Bataille de Verdun

La plus longue bataille de la Première Guerre mondiale
Mark Cartwright
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le
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Lorsque les généraux allemands décidèrent d'adopter une stratégie d'usure pour affaiblir de façon méthodique l'armée française au milieu de la Première Guerre mondiale (1914-1918), cela donna lieu à la bataille de Verdun, un engagement qui échappa à tout contrôle et qui coûta aux deux camps beaucoup plus cher qu'ils ne l'avaient imaginé. Prêts à tout pour conserver le prestigieux complexe fortifié de Verdun, les Français organisèrent une rotation de leurs divisions pour le défendre, de sorte que 75 % de l'armée nationale participa à cette gigantesque bataille. La plus longue et l'une des plus meurtrières de la Première Guerre mondiale, la bataille de Verdun (février-décembre 1916), comme tant d'autres pendant la Grande Guerre, fit des centaines de milliers de victimes, mais n'apporta que très peu d'avantages stratégiques à l'un ou l'autre camp. Les Français tinrent bon et l'Allemagne était tellement épuisée en hommes et en matériel qu'elle ne put lancer aucune autre offensive majeure avant 1918.

French Defence of Verdun
Défense française de Verdun French Official Photographer (CC BY-NC-SA)

La forteresse de Verdun: attaque et attrition

Le haut commandement allemand espérait qu'une attaque soutenue contre la prestigieuse forteresse de Verdun, située dans les collines au nord de Verdun-sur-Meuse, dans le nord-est de la France, "saignerait la France à blanc" (Bruce, 389). Le raisonnement était que les généraux français ne pourraient pas abandonner Verdun, car cela porterait un coup sérieux au moral des militaires et des civils. L'attaque allemande, lancée sur un point précis de l'immense front occidental, était conçue pour s'éterniser et ainsi mobiliser continuellement les troupes françaises jusqu'à ce que le nombre de morts soit si élevé que la population civile française insisterait pour que la guerre prenne fin. La question de savoir si le haut commandement allemand souhaitait réellement s'emparer du complexe fortifié fait l'objet de nombreux débats parmi les historiens. La clé du succès allemand serait d'infliger à l'ennemi plus de pertes que ses propres forces n'en subissaient, afin que les attaquants surpassent les défenseurs. Jusqu'alors, toutes les grandes batailles de la Première Guerre mondiale avaient favorisé la défense, mais cette vérité dérangeante fut ignorée lorsque le haut commandement allemand convainquit l'empereur Guillaume II (r. de 1888 à 1918) de leur donner le feu vert pour poursuivre leur offensive.

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Le plan d'attaque sur Verdun reçut le nom de code "Opération Jugement".

Il incomba à la deuxième armée française de défendre Verdun à tout prix. La tâche ne serait pas facile. Verdun était située dans un renflement du terrain, dans une boucle de la Meuse. Ce renflement pouvait être attaqué par l'ennemi sur trois côtés. La forteresse était en réalité un ensemble de cercles concentriques de forteresses se protégeant mutuellement, mais toutes étaient exposées à l'artillerie. Les Français disposaient de mauvaises lignes de communication et d'approvisionnement vers Verdun, tandis que les Allemands disposaient d'une ligne de chemin de fer qui s'étendait jusqu'à 19 km de la ville.

Un autre élément négatif pour la défense était qu'après la chute de plusieurs forteresses au début de la guerre, lorsque l'artillerie lourde allemande les avait réduites en ruines, le haut commandement français avait commencé à douter sérieusement qu'une forteresse, aussi solide soit-elle, puisse résister indéfiniment. En conséquence, la plupart des canons lourds de Verdun avaient déjà été retirés pour être utilisés ailleurs comme artillerie de campagne. De plus, cette boucle de la Meuse était devenue l'une des zones les plus calmes du front occidental et, par conséquent, en février 1916, les forteresses n'étaient gardées que par une poignée de divisions françaises.

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Un point positif pour les Français était que les forteresses restaient des structures difficiles à pénétrer; beaucoup étaient situées sur des hauteurs et beaucoup avaient été renforcées en 1885, puis plus récemment, à l'aide de béton et de blindage. Les systèmes de tranchées entre et autour des différentes forteresses avaient également été considérablement améliorés lorsque le renforcement des troupes allemandes avait laissé présager que ce serait très certainement le lieu du prochain grand affrontement sur le front occidental. La question cruciale était la suivante: l'armée française pourrait-elle s'organiser pour acheminer suffisamment d'hommes et de matériel dans cette zone afin d'assurer sa défense une fois l'attaque lancée?

Fort Douaumont
Fort de Douaumont Photographisches Bild- und Film-Amt (Public Domain)

L'attaque allemande

Le plan d'attaque reçut le nom de code "Opération Jugement". La bataille commença le 21 février et dura dix mois d'efforts acharnés. Le premier acte de cette tragédie fut lui-même gigantesque. Les unités d'artillerie allemandes avaient été progressivement renforcées en janvier et février, de sorte que plus de 540 canons lourds et 660 canons plus légers furent alignés contre l'ennemi. Un bombardement d'artillerie pilonna les défenses françaises pendant 21 heures; chaque heure, 2 400 obus étaient tirés. Ce fut le bombardement le plus intense jamais vu pendant la guerre.

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Les unités d'infanterie de la cinquième armée allemande, composées d'environ un million d'hommes, avancèrent alors sur un front de 13 km qui suivait la Meuse. Une nouvelle arme redoutable fut utilisée par les attaquants: le lance-flammes. Au départ, la grande offensive se déroula plutôt bien, permettant aux allemands de gagner 5,6 km, ce qui était considérable compte tenu de l'état généralement statique du front occidental. Les commandants français, à court de munitions et de ravitaillement, furent contraints de regrouper leurs forces épuisées. La retraite vers le sud eut pour conséquence l'abandon de la plaine de Woëvre à l'ennemi. Plus grave encore, certainement en termes de prestige, fut la perte du fort de Douaumont le 25 février.

L'ampleur de l'avance allemande et son succès signifiaient que Verdun même, clé de toute la bataille, était désormais gravement menacée. Le maréchal Joseph Joffre (1852-1931), commandant en chef de l'armée française, prit des mesures drastiques et nomma un nouveau commandant pour cette zone du front, Philippe Pétain (1856-1951). Bien que les systèmes de tranchées françaises avancées aient déjà été submergés, Pétain reçut l'ordre formel de continuer à défendre Verdun à tout prix, même s'il aurait certainement été préférable de se retirer et de défendre le terrain boisé plus favorable situé derrière le saillant de Verdun. Pétain était un bon choix pour cette mission, un commandant qui se souciait peu des pertes opérationnelles et qui avait toujours privilégié la défense à l'attaque. Si un général pouvait sauver la France, c'était bien Pétain.

Abandoned French Guns, Verdun, 1916
Canons français abandonnés, Verdun, 1916 Unknown Photographer (Public Domain)

La riposte française

Pétain agit rapidement, réorganisant ses troupes et prenant personnellement le commandement des unités d'artillerie essentielles, s'assurant qu'elles ne tirent désormais que de manière concentrée. Pétain réorganisa également ses gros canons de manière à ce que plus les Allemands avançaient, plus leur flanc serait exposé à l'artillerie française. Des défaillances logistiques avaient handicapé les Français depuis le début de la bataille, leurs ravitaillements et leurs renforts arrivant par une seule route secondaire. La situation s'améliora considérablement grâce à la mise en place d'une chaîne de camions de ravitaillement en mouvement permanent qui reliait le front à la ville de Bar-le-Duc, située à environ 64-80 km à l'arrière. Au début, 3 500 camions acheminaient les ravitaillements, mais ce nombre finit par passer à 12 000. Tout camion en panne était tout simplement poussé dans les champs et abandonné, tandis qu'une équipe spécialisée de réparateurs de routes travaillait sans relâche pour maintenir la circulation, ce qui fut le cas, avec un camion passant toutes les 14 secondes en juin. Après la guerre, cette route fut affectueusement surnommée la "Voie sacrée" et, malgré les tirs d'artillerie allemands, elle permit d'approvisionner en masse les défenseurs épuisés. Les troupes pouvaient désormais être utilisées à tour de rôle sur un front où l'intensité des combats épuisait rapidement les hommes.

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À la fin du mois de mars, l'armée allemande n'était plus qu'à 5 km de Verdun.

Au début du mois de mars, l'avance allemande, dont les mouvements d'artillerie lourde étaient sérieusement entravés par les conditions boueuses, avait été stoppée. Les généraux allemands avaient largement sous-estimé le nombre de canons et d'obus nécessaires pour affaiblir efficacement l'ennemi. L'armée française, qui s'était remise de son choc initial pour redevenir une force opérationnelle, était désormais en mesure de lancer ses propres offensives, bien que limitées. Cette action obligea les commandants allemands à étendre leurs lignes, notamment pour tenter de neutraliser l'artillerie française sur la rive ouest de la Meuse. Les Français réussirent à tenir la colline du Mort-Homme. Néanmoins, les forces allemandes continuaient de menacer les fortifications de Verdun et, à la fin du mois de mars, elles n'étaient plus qu'à 4,8 km de la ville. Les combats se poursuivirent sans relâche tout au long de ce printemps brutal et terriblement pluvieux; le village de Vaux, par exemple, changea de mains pas moins de 13 fois pendant la bataille.

La bataille s'éternise

Verdun n'avait pas été prise, mais l'objectif allemand d'épuiser les forces ennemies fonctionnait à merveille. L'armée allemande lança une nouvelle offensive vers l'ouest au cours de la deuxième semaine d'avril, mais les gains réalisés plus tôt dans la bataille ne purent être renouvelés, les combats devenant moins mobiles et s'apparentant davantage à une forme insidieuse de guerre des tranchées.

Map of the Battle of Verdun
Carte de la bataille de Verdun Gdr (CC BY-SA)

À la fin du mois de mai, alors que le temps et les conditions s'amélioraient, Le Mort-Homme fut capturé, puis le fort de Vaux au cours de la deuxième semaine de juin (bien que les troupes françaises qui défendaient vaillamment ce dernier ne se soient rendues que parce qu'elles étaient à court d'eau). Vers la fin du mois de juin, les forces allemandes avancèrent sur les forts clés de Souville et Tavannes. Les attaquants utilisèrent du gaz phosgène mortel le 22 juin et infligèrent de lourdes pertes aux Français, mais les défenseurs tinrent bon. À la mi-juillet, l'armée allemande était épuisée et Verdun n'était plus directement menacée. La riposte pouvait alors commencer.

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Les deux camps avaient subi des pertes considérables, mais la nature des combats continuait de favoriser la défense. Comme cela avait été le cas ailleurs, les barrages d'artillerie n'infligeaient pas suffisamment de dégâts aux défenseurs bien retranchés pour permettre un assaut facile de l'infanterie. Une fois les bombardements terminés, les défenseurs pouvaient sortir de leurs trous et utiliser leurs mitrailleuses pour terrasser l'attaque secondaire de l'infanterie. Un autre facteur important était l'idée française de rotation des troupes, qui permettait aux défenseurs d'utiliser pas moins de 42 divisions. Les Allemands, en revanche, ne faisaient pas tourner leurs troupes, et les 30 divisions engagées dans la bataille n'avaient donc aucun répit.

Même le terrain proprement dit témoignait de la destruction persistante causée par cette bataille acharnée:

Le paysage avait été définitivement transformé, les forêts réduites en copeaux, les villages avaient disparu, la surface du sol était tellement criblée d'impacts d'obus que les cratères se superposaient les uns aux autres... Pour les deux armées, Verdun était devenu un lieu de terreur et de mort qui ne pouvait apporter de victoire.

(Keegan, 285)

Trench Warfare on WWI's Western Front, 1914-18
Guerre des tranchées sur le front occidental de la Première Guerre mondiale, 1914-1918 Simeon Netchev (CC BY-NC-ND)

La phase finale

À l'approche de l'automne, des changements furent opérés au sein du commandement des deux camps. Le commandant allemand de l'assaut, le général Erich von Falkenhayn (1861-1922), fut remplacé à la tête de l'état-major par le duo composé du général Erich Ludendorff (1865-1937) et du général Paul von Hindenburg (1847-1934).

Du côté français, le général Robert Nivelle (1856-1924) avait déjà pris les commandes pendant la dernière phase de la bataille de Verdun, tandis que Pétain était promu à la tête du groupe d'armées central. C'est Nivelle qui avait lancé la nouvelle idée du "barrage roulant", consistant à utiliser l'artillerie pour tirer un rideau d'obus qui avançait en même temps que l'infanterie. Cette technique fut couronnée de succès, notamment avec la reconquête des forts de Douaumont et de Vaux vers la fin du mois d'octobre. Les Français avaient également bénéficié d'une période de repos pendant laquelle les combats s'étaient calmés, ainsi que de l'arrivée de renforts importants.

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Les forces allemandes continuèrent à subir des pertes lourdes et insoutenables. Verdun fut certes une bataille d'usure, mais elle épuisa davantage les capacités à long terme des attaquants que celles des défenseurs. Début décembre, les Français lancèrent une nouvelle offensive et, à la mi-décembre, la capture de 11 000 soldats allemands mit effectivement fin à la bataille. Au total, les forces allemandes subirent 330 000 pertes (dont 143 000 morts) lors de la bataille de Verdun, contre environ 351 000 pertes françaises (dont 150 000 morts). Peu d'autres batailles de la Première Guerre mondiale atteindraient ces chiffres en termes de morts et de blessés. La ville de Verdun fut détruite, mais la forteresse fut conservée. L'Allemagne dépensa des ressources matérielles à un rythme prodigieux: 23 millions d'obus d'artillerie furent tirés, par exemple. Malgré le prix élevé payé en hommes et en armes, la campagne n'apporta aucun gain militaire significatif à l'une ou l'autre des parties.

Pétain Pin Badge
Badge à l'effigie de Phillippe Pétain Imperial War Museums (CC BY-NC-SA)

Héritage

L'ampleur et la durée de la bataille de Verdun eurent des conséquences dans d'autres zones du front occidental. La première bataille de la Somme eut lieu, également dans le nord de la France, du 1er juillet au 18 novembre 1916. Cette bataille, qui opposa les forces armées britanniques et françaises aux forces allemandes, était initialement prévue dans le cadre d'une offensive alliée plus large, mais elle se transforma en une opération de diversion visant à soulager la pression sur les troupes de l'armée française autour de Verdun. L'offensive de la Somme fit également un nombre considérable de victimes, mais elle atteignit son objectif qui était de détourner les forces allemandes de la bataille de Verdun. Sur le front oriental, les attaques majeures menées par les armées de la Russie impériale atteignirent un objectif similaire, à savoir détourner les divisions allemandes clés de Verdun. En bref, l'Allemagne combattait trop d'ennemis et la stratégie d'une bataille d'usure massive s'avéra être pure folie.

Pétain devint un héros national pour sa défense stoïque de Verdun, et Nivelle fut nommé commandant en chef de l'armée. Pétain reconnut que la défense de Verdun avait été rendue possible grâce au courage des soldats français, mais même ceux qui avaient survécu à cette épreuve avaient payé un prix terrible pour cette victoire. Le général remarqua: "Dans leur regard hésitant, on devinait des visions d'horreur, tandis que leur démarche et leur attitude révélaient un découragement total. Ils étaient écrasés par des souvenirs horribles" (Bruce, 390).

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Les combats de Verdun et de la Somme permirent aux Alliés d'infliger à l'Allemagne des pertes telles qu'elle ne put lancer aucune nouvelle offensive majeure avant 1918. Le cours de la guerre avait définitivement changé, et avec l'entrée en guerre des États-Unis en novembre 1917, l'Allemagne n'avait plus les moyens nécessaires pour remporter cette guerre qui devait mettre fin à toutes les guerres.

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth, responsable de Traduction, est diplômée en anglais et en français langue étrangère. Parlant couramment le français, l'anglais et l'italien, elle a enseigné l'anglais au British Council à Milan, en Italie.

Auteur

Mark Cartwright
Mark est un auteur, chercheur, historien et éditeur, à plein temps. Il s'intéresse particulièrement à l'art, à l'architecture et à la découverte des idées que partagent toutes les civilisations. Il est titulaire d'un Master en Philosophie politique et est le Directeur de Publication de WHE.

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Style APA

Cartwright, M. (2026, janvier 16). Bataille de Verdun: La plus longue bataille de la Première Guerre mondiale. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2878/bataille-de-verdun/

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Cartwright, Mark. "Bataille de Verdun: La plus longue bataille de la Première Guerre mondiale." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, janvier 16, 2026. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2878/bataille-de-verdun/.

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Cartwright, Mark. "Bataille de Verdun: La plus longue bataille de la Première Guerre mondiale." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, 16 janv. 2026, https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2878/bataille-de-verdun/.

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