Guerre Civile Russe

La contre-offensive manquée contre le bolchévisme
Mark Cartwright
de , traduit par Juliette Chofflet
publié le
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Map of the Russian Civil War in Europe (1917–1922) (by Simeon Netchev, CC BY-NC-ND)
Carte de la guerre civile russe en Europe (1917-1922) Simeon Netchev (CC BY-NC-ND)

La guerre civile russe (1917-1922) débuta rapidement après la Révolution bolchevique de novembre 1917. Les Bolcheviques se retrouvèrent vite en conflit avec différentes forces d'opposition qui désaprouvaient les politiques bolcheviques telles que l'abolition de la monarchie, la redistribution des terres aux paysans et le retrait de la Première Guerre mondiale (1914-18). Les anti- bolcheviques n'étaient en aucun cas unis et comprenaient des réactionnaires, des monarchistes, des personnalités politiques de droite ou du centre, des membres de l'armée (les Blancs), des groupes paysans militants (les Verts) et des anarchistes (les Noirs), ainsi que des groupes socialistes rivaux et plusieurs puissances étrangères, notamment le Japon, la Grande-Bretagne, la France et les États-Unis. Les bolcheviques, qui se rebaptisèrent "Parti communiste" à partir de 1918, finirent par remporter la guerre, mais au prix d'énormes sacrifices pour des millions de personnes à travers l'ancien Empire russe, en termes de chômage, de famine et de pertes humaines.

Datation de la guerre

Les historiens n'arrivent pas à se mettre d'accord sur le début de la guerre civile. Certains historiens font référence à la répression violente de l'opposition par les bolcheviques immédiatement après la révolution, c'est-à-dire entre novembre 1917 et mai 1918. D'autres préfèrent faire débuter la guerre civile avec le soulèvement de la Légion tchécoslovaque en mai 1918. Un débat similaire existe quant à la date de fin de la guerre civile, certains historiens préférant 1920, date à laquelle l'intervention étrangère à l'ouest prit fin, d'autres après la répression de la rébellion de Cronstadt en 1921, et d'autres encore en octobre 1922, lorsque les forces japonaises se retirèrent de Sibérie et que le gouvernement put enfin revendiquer le contrôle total de tous ses territoires. En 1922, l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) fut proclamée.

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Pourquoi les communistes ont-ils gagné?

Les bolcheviques et leur Armée Rouge ont remporté la guerre civile en raison de leur supériorité numérique, d'une population plus importante sur laquelle le gouvernement soviétique pouvait compter pour la conscription et l'approvisionnement, et le fait que les armées blanches étaient obligées de ne s'engager qu'à la périphérie du territoire russe, ce qui signifiait que le gouvernement bolchevique pouvait continuer à contrôler une importante base industrielle et utiliser efficacement les chemins de fer pour mobiliser les troupes là où elles étaient le plus nécessaires. Le gouvernement bolchevique exerça un contrôle strict sur ses citoyens afin de garantir leur loyauté tout au long de la guerre civile, même si cela échoua parfois. Il y eut plusieurs épisodes majeurs de rébellion, mais ceux-ci furent tous brutalement réprimés par le gouvernement soviétique. Les bolcheviques étaient également populaires pour certaines politiques (du moins au début de la guerre), telles que la redistribution des terres des riches aux paysans, l'augmentation du pouvoir des travailleurs et le retrait de la Première Guerre mondiale.

Bolshevik Propaganda Poster
Poster de propagande bolchévique Viktor Deni (Public Domain)

Les Armées blanches étaient loin d'être unifiées et n'avaient accès qu'à des réseaux de transport de mauvaise qualité. En attaquant la Russie sur plusieurs fronts distincts, les Blancs ont rarement réussi à mener une offensive combinée en profondeur dans le territoire ennemi. Les Blancs ont certes reçu de l'aide et des armes de l'étranger, mais ils n'ont souvent pas réussi à gagner la confiance des populations locales qui soupçonnaient les Blancs de vouloir rétablir le régime tsariste honni, antidémocratique et impérialiste, et de vouloir appauvrir la paysannerie. Cela n'était vrai que pour certains Blancs; beaucoup prônaient l'idée d'une démocratie, à condition qu'elle ne soit pas dominée par les communistes. Pour beaucoup de gens ordinaires, les Blancs ne représentaient que les riches. De plus, en raison de leurs liens avec les puissances étrangères, les Blancs étaient souvent considérés comme antipatriotiques par la majorité des Russes, une opinion consolidée par la propagande bolchevique.

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Les bolcheviques étaient populaires auprès des paysans et de la classe ouvrière, car ils promettaient des réformes socialistes.

Les Verts – plusieurs groupes militants distincts issus de la paysannerie – ne souhaitaient rejoindre ni les Rouges ni les Blancs, car les deux camps menaçaient leurs terres et leurs récoltes. Cependant, avec une puissance militaire limitée, les paysans étaient souvent obligés de se plier à l'autorité de ceux qui contrôlaient la région dans laquelle ils avaient leurs fermes. Finalement, le régime communiste a exploité les paysans pour nourrir la nation, même si la brutalité de cette approche a fini par supprimer toute incitation à cultiver la terre et a conduit à de graves pénuries alimentaires, puis à la famine. Les communistes ont peut-être gagné la guerre, mais ils ont également détruit la Russie et les États de son ancien Empire dans le processus.

Pourquoi la guerre a-t-elle commencé?

En novembre 1917, dirigés par Vladimir Lénine, les Bolcheviques installèrent de force leur propre gouvernement, remplaçant alors le gouvernement provisoire, qui avait dirigé la Russie depuis l'abdication du Tsar Nicolas II en mars 1917. Les bolchéviques étaient populaires auprès des paysans et de la classe ouvrière, car ils promettaient des réformes socialistes, mais ils étaient loin de convaincre la majorité des Russes qu'un État soviétique dirigé par le prolétariat était la voie à suivre. Les royalistes rêvaient toujours de voir le tsar ou son héritier remonter sur le trône. D'autres socialistes, tels que les mencheviks et les socialistes-révolutionnaires, n'étaient pas d'accord avec la vision bolchevique d'une nouvelle Russie révolutionnaire.

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Revolutionaries in Petrograd
Révolutionnaires à Petrograd Unknown Photographer (CC BY)

Le gouvernement provisoire bénéficiait du soutien d'une grande partie des classes moyennes et supérieures, ainsi que de l'Église orthodoxe russe. Le gouvernement bolchevique sépara officiellement l'Église de l'État en février 1918. L'Église ne pouvait plus posséder de biens immobiliers. De nombreux évêques et prêtres furent arrêtés. L'enseignement religieux fut interdit dans les écoles. De nombreux citoyens ordinaires, toutes tendances politiques confondues, réagirent à cette attaque en fréquentant les églises plus que jamais. Une autre source d'opposition était constituée par les divers mouvements nationalistes, tels que ceux de la Baltique, de l'Ukraine et des régions dominées par les Cosaques, qui étaient déterminés à s'autogouverner. Enfin, il y avait aussi la question de la Première Guerre mondiale. Les bolcheviques promettaient de se retirer du conflit dès que possible, tandis que d'autres groupes souhaitaient le poursuivre, ne serait-ce que pour éviter les conditions sévères d'un traité de paix avec l'Allemagne. Les puissances étrangères comme la Grande-Bretagne et la France voulaient que la Russie, leur allié dans le conflit, continue à participer à la Première Guerre mondiale. La France tenait également à récupérer les dettes russes. Le Japon, quant à lui, cherchait à profiter du chaos pour s'emparer de ce qu'il pouvait de la Sibérie.

Le gouvernement bolchevique était pleinement conscient de cette opposition variée et puissante et était déterminé à la réprimer, même si la guerre civile était une conséquence inévitable de cette politique. Comme le note l'historien H. Shukman:

Il peut sembler inapproprié de reprocher aux bolcheviques la guerre civile, puisqu'après tout, celle-ci fut déclenchée par leurs ennemis. Pourtant, c'était bien un slogan bolchevique que de "transformer la guerre impérialiste en guerre civile". Ils adoptèrent délibérément des politiques qui rendirent la guerre civile inévitable. (149)

Beat the Whites with the Red Wedge
Battez les Blancs avec le bloc rouge Museum of Fine Arts Boston (Public Domain)

Phase d'ouverture

Après avoir gagné plus ou moins de contrôle sur les villes-clés de l'Empire russe, le gouvernement bolchevique se retira totalement de la Première Guerre Mondiale. Cela fut réalisé grâce à la signature du traité de Brest-Litovsk avec l'Allemagne, le 3 mars. Les termes du traité étaient si durs que certains socialistes appelèrent à reprendre les combats, mais la réalité était que l'armée allemande avançait pratiquement sans rencontrer de résistance. En effet, Petrograd (Saint-Pétersbourg) était toujours considérée comme menacée, et Lénine transféra donc la capitale à Moscou le 10 mars. Aux termes du traité de paix, la Russie soviétique était obligée de céder à l'Allemagne l'Ukraine, l'est de la Pologne, la Finlande, les provinces baltes (Lettonie, Lituanie et Estonie), la Biélorussie (Belarus) et d'autres territoires, tandis que le Caucase revenait à la Turquie. L'Empire russe perdit 34 % de sa population et 32 % de ses terres agricoles (Wood, 51). Au moins, maintenant que son territoire était beaucoup plus petit, les bolcheviques auraient plus de chances de le défendre.

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Les anciens alliés de la Russie lors de la Première Guerre mondiale étaient furieux après la capitulation de Lénine à Brest-Litovsk. Espérant changer la nature du régime soviétique et ramener la Russie dans la guerre, la Grande-Bretagne, la France, les Etats-Unis, et d'autres soutinrent les opposants au régime bolchevique. Cependant, dans tous ces pays, les populations avaient été erintés par les horreurs de la Première Guerre mondiale et étaient réticents à une intervention dans la guerre civile russe. Les généraux tsaristes, qui commençaient à organiser l'opposition militaire aux bolcheviques, se firent appeler les Blancs, et reçurent un soutien immense des pouvoirs étrangers. D'autres forces comprenaient des socialistes non bolcheviques et des nationalistes locaux, ces derniers combattaient pour leurs propres intérêts. Les anarchistes, opposés ou soutiens des bolcheviques, étaient appelés les Noirs. Les paysans radicaux, appelés les Verts, complétaient ce kaléidoscope chaotique d'alliances changeantes. Chaque groupe combattait un autre pour contrôler les différentes pièces d'un Empire russe morcelé.

Le communisme de guerre

Afin de mieux faire face aux menaces internes et externes, le gouvernement bolchevique adopta une politique connue sous le nom de "communisme de guerre". Imposée à partir de l'été 1918, celle-ci comprenait des mesures impopulaires telles que la conscription et la réquisition des céréales. D'autres mesures draconiennes furent prises, telles que l'allongement de la journée de travail à 11 heures, le travail obligatoire pour tous les hommes valides âgés de 16 à 50 ans et des sanctions pour les travailleurs considérés comme paresseux. En conséquence, il y eut une migration massive des villes vers les campagnes, où l'emprise du gouvernement bolchevique sur la vie quotidienne était moins forte.

Grain Requisitioning in Russia
Réquisition de céréales en Russie Ivan Vladimirov (Public Domain)

À la campagne, les paysans vendaient leur grain au marché noir ou cachaient tout simplement leur récolte aux autorités. Des troubles paysans éclatèrent, en particulier en Ukraine et dans la province de Tambov. Les bolcheviques furent confrontés à une crise similaire dans les villes, où les ouvriers se mirent en grève pour protester contre l'inflation galopante qui réduisait la valeur réelle des salaires à un tiers de leur niveau d'avant-guerre. Il y eut une grave pénurie de denrées alimentaires, qui durent donc être rationnées. L'économie était en chute libre, avec une réduction drastique de la productivité industrielle et une pénurie chronique de carburant et de matières premières. Le chômage atteignit des sommets sans précédent en raison de la fermeture des industries de guerre après le retrait de la Russie de la Première Guerre mondiale.

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L'Armée rouge

Les bolcheviques perdirent le contrôle de toutes les flottes navales russes, à l'exception de la flotte de la Baltique, qui fut intégrée à ce qu'on appelait la Marine rouge. En réalité, les adversaires des bolcheviques n'utilisèrent pas la puissance navale de manière significative. La plupart des combats de cette guerre civile se déroulèrent sur terre et dépendaient fortement des liaisons ferroviaires. L'Armée rouge, commandée par Léon Trotsky, gagna en puissance au fur et à mesure que le conflit progressait, comptant environ 500 000 soldats en 1918, 3 millions en 1919 et 5 millions (dont 60 000 femmes) en juin 1920, tous étroitement contrôlés par 180 000 commissaires du parti et la Tchéka, la police secrète des bolcheviks. L'Armée rouge bénéficia de l'excellente utilisation du réseau ferroviaire par le gouvernement, qui permit d'envoyer les forces là où elles étaient le plus nécessaires. Les ennemis des bolcheviques, en revanche, ne disposaient que de réseaux ferroviaires limités à la périphérie du cœur de la Russie.

Le soulèvement tchèque

Le corps tchèque était composé de 40 000 hommes, pour la plupart des prisonniers de guerre austro-hongrois. Après la paix de Brest-Litovsk, ce corps se dirigeait vers le front occidental, mais il se retourna contre le régime bolchevique et conquit de vastes territoires le long de la Volga. En septembre, l'Armée rouge était mieux organisée sur ce front et, renforcée par l'arrivée de fusiliers lettons, elle regagna une partie du territoire perdu. Pendant ce temps, les forces alliées lancèrent leurs premières attaques de la guerre en débarquant à Mourmansk, Vladivostok, Arkhangelsk et Bakou. Toujours en 1918, les Cosaques antibolcheviques, cavaliers bien entraînés, firent une incursion en Ukraine et une bataille fut livrée pour le contrôle de Tsaritsyn (rebaptisée plus tard Stalingrad et aujourd'hui Volgograd). Les Rouges, commandés par Joseph Staline, conservèrent le contrôle de la ville grâce à leur supériorité numérique et malgré le fait que les Cosaques étaient armés par l'Allemagne.

Kolchak White Army Unit
l'Unité Koltchak de l'Armée Blanche Unknown Photographer (Public Domain)

En juillet 1918, les royalistes anti-bolcheviques virent leurs espoirs s'envoler. Une armée tchèque s'était alors approchée d'Ekaterinbourg (Yekaterinburg), où l'ancien tsar était retenu prisonnier; Lénine ordonna l'exécution de Nicolas et de toute sa famille. L'assassinat de la famille impériale russe fut sans doute l'épisode le plus tristement célèbre de la guerre civile. La même année, une tentative d'assassinat contre Lénine échoua, et le gouvernement s'empressa d'utiliser cet événement pour créer une hystérie de terreur. La police secrète arrêta toute personne soupçonnée d'être contre le bolchevisme ou la guerre (y compris les factions socialistes rivales et les ouvriers en grève). Cette vague de répression brutale de l'État fut appelée la "Terreur rouge". Il y eut également une "Terreur blanche", moins systématique que sa contrepartie rouge, mais qui n'en impliqua pas moins des atrocités et des massacres, en particulier à l'encontre de ceux qui étaient considérés comme communistes ou juifs.

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Aucune des attaques périphériques de 1918, période souvent qualifiée de "contre-révolution", ne menaça sérieusement le cœur de la Russie. En bref, le gouvernement bolchevique contrôlait toujours une vaste partie du territoire et pouvait faire appel à des conscrits issus d'une population de 60 millions d'habitants. Avec un demi-million de soldats dans l'Armée rouge, les bolcheviques disposaient d'un avantage numérique sur leurs ennemis; avantage qui ne ferait que croître avec le temps.

Les Blancs contre les Rouges

L'Allemagne et l'Autriche-Hongrie perdirent la Première Guerre mondiale en novembre 1918, et l'Armée rouge, souvent associée à des partisans recrutés localement, saisit l'occasion pour passer à l'offensive, notamment dans les États baltes, en Biélorussie et en Ukraine. En 1919, les armées anticommunistes comprenaient des troupes des Alliés, d'Allemagne, de Pologne, de Scandinavie et d'autres États et anciennes provinces de la Russie tsariste. Les principaux commandants des Blancs étaient le général Lavr Kornilov, ancien commandant suprême de l'armée russe, le général Anton Denikin dans le sud et l'amiral Aleksandr Kolchak dans l'est.

Partisan Battalion, Estonia, 1919
Bataillon partisan, Estonie, 1919 Unknown Photographer (Public Domain)

Les combats furent acharnés et indécis en Crimée, mais ailleurs, l'Armée rouge remporta une série de victoires. Une attaque française sur Odessa au printemps 1919 fut un échec. Les forces blanches dans la Baltique et en Biélorussie connurent quelques victoires. Plusieurs grandes villes changèrent plusieurs fois de camp. Dans l'Oural, l'Armée rouge repoussa les Blancs et les priva de leur base industrielle. Dans le nord glacial, une petite force britannique se révéla totalement insuffisante pour conquérir puis tenir Mourmansk et Arkhangelsk. Les forces britanniques se retirèrent à l'automne 1919 et, au printemps 1920, l'Armée rouge avait chassé l'Armée blanche de la région. À la fin de 1919, la menace blanche dans la Baltique avait également été éliminée. Dès lors, la Finlande et les États baltes adoptèrent une position neutre dans le conflit. À l'ouest, la Russie se retrouva engagée dans une guerre acharnée contre la Pologne, conflit qui se termina par un armistice en octobre 1920, la Pologne obtenant des parties de l'Ukraine et de la Biélorussie.

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Le gouvernement subit sa plus grande défaite dans le Caucase, malgré son avantage numérique. La région qui s'avéra la plus difficile à soumettre pour le gouvernement bolchevique était celle du sud, en particulier les forces cosaques en Ukraine. Les Blancs, bénéficiant des chars britanniques et des difficultés logistiques liées à l'étirement des lignes d'approvisionnement de l'Armée rouge, prirent le contrôle de la ville clé de Kharkov (Kharkiv), puis de Koursk. L'attaque de Moscou devint une possibilité réelle. Cependant, comme souvent auparavant et par la suite, l'immensité du territoire russe causa la perte de l'armée en progression. Plus les Blancs s'enfonçaient en Russie, plus leurs lignes d'approvisionnement s'étiraient, ce qui permit à l'Armée rouge de contre-attaquer et de contourner l'ennemi. Une autre faiblesse de l'Armée blanche était son incapacité à gagner la population locale à sa cause ou à établir un gouvernement local efficace. Au cours du dernier mois de 1919, l'Armée blanche fut contrainte de battre en retraite et le cœur du territoire cosaque fut perdu. Pendant ce temps, les Alliés ne parvinrent pas à déployer suffisamment de troupes sur le terrain pour aider la cause blanche. La plupart des interventions alliées prirent la forme de livraisons d'armes, et lorsque les puissances occidentales intervinrent militairement, ce fut dans le cadre d'opérations à petite échelle et mal planifiées qui n'apportèrent guère d'autres résultats que de fournir aux bolcheviques un coup de propagande leur permettant de se présenter comme les seuls à se battre pour l'indépendance de la Mère Russie. Les Blancs abandonnèrent la Sibérie à l'automne 1920; la Crimée fut évacuée en novembre. Le dernier territoire "blanc" perdu fut celui de l'Extrême-Orient, après le retrait du Japon de la guerre dans les derniers mois de 1922. L'Armée rouge put revendiquer la victoire totale à la fin de l'année 1922.

Bilan et héritage

Environ 800 000 soldats périrent pendant la guerre civile russe, mais au moins 5 millions de civils furent également tués. Si l'on tient compte des victimes de la famine et de la terrible vague d'épidémies mortelles qui sévirent pendant cette période (choléra, typhus, typhoïde et grippe espagnole), certains historiens estiment que le nombre total de morts pendant la guerre civile pourrait atteindre 14 millions de personnes. Sur le plan économique, la guerre civile eut un effet dramatiquement négatif sur le niveau de vie général, les infrastructures du pays et la production industrielle, cette dernière chutant à deux tiers de son niveau d'avant la Première Guerre mondiale.

Joseph Stalin, 1920
Joseph Staline, 1920 Unknown Photographer (Public Domain)

Pour tenter de relancer une économie désespérément malade, Lénine fit des compromis sur son idéologie et instaura une nouvelle approche économique. La nouvelle politique économique de Lénine impliquait une certaine mesure d'entreprise privée. Il y eut une reprise économique, mais pour compenser le rétablissement de certains aspects du capitalisme, le Parti communiste devint tout-puissant, attendant le moment opportun pour mettre en œuvre d'autres mesures telles que la collectivisation agricole et une économie entièrement planifiée. L'intervention sévère et militarisée de l'État dans la vie quotidienne des gens était devenue la norme pendant la guerre civile et, malgré les rébellions contre les vagues de terreur perpétrées par la police secrète, cette politique allait devenir une caractéristique constante de la mainmise du Parti communiste sur le pouvoir.

À plus long terme, la guerre civile russe créa une méfiance durable entre le gouvernement soviétique et les puissances occidentales. Le soutien matériel et financier apporté aux groupes anti-bolcheviques et la propagande qui en résulta façonnèrent l'esprit des politiciens et de la population. Cette méfiance mutuelle eut des conséquences avant la Seconde Guerre mondiale (1939-1945), lorsque l'URSS se sentit obligée de conclure le pacte germano-soviétique avec l'Allemagne, et elle domina la politique mondiale dans les décennies qui suivirent la Seconde Guerre mondiale avec le développement de la guerre froide entre l'URSS, les États-Unis et leurs alliés respectifs.

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Traducteur

Juliette Chofflet
Passionnée de langues, d'histoire et d'écriture. Je me suis peu à peu spécialisée dans la préservation du patrimoine culturel.

Auteur

Mark Cartwright
Mark est un auteur, chercheur, historien et éditeur, à plein temps. Il s'intéresse particulièrement à l'art, à l'architecture et à la découverte des idées que partagent toutes les civilisations. Il est titulaire d'un Master en Philosophie politique et est le Directeur de Publication de WHE.

Citer cette ressource

Style APA

Cartwright, M. (2025, novembre 06). Guerre Civile Russe: La contre-offensive manquée contre le bolchévisme. (J. Chofflet, Traducteur). World History Encyclopedia. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-24162/guerre-civile-russe/

Style Chicago

Cartwright, Mark. "Guerre Civile Russe: La contre-offensive manquée contre le bolchévisme." Traduit par Juliette Chofflet. World History Encyclopedia, novembre 06, 2025. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-24162/guerre-civile-russe/.

Style MLA

Cartwright, Mark. "Guerre Civile Russe: La contre-offensive manquée contre le bolchévisme." Traduit par Juliette Chofflet. World History Encyclopedia, 06 nov. 2025, https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-24162/guerre-civile-russe/.

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