grand Zimbabwe a été systématiquement pillé de tout objet de valeur pendant les activités des colons européens dans la région dans les années 1890 EC. Ces objets qui ont été rendus publics sont presque toujours dépourvus d'informations sur le contexte dans lequel ils ont été trouvés.

Un certain nombre de figures en stéatite finement sculptées ont été découvertes, dont huit représentations d'oiseaux perchés sur des monolithes de plus d'un mètre de haut. L'oiseau est connu sous le nom d'oiseau du Zimbabwe et ne ressemble à aucun oiseau dans la nature; il figure aujourd'hui sur le drapeau du pays. Des statues telles que les figures en stéatite font allusion à la nature ritualiste du site du Grand Zimbabwe. D'autres sculptures comprennent des bovins et des figures féminines nues très stylisées. Des poteries simples non vernies de très bonne qualité ont été produites, très souvent elles étaient recouvertes de graphite puis polies. On trouve des récipients en forme de calebasse avec des décorations triangulaires hachurées caractéristiques, de petits disques à l'usage incertain et des modèles de huttes.

Déclin et histoire ultérieure

Les causes précises du déclin du Grand Zimbabwe ne sont pas connues, mais la concurrence des États rivaux et l’épuisement des gisements d'or sont les explications les plus probables. Il est possible que la surpopulation ait également causé des problèmes, comme la surexploitation des terres et la déforestation, une situation qui a peut-être atteint un point critique à la suite d'une série de sécheresses. Il est certain qu'au 15e siècle EC, tout lien avec le commerce côtier cessa. Dans la seconde moitié de ce siècle, les Shonas migrèrent de quelques centaines de kilomètres vers le nord et formèrent un nouvel État, le royaume de Mutapa. La ville du Grand Zimbabwe fut donc largement abandonnée et n'a été « redécouverte » qu'à l'arrivée des Européens à la fin du 19e siècle EC. Aveuglés par leur racisme, ils ne pouvaient se résoudre à croire qu'un tel endroit ait pu être construit par des Africains noirs. Ce préjugé s'est maintenu jusqu'à la fin du 20e siècle EC et il a conduit à toutes sortes d'explications farfelues pour les grandes structures de pierre, comme celle de Phéniciens errants établissant une ville à des milliers de kilomètres de leur patrie et aussi loin de la mer qu'il en était physiquement possible . Des preuves archéologiques ont toutefois démontré que le Grand Zimbabwe fut bel et bien construit par des Africains noirs autochtones.

Le territoire autrefois détenu par le royaume du Zimbabwe était encore peuplé mais il avait été conquis par le peuple Ndebele au 19e siècle EC, lors de la formation du royaume du Matabeleland. Au début du 20e siècle EC, la région était sous le contrôle de la British South Africa Company, et deux nouveaux États ont été créés en 1911 EC: la Rhodésie du Nord et la Rhodésie du Sud. Ce dernier État deviendra le pays moderne du Zimbabwe en 1980 EC.

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Bibliographie

Traducteur

Caroline Martin
Française, ayant vécu au Royaume Uni pendant 20 ans, Caroline Martin est totalement bilingue. Lectrice passionnée depuis son plus jeune âge, elle a développé un amour de l'histoire qui remonte a ses années sur les bancs de l’école. Elle s'intéresse maintenant beaucoup à l'histoire en général et à la géopolitique.

Auteur

Mark Cartwright
Mark est un auteur d'articles historiques installé en Italie. Il s'intéresse plus particulièrement à la poterie, à l’architecture, aux mythologies du monde et à la découverte des idées partagées par toutes les civilisations. Il est titulaire d’un Master en philosophie politique et éditeur en chef de WHE.

Citer cette ressource

Style APA

Cartwright, M. (2019, mars 14). Grand Zimbabwe [Great Zimbabwe]. (C. Martin, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-16432/grand-zimbabwe/

Style Chicago

Cartwright, Mark. "Grand Zimbabwe." Traduit par Caroline Martin. World History Encyclopedia. modifié le mars 14, 2019. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-16432/grand-zimbabwe/.

Style MLA

Cartwright, Mark. "Grand Zimbabwe." Traduit par Caroline Martin. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 14 mars 2019. Web. 06 juil. 2022.

Adhésion