Le palais d'Hisham à Khirbat Al-Mafjar (les ruines de Mafjar) est un édifice omeyyade qui figure parmi les dernières antiquités romaines et byzantines encore existantes. Il fut construit par Al-Walīd II, en 734 près de Jéricho, dans la vallée du Jourdain, sous le règne du calife Hicham Ibn Abdelmalik, (r. de 724 à 743). Ce palais est l'un des derniers palais désertiques très sophistiqués de la région et est réputé pour ses mosaïques élaborées, ses sculptures en stuc et sa magnificence sculpturale générale. Il est célèbre pour ses décorations qui représentent des illustrations appartenant à l'art classique islamique primitif. Il fut construit principalement en grès et en briques cuites.
Dimensions et disposition
Le plan et l'emplacement suggèrent qu'il s'agissait peut-être d'un khān ou d'une maison d'hôtes. L'importance de ce bâtiment peut être appréciée à plusieurs niveaux. Le motif géométrique du plan et de l'élévation crée un sentiment d'harmonie et cette unité est fortement soulignée par la riche décoration de mosaïques colorées. Cette conception reflète en fait le niveau de vie luxueux et le pouvoir politique et tribal des Omeyyades. Les aspects structurels de Khirbat al-Mafjar révèlent une utilisation élaborée du système de voûtes impliquant le dôme et les voûtes en berceau.
Khirbat Al-Mafjar est un grand complexe qui mesure environ 265 m et comprend trois zones principales: un palais à deux étages, une mosquée accompagnée d'une petite cour, un complexe de bains comprenant une salle d'audience (salle du trône), le tout entouré d'un mur d'enceinte. À l'est, bordant la longueur du site, s'étend une cour avec une fontaine centrale. La porte principale du complexe est située au centre de la façade sud du palais et est flanquée de deux solides tours de contrefort de chaque côté de la façade. Cependant, les autres châteaux omeyyades du désert ont tendance à se conformer à un type unique, leur caractéristique centrale étant une enceinte d'environ 70 m de côté, une unité de mesure courante chez les Omeyyades, basée sur un multiple du pied romain.
À l'instar des plans d'autres résidences omeyyades, Khirbat Al-Mafjar présente quelques irrégularités étranges. Par exemple, l'axe du porche et ceux du hall d'entrée ne sont pas parallèles, et ne sont pas non plus orientés vers l'ouest. Ces axes tombent au centre du côté opposé de la cour ou s'alignent avec l'axe de la pièce centrale à l'intérieur. Le porche lui-même est éloigné du côté est. Le plan d'ensemble ressemble beaucoup à un carré et peut convaincre le spectateur que les constructeurs avaient l'intention d'en faire un.
Khirbat Al-Mafjar contribue à notre compréhension générale de l'architecture musulmane primitive. Il existe un lien génétique entre une caractéristique architecturale spécifique de Khirbat Al-Mafjar et celle des bâtiments antérieurs, que l'on peut déduire des porches des structures séculières. Le porche monumental en saillie n'apparaît pas dans l'architecture des mosquées avant la Grande Mosquée de Mahdia, construite vers 916 et disparue depuis fort longtemps. Cependant, les porches de Khirbat Al-Mafjar suggèrent qu'ils devaient exister auparavant.
Quartier résidentiel du palais
La zone résidentielle du palais est composée de grandes et petites pièces qui donnent sur une cour intérieure. La première impression que donne le plan représente l'essence même d'un bâtiment résidentiel, reflétant dans la disposition soignée des pièces à l'intérieur d'un mur d'enceinte le concept oriental le plus ancien de ce que doit être une maison: une zone entourée de murs continus. Le plan de la maison donne l'impression qu'il s'agissait d'un harem, une chambre réservée à la famille.
Complexe des bains
Le complexe des bains de Khirbat Al-Mafjar est le bâtiment le plus somptueusement décoré. Il est bien connu des historiens de l'art islamique grâce aux fouilles et à la reconstruction de son agencement par Robert Hamilton, qui donne vie et sens aux différents éléments de son architecture et de sa décoration. Ce complexe de bains semble avoir servi de cadre approprié à la vie extravagante d'Al Walid II, telle que décrite par ses biographes, et qui finit par conduire à son assassinat. Le complexe contient l'un des panneaux de mosaïque les plus anciens, les plus célèbres et les plus uniques de la période classique de l'architecture islamique et représente un lion qui attaque une gazelle sous un arbre.
Le bain ou hammam, situé à environ 40 m au nord du site du palais, est le deuxième plus grand bâtiment. Les ruines révèlent que le bâtiment était autrefois un bain, car elles sont composées de monticules de taille irrégulière avec des fragments de briques, de pierres taillées et de gravats éparpillés ça et là. Il semble que la construction des bains ait précédé celle du palais. De plus, il n'est pas inhabituel d'avoir des bains situés dans une partie éloignée du palais, car deux autres bains omeyyades, Hammam as Sarakh et Qusayr' Amrah, ont également été construits dans une zone isolée, sans bâtiments résidentiels à proximité. En termes d'architecture et d'ornementation, les bains d'Al-Mafjar étaient tout aussi développés, sinon plus, que le palais proprement dit.
Mosaïques
Khirbat Al-Mafjar était orné de différentes manières de mosaïques, de motifs en stuc et de sculptures qui embellissaient principalement le hall d'entrée du palais, les bains et la salle d'audience. Des mosaïques géométriques et figuratives recouvrent le sol des bains, tels des tapis, et les murs sont recouverts de stuc finement peint. Le sol est recouvert de deux panneaux de mosaïque: l'un rectangulaire avec un motif géométrique et l'autre en forme d'arc qui remplit le sol légèrement surélevé d'une abside. Le panneau en arc représente un lion attaquant une gazelle. C'est le seul panneau de mosaïque du complexe qui comporte un motif figuratif, ce qui suggère que ce motif avait une signification symbolique particulière. La mosaïque serait symbolique de l'avènement de la paix qui suit le triomphe de l'islam.
Au centre du panneau de mosaïque se trouve un grand arbre qui porte des fruits qui ressemblent à des grenades. Le feuillage de l'arbre semble pousser des deux côtés à partir de deux troncs verticaux parallèles reliés par une branche plus petite. Le spectateur qui regarde dans la pièce peut voir le lion attaquant une gazelle sous l'arbre, à sa droite.
Sur le plan décoratif, les palais omeyyades présentent les formes les plus puissantes d'architecture et de décoration, allant des sols en mosaïque aux murs recouverts de carreaux décorés et de stuc. Une grande partie de l'attrait visuel de l'architecture omeyyade et de sa décoration réside dans la manière dont les formes anciennes furent recombinées, rajeunies et recréées par la nouvelle culture, dotée d'une immense richesse et à la recherche d'une forme d'art individualiste. Les peintures de Khirbat Al-Mafjar constituent également un document remarquable, non seulement parce qu'elles témoignent de l'existence d'une tradition picturale dans la Syrie et la Palestine préislamiques, mais aussi parce qu'elles montrent qu'il existait suffisamment de monuments datant d'époques antérieures dans cette région pour prouver la synthèse des styles orientaux et occidentaux et la juxtaposition de styles anciens et plus récents.