Conférence de Potsdam

Quand les Alliés ont exigé la capitulation du Japon
Mark Cartwright
de , traduit par Juliette Chofflet
publié le
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Attlee, Truman & Stalin, Potsdam, 1945 (by Unknown Photographer, Public Domain)
Attlee, Truman & Staline, Potsdam, 1945 Unknown Photographer (Public Domain)

La conférence de Potsdam, qui s'e tint du 17 juillet au 2 août 1945 à Potsdam, dans l'est de l'Allemagne, décida de la manière dont les Alliés traiteraient l'Allemagne vaincue et de la meilleure façon de mener la campagne en cours contre le Japon alors que la Seconde Guerre mondiale (1939-1945) touchait à sa fin. La victoire en Europe étant acquise, le président américain Harry S. Truman, le Premier ministre britannique Winston Churchill, puis son successeur Clement Attlee, et le Premier ministre soviétique Joseph Staline lancèrent un ultimatum de capitulation au Japon, connu sous le nom de Déclaration de Potsdam. L'ultimatum fut ignoré jusqu'à ce que les avions américains ne larguent des bombes atomiques sur les villes d'Hiroshima et de Nagasaki. Le Japon capitula le 14 août.

Accord à Yalta

En février 1945, alors que la victoire des alliés semblait imminente, les dirigeants des "Trois Grands" se retrouvèrent à Yalta en Crimée: le président des Etats-Unis Franklin D. Roosevelt, le premier ministre britannique Winston Churchill, et le chef du gouvernement russe Joseph Staline. Les discussions portaient notamment sur la manière de traiter l'Allemagne nazie et le Japon impérial vaincus, et sur la création des Nations unies, qui succéderaient à la Société des Nations. Les frontières de la Pologne devaient être déplacées vers l'ouest, ce qui laisserait à l'URSS la partie orientale et permettrait à la Pologne d'acquérir une nouvelle partie occidentale au détriment de l'Allemagne. Il fut convenu en principe d'autoriser des élections démocratiques dans les pays occupés par l'Allemagne nazie. Ce sentiment fut exprimé dans la Déclaration sur l'Europe libérée.

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L'Allemagne et l'Autriche, en revanche, devaient être divisées en quatre zones d'occupation (américaine, française, britannique et russe) avec un gouvernement militaire conjoint établi dans chacune d'elles, le Conseil de contrôle allié en Allemagne et le Conseil interallié en Autriche. Berlin et Vienne furent divisées de manière similaire en zones de contrôle. En outre, il fut décidé que chaque puissance avait le droit de mener des procès pour crimes de guerre dans sa zone d'occupation. L'inclusion de la France parmi les puissances occupantes de l'Allemagne et de l'Autriche fut une "victoire" occidentale à Yalta, tout comme la décision d'accorder à la France un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies.

Un autre accord majeur conclu à Yalta concernait les combats toujours en cours avec le Japon. En échange de l'entrée en guerre de la Russie contre le Japon, certaines exigences soviétiques seraient satisfaites. Ces exigences comprenaient le contrôle des îles Kouriles (alias Kurile), la partie sud de l'île de Sakhaline (toutes deux situées dans la mer d'Okhotsk et occupées par le Japon), et le maintien du statu quo concernant la Mongolie, qui était un État client de la Russie depuis 1924. De nombreuses questions restaient encore en suspens, et les "trois grands" prévoyaient donc de se réunir à nouveau en juillet, cette fois à Potsdam, en Allemagne, une région alors sous contrôle militaire soviétique.

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Churchill, Roosevelt, & Stalin in Yalta, 1945
Churchill, Roosevelt & Staline à Yalta, 1945 Imperial War Musuems (CC BY-NC-SA)

Potsdam et les nouveaux visages

La conférence de Potsdam se tint au château de Cecilienhof, qui n'était pas un château imposant, mais plutôt un manoir confortable situé dans un grand parc à l'extérieur de Berlin. La réunion de Potsdam reçut le nom de code "Terminal". Tout comme à Yalta, les dirigeants de la Grande-Bretagne, des États-Unis et de l'URSS se considéraient toujours comme les décideurs légitimes du sort des autres nations, en grande partie en raison de la taille des armées qu'ils commandaient et de leurs succès sur les champs de bataille, en mer et dans les airs. Roosevelt était décédé depuis Yalta et Churchill avait perdu les élections générales au milieu de la conférence (les résultats furent annoncés le 26 juillet). Par conséquent, les nouveaux dirigeants étaient le président Harry S. Truman et, à partir du 28 juillet, le Premier ministre Clement Attlee (qui avait auparavant participé à la conférence en tant que suppléant de Churchill).

LES DIRIGEANTS RÉUNIS À POTSDAM ÉTAIENT EN DÉSACCORD SUR DE NOMBREUSES QUESTIONS CLÉS ET DIFFÉRÉRENT SOUVENT LES DÉCISIONS À UNE ULTÉRIEURE CONFÉRENCE DES MINISTRES DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES.

Staline avait donc l'avantage de l'expérience et, selon Anthony Eden, ancien ministre britannique des Affaires étrangères, il était "un négociateur froid, calme et calculateur qui savait exactement ce qu'il voulait obtenir et faisait tout pour l'obtenir, sans jamais s'énerver ni élever la voix" (Holmes, 541). L'Allemagne s'était rendue en avril 1945 et l'Armée rouge de l'URSS avait occupé Berlin. Comme le note l'Imperial War Museum, Staline était déterminé à obtenir le meilleur accord possible de ses deux homologues à Potsdam: "Lorsqu'on lui a demandé s'il éprouvait une grande satisfaction à être à Berlin, Staline a répondu: "Le tsar Alexandre est arrivé à Paris"". Après sa première rencontre en face à face avec Staline et un déjeuner composé de foie, de bacon et de vin californien, Truman écrivit dans son journal que le dirigeant russe était "sacrément intelligent" (Moskin, 203). Il était clair que les négociations sur l'avenir du monde d'après-guerre allaient être difficiles.

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Sanction contre l'Allemagne

La tentative visant à parvenir à un accord sur les réparations de guerre que l'Allemagne devrait verser aux vainqueurs n'aboutit pas. Staline était déterminé à obtenir le maximum de l'Allemagne pour aider à payer les énormes dégâts infligés à l'URSS. Truman, en revanche, craignait que des conditions trop sévères ne provoquent une haine durable envers les vainqueurs, comme cela avait été le cas en Allemagne après le traité de Versailles de 1919, qui avait officiellement mis fin à la Première Guerre mondiale. Certains points d'accord concernant l'Allemagne furent cependant trouvés à Potsdam. L'industrie militaire allemande devait être démantelée. Les lois raciales nazies, telles que les lois de Nuremberg, devaient être abrogées, et une dénazification systématique des systèmes judiciaire et éducatif devait être mise en place.

Potsdam Conference Delegates
Délégués à la conférence de Potsdam Imperial War Museums (CC BY-NC-SA)

Reconfiguration de l'Europe

L'un des points abordés était le "problème polonais". À Yalta, tout le monde avait convenu que des élections libres devaient avoir lieu en Pologne, mais Staline était déjà intervenu pour s'assurer qu'un gouvernement pro-soviétique y soit mis en place. Staline était déterminé à faire de la Pologne une immense zone tampon qui protégerait la Russie de toute attaque future de l'Europe occidentale. Les États-Unis et la Grande-Bretagne avaient néanmoins reconnu le nouveau "gouvernement provisoire d'unité nationale" de la Pologne le 5 juillet. En réalité, les forces armées de l'URSS contrôlaient déjà le territoire en question.

La composition des nouveaux gouvernements en Bulgarie et en Grèce fut également contestée, les Américains et les Britanniques souhaitant des élections libres, tandis que Staline voulait à tout prix placer des communistes au sein de ces gouvernements, comme cela avait déjà été fait en Roumanie. Il fut décidé à Potsdam qu'un Conseil des ministres des Affaires étrangères serait formé afin de définir les nouvelles frontières en Europe et de décider du partage des différentes colonies des puissances vaincues. Il s'agissait en fait d'un report de plusieurs questions sur lesquelles aucun accord n'avait pu être trouvé, et elles étaient nombreuses. Le Conseil ne se tint qu'en février 1947. En reportant les problèmes les plus épineux, les trois dirigeants purent au moins poursuivre leurs discussions quasi cordiales. L'une des questions réglées à Potsdam fut la décision de poursuivre le programme Prêt-Bail (aide matérielle et financière des États-Unis à leurs alliés) en faveur des troupes d'occupation britanniques en Europe.

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Vers la victoire contre le Japon

Le point le plus important discuté à Potsdam concernait les conditions de paix avec le Japon. Les États-Unis avaient déjà mis au point la bombe atomique, une nouvelle arme terrifiante dont la puissance était telle qu'elle n'était pas encore pleinement comprise. Truman avait d'ailleurs retardé la conférence de Potsdam afin que le premier essai atomique puisse être mené à bien au Nouveau-Mexique le 16 juillet. À son arrivée à Potsdam, Truman savait donc qu'il détenait entre ses mains le moyen de mettre fin à la guerre presque immédiatement. Le secrétaire américain à la Guerre, Henry L. Stimson, nota que la nouvelle du succès de l'essai eut l'effet suivant sur Truman: "Le président en fut extrêmement enthousiasmé... il dit que cela lui donnait un sentiment de confiance entièrement nouveau" (Liddell Hart, 438).

Leaders & Foreign Ministers at the Potsdam Conference
Dirigeants & ministres étrangers à la conférence de Potsdam Imperial War Museums (CC BY-NC-SA)

Ce qui est désormais connu sous le nom de Déclaration de Potsdam fut publié le 27 juillet. Le message principal de cette déclaration était que le Japon devait immédiatement accepter une capitulation sans condition, sous peine d'être complètement détruit. La déclaration fut approuvée par les gouvernements britannique et chinois. Elle ne faisait aucune mention de l'empereur japonais, ce que le gouvernement japonais interpréta comme signifiant qu'il ne serait pas obligé d'abdiquer. Le Japon continuait de se battre pour conserver chacune de ses îles, causant de lourdes pertes aux forces américaines. Le gouvernement militaire japonais ignora la déclaration, bien qu'il eût déjà fait savoir secrètement au gouvernement de l'URSS qu'il était disposé à envisager une capitulation. Au sein du cabinet japonais, on estimait qu'il restait une marge de négociation malgré les termes sévères de la déclaration; on estimait en tout cas disposer d'un certain temps pour examiner plus avant l'ultimatum. Le gouvernement militaire japonais espérait encore qu'une capitulation négociée lui permettrait de conserver une partie de son pouvoir. Cependant, la déclaration de Potsdam stipulait clairement que cela ne serait pas toléré et appelait à la destitution "de l'autorité et de l'influence de ceux qui ont trompé et induit en erreur le peuple japonais pour l'entraîner dans la conquête du monde" (Dear, 864). Cela pouvait inclure ou non l'empereur. En outre, l'armée japonaise devait être désarmée, l'État japonais ne serait désormais composé que de ses quatre îles principales et des procès pour crimes de guerre seraient organisés. Les Alliés espéraient favoriser l'émergence d'un Japon libre et démocratique, où régneraient la liberté d'expression et de religion et le respect des droits de l'homme.

Sans capitulation, l'état-major interarmées américain s'attendait à une résistance continue et désespérée de la part de l'armée japonaise, qui comptait encore quelque 2 millions de soldats, et estimait que, par conséquent, la guerre ne pourrait être gagnée avant l'hiver 1946. On estimait que la victoire obtenue à l'aide d'armes conventionnelles entraînerait au moins 200 000 victimes américaines, voire cinq fois plus. De plus, si l'URSS entrait en guerre contre le Japon, comme elle l'avait promis et comme on s'y attendait, cet État pourrait alors revendiquer des territoires en Asie de l'Est. En contribuant activement à la défaite du Japon, l'URSS renforcerait également sa position dans une Europe divisée. Truman estimait que "seul un raid atomique convaincrait Staline de la force irrésistible qui sous-tendait la diplomatie américaine" (Liddell Hart, 438). Le 24 juillet, Truman avait vaguement informé Staline de l'existence de la bombe (information que les espions soviétiques avaient déjà transmise à Staline). Truman déclara que les États-Unis disposaient d'une arme d'une puissance inhabituelle et qu'il était prêt à l'utiliser contre le Japon. Staline répondit que cette intention était une bonne idée. La victoire dans la guerre étant déjà assurée, Truman se préoccupait autant de la suprématie des États-Unis dans le monde d'après-guerre que d'une victoire contre le Japon le plus rapidement possible. Il est également vrai que le projet Manhattan visant à développer la bombe avait coûté 2 milliards de dollars. Pour beaucoup de personnes impliquées dans le programme atomique, il semblait impensable de ne pas utiliser la bombe maintenant qu'elle était prête.

En l'absence de réponse à la déclaration de Potsdam, le gouvernement américain, avec l'accord officiel du gouvernement britannique, décida de larguer une bombe atomique sur la ville japonaise d'Hiroshima le 6 août, puis une autre sur Nagasaki le 9 août. Les bombes furent larguées par les avions Boeing B-29 Superfortress Enola Gay et Bockscar. Plus de 200 000 personnes périrent dans ces attaques. Le 10 août, l'Armée rouge de l'URSS envahit la Mandchourie occupée par le Japon. L'empereur du Japon, Hirohito, annonça la capitulation de son pays le 14 août. Truman répondit à cette capitulation plus tard dans la journée en déclarant aux journalistes lors d'une conférence de presse: "Je considère cette réponse comme une acceptation totale de la déclaration de Potsdam qui spécifie la capitulation sans condition du Japon. Cette réponse ne comporte aucune réserve" (Moskin, 319). Les Alliés avaient gagné la Seconde Guerre mondiale.

Hiroshima after the Atomic Bomb Attack
Hiroshima après l'attaque atomique Imperial War Museums (CC BY-NC-SA)

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Guerre froide

Potsdam, tout comme la conférence de Yalta, s'est avérée quelque peu décevante pour l'Occident. À Potsdam, "les accords avec Moscou étaient davantage l'exception que la règle" (Dear, 878). À la fin de la conférence, Truman écrivait à sa mère: "Tu n'as jamais vu de gens aussi têtus que les Russes. J'espère ne plus jamais avoir à tenir de conférence avec eux" (Dear, 878). Il régnait certainement un sentiment général aux États-Unis selon lequel, alors que l'URSS manquait de plus en plus à ses engagements pris à Yalta et à Potsdam, les Américains avaient en fait "gagné la guerre mais perdu la paix" (Liddell Hart, 435).

Beaucoup en Occident estimaient que leurs dirigeants avaient cédé le contrôle de l'Europe de l'Est à l'URSS et autorisé une présence soviétique en Asie orientale, qui pouvait servir de tremplin à une expansion supplémentaire de l'influence soviétique dans cette partie du monde. C'est pourquoi les États-Unis maintinrent des troupes d'occupation au Japon jusqu'en 1952. L'empereur Hirohito fut autorisé à conserver son poste, mais après avoir renoncé à sa divinité revendiquée par la religion shintoïste, son rôle fut redéfini en tant que monarque constitutionnel. Les efforts déployés par Hirohito pour freiner l'armée japonaise et promouvoir la capitulation l'avaient sauvé, même si les historiens continuent de débattre de l'ampleur réelle de ces efforts.

Depuis 1945, la question de savoir si la déclaration de guerre de la Russie au Japon juste avant les attaques sur Hiroshima et Nagasaki eut ou non une influence sur la décision du gouvernement japonais de capituler, et donc si les compromis des États-Unis concernant l'Asie à Yalta et Potsdam étaient finalement strictement nécessaires, fait également l'objet de nombreux débats. Entre les États-Unis et l'URSS et leurs alliés respectifs, de sérieux soupçons se développèrent quant aux objectifs de chacun en matière de politique étrangère. C'est ainsi que commença la guerre froide, un déclin des relations entre les États-Unis et l'Union soviétique, qui entraîna une longue période de tensions internationales et de guerres par procuration tout au long de la seconde moitié du XXe siècle.

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Traducteur

Juliette Chofflet
Passionnée de langues, d'histoire et d'écriture. Je me suis peu à peu spécialisée dans la préservation du patrimoine culturel.

Auteur

Mark Cartwright
Mark est un auteur, chercheur, historien et éditeur, à plein temps. Il s'intéresse particulièrement à l'art, à l'architecture et à la découverte des idées que partagent toutes les civilisations. Il est titulaire d'un Master en Philosophie politique et est le Directeur de Publication de WHE.

Citer cette ressource

Style APA

Cartwright, M. (2025, novembre 26). Conférence de Potsdam: Quand les Alliés ont exigé la capitulation du Japon. (J. Chofflet, Traducteur). World History Encyclopedia. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-25448/conference-de-potsdam/

Style Chicago

Cartwright, Mark. "Conférence de Potsdam: Quand les Alliés ont exigé la capitulation du Japon." Traduit par Juliette Chofflet. World History Encyclopedia, novembre 26, 2025. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-25448/conference-de-potsdam/.

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Cartwright, Mark. "Conférence de Potsdam: Quand les Alliés ont exigé la capitulation du Japon." Traduit par Juliette Chofflet. World History Encyclopedia, 26 nov. 2025, https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-25448/conference-de-potsdam/.

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