Le Casse de la Brink's-Mat

Le plus gros casse de Grande-Bretagne
Mark Cartwright
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le
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Six braqueurs armés. Un entrepôt. Trois tonnes d'or d'une valeur actuelle d'environ 320 millions de dollars. Le braquage du dépôt sécurisé Brink's-Mat, situé à proximité de l'aéroport Heathrow de Londres, le 26 novembre 1983, fut le plus gros vol d'or jamais commis en Grande-Bretagne. Ce crime fit sensation dans la presse, dont les gros titres affichaient la question que tout le monde se posait à travers le pays: où est passé l'or de Brink's-Mat?

Gold Bullion
Lingots d'or Andrzej Barabasz (CC BY-SA)

Complicité interne

Un an avant le braquage, un gang de voleurs professionnels du sud-est de Londres, dirigé par un homme se faisant appeler "le Colonel", avait jeté son dévolu sur l'entrepôt Brink's-Mat. À l'intérieur se trouvait de l'or, de l'argent, des pierres précieuses, des espèces et, en gros, tout ce qui avait une valeur extrêmement élevée et un faible volume. Ces biens entraient et sortaient quotidiennement de l'entrepôt par des vols à Heathrow. Le problème était que l'entrepôt était extrêmement difficile à cambrioler, avec des alarmes reliées à la police et à d'autres sociétés de sécurité, des serrures à minuterie et un immense coffre-fort ultramoderne qui nécessitait plusieurs combinaisons et plusieurs clés pour être ouvert. Les voleurs disposaient toutefois de la meilleure clé qui soit: un complice à l'intérieur. Le gardien de sécurité Tony Black avait été soudoyé. Black fut grassement payé pour laisser entrer le gang par une petite porte arrière mal sécurisée peu après 6 h 30 du matin.

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Pestant contre leur manque de résultat, l'un des membres du gang examina ce qui semblait être une pile de boîtes à chaussures sur le sol.

Une fois à l'intérieur de l'entrepôt, les membres du gang, cagoulés et armés, rassemblèrent les gardes abasourdis qui étaient en train de préparer leur thé. Le temps était compté et le gang n'était pas là pour s'amuser. Grâce aux informations fournies par Black, le gang savait exactement quels étaient les deux gardes qui détenaient les combinaisons et les clés du coffre-fort. Les deux hommes furent ligotés, cagoulés et aspergés d'essence. Le choix était simple: ouvrir le coffre-fort ou mourir brûlés vifs.

Une fois les portes du coffre-fort ouvertes, les malfaiteurs se mirent à forcer les trois coffres verrouillés qui s'y trouvaient. Malgré tous leurs efforts, ils ne parvinrent pas à ouvrir ce qui était sans doute un véritable trésor rempli de métaux précieux et de bijoux. Les gardes, en proie à la terreur, étaient dans un état de grande confusion, et leurs clés et combinaisons jumelées ne fonctionnaient pas. L'un d'eux ne se souvenait tout simplement pas des dernières combinaisons, qui étaient régulièrement changées par la société de sécurité. Les voleurs savaient qu'ils ne pouvaient pas forcer les coffres, car les plaques magnétiques à l'intérieur se déplaceraient et déclencheraient les systèmes d'alarme. Pestant contre leur manque de résultat, et sur le point de repartir les mains vides, l'un des membres du gang examina ce qui semblait être un tas de boîtes à chaussures sur le sol. En retirant une partie du couvercle en carton, il aperçut le reflet indubitable de l'or. Cela semblait incroyable, mais là, sur le sol, se trouvaient 75 boîtes d'or d'une valeur de 26 millions de livres sterling à l'époque. Le gang chargea ses deux camionnettes et partit, les poches littéralement pleines.

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Aerial View of Heathrow International Trading Estate
Vue aérienne de la zone commerciale internationale d'Heathrow Thomas Nugent (CC BY-SA)

Lorsque la nouvelle de ce vol sensationnel fut rendue publique, le cours de l'or augmenta immédiatement d'environ 7 %. Le gang avait déjà augmenté la valeur de son butin de près de 2 millions de livres sterling. Mais, pour les criminels, tout cela était trop beau pour être vrai. L'énormité du butin signifiait que le gouvernement et la police ne reculeraient devant rien pour récupérer les biens volés. Un crime de cette ampleur ne pouvait pas rester impuni. Les célèbres détectives de Scotland Yard et la Flying Squad furent appelés en renfort. Les services douaniers furent également impliqués, dans l'éventualité où l'or aurait été sorti clandestinement du pays, voire réintroduit sous une autre forme. L'assureur Lloyd's of London offrit la coquette somme de 2 millions de livres sterling pour toute information concernant le vol.

Alors, qu'est devenu l'or?

L'enquête policière se concentra rapidement sur la seule explication possible pour un vol aussi réussi dans un lieu aussi sécurisé. Un ou plusieurs gardes avaient dû aider les voleurs. Interrogé, Black avoua que son beau-frère faisait partie du gang. Black, que la presse surnomma "la taupe en or", fut condamné à six ans de prison. Les descriptions de leurs voix fournies par les autres gardes et par des témoins qui avaient vu un fourgon lourdement chargé quitter l'entrepôt le matin du vol aidèrent la police à identifier certains des criminels et à les arrêter, y compris "le Colonel". Il fallait ensuite retrouver les revendeurs à qui les criminels avaient vendu leur or, une partie de l'enquête qui révéla l'étendue du réseau des groupes du crime organisé international.

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La grande majorité de l'or volé ne fut jamais retrouvée. Seules 11 lingots furent retrouvés enterrés dans un jardin. Le reste, fondu et refondu pour dissimuler son origine, fut conservé sous forme de lingots ou vendu à des revendeurs en tant que débris d'or, et il fut ensuite découpé, revendu et retravaillé pour en faire des bijoux. Les revendeurs se retrouvèrent avec des sacs remplis d'argent liquide, qu'ils déposèrent dans différentes banques sans que personne ne leur pose de questions (une loi adoptée par la suite a obligé les banques à se montrer plus curieuses à l'avenir). Les bijouteries et les receleurs, en apparence légitimes, falsifièrent leurs livres comptables. Mais de telles quantités d'or étaient difficiles à cacher, et les autorités commencèrent à suivre la piste de faux comptes qui ne collaient pas ou révélaient des pics de bénéfices incroyables dans des activités commerciales légitimes.

London's Hatton Garden
Hatton Garden, Londres Arpingstone (Public Domain)

Avec une telle quantité de richesse, des groupes appartenant au crime organisé étaient certainement impliqués dans la disparition de l'or et de l'argent liquide, blanchis dans un labyrinthe de comptes offshore, de sociétés fictives et de transactions immobilières douteuses. La police remonta la piste et enquêta sur la potentielle implication de criminels connus à Londres à Jersey, en Europe continentale et aux États-Unis. Quelques-uns de ceux qui avaient été en contact avec l'or volé, les plus imprudents du menu fretin, purgèrent des peines de prison. La plupart des condamnations prononcées reposèent sur une fraude fiscale relative aux lingots plutôt que sur le vol à proprement parler. Les gros bonnets, eux, échappèrent à la justice.

La plupart de l'or volé aurait fini par se retrouver sur le marché d'une manière ou d'une autre. On estime que toute personne ayant acheté des bijoux dans les boutiques de Hatton Garden à Londres dans les années 1980 avait 50 % de chances de porter de l'or provenant du cambriolage. Après avoir subi une grave perte dans ses stocks d'or, Johnson Matthey Bankers, le propriétaire initial, racheta très probablement une partie de l'or volé. La demande en or, toujours considéré comme le moyen le plus sûr de stocker son capital, est restée aussi forte que jamais. Comme l'a rappelé Bryan Boyce, le détective chargé de l'enquête sur le braquage de Brink's-Mat, "l'or a un effet étrange sur beaucoup de gens. L'or n'a pas de conscience. Et certaines personnes qui en font le commerce n'ont pas de conscience non plus".

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Bibliographie

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth, responsable de Traduction, est diplômée en anglais et en français langue étrangère. Parlant couramment le français, l'anglais et l'italien, elle a enseigné l'anglais au British Council à Milan, en Italie.

Auteur

Mark Cartwright
Mark est un auteur, chercheur, historien et éditeur, à plein temps. Il s'intéresse particulièrement à l'art, à l'architecture et à la découverte des idées que partagent toutes les civilisations. Il est titulaire d'un Master en Philosophie politique et est le Directeur de Publication de WHE.

Citer cette ressource

Style APA

Cartwright, M. (2025, août 27). Le Casse de la Brink's-Mat: Le plus gros casse de Grande-Bretagne. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2778/le-casse-de-la-brinks-mat/

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Cartwright, Mark. "Le Casse de la Brink's-Mat: Le plus gros casse de Grande-Bretagne." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, août 27, 2025. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2778/le-casse-de-la-brinks-mat/.

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Cartwright, Mark. "Le Casse de la Brink's-Mat: Le plus gros casse de Grande-Bretagne." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, 27 août 2025, https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2778/le-casse-de-la-brinks-mat/.

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