Les Nécropoles Puniques de Madhia

Article

Njim Adel
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 25 novembre 2021
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Disponible dans ces autres langues: anglais, Turc

Les vestiges funéraires puniques de Mahdia, une série de tombes taillées dans la roche, datent d'une période comprise entre le Ve et le IIe siècle av. JC et sont situés dans le nord-est de la Tunisie. Ces tombes nous permettent de comprendre l'acculturation entre les populations locales dites libyennes et les Phéniciens d'origine orientale.

Punic Necropolis, Mahdia
Nécropoles puniques de Madhia
Njim Adel (CC BY-NC-SA)

Mahdia

Mahdia est l'une des principales villes de la région de l'ancienne Byzacène et l'un des principaux établissements côtiers de la région. La ville bénéficie d'une géographie exceptionnelle et est située sur un rocher baigné par la mer. Cette péninsule, longue d'environ 1,5 kilomètre et large de 400 mètres, est rattachée au continent par une étroite bande de terre sablonneuse d'environ 170 mètres (560 ft) de large.

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Mahdia eut de nombreux noms différents au cours de son histoire. Elle fut appelée Aphrodisium, Alipota, Gummi (le nom le plus durable), et probablement Pharos. Gummi semble avoir perduré sous la forme arabisée de Jemma, un lieu aujourd'hui situé dans les environs. C'est pendant la période islamique que la ville prit son nom actuel de Mahdia. Ce nom est dérivé du nom du fondateur de la dynastie fatimide Al-Mahdi (r. 909-934) qui s'y installa et en fit la capitale de son royaume à partir de l'an 920 environ.

NOTRE MÉCONNAISSANCE DE L'AGGLOMÉRATION URBAINE PUNIQUE DE MAHDIA ACCENTUE L'IMPORTANCE DES DONNÉES DONT NOUS DISPOSONS SUR LA NÉCROPOLE PUNIQUE.

L'emplacement exact de l'ancienne Mahdia est inconnu. L'existence de nécropoles puniques nous amène à penser qu'il y avait bien une agglomération punique correspondant à ces nécropoles, mais nous ne savons toujours pas où exactement. Si l'on examine la relation entre la cité des vivants et la cité des morts dans le monde phénico-punique, on peut envisager de situer ces nécropoles à la périphérie de la cité. Rien n'indique que la cité punique occupait le même emplacement que la cité fatimide de la péninsule de Mahdia ; en effet, le nom de Gummi correspondrait au Jemma moderne, qui désigne un lieu hors des murs de la cité fatimide. Les tombes puniques, en revanche, étaient bien situées sur la péninsule.

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Les nécropoles puniques

Les vestiges funéraires puniques ont fait l'objet de nombreuses études de la part des archéologues européens, notamment français, tout au long du XIXe et au début du XXe siècle. Les archéologues tunisiens ont ensuite pris le relais, et c'est au début des années 1980 que M. Ben Younes s'est consacré aux fouilles de la nécropole.

Dans les nécropoles de Mahdia, on distingue deux zones distinctes :

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  • La péninsule : Le premier complexe funéraire est concentré dans la péninsule. On y trouve un grand nombre de tombes, essentiellement des auges superficielles. Cependant, une tombe souterraine a également été signalée.
  • Le Jebel : Le deuxième groupe important est situé dans la zone appelée le Jebel. Ce groupe est orienté nord-sud et s'étend sur environ 12 km (7,5 mi) à l'ouest de Mahdia. Les tombes occupent les collines allant du nord au sud des agglomérations de Hiboun, Borj Arif, Ezzahra, Zghena et Rajiche.

Outre son importance scientifique indéniable, la nécropole punique de Mahdia est également très intéressante par sa taille. Les archéologues qui ont fouillé cette nécropole nous fournissent des chiffres étonnants et très significatifs puisqu'ils sont proches de ceux de la nécropole punique de Carthage. Cela montre l'importance géographique de cette nécropole et évidemment son implication sur l'implantation punique dans cette région.

Les tombes puniques sont extrêmement diverses, mais on peut les diviser essentiellement en deux types : les auges peu profondes creusées en surface et les tombes à puits. Le premier type est souvent très simple et ne présente pas une grande variété morphologique. Le second type se caractérise par une grande variété morphologique au niveau des escaliers, de la chambre funéraire et du mobilier funéraire. Ces tombes à puits présentent de nombreux points de comparaison possibles avec les monuments funéraires de la tradition libyenne connus sous le nom de haouanets. En effet, des recherches récentes montrent que des tombes de type haouanet existaient à Mahdia, ce qui renforce l'idée d'une influence mutuelle entre ces vestiges et les tombes puniques.

Punic Tombs at Mahdia
Tombes puniques de Madhia
Njim Adel (CC BY-NC-SA)

La nécropole punique ne peut être datée avec précision, mais il a été suggéré qu'elle était probablement utilisée entre le Ve siècle et la fin du IIe siècle avant notre ère. Ce que nous savons, c'est qu'une tombe dans la région d'Ezzahra peut être datée du IIIe siècle av. JC et que les tessons de surface provenant de la région de Jbal Rajiche et de Douira datent du IIe siècle av. JC.

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Importance des nécropoles

IL EXISTE UNE INSCRIPTION GRAVÉE DANS UNE TOMBE OÙ LE PÈRE PORTE UN NOM LIBYEN ET LE FILS UN NOM PHÉNICIEN, CE QUI TÉMOIGNE D'UNE OSMOSE CULTURELLE LIBYCO-PUNIQUE.

Les nécropoles puniques de Mahdia sont intéressantes à plus d'un titre, d'autant que les témoignages archéologiques relatifs au monde des vivants sont plus rares et moins documentés. Les nécropoles constituent un document de choix pour l'étude du peuplement de cette civilisation. La taille des nécropoles puniques de Mahdia est proche de celle des nécropoles de la métropole punique de Carthage. La synthèse des données archéologiques confirme l'importance et la continuité de la présence punique non seulement à Mahdia mais sur toute la côte sahélienne. En effet, les vestiges puniques constituent un chapelet presque ininterrompu de sites. Ces données sont intéressantes pour comprendre l'identité démographique et culturelle de cette région. Ces conclusions peuvent être comparées aux études menées sur d'autres grandes régions de présence punique en Tunisie comme Carthage ou le Cap Bon.

Les tombes puniques de Mahdia sont utiles pour étudier l'acculturation entre la civilisation phénicienne et les populations locales dites libyennes. Tout d'abord, il faut rappeler qu'une bonne partie de la région était occupée par des populations libyennes dont les monuments funéraires de type haouanet sont encore présents. A Mahdia, les restes de tombes traditionnelles libyennes ont été découverts à côté des tombes puniques. Le peuple punique s'est donc mélangé aux populations libyennes. C'est pourquoi l'architecture funéraire de la population de Mahdia et même de tout le Sahel s'apparente à l'architecture libyenne même si l'influence phénicienne n'est jamais absente. Les preuves épigraphiques de Thpasus expriment cette dualité culturelle ; il y a une inscription gravée dans une tombe dans laquelle le père porte un nom libyen tandis que le fils porte un nom phénicien, un témoignage clair de cette osmose culturelle libyco-punique.

Mahdia
Mahdia
Njim Adel (CC BY-NC-SA)

L'étude du patrimoine funéraire punique de Mahdia nous renseigne également sur les croyances puniques. Les offrandes funéraires sont en mesure de révéler la conception religieuse des populations de cette période. Les témoignages archéologiques dans les nécropoles du Sahel, dont celles de Mahdia, montrent que des offrandes alimentaires et des libations étaient souvent placées à côté des cadavres enterrés. Ces offrandes près des crémations permettent de conclure que l'offrande n'était pas destinée à nourrir le corps du défunt mais son âme, révélant ainsi les croyances profondes et le degré de spiritualité des populations sahéliennes. La décoration des nécropoles nous permet d'avoir un aperçu de la culture punique. En effet, les murs des chambres funéraires puniques de Mahdia, comme les tombes puniques sahéliennes, contiennent un décor rouge à la fois linéaire et floral. Une tombe à Ezzahra, par exemple, est décorée de deux bandes parallèles peintes sur la partie supérieure des quatre murs. Ce décor est également concentré autour des niches. Parfois, le fronton des niches triangulaires est peint ainsi que la base de la niche, qui est soulignée par des touches de la même couleur. Les décorations florales sont étroitement liées aux niches. Dans une tombe du Jebel Rajiche, une niche est encadrée sur ses trois côtés par deux bandes parallèles. De chaque côté de la niche, on trouve des fleurs de lotus de différentes tailles.

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L'avenir du site

L'avenir des sites archéologiques est une préoccupation croissante en Tunisie, qu'il s'agisse de sites prestigieux comme Carthage ou de sites moins connus comme les nécropoles de Mahdia. La zone des carrières de Mahdia, qui se confond avec les nécropoles puniques, a fait l'objet d'un projet de réhabilitation tuniso-canadien. Les vestiges funéraires puniques de Mahdia sont peu connus du grand public malgré leur grande importance scientifique et culturelle. Pourtant, la documentation des nécropoles puniques de Mahdia pourrait aboutir à la création d'une carte numérique de ces vestiges et à une restitution virtuelle de ce patrimoine qui n'offre aujourd'hui guère plus qu'un aspect désolé. La mise en œuvre réussie d'un projet de valorisation effective des nécropoles et des carrières de Mahdia pourrait devenir un cas d'école dont pourraient s'inspirer d'autres villes du Sahel.

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Bibliographie

  • H. Benichou-Safar. "Tombes." Dictionnaire de la civilisation phénicienne et punique, edited by E. Lipinski (Directeur). Paris-Bruxelles, 1992, p. 457-461.
  • Ben Guith Hmissa. Les monuments funéraires de tradition libyque dans le Sahel. Diplôme d’études approfondies, Tunis, 2000
  • H. Ben Younes. La présence punique au Sahel d’après les données littéraires et archéologiques . Thèse de troisième cycle, 1981
  • H. Benichou-Safar. "Nécropoles." Dictionnaire de la civilisation phénicienne et punique, edited by E. Lipinski (Directeur). Paris-Bruxelles, 1992, p. 311-313.
  • H. Slim, P. Trousset, R.Paskoff et A. Oueslati. Le littoral de la Tunisie étude géoarchéologique et historique. CNRS éditions, Paris, 2004
  • M. Dubuisson-E. Lipinski. "Byzacène." E. Lipinski (Directreur), edited by Dictionnaire de la civilisation phénicienne et punique. Paris-Bruxelles, 1992, p. 85.
  • P. Poullaouec-Gonidec. Invention paysagère des carrières de Mahdia. Montréal, 2008, p 62-67.

Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth a enseigné l’anglais au British Council de Milan. Elle parle couramment le français, l’anglais et l’italien et a 25 ans d’expérience dans le domaine de l’éducation. Elle aime voyager et découvrir la langue, l’histoire et le patrimoine culturel des différents pays qu'elle visite.

Auteur

Njim Adel
Doctor in archaeology who teaches at the University of Sfax in Tunisia, author of a large number of papers and articles of a historical nature including "Relire l'Afrique du Nord Antique" published in 2020.

Citer cette ressource

Style APA

Adel, N. (2021, novembre 25). Les Nécropoles Puniques de Madhia [The Punic Necropolis of Mahdia]. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-1888/les-necropoles-puniques-de-madhia/

Style Chicago

Adel, Njim. "Les Nécropoles Puniques de Madhia." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. modifié le novembre 25, 2021. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-1888/les-necropoles-puniques-de-madhia/.

Style MLA

Adel, Njim. "Les Nécropoles Puniques de Madhia." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 25 nov. 2021. Web. 08 août 2022.

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