L'invention des Premières Pièces en Lydie Antique

Article

Jan van der Crabben
de Frank L. Holt, traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 09 juillet 2021
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Texte original en Anglais : The Invention of the First Coinage in Ancient Lydia

L'argent peut prendre de nombreuses formes, du code numérique de la crypto-monnaie aux scalps de pics-verts privilégiés aux balbutiements de l'état de Californie. En monnaie d'échange, les gens utilisèrent également le bétail, les fèves de cacao, les coquillages de cauris, le chewing-gum, le grain et les pierres géantes. Les premières cultures devinrent particulièrement friandes en métaux, en particulier en argent, en or et en électrum (un alliage des deux autres). Ceux-ci conservaient leur valeur (contrairement à une vache morte), étaient faciles à transporter (contrairement à une pierre géante), et ils pouvaient être mesurés en quantités et en fractions exactes (contrairement au cuir chevelu du pic-vert). Le seul problème avec les métaux est la pesée. Cela ajoute du temps à chaque transaction, ce qui augmente les inconvénients et les coûts liés aux affaires avec des lingots. Il devait y avoir un meilleur moyen, et les anciens Lydiens l'inventèrent.

Lydia Electrum Stater
Stater Lydia Electrum
Classical Numismatic Group, Inc (CC BY-NC-SA)

Les Lydiens Inventent la Monnaie

Vers 630 avant notre ère, un citoyen du royaume anatolien de Lydia estampilla un morceau de métal précieux avec une sorte de chevalière. L'une des conséquences de cet acte si simple est qu'il accrut la confiance dans le poids et la pureté de la masse lorsqu'elle serait utilisée plus tard sur le marché. Cette procédure ne modifia en rien la valeur intrinsèque de la marchandise, mais elle simplifia l'échange de lingots pour toute personne disposée à accepter prima facie la garantie du timbre plutôt que de repeser et de retester la masse à chaque fois qu'elle était négociée. Les marchands pouvaient mettre de côté leurs lourdes balances, leurs poids et leurs pierres de touche pour accélérer leurs transactions en comptant, et non en pesant, cette nouvelle forme de monnaie. Les Grecs, qui adoptèrent rapidement cette technologie lydienne, nommèrent les pièces nomismata parce qu'elles fonctionnaient comme monnaie par convention acceptée (nomos).

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L'objet obtint les trois éléments essentiels d'une pièce de monnaie: métal, poids et dessin acceptables.

Cette acceptation fut probablement graduelle. La première fois qu'un type se présenta sur un marché lydien avec quelques morceaux d'électrum estampillés, la plupart de ses voisins ne remarquèrent sans doute pas ou s'en soucièrent peu. Le métal fut placé sur le plateau de la balance avec d'autres lingots pour payer une dette ou acheter un agneau. Rien ne différenciait les pièces estampillées et non estampillées jusqu'à ce que les gens ne s'accordent, par principe (nomos), que le message poinçonné dans le métal avait une signification particulière. À ce moment-là, l'objet obtint les trois éléments essentiels d'une pièce de monnaie comme le stipula plus tard Isidore de Séville au VIIe siècle de notre ère: métal, poids et dessin acceptables. Les timbres étaient des affaires rudimentaires au tout début, avec des messages en grec ou en lydien disant: «Je suis la chevalière de Phanes» ou «Je suis [le sceau] de Kukas».

Il faut cependant se rappeler que les peuples anciens traitaient les sceaux plus formellement que nous ne traitons une signature; le sceau incarnait toute la puissance et le prestige de la personne qui lui était associée. Nous pourrions comparer cela à un document qui a été notarié et non pas simplement signé. Les légendes accompagnaient diverses images allant d'un lion à un cerf, toutes martelées dans le métal par une matrice durcie. Des personnes telles que Phanes et Kukas (peut-être l'une est un commandant militaire et l'autre un roi) se portaient garants pour leur lingot estampillé en termes de qualité et de quantité. Leur implication antérieure avec le métal facilita les transactions commerciales à l'aide de ce métal. Pour rendre cette innovation encore plus pratique, les pièces furent frappées en sept dénominations allant jusqu'à une minuscule fraction (1/192) d'un statère pesant moins d'un dixième de gramme. Ce fait suggère un degré élevé de monétisation basée sur les pièces de monnaie, qui prenait en compte les petits et les grands paiements dans l'économie lydienne.

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Monnaie d'État et Roi Crésus

Ce qui put commencer comme une série d'actes privés prit de plus en plus d'importance publique jusqu'à ce que cela ne devienne un monopole d'État. Les dirigeants lydiens estampillèrent de plus en plus de pièces de monnaie; de plus, ils ils en firent appliquer la conformité par décret royal. Les experts appellent souvent ces premières pièces royales crésides en l'honneur du roi Crésus, qui gouverna la Lydie de 561 à 546 avant notre ère. L'innovation se répandit rapidement, probablement encouragée par les demandes de paiement en argent de la part des mercenaires grecs car elles pouvaient facilement et rapidement être dépensées ou stockées sans perdre de valeur. Cela explique pourquoi les Perses adoptèrent les pièces de monnaie dans les régions de leur empire où ils recrutaient et stationnaient des soldats mercenaires.

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La frappe se déroula plus lentement dans d'autres régions de la Méditerranée, même celles qui étaient commercialement actives comme l'Égypte, la Phénicie, Carthage et l'Étrurie. Les Romains n'émirent aucune monnaie d'argent stable avant la fin du IIIe siècle avant notre ère. Le commerce ne créait pas de pièces de monnaie et les pièces ne créaient pas de commerce; ils allaient simplement de pair. De même, les pièces de monnaie ne donnèrent pas lieu à la guerre, à l'esclavage, à la tyrannie ou à l'empire; la monnaie apprit tout simplement à y participer au même titre que la poésie, l'art et l'histoire.

Lydian Silver Stater
Stater Lydian Silver
Mark Cartwright (CC BY-NC-SA)

Messages sur les pièces

Les anciens se rendirent vite compte que le message de validation pressé sur un côté d'une pièce (l'avers) pouvait être augmenté par l'estampillage d'un dessin supplémentaire de l'autre côté (le verso). Cette première étape doubla le pouvoir communicatif de la monnaie en plaçant des messages sur les deux faces. On peut trouver une analogie dans le conte classique de Mark Twain Un Yankee à la cour du roi Arthur, où les chevaliers itinérants utilisent leur armure comme panneaux d'affichage polyvalents pour diffuser ici et ailleurs des messages de service public. Cette notion est doublement communiquée sur un dollar d'argent américain montrant l'un des chevaliers de Twain au verso. Aujourd'hui, nous pourrions penser plutôt aux camions de livraison modernes qui vaquent à leurs tâches quotidiennes sur les marchés. Vu qu'ils se déplacent de toute façon, qu'ils transportent du lait ou des équipes de plombiers, pourquoi ne pas les utiliser aussi comme enseignes mobiles?

Les messages sur métal firent des pièces de monnaie des objets radicalement nouveaux: de l'Histoire à l'extérieur avec de l'argent au milieu. Une fois que les États prirent la responsabilité de frapper des pièces de monnaie, ils expérimentèrent tous avec ce nouveau support. Dans l'ensemble, les Grecs ont mettaient sur leurs pièces l'image d'une divinité protectrice, d'un héros, d'un animal ou d'une créature mythologique, comme Héraclès (Hercule) étranglant un lion pour les pièces d'Héracléia, ville nommée en son honneur. Des produits régionaux importants et des contes populaires pouvaient également être choisis, comme la plante médicinale de silphium pour le ville de Cyrène ou Taras, le héros éponyme de Tarentum, chevauchant un dauphin. Les pièces pouvaient porter fièrement le nom du roi ou de la ville émetteur, souvent abrégé et parfois avec les initiales ou le monogramme d'un responsable de la Monnaie locale. Dans de rares cas, l'artiste qui avait sculpté les matrices signait son œuvre, par exemple le talentueux Évainète auteur des exquises pièces de course de chars de Sicile. Certains dessins célèbres donnèrent leur nom aux pièces elles-mêmes, comme les «chouettes» d'Athènes et les «archers» de Perse achéménide, de la même manière que nous parlons aujourd'hui de «Benjamins» en Amérique, de «huards» au Canada et de «kiwis» en Nouvelle-Zélande. L'écrivain du deuxième siècle après JC Plutarque savait encore que tout le monde, même les Spartiates, appelait les pièces athéniennes de «chouettes» au Ve siècle avant notre ère.

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Athenian Silver Tertradrachm
Tertradrachme argenté athénien
Mark Cartwright (CC BY-NC-SA)

Il est important de noter que la plupart des pièces grecques furent embellies plus qu'il ne l'était nécessaire pour un usage commercial. Dans le jargon moderne, elles furent conditionnées de manière créative pour plaire au consommateur et promouvoir le produit. Cela apporta aux marchés du monde antique une démonstration constante en compétences artistiques. Les morceaux mesurés de métaux échangés étaient transformés en chefs-d'œuvre miniatures. Chaque matrice était sculptée à la main et chaque pièce était frappée à la main; la fabrication de pièces de monnaie par machine ne se produirait qu'au XVIIe siècle. Le haut relief des pièces grecques anciennes, contrairement à la planéité caractéristique de la plupart des monnaies modernes, leur donnait une qualité sculpturale remarquable que les grands artistes pouvaient exploiter. Les pièces modernes (à de rares exceptions près) ne payent pas de mine en comparaison à leurs ancêtres grecs en tant qu'art tridimensionnel.

L'esprit compétitif des Grecs est peut-être mieux connu sous ses formes athlétiques, militaires, politiques et architecturales, mais la fabrication de pièces se distingue également par la qualité et la messagerie. Par exemple, de nombreuses villes rivalisèrent pour être reconnues comme lieu de naissance d'Homère en représentant le poète sur leurs pièces.

D'autres cherchèrent à établir un lien avec l'un des héros homériques. La ville macédonienne d'Énée utilisa ses pièces pour illustrer l'évasion d'Énée et de sa famille de la ville de Troie. Le dessin fut par la suite repris sur la monnaie de propagande de Jules César, qui se disait descendre du guerrier troyen Énée, fils de Vénus et Anchises, afin d'ennoblir les origines de sa famille. La célébrité de la petite ville de Maroneia était que son héros éponyme Maron avait fourni à Odysseus le vin qui ennivra le dangereux cyclope Polyphème, de sorte que ses citoyens exhibaient fièrement une grappe de raisin sur leur monnaie.

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth enseigne l’anglais au British Council de Milan. Elle parle couramment le français, l’anglais et l’italien et a 25 ans d’expérience dans le domaine de l’éducation. Elle aime voyager et découvrir la langue, l’histoire et le patrimoine culturel des différents pays qu'elle visite.

Citer cette ressource

Style APA

Holt, F. L. (2021, juillet 09). L'invention des Premières Pièces en Lydie Antique [The Invention of the First Coinage in Ancient Lydia]. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-1793/linvention-des-premieres-pieces-en-lydie-antique/

Style Chicago

Holt, Frank L.. "L'invention des Premières Pièces en Lydie Antique." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. modifié le juillet 09, 2021. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-1793/linvention-des-premieres-pieces-en-lydie-antique/.

Style MLA

Holt, Frank L.. "L'invention des Premières Pièces en Lydie Antique." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 09 juil. 2021. Web. 17 oct. 2021.